Sorti il y a un an déjà, le Trinity souffrait de quelques petits problèmes de jeunesse améliorés avec succès dans la version 1.3. Aujourd'hui, la version 2.0 donne sa vraie puissance à un concept novateur de workstation DtD évolutive. Un nouveau tour du propriétaire s'impose d'autant que désormais toutes les options sont disponibles.
Nous ne referons pas un essai complet du Trinity déjà testé dans le KB n°96 du mois de février 1996. Par contre, nous allons nous attarder sur ce qui fait l'originalité de ce synthétiseur, à savoir son écran tactile et les différentes options qui en font un des appareils les plus modulables du marché. En effet, dans sa version originale, l'écran, bien qu'extrêmement novateur, souffrait d'une lenteur très handicapante. Alerté par ce sujet, le R&D de Korg a trouvé un moyen d'améliorer très nettement ce problème, résolu définitivement dans la version 2. La solution a consisté à rendre toute action de l'écran prioritaire au niveau du processeur, ce qui a grandement accéléré le temps de réponse de celui-ci. Le verrouillage de banques par dizaines (fonction bien pratique rencontrée dans la série des 01W), consistant à mémoriser la dizaine d'une banque pour ne sélectionner que les unités qui en dépendent, a été implanté dans cette version 2.0. Un autre raccourci clavier intervient et utilise cette fois la combinaison de touches banque plus une des touches numérotées de P 1 à P 8. Quand vous êtes, par exemple, sur le programme A 085, il suffit pour aller vérifier le programme 085 des autres banques d'appuyer sur la touche banque et, tout en maintenant celle-ci enfoncée, de sélectionner une touche de P 1 à P 8 (P 1 égal banque A, P 2 égal banque B...). Tout cela est fort pratique, quand on doit jongler avec des centaines de sonorités. Côté séquenceur, le mode Solo fait son apparition, ainsi que le Mute, par opposition. Enfin, la compatibilité en lecture des sons S3000 Akai, ainsi que les fichiers audio au format .WAV sont de la fête. Dernier point à signaler, et non des moindres : bien que présent depuis la version originale, le bus d'effets internes du Trinity est le plus complet qui existe à l'heure actuelle. En effet (sic), pas moins de dix effets sont utilisables simultanément ! C'est-à-dire que, sur une séquence de huit pistes plus deux pistes audio, chaque piste se verra attribuer un effet distinct.
Détail amusant : on peut utiliser un égaliseur paramétrique par piste et envoyer l'ensemble de la séquence dans le bus d'effet stéréo pour y ajouter une réverbération globale. Depuis toutes ces années où notre réflexe en studio est de supprimer les effets internes des synthétiseurs parce que toute leur multitimbralité passe dans un seul double effet, Korg nous apporte enfin une réponse plus que satisfaisante et nombre de constructeurs devraient s'inspirer de cette idée et se mettre ainsi à la page. Il s'agit aujourd'hui (au 01/01/1997) du plus puissant multi-effet disponible sur un synthétiseur.
L'écran tactile, un succès total
Le concept de base consistant à proposer un écran tactile afin de rendre l'appareil plus ergonomique donc plus rapide à utiliser -, on ne pouvait pas accepter cette situation contradictoire où ce même écran agissait dans le sens contraire du but recherché ! Aujourd'hui, il faut reconnaître que cet écran est un succès total et qu'avec un peu de pratique, il devient indispensable au point que l'on regrette son absence dès que l'on se penche sur une autre station de travail. C'est un peu comme si nous avions une pleine page d'ordinateur sous le nez, et quel que soit le mode dans lequel nous travaillions (combi, programme, séquenceur...), celui-ci se révèle toujours aussi efficace. Le seul moment où on le peut prendre en défaut, c'est lorsque l'on est en présence d'un disque dur externe et que l'on interroge celui-ci. Le temps de réponse d'une mémoire de base connectée sur le port SCSI induit un gel d'écran d'une à trois secondes environ. Ce qui reste gênant, car aucun signal ne nous prévient que tout se passe normalement et seul le témoin d'activation du disque dur externe (en général rouge) peut nous rassurer quant à la bonne marche des opérations. Attention, car si vous pensez que votre écran n'a pas répondu correctement à la commande que vous avez sollicitée, sachez qu'il n'en est rien, et si vous insistez en répétant plusieurs fois cette opération, celle-ci sera bien mémorisée. Vous risquez donc dès la fin du travail du disque dur d'obtenir une avalanche d'opérations sur votre écran tactile ! Et à grande vitesse, puisque, comme on vous l'a dit et répét é , c e dernier est devenu extrêmement rapide ! L'autre point important concerne son utilisation. S'il s'agit d'un écran tactile, il ne faut pas oublier que celui-ci s'utilise en conjonction avec les éléments traditionnels tels les curseurs d'incrémentation/décrémentation, ainsi que la molette rotative type alpha dial. Or donc, voici une astuce livrée par le chef de produits, Jean-Yves Dufournier : sélectionnez la fonction Editer avec l'écran (pointage du doigt sur l'élément désiré, à la manière du pointeur de la souris d'ordinateur, une légère pression suffit) et utilisez le curseur de changement de valeur pour éditer la fonction sélectionnée. Car s'il est amusant de tout gérer sur l'écran, comme par exemple le réglage des panoramiques - une pression prolongée sur l'un des potentiomètres fait apparaître celui-ci sur une surface équivalente à la moitié de l'écran et sans relâcher la pression, il faut déplacer son doigt afin de modifier la valeur du panoramique -, cela s'avère aussi très lent. Comme pour toute évolution technologique innovante, l'éducation de l'utilisateur ne suit pas toujours et gageons que les premiers propriét aires de Trinity ont dû passer quelques heures d'angoisse existentielle : «être ou ne pas être un musicien tactile ? Moi-même...»
Côté séquenceur ?
Quitte à faire une mise à jour logiciel, autant que celle-ci soit complète et c'est avec un plaisir non dissimulé que nous pouvons enfin annoncer l 'arrivée de la fonction Solo pour la gestion des pistes MIDI ! Il était impératif que cette tâche incontournable de l'enregistrement, et par conséquent du mixage, puisse être disponible sur une stationde travail comme le Trinity. Comme son nom l'indique, le mode Solo permet d'écouter une piste seule en coupant l'audition de toutes les autres (Mute). Le menu propose donc de faire taire toutes les pistes, à l'exception de celle sélectionnée, de jouer toutes les pistes ou de «fermer» toutes les pistes. Si vous voulez utiliser le mode Solo pour écouter plus d'une piste, vous devrez procéder en deux temps. Il faut d'abord choisir une des pistes à basculer en mode Solo, utiliser le menu déroulant, puis la fonction «mute all tracks» (à l'exception bien sûr de celle sélectionnée) et agir ensuite manuellement en cliquant sur la ligne située sous les valeurs de panoramique qui propose désormais l'état de mode Play, Mute ou Record. Cette fonction est indissociable du travail d'enregistrement et de mixage. Son utilité n'est plus à prouver. Autre mise à jour pour le séquenceur, mais qui s'adresse aussi aux modes «program» et «combi», c'est le verrouillage du panoramique dans le module d'insertion des effets. Ce qui améliore grandement la gestion des bus Master, aussi dénommés Output 1 et 2.
Côté compatibilité
Le Trinity s'ouvre désormais au format S3000 Akai via le lecteur de disquettes ou les banques de CD-ROM. En ce qui concerne les disquettes, l'appellation reste «loading Akai S1000 format files». La procédure est donc identique à celle utilisée pour les anciens formats. Pour la lecture des CD-ROM, il faudra bien sûr équiper le Trinity de l'option BBS-TRI en conjonction avec la carte SCSI-TRI ou encore la HDR-TRI. La hiérarchie des CD-ROM est reprise sur l'écran tactile, ainsi les partitions ABC... comprennent chacune un ou plusieurs volumes qui eux-mêmes contiennent un ou plusieurs programmes. Attention cependant à vérifier le numéro d'identification de la platine CD-ROM car celle-ci ne sera reconnue que si son numéro d'ID est le six. Dernière compatibilité, et non des moindres, celle des fichiers .WAV qui vient s'ajouter à la compatibilité AIFF déjà existante.
Et les sons dans tout cela ?
Rappelons pour mémoire que toutes les formes d'onde PCM du Trinity sont échantillonnées à 48 kHz et que, pour la première fois depuis très longtemps chez le constructeur nippon, nous retrouvons le paramètre résonance du filtre. L'ajout de cette fonction par rapport aux autres générations de la marque nous apporte son lot de sonorités plus chaudes, plus harmoniques... en un mot plus résonnantes ! L'année qui vient de s'écouler aura permis aux programmeurs en tous genres de s'exprimer et la version ultra complète testée p o u r l'occasion regorge de trésors auditifs. Si, comme moi, vous avez la chance d'avoir entre les mains une version équipée de l'option SOLO-TRI qui équivaut, rappelons le, au synthétiseur Prophecy (testé dans le KB n°94), vous aurez alors toutes les chances de pouvoir générer à peu près n'importe quel type de son, faisant ainsi du Trinity un des synthétiseurs les plus complets du moment. Avant de revenir en détails sur les différentes extensions proposées par Korg, j'ajouterai un dernier mot concernant le look de l'appareil. Il n'est pas facile pour un constructeur de prendre le risque de trancher radicalement avec une image qu'il avait lui-même imposée depuis le M1. C'est pourtant une réussite tant visuelle qu'ergonomique et il est difficile de prendre en défaut ce clavier futuriste qu'est le Trinity.
Les extensions
Après quelques mois d'une longue attente (insoutenable pour les aficionados), voici qu'enfin arrivent les extensions, bases conceptuelles du Trinity. Les options actuellement disponibles sont les suivantes : la SOLO-TRI, la PBS-TRI, la SCSI-TRI, la DI-TRI et l'HD-TRI. La SOLO-TRI, comme rappelé plus haut, est la carte du synthétiseur Prophecy. La compatibilité de celle-ci avec l'instrument qu'elle représente est telle que le système exclusif est commun aux deux appareils. Il en découle que les sonorités fabriquées sur l'une des machines peut être relue sur l'autre (et réciproquement). Attention cependant, car dans le sens du transfert d'un Prophecy vers la carte du Trinity, les réglages de l'égaliseur paramétrique contenu dans les effets du premier ne seront pas relus par le second. Le nom de la catégorie du Prophecy sera ignoré et remplacé par celui du Trinity, et les réglages des contrôleurs du Prophecy seront convertis en réglage appropriés pour le Trinity (spécification du manuel de la carte SOLO). Nous obtenons donc sur un Trinity l'adjonction totale d'un synthétiseur solo de synthèse MOSS (synthèse multi- oscillateurs). La banque qui concerne toutes les sonorités de la carte est la banque S. Un utilisateur averti du Prophecy me confiait récemment qu'après avoir testé ce type de transfert avec succès, le jeu avait consisté à reprogrammer manuellement, à partir du Trinity, un son à l'identique dans les deux machines. L'intérêt de cette démarche a révélé une manière totalement différente de programmer un timbre à partir du Trinity, essentiellement à cause de l'écran tactile et de la présentation de ses différentes pages de paramètres. Bien que l'appellation ROM semble erronée en ce qui concerne la PBS-TRI (Play Back Sampler/Flash ROM Option), cette mémoire étant reprogrammable à souhait, l'intérêt de cette option n'est plus à prouver puisqu'elle consiste à relire et éditer les échantillons aux formats suivants : PCM de Korg, Akai S1000/3000, AIFF et .WAV ! Voilà qui est déjà satisfaisant. Evidemment, une fois ces fichiers chargés dans la PBS-TRI, ceux-ci bénéficient de l'ensemble des paramètres de synthèse de l'instrument. Les banques C et D viennent s'ajouter aux banques le nombre total de programmes à 512, idem pour le nombre des combinaisons. Les kits de batterie sont aussi doublés et passent à 24, le nombre des chansons, lui, ne changeant pas. Rappelons, en ce qui concerne les drum kits, qu'un preset de batterie provenant d'une des sources d'échantillons cités plus haut est converti en multi-échantillon (Global Mode P 5). L'option SCSI-TRI permet, comme son nom l'indique, de gérer une ou plusieurs mémoires de masse. Les numéros d'identification sont reconnus de 0 à 6, il s'agit donc d'être prudent car le CD-ROM (ou tout support amovible) étant fixé sur l'ID 6, il faudra éviter de caler une autre mémoire de masse sur ce même numéro (un disque dur réglé sur ID 6 reste en effet visible...). La DI-TRI correspond à une sortie optique au format ADAT. Cette carte est composée de deux prises, la Word Clock In et la sortie optique. L'interface optique ADAT a la particularité de véhiculer jusqu'à huit canaux séparés. Cependant, le Trinity n'en utilisera que quatre, cette sortie étant la copie conforme des sorties analogiques 1, 2, 3, 4 ! On peut imaginer que des petits malins s'étaient dit qu'ils pourraient utiliser huit sorties via l'interface numérique. Que nenni ! Tout cela est un peu dommage, car si l'on ajoute à une combinaison de huit sonorités les quatre pistes audio disponibles (si l'on possède l'HDR-TRI), quatre canaux ne sont réellement pas suffisants. Espérons que le constructeur entendra les doléances (relayées par les importateurs du monde entier) émises au sujet de cette interface et que nous pourrons prochainement bénéficier de la totalité des canaux disponibles sur cette sortie numérique au format ADAT.
Enregistreur sur disque dur
L'option HD-TRI n'est ni plus ni moins qu'un enregistreur quatre pistes sur disque dur, venant compléter le séquenceur déjà très performant du Trinity. Si ce DtD ne possède pas toutes les fonctions que l'on rencontre habituellement (compression/expansion temporelle, transposition...), les «couper-copier-coller» classiques sont par contre présents. C'est un enregistreur efficace qui permet d'adjoindre quelques pistes audio, des voix par exemple, aux pistes MIDI du séquenceur. Ces pistes audio peuvent être bouclées à condition toutefois de faire subir le même traitement aux pistes MIDI, c'est l'ensemble du séquenceur qui est bouclé entre deux points. La gestion des effets affectés aux pistes audio passe par le bus d'effet stéréo. En mode Edition, une page assez complète s'inscrit sur l'écran et précise pour chaque événement audio la mesure, le nom du son utilisé par l'événement audio, le volume, la fin de l'événement audio (à la manière d'un cue list). Bien sûr, tous les paramètres liés à l'audio et concernant une programmation MIDI, le volume ou le panoramique, sont automatisables. L'enregistrement s'effectue à 48 kHz et comme l'HD-TRI possède deux entrées analogiques, ainsi qu'une entrée/sortie au format S/PDIF, l'enregistrement numérique est donc possible ainsi que la sauvegarde des données vers un enregistreur de type DAT. Trois niveaux d'entrée sont ajustables à : -30 dBu, -10 dBu, +4 dBu. Le rapport signal/bruit est supérieur à 90 dB. Enfin, un égaliseur numérique à deux bandes vient compléter cette carte avec une fréquence aiguë fixée à 10 kHz, +/-15 dB, et une fréquence grave à 100 Hz, +/-15 dB. Voilà un bonus vite indispensable pour compléter notre mixage interne.
Conclusion
Le Trinity dans sa version 2.0, qu'il soit en 61, 76 ou 88 notes, s'avère une excellente station de travail pour qui veut se donner la peine d'approfondir ses capacités d'origine, ainsi que les options dont elle dispose. Son point fort, ce sont des possibilités d'évolutions logicielles par réécriture des softs, et on peut s'attendre encore à de nouvelles étapes. On regrettera simplement l'absence de sorties séparées plus nombreuses ou encore le bouclage global du séquenceur. Il serait aussi intéressant que l'instrument puisse communiquer avec un logiciel de traitement d'échantillons sur ordinateur, ceci semble t'il est prévu à moyen terme d'abord sur Mac, puis sur PC par liaison SCSI. Nous avons apprécié la qualité des formes d'onde PCM, la compatibilité avec les échantillons extérieurs encore plus grande, ainsi que la vitesse d'exécution de l'écran tactile devenu réellement exploitable. C'est donc une version très aboutie que nous avons testé, positionnant Korg au top niveau des claviers professionnels innovants.
IN
L'écran tactile, le bus multieffet, les cartes optionnelles, le look.
OUT
Quatre sorties séparées seulement (même en présence de l'interface numérique au format ADAT), pas de sortie analogique séparée pour la partie audio.
CMDM
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