Suite à de longues explorations «musicotechnologiques», voici enfin, après l'annonce de la version expandeur, le MR-76, un clavier renouant avec la tradition maison qui, depuis l'ESQ1, a fait les beaux jours de la marque américaine. Découvrons l'évolution de la célèbre philosophie Ensoniq.
Lorsqu'on découvre le MR-76, l'impression de «grosse machine» est frappante : pas moins de trois molettes rotatives de type alpha dial, plusieurs zones sérigraphiées distinctes, un afficheur d'excellente définition, un clavier de 76 notes lestées complété par un lecteur de disquettes, voilà de quoi séduire les amateurs de vraies stations de travail ! Pendant un bref instant, il est difficile de ne pas faire un rapprochement avec les claviers-arrangeurs ; pourtant, la présentation des éléments constitutifs du MR-76 ainsi que la gestion de la longue expérience d'Ensoniq dans ce domaine. Chaque chose à sa place et chaque place a sa chose... telle devrait être la devise de la face avant du MR-76 ! De gauche à droite, vous trouverez respectivement les sousensembles sérigraphiés disk/global, Sound Finder?, Idea Pad? et Drum Machine, puis sur la droite de l'écran, le séquenceur, le FX/Mixdown et enfin le Song Editor. Soit la bagatelle de quatre vingt-neuf switches, le curseur de volume général, les trois molettes et un potentiomètre rotatif pour le panoramique des effets, s'il vous plaît ! La face arrière de l'instrument est un peu plus chiche : les classiques MIDI in/out/thru, deux sorties générales jacks 6.35, deux sorties auxiliaires, une entrée pédale volume, deux entrées footswitch, la prise casque (qu'il aurait été plus judicieux de placer devant le clavier, en dessous des molettes par exemple) et enfin la prise d'alimentation. Coté présentation, signalons que le MR-76 est livré avec une double pédale type piano (bien pratique pour le sustain...) et une offre gratuite pour obtenir une version spéciale de l'éditeur bibliothécaire Unisyn de Mark Of The Unicorn, Mac ou Windows.
Sachant que les logiciels de cette marque sont fournis avec Free MIDI qui émule OMS, voilà qui devrait contourner toutes les incompatibilités habituelles... Désolé pour les fidèles Ataristes, rien ne semble prévu. Pour clore ce tour d'horizon, sachez que le mode d'emploi, fort bien réalisé, comporte 489 pages et est à peu près aussi volumineux que l'annuaire des Charentes Maritimes ! Après l'écoute de la traditionnelle démo d'usine, partons à la découverte de cette station...
Slave to the rhythm...
Premier intérêt : les soirs de grande fatigue, pas besoin d'allumer son ordinateur et de programmer une rythmique avant de pouvoir s'éclater en jouant le riff de basse de l'année ! Plus sérieusement, une boîte à rythmes «à bord» est loin d'être une mauvaise idée quand on sait que celle-ci propose huit variations/fills par pattern, que les presets constructeur peuvent être complétés par des motifs personnels, qu'une fonction Mix permet de séparer les prises - ici une grosse caisse, là une caisse claire. Mais le génie de cette «drum machine» réside dans la possibilité d'envoyer à tous moments le contenu d'un pattern dans le séquenceur du MR-76, plus précisément sur la piste 10, dédiée, comme il se doit à la rythmique. Encore plus fort : la possibilité, une fois ce pattern copié dans le séquenceur, de rajouter ici ou là quelques breaks et autres reprises que vous sélectionnerez en temps réel et celles-ci seront enregistrées dans la piste idoine... Tout ceci illustre la volonté d'Ensoniq d'exploiter totalement le temps réel. Les patterns d'usine sont classées par catégories, contrôlables par la molette de gauche, quant aux patterns, c'est celle de droite qui permettra de les faire défiler. Cette distinction est valable pour la gestion générale du MR-76 - exemple : banque de sons à gauche, sons dans la banque à droite. L'utilité de deux boutons rotatifs est évidente en regard du fastidieux déplacement de curseur à l'intérieur d'un écran. Le constructeur vous laisse une base de seize patterns «preset» réellement utilisable (c'est mieux que quarante huit pas spécialement intéressants, comme c'est parfois le cas).
Petites restrictions : on ne peut utiliser qu'un kit de batterie par pattern. Vous ne pourrez donc pas enchaîner les patterns en live sur le bloc boîte à rythmes, la machine stoppant à chaque changement de motif. Ce n'est pas trop grave puisque l'on peut monter tout ce qu'on veut dans le séquenceur. Au rayon bonnes nouvelles, vous pourrez éditer les kits, en zones de mute, en tuning, dans le placement stéréo, en volume etc.
Le séquenceur
Dans ce domaine, l'active concurrence des séquenceurs sur ordinateur n'a visiblement pas empêché les constructeurs de synthés de vouloir toujours aller plus loin en terme d'ergonomie et de performance. Pour une fois qu'Américains et Japonais sont d'accord sur quelque chose... On devrait proposer le «séquenceur» comme thème de débat au prochain G7 ! En ce qui concerne le MR-76, il m'a rarement été donné de voir séquenceur plus simple, efficace et clair. Seize pistes = seize switches numérotés... de 1 à 16 ! Donc en réalité, ce que nous offre Ensoniq, c'est de ne plus passer par une quelconque page d'édition avant de pouvoir enregistrer quoique ce soit. Il suffit de taper sur la piste qui nous intéresse, une LED clignote, puis Record et Play en même temps (comme au bon vieux temps des Portastudio) et le tour est joué ! Détail pour le moins surprenant mais très malin : quand on lance l'enregistrement, une voix samplée annonce le décompte, en anglais «one-two-three-four» ; ensuite, c'est le métronome classique qui prend le relai. L'édition s'avère très complète, et en plus du pavé de switches «séquenceur» avec les pistes suscitées, vous accéderez aux touches basiques comme Edit, Copy, Erase et Quantize. Tout est sous la main et le mode d'emploi ne devrait servir qu'à confirmer que vous avez là une machine sérieuse, ou bien à combler vos insomnies. Pour être au goût du jour, le pavé de contrôle, situé à droite du clavier dénommé Song Editor, comprend toutes les fonctions de montage d'une chanson avec un gabarit de base proposé en sérigraphie, du genre «intro-couplet-refrain-pontfin » (au cas où certains d'entre vous ne sauraient pas qu'une chanson commence par une intro, se poursuit par un couplet, un refrain...et se conclut par une fin). En outre, sachez que plusieurs modes d'enregistrements sont disponibles, allant du mode «replace» à «l'overdub», en passant par les fonctions classiques de montage pour la chanson (track mix...) . Une fonction Undo est aussi disponible permettant de récupérer la version antérieure d'une prise lorsque la dernière effectuée est mauvaise (les premiers jets sont souvent les meilleurs...). La quantisation est classique et propose des gabarits de grooves en plus des quantisations de la ronde à la quadruple croche (en triolet si nécessaire). En réalité, ce séquenceur comporte tellement de points communs avec ses concurrents logiciels que c'est à se demander si le staff d'Ensoniq n'a pas passé les vacances avec cousin MOTU et tante Opcode. Presque cent pages du mode d'emploi ! Avant d'analyser les sons, un mot pour vous parler du Idea Pad. Fort attractif, ce nouveau concept repose en fait sur l'utilisation d'une mémoire permanente fonctionnant comme un bloc-notes qui, selon le mode déterminé (durée en secondes par exemple), vous permet, sans aucune manipulation, de réécouter la dernière impro, le dernier phrasé ou chef d'oeuvre que vous venez de jouer. Si le contenu vous plaît, libre à vous de le router vers une piste du séquenceur. Avec l'Idea Pad, vous serez toujours sûr de ne pas oublier vos plus belles envolées...
Un son spatial
Fidèle à sa réputation, Ensoniq nous livre un synthé au grain original et les musiciens qui auront eu l'occasion de travailler par le passé avec des ESQ, VFX ou bien TS ne seront pas dépaysés. En revanche, ce qui m'a frappé, c'est la spacialisation du son et la propreté des échantillons ; les pianos sont de bonne facture et quelques nappes méritent à elles seules un mini Award ! Par contre, le fait que les sons soient classés de manière générique présente le défaut d'avoir à se taper régulièrement les sons GM ici ou là. Ecoutez la cornemuse GM, vous verrez de quoi je parle ! D'un autre côté, la présence d'un mode GM est appréciable pour les amateurs de MIDI File, d'autant qu'il existe en mode Global une fonction qui permet de basculer le synthé en mode GM, ce qui a pour conséquence immédiate d'initialiser le séquenceur et d'assigner les bons sons sur les bons canaux MIDI - car dans le MR-76, la piste 1 = le canal MIDI 1. Pourquoi faire compliqué ? Si le mode de synthèse reste standard, notons au passage quelques goodies du style LFO et noise synchronisables dans le séquenceur, drums kits éditables... Le MR possède quatorze mégas de sons de base, auxquels il convient de rajouter trois cartes optionnelles de vingt-quatre mégas chacune, ce qui porte la capacité de l'appareil à quatre vingtsix mégas ! Ces cartes s'installent à l'intérieur du MR, ce qui est beaucoup plus pratique que celles du type PCM où un seul slot est disponible à la fois. Pour les contemporains, les ethniques, les malentendants, il existe quarante cinq tables d'accords prédéfinis, la plupart des synthés n'en proposent que quatre ou cinq - bienvenue dans le monde de l'exploration atonale ! Vous y retrouve les gammes de Wendy Carlos, celles de Harry Partch, et de fait, la série MR devrait pouvoir servir de base à des travaux plus complexes dans le domaine microtonal.
FX/Mixdown
En servant aux sons, au séquenceur et à la gestion des effets, FX/Mixdown est le pavé multifonctions par excellence ! Il propose une molette, quatre touches de sélection, un petit potentiomètre rotatif pour le pan, et enfin une touche pour le mute et une autre pour solo. Il deviendra donc rapidement indispensable pour les «sequence'maniacs» que vous êtes ! Quarante effets sont présents dans le MR-76 qui vont de la classique Hall Reverb aux plus complexe EQComp- Gate. Comme si cela ne suffisait pas, Ensoniq a intégré le système «global reverb» et «global chorus». Trois modes de dosage sont disponibles pour attaquer le mode «global reverb»: light, médium et wet. En outre, vous disposez d'une entrée chorus FX bus, d'un insert FX bus et d'un Dry FX bus ! Une fois de plus, on constate que le fabricant n'a rien laissé au hasard ; ainsi, les combinaisons pour se diriger vers les sorties sont énormes. Notons au passage que ce bus est contrôlable via MIDI à l'aide des contrôleurs 91 et 93 qui officieront tels des aiguillages - par exemple, le 91 à 0 assignera la piste réceptrice du message en mode Dry Bus etc. Un mot encore à propos de la qualité des effets. C'est bien, très bien même ; on sent qu'Ensoniq a longtemps travaillé sur sa technologie DP4, amortie désormais dans l'ensemble de leur gamme. Par le passé, il était souvent déplaisant, et quelque soit la marque de synthé, de rentrer en studio et d'entendre l'ingénieur du son annoncer froidement : «branche tes bécanes et coupe tes effets»; venait ensuite le traditionnel : «OK, maintenant, tu veux un café ?»
Conclusion
Bien sûr, nous n'avons que survolé les possibilités d'un tel engin, tellement celles-ci sont importantes. On regrettera le manque de sorties séparées ou une option entrée/sortie numérique... L'Operating System en est à la version 1.0 et se comporte déjà de manière assez stable, l'écran est un modèle du genre et le clavier agréable. Pour ceux qui recherchent un super clavier de scène ou pour les home studistes désireux de ne pas systématiquement dépendre de leur ordinateur, le MR-76 (ou MR-61, qui reprend les mêmes caractéristiques avec un clavier de cinq octaves) est un très bon choix. Son prix généralement constaté au 1/11/96 est de 21 950 F TTC, ce qui le positionne dans la gamme des instruments professionnels destinés aux créateurs et à ceux qui désirent un instrument ayant un grain spécifique - le MR-61 étant un peu moins cher, 18 950 F TTC. Le rack expandeur MR, pour mémoire , est à 12 500 F TTC. Un conseil, allez l'écouter, car vous ne perdrez pas votre temps.
IN
L'ergonomie, la capacité générale de l'appareil, les sons, le séquenceur, la partie «boîte à rythmes», le clavier, l'écran, l'Idea Pad.
OUT
Seulement quatre sorties séparées, pas d'insert d'effet individuel par piste (comme certains le proposent désormais, réclamons le !), des molettes... sensibles, le poids (en version 76 notes).
CMDM
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