Après le lancement réussi d'une nouvelle génération, issue des PPG et incarnée avec brio par le MicroWave, Waldorf, la dynamique compagnie allemande, nous présente le XT, haut de gamme de la série. Le design associé à la performance.
Comme un peu d'histoire nous permet toujours de mieux comprendre les synthétiseurs actuels et, de fait, les nouvelles normes en vigueur, replongeons-nous dans le passé de Waldorf. Il faut remonter au début des années 70 pour voir apparaître un jeune fou de synthèse, Wolfgang Palm, porteur d'une idée géniale : la représentation numérique d'oscillateurs générant une forme d'onde, elle-même filtrée de diverses manières. Cette «numérisation » d'un signal analogique allait donner naissance à une des formes de synthèse des plus originales, et à une marque légendaire : PPG. Le premier instrument à en bénéficier fut le WaveComputer 360, et la suite, vous la connaissez : la société rencontra un beau succès avec les Wave 2, 2,2 puis 2.3., le son si particulier développé par cette synthèse à table d'ondes alliant, au début des années 80, la couleur FM des DX à la puissance des synthés analogiques d'alors. Voilà pour le passé, revenons maintenant au présent. Réapparue au début des années 90 sous le nom de Waldorf, la marque allemande ne cesse de nous préparer de nouveaux produits. Représentant un peu l'aboutissement d'une démarche technologique, le XT devient le haut de gamme de la série MicroWave - ayons, au passage, une pensée émue pour l'excellent Wave, clavier professionnel réservé à une élite... fortunée !
Présentation
à l'esprit quand on découvre le XT. La différence la plus frappante avec le MicroWave II dont il est issu, est sans nul doute l'abondance de boutons rotatifs rencontrés sur sa face avant : pas moins de quarante quatre potentiomètres sans fin, complétés par neuf touches de sélection. A l'évidence, c'est bien ce qui manquait le plus au MicroWave II, en terme d'ergonomie.
Lorsqu'on observe la physionomie des deux machines, on se rend compte que la partie haute du XT correspond exactement au MW II. Je crois que c'est la première fois (avis aux collectionneurs) qu'on se trouve devant un synthé «étendu» (hormis, peutêtre, le couple MKS 80 + MPG 80 Roland, bien que la partie programmeur n'apportait pas de nouvelles fonctions). C'est assez plaisant parce qu'on garde tout simplement ce qui a plu dans les modèles précédents, et on les complète par le «devenu indispensable» ! Vous l'aurez compris : le XT reprend les caractéristiques de base du MicroWave II, et forcément, dépasse largement ces dernières, afin de présenter une bécane «turbo» - objectif atteint en ce qui concerne l'ergonomie de l'appareil. Autre nouveauté à signaler : une prise d'entrée (analog in) au format jack 6,35, en face arrière. Côté connectique toujours, on conserve les quatre sorties séparées et les prises MIDI In/Out/Thru, mais par contre, on peut s'étonner de retrouver l'adaptateur secteur... Ce type de transformateur extérieur ne m'a jamais rassuré, et je pense qu'il est préférable d'avoir les classiques fiches secteur à trois broches (avec des câbles standards !). Le reste de la face avant reprend le désormais classique écran de la marque flanqué du non moins classique bouton rotatif de type alpha dial et de son switch de sélection «play ou shift».
De la synthèse
Dix voix de polyphonie et un mode multitimbral à huit parties, 256 timbres constitués de deux oscillateurs chacun (synchronisables), voilà un programme plutôt alléchant ! On remarquera, au passage, que la tendance actuelle de tous ces synthés n'est pas la course à la polyphonie, mais bien de proposer des interfaces utilisateurs conviviales, agrémentées d'une qualité sonore toujours plus performante. On pourra d'ailleurs profiter de l'excellent traitement interne du XT pour en faire bénéficier quelques vieux «coucous» traînant dans le home studio. A cet effet, l'entrée «analog in» permet d'attaquer directement l'étage de filtre, se substituant ainsi à un oscillateur interne. Un réglage de gain d'entrée ainsi qu'un volume sont disponibles pour compléter cette fonction. Rappelons ici le principe de la synthèse du XT : il s'agit de «photographier» une forme d'onde (appelée «waves») sur un cycle, et de la boucler - elles ont toutes exactement la même longueur et le même pitch de base. Une fois celle-ci mémorisée dans une table d'onde, on lui fait subir un ensemble de traitements analogiques (filtres, LFO, enveloppes...). On peut aussi la combiner avec d'autres formes adjacentes dans la table d'onde où elle réside (technique d'interpolation). Attention ! Rien à voir avec de simples PCM, ici, le signal généré par les oscillateurs est dans la plus pure tradition des synthés d'antan ; il est donc inutile de chercher la forme d'onde «piano» ou encor e « c o r n e m u s e » . Chaque t a b l e d'onde est constituée de 64 formes différentes, ces dernières représentant une forme d'onde analogique (triangle, dent de scie, carrée...) à un instant donné de son évolution (la fameuse photo...). Sans trop développer toutes les possibilités de ce type de synthèse, sachez que c'est tout simplement une des plus puissantes du moment et que l'on a certainement pas encore fait le tour des possibilités de ces appareils. Avec le XT, vous bénéficiez aussi de filtres multimodes assez sophistiqués (jusqu'à 24 dB par octave), ainsi que de deux LFO qui peuvent être utilisés séparément ou ensemble, le deuxième étant «enchaîné» au premier. Ces oscillateurs basse fréquence peuvent bien entendu être asservis à une horloge MIDI externe. Quant aux enveloppes, elles sont sans surprises puisqu'il s'agit d'ADSR des plus standards : une pour le filtre, une pour le volume, et une troisième, optionnelle, assignable à d'autres modules, tels les LFO par exemple. Notons, enfin, la présence d'une enveloppe d'onde à huit paramètres de niveau et huit de durée, ce qui affine sensiblement l'expression et les modulation d'une «wave».
Goodies
Au détour de toutes ces fonctions, on rencontre des «petits plus» comme le portamento et le glissando. Comme la question toujours soulevée par ces deux noms est généralement «quelle est la différence ?», je vous livre d'emblée la réponse. Un portamento donne une modification de l'accord entre une note et une autre par glissement, comme si l'on agissait sur un paramètre de pitch (le bender) d'une note, sauf que dans le cas du portamento, c'est la différence d'accord entre la note de départ et celle d'arrivée (deux touches enfoncées !) que l'on entend. Le glissando, lui, représente le même parcours, mais passe par tous les pas intermédiaires entre une note et une autre - vous jouez C2 puis F2, vous entendrez C2, C#2, D2, D#2, E2, F2. Parlons aussi d'une matrice de modulation perfectionnée, assez semblable à celles que l'on peut trouver chez d'autres constructeurs, à savoir seize modes de source - allant du contrôle des LFO à celui de l'enveloppe de filtre, par exemple. En bonus, vous disposez de quatre affectations libres (vous choisirez vous-même des sources de modulation MIDI). Une fonction «global» permet d'ailleurs d'aligner les sons présents sur les mêmes actions de modulation (pratique pour créer des grosses sonorités). Les effets ne sont pas absents du XT, et ils ont même été renforcés par rapport au MW II puisque nous trouvons désormais un délai (avec modulation et panoramique), plus les habituels chorus , flanger, overdrive, mais pas de réverb - est-ce bien nécessaire avec ce genre de synthèse ?
Un peu d'arpèges ?
S'il est bien un module quasi incontournable aujourd'hui, c'est l'arpégiateur ! Son utilisation rappelle que nos synthés collectors n'étaient pas si mauvais que cela, puisque les constructeurs s'y ressourcent régulièrement. Dans le XT, chaque preset peut avoir son propre mode d'arpège, agissant comme un mini séquenceur pas à pas, d'une capacité de 20 notes. Comme nous somme en présence d'un expandeur, le module arpégiateur est accessible via MIDI et les accords plaqués sur un clavier de contrôle sont automatiquement séparés (arpégés) et rythmés en boucle selon le schéma choisi. Pour les plus frileux, quinze modes sont présélectionnés, basés sur des séquences de seize pas : montant, descendant, alternance et aléatoire. On peut agir sur l'ordre des notes se présentant à la prise MIDI In, et il sera aussi possible d'uniformiser la vélocité des notes arpégées. Avec le mode Root, si vous jouez, par exemple, un premier Do avec une certaine vélocité, tous les autres Do seront alignés sur la vélocité du premier, l'autre mode consistant à caler toutes les vélocités sur celle de la dernière note jouée. Tout cela est très plaisant et avec un peu de pratique, on se surprend presque à regretter de passer par un ordinateur pour immortaliser sa dernière création musicale.
Et l'ergonomie dans tout ça ?
Je pense qu'il est important de signaler si un synthé est oui ou non ergonomique, car il y va de la qualité de notre travail quotidien. Un synthétiseur ou expandeur mal conçu ne servira pas notre musique, bien au contraire ! C'est sans doute ce qu'ont compris bon nombre de fabricants, bien au delà du phénomène de mode qui consisterait à nous faire croire que plus les boutons sont nombreux, plus l'appareil est performant ! Le XT échappe heureusement à tout concept fumeux, et pas un seul des potentiomètres en façade ne se révèle inutile. Le choix de boutons rotatifs sans fin s'avère des plus efficaces : la valeur est instantanément affichée sur l'écran puisque ce dernier se fixe sur la page de fonction dont le potentiomètre sollicité dépend ! Lorsqu'on ajoute à cela la transmission de tous les paramètres de la face avant via MIDI (à quand l'éditeur logiciel ?) on a vite compris que le XT avec ses petits «potards» est loin d'être un gadget.
Verdict
Nettement plus perfectionné que son aîné, tout en conservant ses caractéristiques de base, le MicroWave XT, pour 13 990 F (prix public constaté au 1er juin 1998), se révèle être un super expandeur. Original par son type de synthèse, d'une ergonomie quasi irréprochable, c'est un séducteur, un petit rayon de soleil orangé dans le home studio. Récemment importé par U.M. Distribution, le XT bénéficie d'une très bonne qualité sonore, et avec un peu de pratique, nul doute que les utilisateurs sauront en sortir des sonorités originales.
IN
L'ergonomie de la programmation, les performances sonores ( à écouter absolument), l'écran très lisible.
OUT
L'adaptateur secteur, les boutons rotatifs sans fin (sans fins), pas de slots d'extension, pas de version clavier. Innovation : *** Ergonomie : ***** Synthèse et programmation : ***** Rapport qualité/prix : *** Nul *, insuffisant **, moyen ***.
CMDM .