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E-mu Orbit et LaunchPad

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°105

01 janvier 1987

Après la grande déclinaison des Proteus en 1990, l'introduction des fameux filtres multimode, voici l'Orbit «The Dance Planet» tout d'or vêtu, accompagné pour la circonstance du LaunchPad?, complément indispensable à tout utilisateur professionnel.

Lorsque la vague techno/trance/dance/ jungle... a débarqué dans nos contrées, nous pouvions déjà prévoir que les constructeurs à l'écoute de leur siècle allaient forcément nous concocter quelque chose d'intéressant. N'étant jamais en reste dans ce genre de challenge, E-mu nous livre l'Orbit comme une solution réellement exploitable, simple d'emploi, bourrée à bloc de sons triés sur le volet. N'oublions pas que la marque possède une des plus grandes banques de sons mondiales et que leur expérience dans le domaine de l'échantillonnage a marqué cette décennie. Pour ce qui est de l'aspect extérieur de la machine, le moins que l'on puisse dire, c'est que ceux qui possèdent ou vont posséder l'Orbit ne passeront pas inaperçu ! Il faut remonter au DX7IIFD «centième anniversaire» Yamaha pour trouver cette magnifique parure dorée (à moins que j'ai raté d'autres anniversaires pendant mes longs périples à l'étranger). /medias/khs/105/article-1017/emu_orbit_1.jpg L'Orbit ressemble à s'y méprendre - abstraction faite de sa peinture - à un... Proteus ! La face avant est constit uée , de gauche à droite, de la prise casque, d'un potentiomètre de volume (général), de l'écran (toujours trop petit !), des traditionnels boutons Master, Edit, Home/Enter, de curseurs (fonctions droite/gauche, haut/bas), de l a molette rotative de type alpha dial et enfin du bouton de mise en marche/arrêt. A l'arrière, nous retrouvons les six sorties séparées, pouvant se comporter comme des entrées insert (pour les sub 1 et 2) et les trois prises MIDI in/out/thru. Du fonctionnel, rien que du fonctionnel !

Faut que ça «groove» !

Ceux qui ont approché de près ou de loin l'architecture d'un Proteus se sentiront en terrain conquis quand ils aborderont celle de l'Orbit... hormis quelques légers changements. Le plus important à signaler est sans conteste le Beat Mode. En fait, sous ce dénominatif intraduisible (sauf peut-être de manière littérale) se cache tout simplement un mini-séquenceur préprogrammé qui nous délivre pas moins de cinquante cinq motifs rythmiques. Ces patterns sont reconfigurables par l'utilisateur selon certains modes : tempo, transposition, et choix du preset assigné au motif. Voilà déjà de quoi définir quelques centaines de variantes plus folles les unes que les autres ! /medias/khs/105/article-1017/e_mu_orbit_2.jpg Notons que cet accessoire est contrôlable en horloge externe (MIDI) et ne demande donc qu'à fonctionner comme un seul homme avec votre logiciel séquenceur favori. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que le Beat Mode ne contient pas que des éléments de batterie, mais aussi des accords prédéfinis qui se déclenchent sur une touche de clavier ; vous accéderez ainsi à une base d'harmonisations à l'intérieur d'un «groove» . Tout est conçu pour lancer très facilement des lignes de séquences sur lesquelles il sera possible de scrather, bouger, ajouter des notes, des bruits, etc. Le tempo peut varier de 30 à 255 et vous aurez accès à deux modes de travail : le mode Factory (qui assigne automatiquement un preset au motif rythmique), et les modes Users 1 et 2 qui vous permettront de changer de pattern en maintenant un tempo choisi (User1) et de changer les patterns sans changer ni le tempo ni le preset choisi(User 2). C'est bien pratique lorsqu'il faudra rapidement identifier le «bon groove» autour d'un set de batterie vous plaisant bien.

Et le son ?

Selon la technique développée par E-mu sur ses synthétiseurs depuis la fin des années 80, il s'agit là d'un échantillonnage de formes d'ondes à 39 kHz en 16 bits. On dénombre pas moins de 386 formes d'ondes dont les 140 dernières correspondent aux timbres de batterie, percussions et autres bruits nécessaires à la mise en boucle d'un groove techno. L'accent a été mis sur les basses (forcément !), les orgues, les synthés «vintages» et quelques formes d'ondes «pures» comme les «square lead 1 et 2, la «CZ Saw» qui grâce à la présence des fameux filtres multimode (dix-sept sections) font de l'Orbit un très bon expandeur programmable (pour ceux qui se rappelleraient qu'un synthé est fait pour être programmé !). Les sons sont réussis, mais les plus anciens ne les trouveront pas très originaux ; et pour cause, ce style de musique ne fait appel qu'aux vieux coucous qui ont bercé leur enfance. Par contre, les plus jeunes découvriront des sons de rave décoiffants avec une qualité générale omniprésente. D'ailleurs, il y a fort à parier que pour faire le tour des 512 sons d'usine - de 0 à 255 en RAM, et de 256 à 511 en ROM -, vos prochaines vacances ne devraient pas suffire... Pour la gestion de cette armada sonore, au prix généralement constaté de 7 500 F TTC, sachez que l'Orbit reconnaît les codes MIDI de bank select (comme les Morpheus, Ultra, Proteus FX...) et que vous pourrez même accéder au changement de formes d'ondes à l'intérieur d'un preset via le SysEx grâce aux «nombres magiques» 2816 (formes d'ondes de 1 à 236) et 3072 (de 237 à 384). Ceuxci nous permettront de calculer les LSB et MSB à intégrer dans la ligne de commande SysEx (pour plus de détails, reportez-vous aux ouvrages tel le «Livre d'Or de la norme MIDI»).En ce qui concerne l'action des différents contrôleurs sur les sons, nous sommes toujours ravis de retrouver le principe de modulation matricielle cher à la marque (présent depuis l'Emulator II, avant je ne sais pas, je n'étais pas né !). Donc, nous avons une dizaine de sources (entendez molettes, pression d'un clavier, LFO 1 et 2...) vers une trentaine de destinations (enveloppes, pan, LFO, filtres...). Ce système est hélas trop souvent inexploité, ce qui est fort dommage car il fait des E-mu les machines les plus expressives qui soient. Les enveloppes sont à six segments et en plus de celles assignées aux deux couches d'échantillons qui forment la base d'un preset, vous aurez accès à une troisième enveloppe appelée «auxiliaire», une sorte de joker !

Multi

Aujourd'hui, acheter un expandeur qui n'est pas multitimbral relève du défi, sauf s'il s'agit d'une pièce pour le musée. Dans ce domaine, E-mu maîtrise parfaitement la situation depuis une décennie. L'Orbit n'échappe pas à la règle et devient donc multitimbral sur seize canaux (un preset par canal), quoique dans ce cas, le système d'enchaînement des presets (jusqu'à trois derrière celui sélectionné) permet des choses plus complexes. Hélas, la polyphonie n'étant toujours que de 32 voix, il est fortem e n t conseillé de ne pas trop abuser ; dommage qu'E-mu n'ai pas révisé sa c o p i e alors que sa gamme d'échantillon neurs pro peut fièrement afficher jusqu'à 128 voix. Autre petite ombre au tableau : en programmation interne, le mode Multi s'accommode mal d'un si petit écran - bonjour les crampes à force de déplacer les curseurs et de tourner la molette. Pour contrôler le reste de la bête, il y a heureusement la télécommande.

L'indispensable LaunchPad?

Quel plaisir de chroniquer ce petit appareil dont l'intérêt n'a d'égal que son look (un peu comme Claudia Shiffer, sauf qu'ici on peut s'étaler sur ses avantages !). En effet, si le constructeur a délibérément présenté cette télécommande comme complément indispensable de l'Orbit (une évidence pour tous les DJ), il n'en reste pas moins vrai que ce boîtier pourra trouver sa place dans n'importe quel home studio qui se respecte. /medias/khs/105/article-1017/e_mu_orbit3.jpg Le principe en est simple : vous trouverez tous les boutons, curseurs et autres molettes indispensables à la manipulation rapide, voire instantanée, d'un expandeur, sur une petite surface de contrôle bien dimensionnée. Il fallait y penser ! L'idée n'est pas nouvelle puisque J.L. Cooper avait déjà suivi cette voie, il y a quelques années, en présentant ses Fader Master et autres contrôles de transport. Mais quelque chose de véritablement conçu pour les expandeurs, alors là, bravo Mr E-mu ! En détail, nous avons quatre curseurs, un bouton rotatif avec retour à la position centrale pour le bender, un petit curseur de modulation, treize touches disposées comme une octave de clavier, six boutons pour le transport de bande (virtuel ou pas puisque la machine dialogue aussi en MIDI Machine Control), huit autres switches pour les éditions et rappels divers et variés, et enfin trois curseurs rotatifs qui agissent respectivement sur la transposition (par demi-ton), le choix de l'octave (tessiture) et la sélection du canal MIDI (1 à 16). La face arrière, quant à elle, propose deux prises MIDI, une entrée interrupteur au pied et une entrée pédale volume (ou autre chose car la destination est réassignable). Voilà pour le tour du propriétaire. La manipulation relève du jeu d'enfant et après quelques minutes de prise en main et quelques heures de cogitation intense pour trouver la «place» de choix pour cette télécommande - légèrement sur la droite de votre clavier maître, par exemple. Comment ? Vous avez déjà le tapis de souris ! Oui je sais, moi aussi ! C'est pour cela qu'il faudra quelques heures. Mais attention, une fois installée, gageons que cette petite merveille ne sortira plus de votre home studio. L'utilité est évidente et les applications multiples (le dump de configuration du LaunchPad? est possible, en l'absence de mémoire interne, c'est bien pratique...). Son prix généralement constaté au 1/09/96 est de 3 700 F TTC qui se rajouteront aux 7 500 F de l'Orbit. Mais le LaunchPad? vaut bien ce petit effort car à n'en pas douter, c'est une des petites et excellentes trouvailles de l'année.

IN

Le concept, l'intégration des contrôles, la robustesse, la simplicité d'emploi, le prix pas trop dissuasif.

OUT

Pas de multi port en MIDI out (dommage, car cela aurait permis le contrôle d'un home studio en totalité).

CMDM .

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