Voilà un moment que nous guettions chez E-mu ce genre d'instrument réunissant avec bonheur un synthé sophistiqué et un sampler. Une attente récompensée par ce qui peut être considéré comme la station de travail modulaire la plus puissante à ce jour.

Dun aspect plutôt sobre, l'E-Synth ressemble à s'y méprendre à ses frères : les E-IV. Hormis le logo et la sérigraphie jaune sur fond gris, la face avant est strictement identique à celle des samplers de la marque, exception faite, bien sûr de l'ESI-32 et de son grand frère, l'ESI-4000. Nous ne reviendrons pas en détail sur l'ensemble des fonctions présentes sur le devant du E-Synth et nous vous conseillons de relire l'essai de l'E-IV X paru dans le KB n°111. Signalons quand même la présence de l'excellent display LCD (64 x 240). La face arrière est bien fournie : d'origine, nous avons les entrées/sorties AES/EBU, huit sorties séparées (par groupe stéréo), deux entrées pour l'échantillonnage, une prise de connexion pour clavier informatique au standard PC/AT, trois prises MIDI, un port SCSI 50 broches.
Interface et modularité
Vous disposez de trois emplacements pour les cartes d'extension. Pour rappel, il s'agit des 6310 (seize canaux MIDI supplémentaires et les prises idoines) et 6313 (huit sorties séparées +4 dBu) ; comme cette dernière prend deux unités, nous aurons rempli nos slots arrière (qui n'existe pas sur la version c l a v i e r, pour manque de place semble-t-il...).
A l'intérieur, quelques surprises nous attendent : les effets sont disponibles d'origine, et la mémoire vive est de 4 Mo, pour une capacité maximum de 128 - attention, il n'y a que deux slots de mémoire vive, ce qui obligera l'utilisateur à se débarrasser de ses mémoires à chaque upgrade. La carte ROM vient s'enficher dans un des deux slots prévus à cet effet, ce qui nous laisse à penser qu'une «ROM 2» est en préparation ! La Flash RAM est présente ainsi qu'un port interne SCSI. Signalons aussi la carte d'extension 6910 qui étend la polyphonie à 128 voix : c'est le DMS, pour Digital Modular Synthesis. Une découpe dans le châssis permettra d'accueillir une mémoire de masse 3,5 en interne (à l'arrière du lecteur de disquette). Nous somme bien là dans le concept de la totale modularité ! Cependant, dans le cas du E-Synth, il semble que le constructeur nous ai mis le pied à l'étrier en intégrant d'origine des éléments qui ne sont que des options sur les autres modèles de la marque. Et c'est le coeur du problème : qu'est-ce qui différencie le E-Synth de ses faux jumeaux si ce n'est l'orientation synthé qui lui est donné ? En réalité, tout dépend du postulat que vous choisissez : j'ai un synthé/sampler dont je «booste» petit à petit la partie échantillonnage, ou bien j'ai un sampler sur lequel je greffe les presets d'un synthé ! L'E-Synth pourrait bien préfigurer les synthés de demain. En effet, depuis le K2000, le concept de la station de travail alliant la synthèse (avec forme d'ondes en ROM) et le sampling n'avait pas vraiment fait recette, et pourtant ! Compte tenu de l'évolution des capacités de polyphonie, de mémoires vives et de stockage, et avec des sorties séparées en nombre suffisant, vous pourrez vous constituer une super workstation pour un prix inimaginable il y a encore quelques années et surtout bien plus ergonomique que tout un amas d'appareils entassés, avec pour chacun d'eux, une logique et des caractéristiques qui lui sont propres.
Depuis deux ans, E-mu prépare discrètement ce type de station et c'est la raison pour laquelle on trouve les slots d'extension ROM sur l'E-IV, l'E-IV K, l'E-IV X, le E-64 et le 6400.
Les sons
Pas moins de seize mégas sont nécessaires au stockage des formes d'ondes. A cela, ajoutez une flash RAM (sur les emplacements mémoire de 1000 à 1255), et vous obtenez une des banques les plus performantes du moment ; 255 presets constituent la banque de base, qui est exploitable de suite. Les sons sont puissants et fins (rien à voir avec un Proteus I). Les démos, par contre, sont toujours aussi - comment dire - peu représentatives des capacités de la machine.
Chez E-mu, cela devient un huitième art... Passé ce constat consternant, force est de reconnaître que l'E-Synth possède une qualité de reproduction proche du zéro faute. Seules quelques transitions d'effets assez audibles viennent perturber l'écoute. Les formes d'ondes sortent, autant que faire se peut, des sentiers battus. Il est évident que posséder un E-mu revient à ne pas avoir les mêmes sons que «Monsieur tout le monde». Une fois de plus, la firme de Scott Valley nous épate ! Les filtres Z-Plane sont de la partie et les possibilités de synthèse (soustractive) quasi infinies. D'une simplicité enfantine, le mode multitimbral permet de tirer la quintessence du E-Synth en deux coups de cuillère à pot ! On a longtemps reproché aux échantillonneurs ce côté fastidieux du chargement des banques, de leur gestion. Alors quel pied d'avoir instantanément des sons utilisables, et d'y ajouter nos propres échantillons ! La très grande capacité du E-Synth permettra à son heureux propriétaire de laisser cohabiter quelques 1200 sonorités (en dépendance directe de la mémoire vive installée, cela va de soit). Gageons que la ROM II sera tout aussi passionnante que celle testée, et viendra judicieusement compléter une station de travail à qui il ne manquera peut-être que l'inspiration de son maître.
L'EOS 2.8 et 3.0
En jargon E-mu, c'est l'E-mu Operating System, ou le système d'exploitation des appareils. Celui du E-Synth est le 2.80, et se distingue de ceux qui équipent actuellement la famille des E-IV par sa possibilité de gérer la...»ROM sound bank». En effet, il faudra attendre l'arrivée de l'EOS 3.0 pour que les samplers puissent recevoir cette fameuse extension, transformant ainsi leur échantillonneurs en synthé (vous me suivez toujours ?). Pour le reste, l'E-Synth se comporte de façon strictement identique aux autres modèle E-IV puisque le moteur software est le même ! L'arrivée du 3.0 va marquer un tournant définitif dans la politique du constructeur. Depuis quelques années, un grand nombre d'aficionados de la marque réclament à corps et à cri le séquenceur et l'arpégiateur qui avaient disparu des bureaux d'études. Depuis l'E-mu III et son génial séquenceur 16 pistes, et l'Emax avec son arpégiateur de folie, nous étions resté sur notre faim... L'erreur est réparée (voir tableau), ce qui nous évitera de provoquer en duel les ingénieurs marketing d'E-mu ! A propos du séquenceur, sa résolution est de 480 ppqn, ce qui reste tout à fait honorable pour un modèle intégré à une workstation. Comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, l'horloge MIDI bénéficie d'un nouveau patch lui permettant d'être distribuée en divers points de sources et destinations, permettant, entre autre, de synchroniser les LFO. L'association d'E-mu et d'Emagic a permis de développer un Sound Diver spécifique, Mac et PC, livrant ainsi un puissant éditeur sur ordinateur qui complète à merveille ce type de machine. Le MIDI n'aura vraiment pas été oublié dans cette nouvelle mouture, puisque les développeurs américains ont ajouté des fonctions très astucieuses comme le multi-split avec affectation de canal, de vélocité, de volume, de transposition, de tessiture, de changement de programme, par zone
Pour conclure
Bâtie sur l'architecture de l'E-IV, l'E-Synth a plus d'un tour dans son sac, et rivalise avec les plus grands, qu'il soit clavier ou rack. Son prix est élevé, certes, 24 900 F TTC pour le rack, 28 500 TTC pour le clavier, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un matériel qui était, il y a encore quelque temps, carrément inaccessible aux musiciens peu fortuné. Les presets sont de grande qualité et l'emploi de la bécane est simplissime. Tout y est, et ce qui pourrait manquer est disponible en option (voir prix dans les caractéristiques). Que demander de plus ? E-mu est sur la bonne voie et souhaitons bonne route à ce nouveau venu, mutant des temps modernes, mi-sampler, mi-synthé, qui peut devenir les deux à part entière après quelques petites options ici ou là. Une machine de rêve !
IN
La modularité, le son, l'ergonomie, l'originalité du concept.
OUT
Le bruit de fond de certains effets, les différences d'interface entre le clavier et le rack. Qualité sonore : ***** Innovation/ergonomie : **** Rapport qualité/prix : **** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****
CMDM .