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E-mu Proteus Planet Phatt et Carnaval

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°112

01 janvier 1987

Complétant la famille déjà importante des Proteus, E-mu s'attaque au rap/hip hop/techno et aux styles latino. L'arrivée de ces deux expandeurs très colorés mettra «le feu» à votre home studio !

Avec une face avant mauve ou rouge, ces expandeurs ne passeront pas inaperçus dans les racks ! Le boîtier et les réglages sont les mêmes que sur tous les Proteus de la marque (cf. essai de l'Orbit dans KB n°105), et la façade arrière propose toujours six sorties séparées et les sempiternelles MIDI In/Out/Thru, la prise casque étant sur la face avant. En l'absence de module d'effets interne, l'écoute peut dérouter, mais du coup, nous avons accès à l'essentiel : le son. Sans fioritures aucune ! Le principe adopté par E-mu est simple : on prend une boîte, on change la sérigraphie, on introduit une ROM de sons spécifiques, et le tour est joué ! Nous pourrions imaginer un Ultra Proteus combinant les sons de l'Orbit, du Planet Phatt et du Carnaval, mais il est vrai que les expandeurs spécifiques ont du charme : chacun bénéficiera de six sorties, de programmes en grand nombre, de toute une mémoire disponible etc. Pour ce qui est du soft, quelques bonnes surprises nous attendent puisqu'il s'agit de la v.2.0 de l'Orbit. Comme cette dernière équipe toutes les nouvelles machines, le soft a été rebaptisé v.1.0. Il s'agit bien des améliorations que nous guettions et que nous détaillerons au fil de cet essai. Pour le reste, les deux expandeurs, si ce n'est leur peinture de guerre et les sonorités qu'ils renferment, sont strictement identiques, et l'utilisateur qui aurait la chance de posséder ces deux petits monstres n'aura qu'un seul mode d'emploi à assimiler ! Il faut avouer qu'en la matière, E-mu ne se renouvelle pas plus que ça et qu'il serait bon de songer à un écran plus grand ou encore à une polyphonie doublée. /medias/khs/112/article-1022/E-Mu_proteus.jpg Si nous faisons jouer seize timbres simultanément, il ne nous restera pas grand chose en polyphonie (toujours trente deux voix, depuis le Proteus Pop Rock de 1989 !). Au chapitre des doléances, comme nous l'avons vu plus haut avec l'avantage possible de ne pas avoir de module d'effets incorporé, on peut aussi argumenter dans le sens contraire ! Pas d'effets dans un expandeur de 1997, cela peut paraître un peu mesquin, surtout quand le constructeur a su nous donner la preuve de son savoir-faire en la matière, dans l'Ultra Proteus notamment. Avec la mise à jour du boîtier en 1992 (Morpheus), voilà bien la série de modules sonores la plus vieille de la génération ! Mais qu'on ne s'y trompe pas, comme dirait l'OM, on ne change pas une équipe qui gagne (quoique ?!) et c'est fort du succès de la série qu'E-mu continue d'explorer les mondes musicaux divers et variés de la planète.

Planet Phatt

Le disque est rayé : telle est la constatation après la première écoute de la démo... La présence de scratches et autres craquements évoquent à la perfection l'ère du vinyle. Autant l'Orbit était très orienté dance, autant le Planet Phatt groove du côté «east coast» - ce n'est certainement pas pour rien que le constructeur le surnomme «The swing system ». D'ailleurs, dans le fameux Beat Mode, la majorité des boucles oscillent aux alentours de 90 à la noire, c'est tout dire ! Avec 480 formes d'ondes, dont 250 pour les batteries (en comptant les scratches et les percussions), cet appareil fait le plein de sons plus groovy les uns que les autres. La programmation reste très classique et nous pouvons noter que par rapport à l'Orbit d'origine, le Planet Phatt correspond à une version 2.0. Au programme : la possibilité tant attendue de transmettre les boucles de batterie (avec des miniséquences d'instruments) via MIDI ! Trois modes sont disponibles (en page Master) : pas de transmission, transmission uniquement vers le MIDI Out sans jouer les instruments internes, et la même chose tout en jouant les instruments internes. Nous pouvons donc récupérer les boucles sur l'ordinateur ou le séquenceur de la station de travail, et l'éditer en profitant de la puissance de tels outils. Cela est aussi très pratique pour analyser les grooves et en déduire des grilles de quantification personnalisées. Rappelons brièvement ce qu'est le Beat Mode : nous sommes en présence d'un mini séquenceur d'événements préprogrammés comme la partie de batterie, les basses, quelques accords (eux-mêmes déclenchables à partir du clavier comme des «chord memory»). Nous pouvons modifier la hauteur des notes, le tempo, les touches de déclenchement, d'arrêt, de mute à partir d'un clavier. Ces différents paramètres de calibrage sont mémorisables dans des emplacements utilisateurs. Ce système, introduit avec l'Orbit, a l'avantage d'être extrêmement simple à mettre en oeuvre : une pression simultanée de deux touches sur la face avant (à savoir Master et Edit) et le tour est joué. Ensuite, il faudra gérer tout cela au clavier ou bien encore à l'aide du talentueux Launch Pad (chroniqué en même temps que l'Orbit), cette fameuse télécommande bourrée d'astuces qui permet un vrai contrôle temps réel des principaux organes des Proteus. Comme d'habitude chez E-mu, les démos ne sont pas à la hauteur du contenu des appareils et nous ne pouvons que conseiller d'écouter attentivement les presets pour avoir une idée précise des nombreuses possibilités sonores du Planet Phatt.

Carnaval

Un petit air de fête s'est faufilé dans mon très sérieux home studio et un grand bol d'air a rempli mes poumons (surtout mes oreilles).Je vous rassure tout de suite, le Carnaval ne souffle pas (sauf peut-être sa première bougie en fin d'année à Rio). Il est assez rare qu'un fabricant se risque à sortir un expandeur dédié à un style aussi précis que la musique latino-américaine, c'est même sans doute la première fois. Quel plaisir de retrouver les sons qui nous ont fait aimer Tito Puente ou bien encore Ray Baretto et tous les autres. Nul doute que le Carnaval ne fera pas double emploi avec un autre synthé dans votre set up, tellement les sonorités sont nouvelles (bien que classiques) et convenablement calibrées. Pour les oreilles peu habituées à ce style de musique, nous pouvons toujours partir du Beat Mode, aussi présent dans ce Proteus, pour lancer des improvisations au goût prononcé de grandes vacances. Une fois passé en revue les quelque 630 presets (dont des sons d'empilages et des boucles de batterie), il n'y a plus que l'embarras du choix ; à condition toutefois d'avoir une sensibilité musicale qui s'accommode de ce genre de musique. La programmation est strictement identique à celle d'un Planet Phatt, donc à celle d'un Orbit v.2.0, et le travail des filtres ultra puissants devraient satisfaire les plus difficiles. Profitons de ces quelques lignes pour rappeler que les Proteus sont polyphoniques 32 voies et multitimbraux sur 16 canaux. On comprendra que dans le cas du Carnaval, il y aura de quoi arranger sérieusement un morceau dans l'esprit salsa, samba, bossa... J'ai oublié les autres ! Les formes d'ondes, moins nombreuses que dans le Planet Phatt, sont au nombre de 282, ce qui, en soit, reste honorable. Cet expandeur apporte vraiment quelque chose d'original avec ses sonorités chaleureuses et précises et ses boucles rythmiques sont un régal pour l'improvisation. A part avec les différentes versions du logiciel d'arrangement Band in a Box de PG Music où l'on trouvait des styles latins, ou alors en remontant à l'antique TR-727 de Roland, nous n'avions pas encore eu le plaisir de côtoyer les pays d'Amérique Centrale et du Sud de si près ! Sorti à l'occasion des vingt-cinq ans de la firme, on imagine dans quel état d'euphorie les développeurs de chez E-mu devaient être en concevant ce module ! Cela risque d'arriver moins souvent de l'autre côté du Pacifique...

Conclusion

Ces deux modules, bien que très semblables, s'adressent à une clientèle très différente et très ciblée. La qualité générale des sons est bonne et le Carnaval, par son choix de styles très spécifique, apparaît comme plus original que le Planet Phatt, qui d'une certaine façon, ne surprend guère. Ce dernier serait à comparer avec l'Orbit v.2.0 dont il est beaucoup plus proche musicalement. Insistons une dernière fois sur le fait qu'il s'agit d'expandeurs dédiés à des styles musicaux très précis et que par conséquent, il n'est pas question de les utiliser comme des appareils généralistes. Précisons, au passage, qu'ils ne sont d'ailleurs pas à la norme GM : un standard incontournable, mais pas toujours original (sauf au détour de quelques MIDI Play). Commercialisés aux prix de 8 900 F TTC pour le Planet Phatt et... 8 900 F TTC pour le Carnaval (prix généralement constaté au 01/07/97), ces expandeurs méritent de trouver une place dans vos racks.

IN

Le choix des formes d'ondes, le look, la qualité des filtres.

OUT

Le petit écran, la polyphonie un peu juste, pas d'effets. Qualité sonore : **** Concept/originalité : ***** Rapport qualité/prix : *** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****

CMDM .

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