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Korg Z1

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°116

01 janvier 1987

Présenté au salon de Francfort 1997, le Z1 arrive enfin dans nos contrées, tout d'argent vêtu et armé jusqu'aux dents. Voici, tel Saint Michel terrassant le dragon, un des killers les plus prometteurs de l'année.

Après le succès du Prophecy, on attendait de la part de Korg une suite logique à cette nouvelle vague : un synthétiseur puissant, polyphonique, exploitant la technologie MOSS (pour Multi Oscillator Synthesis System) et combinant les dernières astuces du moment. Quand la plate-forme de recherche OASYS a été partiellement dévoil é e à la presse, on imaginait sans peine ce que serait le ou les prochains synthés de la marque japonaise. Aujourd'hui, on peut résolument dire que le Z1 se place à mi-chemin entre le Prophecy et l'OASYS ; cela sans faire l'impasse sur la famille des Trinity, moins orientée «workstation», mais beaucoup plus «live» et intéressante sur le plan de la synthèse. Bien sûr, les utilisateurs de Trinity qui ont eu l'heureuse initiative d'installer à bord l'extension Prophecy ont pu accéder à une technologie d'avenir, pour les parties solistes.

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Clic clac ! Photo !

Comme vous pouvez le constater sur la photo, le Z1 est gris, presque métallisé, grand de cinq octaves et parsemé de boutons. Mais ce qui intrigue le plus au premier coup d'oeil, c'est la petite surface de contact au dessus des traditionnelles molettes bender et modulation. Le pad XY, tel est son nom, rappelle étrangement, dans sa fonction, le joystick des WaveStation. La zone sensible est quadrillée en quatre secteurs auxquels on associera la modulation de son choix. Il est accompagné de quatre interrupteurs, permettant, entre autres, le blocage de nouvelles coordonnées XY, ou bien encore le déclenchement du portamento. Pour rester dans une tendance très mode, nous disposons de quatorze boutons rotatifs et de cinq switches pour contrôler en temps réel l'évolution du son, soit : deux rampes de réglage de filtre avec pour chacun d'eux, fréquence, résonance et action sur l'enveloppe, deux sections d'enveloppes ADSR, une pour les filtres, une pour l'amplificateur (anciennement VCA). Un switch est utilisé pour la sélection des filtres 1, 2, 1 & 2, tandis que les quatre autres sélectionnent les oscillateurs 1 et 2, le sub-oscillateur et le générateur de bruit blanc. Au centre de l'appareil trône un écran qui n'est pas (pourquoi d'ailleurs ?) tactile, mais un classique LCD 64 x 240. La taille est assez confortable et la ballade dans l'arborescence des menus est facilitée par deux touches de sélection de page et cinq boutons rotatifs à double action (on appuie dessus pour sélectionner un paramètre et on tourne le bouton pour en modifier la valeur ) , situés sous ledit écran. Complètent cet espace les touches «tab» et «jump» ( r a p p e l a n t d e s menus ou pages mémorisés pour un accès plus rapide), celles de «crémentation/ décrémentation » de valeurs et, enfin, de curseur e t catégorie ( l a première déplace le curseur dans l'écran, la deuxième sélectionne une catégorie de sons lors du défilement de ceux-ci en mode jeu). Korg reste fidèle à son pavé numérique flanqué de ses touches d'écriture/ sauvegarde, d'exit/ enter et autre -/10's hold (qui permet de ne frapper que l'unité d'un numéro de programme quand on se ballade dans la même dizaine).

Arpégiateur

Pour conclure sur cette présentation de la face avant du Z1, abordons la section Arpégiateur, située sur la droite du synthé. Pas moins de douze switches et quatre potentiomètres rotatifs arment ce module ! Des différents modes en passant par la sélection de la résolution, le gate... voilà de quoi nous réjouir, surtout lorsqu'on découvre que cet arpégiateur est en plus polyphonique ! Pour la face arrière, pas de surprise si ce n'est la présence d'un slot PCMCIA, qui permettra à l'utilisateur de jongler avec quelques 4 096 programmes, 512 multisets, 240 modes d'arpégiateur et 16 sets de mode global ! Par contre, les quatre sorties si souvent croisées chez Korg depuis quelques années ont disparu et laissent la place à deux sorties stéréophoniques générales. En revanche, pour les puristes du son ou les allergiques du câble, l'extension DI-TRI ADAT rajoute la possibilité de communiquer en numérique avec un environnement au format optique ADAT. Complétant les possibilités de modulation du Z1, deux pédales d'expression s'additionnent à celles de sustain et de commande. Après avoir vainement cherché pendant quelques instants, je n'ai pas trouvé de lecteur de disquettes...

MOSS... oscillateurs et...

Il s'agit de la synthèse dévoilée dans le Prophecy (voir KB n°94). Au total, nous bénéficions de six modèles physiques de familles d'instruments et de sept oscillateurs plus classiques. Quoiqu'il en soit, vous ne pourrez combiner que deux oscillateurs à la fois (complétés au besoin par un suboscillateur et un générateur de bruit blanc). Après un passage par la section du mixeur, tous ces générateurs se dirigeront vers un étage de filtres (deux rampes) passe-bas, passe-haut, passebande (avec choix de rang harmonique), réjection de bande, double bande. Quatre LFO complètent le tableau - triangle, dent de scie... visualisés sur l'écran du Z1, s'il vous plaît ! Le «standard osc.» regroupe à lui seul les formes d'ondes dent de scie, pulse et un mode PWM applicable à chacune des formes d'ondes précitées. Ajoutons à cela, la possibilité de générer une forme d'onde de type triangle en jouant sur la fonction «ramp wave». Donc, chaque oscillateur possédant ses propres paramètres et son mode de fonctionnement personnel, il n'est pas irraisonné de parler de multisynthèse. Bien sûr, avec toutes les réserves qu'imposent un tel constat ! La polyphonie qui faisait tant défaut au Prophecy - quoique le parti pris du synthé mono lead ne soit pas déplaisant -, est bien là sur le Z1. Les douze voix extensibles à dix-huit, via la carte DSPB-Z1, mettent encore mieux en valeur les innombrables possibilités de travail sur ces oscillateurs. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter la catégorie «hard synth» dans la banque originale du Z1.

Modèles physiques

Aux côtés de ces oscillateurs «classiques» siègent les modèles acoustiques auxquels on associe plusieurs types d'intervention comme le paramétrage d'une embouchure, la longueur de l'instrument, le type de bol pour les cuivres et vents. A chaque catégorie d'instrument correspond un certain nombre de réglages plus ou moins complexes, visant à restituer au mieux le timbre acoustique, mais aussi l'expression qui découle du jeu de tel ou tel instrument. Forcément, comme sur les autres appareils équipés de cette nouvelle technologie, il ne faut pas s'attendre à des merveilles acoustiques, bien que le résultat soit plus probant avec certaines familles. La maîtrise de la fabrication d'un timbre demande un peu plus de temps qu'avec un synthé standard. De plus, l'expression étant un des points forts de cette synthèse, l'interprète sera plus sollicité du côté des pédales d'expression, de l'aftertouch, du pad XY. Allergiques du jeu de jambes et du grand écart «pouce-auriculaire/main gauche» s'abstenir ! Pour la qualité de restitution via les modèles acoustiques, un premier constat s'impose : deux grandes familles se partagent les honneurs de la nouveauté. D'un côté, nous avons le «piano électrique » et l'«orgue», deux cousins électroacoustiques, de l'autre nous avons le «cuivre», le modèle «à anche», les «cordes frappées», les «cordes avec archet». Bien entendu, il est plus facile d'arriver à un résultat honnête en utilisant les deux premiers modèles ; primo, parce que leur réalité acoustique est plus identifiable, secundo, parce qu'il s'agit d'imiter un clavier électronique avec un... clavier électronique, ce qui, soit dit en passant, ne semble pas technologiquement insurmontable. En revanche, pour les autres modèles, le débat n'est pas prêt d'être clos ! Autant il est aujourd'hui évident que ces modes offrent des possibilités incalculables dans le domaine de nouveaux timbres à explorer, autant il semble que plus nous nous approchions du fait qu'un synthé imite à la perfection un instrument acoustique, plus on se demande à quoi ça sert... Au delà du réalisme du timbre se pose la question évidente du jeu de l'instrumentiste. Personnellement, je n'arrive toujours pas à jouer du sax avec un clavier, peut-être devrais-je essayer avec un sax, il paraît que c'est mieux... Une fois dépassé ce constat (variable selon la sensibilité de chacun), on s'amuse avec cette nouvelle technologie et on découvre un univers mêlant l'acoustique et le synthétique, dans une sorte de réalité virtuelle. Et là, le Z1 est un des meilleurs synthés qui soit sorti ces dernières années ! Puissant et chaud bien que légèrement teinté dans le médium comme beaucoup de ses cousins nippons -, c'est un plaisir, après toutes ces années de boîtes à sons PCM, de redécouvrir les joies de la synthèse. Comme nous l'évoquions plus haut, deux oscillateurs, un sub-oscillateur (pouvant fournir des formes d'onde triangle, dent de scie, carré, sinusoïdale) ainsi qu'un générateur de bruit peuvent être combinés, un mixeur étant disponible pour doser et router le contenu de chaque oscillateur vers les sorties du Z1. Chaque oscillateur ou modèle s'avère très complet et la seule chose qui pourrait manquer, c'est un peu de patience pour maîtriser un son complexe.

Multi... Timbre

Puisque nous avons douze voix de polyphonie, pourquoi ne pas en profiter pour jouer avec la multitimbralité (six timbres) ? En règle générale, celle-ci est fortement mise à contribution dès lors qu'il s'agit d'une station de travail. Avec le Z1, ce concept n'est pas franchement à l'ordre du jour, alors détournons-la pour créer des empilages de sons et ainsi contourner le problème de la limitation des oscillateurs disponibles pour un timbre ! Et là... la claque ! Quel son ! A n'en pas douter, il s'agit d'un bon, très bon synthé, dont les presets d'usine ne sont pas toujours à la hauteur, malheureusement. Pour les utilisateurs radicaux qui n'auraient que le Z1 (c'est déjà pas mal !) comme synthé dans leur home studio, sachez qu'il faudra jongler avec la polyphonie et que la carte d'extension s'imposera tôt ou tard. Chaque timbre peut aussi être réparti sur la tessiture du clavier, ce qui autorisera les combinaisons du style : basse/clavier, nappe/synthé arpégé... En outre, si on ne dispose pas de «vrais» kits de batterie, plusieurs presets simulent à la perfection les «drums» analogiques à la mode et on s'en tirera sans problème pour réaliser une séquence musicale complète. Les timbres d'imitation sont plus ou moins intéressants mais au détour de quelques gags acoustiques on ne remerciera pas le ou les programmeurs d'usine -, on découvre des perles comme un dulcimer étrange. Les basses sont excellentes, et certaines cordes très réalistes (en jouant avec le pad XY). Vous l'aurez compris, il ne faut pas forcément se fier aux seuls sons d'usine ; d'ailleurs, gageons qu'à l'instar des autres gammes de la marque, on verra fleurir dans les prochains mois pléthore de banques de sons «made for Z1». Pour les utilisateurs de Mac, sachez qu'il existe un éditeur fort complet, et que celuici facilitera grandement la vie des programmeurs de tout poil. Seul point noir au tableau, il semblerait que celui-ci ne puisse fonctionner sans la présence de MIDI Manager, l'antique patch responsable de nombreuses migraines.

Arpèges... Arpèges

Voilà un module vraiment passionnant ! De plus en plus présent dans les dernières créations des constructeurs, ce séquenceur d'événements est un véritable plaisir et une aide à la création musicale incontournable. Quand celui-ci est doté de toutes les fonctionnalités que l'on est en droit d'attendre d'un synthé «haut de gamme», qu'il est polyphonique - entendez par là qu'il arpège un accord -, synchronisable et que sa résolution atteint le triolet de double croche, on s'attend à bien s'amuser et je peux vous garantir que c'est le cas. Trente-six pas de programmation et jusqu'à dix notes de polyphonie reconnues, c'est suffisant pour réaliser de nombreuses combinaisons rythmiques et harmoniques. De surcroît, quand on constate que le mode arpégiateur est verrouillable par preset (canal) dans le mode multitimbral, vous imaginerez sans peine que le Z1 offre un outil extrêmement puissant qui ravira les plus difficiles. Les modes montant/descendant/aléatoires, balayant d'une à trois octaves, sont agrémentés des contrôles de gate (durée de la note) et vélocité. La sélection de la résolution s'effectue, comme nous le signalions plus avant, directement en façade, via un bouton rotatif à six positions. La vitesse ou tempo se règle aussi en face avant et ceci est complété par une LED d'indication de tempo. L'arpégiateur est synchronisable en MIDI. Il transmet aussi via MIDI ses séquences et peut donc s'adresser à un expandeur ou à un autre clavier... ou à un séquenceur - histoire de retravailler les arpèges dans votre ordinateur.

Effets et MIDI

Trois blocs se partagent le travail à l'intérieur du Z1. FX1, FX2 et Master FX proposent chacun un choix d'effets prédéterminés. Le master FX contient, vous vous en doutiez, les réverbs et un délai stéréo. Les FX1 et 2 se partagent une liste de traitements, à l'exception de quatre uniquement générés par le FX1, comme le talking modulator, le multitap delay entre autres. Dans l'ensemble, les effets sont sans surprise ; il faut dire que l'on côtoie ce type de générateur depuis quelques années chez Korg, et qu'il y a suffisamment de matériau pour travailler correctement. Cela dit, un effet par preset en mode Multi aurait été le bienvenu (comme dans les Trinity). Question MIDI, on peut dire que le Z1 sait le parler. On trouve le contrôle (via les fameux Control Change) de tous les paramètres de la machine jusqu'aux coordonnées du pad XY qui se transmettent via MIDI et qui permettent ainsi d'immortaliser un jeu temps réel avec toutes les variations que cela implique.

En conséquence

On peut déclarer sans peine et sans risque de s'attirer les foudres des plus récalcitrants, que le Z1 est un des meilleurs synthés qui soit sorti des usines ces dernières années. Malgré quelques défauts de jeunesse (la lenteur du passage d'un son à l'autre par exemple), le Z1 est agréable à programmer et moins compliqué dans son approche de la modélisation physique que ses illustres prédécesseurs en la matière. Il conviendra de contourner quelques presets, ici ou là, assez décevants - votons pour une augmentation substantielle des «programmeurs usine» afin que ceux-ci retrouvent un peu de coeur à l'ouvrage. L'utilisation du pad XY devient rapidement incontournable et les combinaisons multiples offertes vont vite pousser les heureux propriétaires de Z1 à se munir d'une carte PCMCIA. Par contre, dans un premier temps, l'extension de voix ne paraît pas indispensable. Pour quelques 13 500 F (prix généralement constaté au 01/12/97), le Z1 est bien placé, et offre suffisamment de possibilités pour devenir un standard pendant quelques années...

IN

La qualité des oscillateurs, la synthèse, la polyphonie, l'arpégiateur, l'ergonomie, les contrôles temps réel (pad XY).

OUT

Pas de lecteur de disquettes, pas d'aftertouch polyphonique, la lenteur de l'OS (en changement de programme), les sons d'usine. Qualité de la synthèse : ***** Ergonomie : ***** Rapport qualité/prix : **** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent ****

CMDM

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