Haut de gamme de la série ESI, le 4000 turbo du constructeur américain E-mu Systems brille par sa simplicité d'emploi et son efficacité. Pour les explications, passons à la vitesse supérieure...
Après le succès de l'ESI-32 (voir KB n°85), digne successeur de l'Emulator III, l'arrivée du 4000 semblait inéluctable. Avec plus de polyphonie, plus de mémoire vive, plus de fonctions d'édition, plus d'emplacements pour les échantillons, plus de compatibilité avec le monde extérieur, que ce soit au niveau des banques de sons ou de la gestion des mémoires de masse..., l'ESI- 4000 (pour E-mu Sampling Instrument) est réellement une grosse machine... pour le prix d'une petite. Alors si, en plus, c'est la version turbo, on décolle !
Vous avez dit turbo ?
Examinons sans plus attendre ce que représente ce qualificatif. Tout d'abord, sachez qu'avec la carte d'extension turbo connectée en face arrière, vous disposez désormais de quatre sorties séparées supplémentaires, d'une entrée/sortie numérique S/PDIF et d'une autre paire pour la sortie effet, un générateur 24 bits double rampe étant intégré dans la carte.
Sans ouvrir un chapitre complet sur ce module de traitement, citons quand même des réverbs fort sympathiques, ainsi que des multitaps de grande qualité, les flangers et autres chorus n'étant pas oubliés pour autant. Côté reproche, nous pouvons juste remarquer un très léger bruit de transition entre certains effets - un phénomène accentué lorsqu'on active le mode Trigger qui déclenche des zones de presets à partir du pavé numérique de l'ESI. Avec cette version turbo, la mémoire vive de l'engin passe à 32 Mo (contre seulement 16 sur le modèle de base), le lecteur de disquettes peut être remplacé par un lecteur/enregistreur Zip 100 Mo, et bien entendu, la prise SCSI n'est plus en option, comme c'était le cas sur les premiers ESI-32.
Monsieur Plus
Avec ses 64 voix de polyphonie (32 stéréo), ses 999 emplacements disponibles pour les échantillons (256 pour les presets) et sa mémoire vive d'une capacité de 32 Mo sur le modèle turbo (extensible à 128 - 23 minutes à 44 kHz, en mono !), l'ESI-4000 n'est plus un sampleur d'entrée de gamme, mais bel et bien une «grosse bécane». En face avant, on retrouve la simplicité qui a contribué au succès des ESI-32 et E-III, la philosophie de l'appareil étant directement issue de ces derniers : chaque bouton appelle un menu et chaque sous-menu correspond à un chiffre d'appel - par exemple, si vous voulez accéder à la fonction «mouting drive», il suffit de taper sur «master» suivi de 7 et 1. Quelques combinaisons de base seront vite mémorisées par l'utilisateur, facilitant ainsi les manoeuvres au coeur du Système d'Exploitation de l'E-mu. Pour le reste, il s'agit d'un modèle identique en tout point à l'ESI-32 (pourquoi changer une ergonomie impeccable !?). L'écran s'avère d'ailleurs toujours aussi petit et on ne dispose malheureusement pas de visualisation de formes d'onde... Seul le recours à un logiciel d'édition (voir encadré SCSI) permettra un travail plus confortable. Comme l'organisation des samples, presets et banques est également similaire aux autres samplers de la marque, vous ne pourrez donc toujours pas sauvegarder des échantillons seuls, ou encore des presets - tout doit passer à l'intérieur d'une banque. Rassurez-vous, on s'y fait rapidement. En revanche, il est possible d'appeler n'importe quel échantillon ou preset de n'importe quelle banque, seul, ainsi que de mélanger, dans la mémoire vive, les presets d'une banque avec d'autres. L'intérêt de cette manoeuvre ? Lorsque vous équipez votre ESI-4000 de 128 Mo, vous n'êtes pas obligé d'avoir des banques de cette taille (sic), la «grandeur» moyenne des ces dernières (fournies par E-mu sous forme de CDROM) étant de 4 Mo. Comme la logique de l'OS veut qu'on ne charge qu'une banque à la fois, les ingénieurs ont créé une nouvelle fonction dans le «preset management» : le «merge all preset» ajoute donc la nouvelle banque sélectionnée à celle résidente en RAM. Malin !
Sampling
D'une simplicité quasi enfantine, les réglages d'échantillonnage ne posent donc aucun souci. Le travail s'effectue en 16 bits, à 22 ou 44,1 kHz. Cette restriction dans le choix des fréquences n'est valable que pour les entrées analogiques de l'ESI-4000, puisque si vous passez par l'entrée numérique, les formats 32, 44,1 et 48 kHz seront acceptés. Entendons nous bien : il n'est pas question de sélectionner la fréquence d'un signal numérique entrant. S'il avait été préalablement samplé, par exemple à 32 kHz, ce signal sera reconnu comme tel et accepté sous forme d'échantillon, sans reconversion. En poussant plus loin ce raisonnement, il est possible d'utiliser une fonction de «sample rate convert» dans la page Digital Processing, permettant ainsi de travailler de 11 025 Hz à 50 000 Hz. Ne vous réjouissez quand même pas trop vite car il s'agit là d'un traitement destructif du sample (comme tout ce qui concerne le Digital Processing de l'ESI d'ailleurs). Cela implique deux choses. Primo, ne pas oublier qu'il existe un niveau d'undo (retour en arrière) au cas où le résultat de votre conversion serait désastreux. Secundo, ne pas être trop pressé, ce type de calcul étant assez long, d'autant qu'il ne travaille pas en mode batch (par dossier ou ensemble de fichiers si vous préférez) et mobilise entièrement le processeur. Amis de la pause café, bonjour ! Pour le reste, rien de plus simple : bouclage, crossfade, pitch shift et time stretch sont là pour vous aider à peaufiner votre sample. Pour compenser l'absence de formes d'onde dessinées à l'écran, vous vous consolerez avec l'excellent «scrub edit» qui autorise le déplacement à l'intérieur d'un échantillon grâce à la molette de pitch bend d'un clavier maître. Ce procédé, inauguré chez E-mu sur la version 2 de l'Emulator III, était emprunté au légendaire Fairlight - comme quoi les bonnes trouvailles ont la vie dure ! Il suffit de se déplacer vite, ou moins vite, selon la position du bender, pour entendre le son se dérouler, à l'endroit ou à l'envers. Trouver un point de «troncature» ou de boucle devient alors ludique.
MIDI
Inchangé depuis l'E-III XP, le multimode - pour reprendre l'expression du constructeur - est toujours handicapé par son manque de mémoire de configuration (un seul par banque, c'est peu). Certes, aujourd'hui, le logiciel séquenceur envoie toutes les données à chaque début de séquence : program change, volume, pan etc. Mais ce n'est pas une raison pour faire l'impasse sur quelques mémoires bien utiles, en «live» par exemple. Pour en finir avec ce mode qui possède l'avantage d'être simple d'emploi, sachez que pour désactiver un canal MIDI en réception (le multimode enclenche automatiquement l'ouverture de seize canaux), il est nécessaire d'activer le message «unassigned», situé avant le preset 00, au canal indésirable pour le rendre muet.
Signalons la présence incontournable du patch de modulation matricielle qui dirige à peu près n'importe quelle source MIDI d'un contrôleur vers autant de destinations exotiques qu'une agence de voyage bien achalandée. Le «magic preset» nous autorise toujours (depuis l'E-III) à pratiquer le changement de banque via MIDI.
Conclusion
Dans son rack deux unités, l'ESI-4000 turbo se présente réellement comme un concentré d'E-mu. Les performances générales sont excellentes et grâce aux deux CD-ROM fournis (voire la cartouche Zip, si vous avez achetez le 4000 turbo Zip), vous rentrez de plein pied dans l'univers sonore du constructeur américain - avec toute sa légende. Seules ombres au tableau, les quelques petits manques signalés ici ou là qui nous rappelle que la marque exploite ce type d'OS depuis près de dix ans. Cela dit, c'est l'amortissement de cette technologie qui permet un prix aussi bas pour un sampleur aussi performant. L'ESI-4000 vous coûtera 8 950 F TTC, le 4000 turbo 11 900 F TTC, le 4000 turbo Zip 12 900 F TTC et la carte turbo pour équiper un ESI-32 ou 4000, 2 990 F TTC. Pour ceux qui n'ont pas envie de se «prendre la tête» avec une usine à gaz, l'ESI-4000 turbo vous attend.
IN
La capacité de l'engin, sa simplicité d'emploi, la qualité des convertisseurs, la carte turbo (indispensable) et le pavé Trigger en face.
OUT
Pas de visualisation de formes d'ondes, pas de sauvegarde individuelle d'échantillon, un petit écran, seulement deux slots de mémoires 72 broches (attention aux combinaisons !). Son : ***** Ergonomie : ***** Innovation : *** Rapport qualité/prix : ***** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****
CMDM .