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WaldorfQ

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°130

01 janvier 1987

Dernier-né de la firme allemande, le Q (prononcez «quiou») est un concentré de tout ce qui a contribué au succès des modèles Waldorf. En glissant de la surface orange du XT vers la robe jaune de ce tout nouveau synthé, en y greffant une interface professionnelle et quelques fonctions à la mode, ce produit ne risque pas de passer inaperçu !

Empruntant une partie du bagage technologique de ses prédécesseurs et développant, à l'instar de nombreux constructeurs, le concept de la synthèse virtuelle (modélisation analogique), le Q navigue dans des eaux où la concurrence fait rage. Pas de doute, cette voie, totalement parallèle à celle des synthétiseurs à formes d'onde échantillonnées, rencontre de plus en plus de succès auprès des adeptes des courants musicaux d'aujourd'hui. La technologie employée est, certes, plus coûteuse (ou pas encore totalement amortie), mais elle nous réserve bien des surprises. Pour avoir connu l'époque héroïque des vintages, nous pouvons, sans rougir, affirmer que bon nombre de modèles actuels ayant recours à cette synthèse «sonnent» mieux que certains vieux coucous dont la cote ne cesse de grimper... Chaque fabricant a donc sa petite idée sur la manière de présenter un nouveau produit, tout en expliquant qu'il s'agit de retrouver le grain des anciens, mais que la fiabilité et les capacités sont au rendez-vous, évolution et maîtrise technologique obligent. Dans l'ensemble, c'est relativement vrai, et la firme allemande, en sortant le Q, ne renonce pas vraiment à ses idées d'antan tel le fameux PPG 2... Les ingrédients sont assez semblables et nous retrouvons le même souci de perfection, d'ergonomie que par le passé. Ce nouveau Waldorf est donc un vrai synthétiseur qui, comme toute machine un peu complexe, demande un peu de travail et de passion pour en tirer la quintessence.

En scène et en coulisse

Tout d'abord, nous tenons à vous signaler que nous avons testé une version de pré-série, le modèle définitif risquant donc d'être très légèrement différent. Paré des atours nécessaires au succès tant convoité, ce nouveau venu propose un clavier de cinq octaves surmonté d'une surface de travail parsemée de potentiomètres rotatifs sans fin - sauf pour le volume, bien entendu. Une simple action sur l'un de ces boutons, et l'écran nous affiche instantanément le paramètre sollicité et la modification de sa valeur. A ce sujet, nous avons constaté, sur la pré-version du soft, une tendance de l'écran à très vite retourner à son mode initial, de sorte qu'il est difficile de vérifier l'état d'un potentiomètre que l'on vient de manipuler. Gageons que ce petit défaut sera corrigé dans la version 1.0 du Système d'Exploitation. L'écran de 2 x 20 caractères rétroéclairé est complété par la molette de type alpha dial rouge rencontrée sur de nombreux modèles offrent une double utilisation, comme ceux qui contrôlent l'enveloppe (au nombre de huit), soit deux accès directs, plus un supplémentaire indiquant le type d'assignation - filtre, amplificateur, auxiliaires. Au total, quatre ADSR sont disponibles à tout moment. Notons que les potentiomètres rotatifs de ce module servent aussi au séquenceur interne (édition des pas de programmation). Les touches d'activation de fonctions sont assez petites et, pour la plupart, doublées d'une diode luminescente. Le clavier du Q est très souple et silencieux, ce qui nous change des modèles «bas de gamme» parfois rencontrés dont le bruit des touches se fait entendre deux étages plus bas. /medias/khs/130/article-1040/WaldorfQ.jpg A gauche, nous trouvons deux molettes, un pitch bend et une modulation, surmontées de deux touches de fonctions. La face arrière est plutôt bien garnie : trois paires de sorties séparées dont une générale, une entrée ligne sur jack stéréo, une sortie numérique RCA au format S/PDIF, des entrées Control Voltage, volume et pédale interrupteur (type sustain etc.), ainsi qu'une interface M I D I c o m p l è t e . E n revanche, nous n'avons pas trouvé de prise casque ! Et pour cause, celle-ci est commune à la sortie générale. Il faut reconnaître que cela n'est pas très pratique à l'usage.

Synthèse

Le Q présente la particularité de travailler avec trois oscillateurs, la moyenne étant de deux par voix sur la plupart des synthétiseurs actuels. Chacun d'eux est doté de quatre formes d'onde numériques représentant les classiques sinus, dent de scie, triangle et pulse, pour retrouver le grain des vintages tant convoités. Vous bénéficiez aussi d'une banque de formes d'onde supplémentaires, mais malheureusement notre du constructeur. Sachez que certains boutons modèle ne possédait pas encore cette implémentation au moment du test. On ne pourra donc que spéculer à propos de son contenu. Chacune de ces rampes est complétée par un générateur FM, un pulsewidth et un PWM ! Si nous ajoutons à tout cela la possibilité de désaccorder chaque oscillateur et de sélectionner sa hauteur (octave range), nous sommes vraiment en route pour de la synthèse pure et dure ! Ces trois modules passent par un mixeur qui mélange d'autres signaux en provenance du modulateur en anneau et du générateur de bruit blanc. Le tout sera ensuite acheminé (individuellement pour chaque source) vers les filtres, les réglages de panoramiques, l'amplificateur et, enfin, les deux rampes d'effets. D'autres fonctions sont du voyage : c'est le cas du Glide (sorte de portamento polyphonique) ou du Xphorm, qui, comme son nom l'indique, exécute un morphing entre deux sonorités. Histoire de ne pas «faire dans le détail», le constructeur allemand a tout simplement doté sa machine de trois LFO ! Totalement éditable, chacun d'eux reçoit en prime deux potentiomètres rotatifs sans fin pour une édition encore plus intuitive. Six formes d'onde sont présentes et une diode indique, par son intensité, la vitesse de ces modules. A l'écoute, les sons restent typiquement Waldorf, avec cette finesse dans les aigus et cette dynamique particulière. Les sonorités sont très précises (parfois trop, peut-être) et, après quelques essais, il s'avère que les timbres du Q s'insèrent parfaitement dans un mixage. Cela tient, entre autres choses, au fait que la firme germanique n'essaie pas d'en mettre «plein la vue», les fréquences utilisées n'étant jamais trop flatteuses, comme cela arrive quelquefois avec des synthés venus des contrées du Soleil-Levant.

Divers

Nous retrouvons avec plaisir un séquenceur polyphonique 32 pas, dont chacun peut recevoir les réglages de plusieurs contrôleurs. Le fruit de notre travail pourra être stocké au sein des quatre banques de sauvegarde. Comme nous l'avions indiqué plus haut, les boutons rotatifs des enveloppes servent aussi au module séquenceur. On se croirait au temps du SQ10, le fameux séquenceur des MS 10/20 Korg... Toute une légende ! Le Q est aussi équipé d'un arpégiateur à 16 pas, dont nous pourrons éditer les patterns. Si les circulations de notes restent classiques, la programmation est complète et les différents modes d'horloge autorisent toutes les fantaisies. Rappelons également la présence d'une entrée analogique stéréo. Celle-ci autorise le traitement d'une source externe par les annexe ou un petit expandeur en mal de résonance. Les traitements ne sont pas oubliés, et nous découvrons que les sons conservent leurs effets quand nous les utilisons dans le mode multitimbral, bonne nouvelle ! Répartis en deux blocs, ils présentent les caractéristiques communes à tous ces types de module, à savoir les incontournables chorus, flangers et autres reverbs (bien que cette dernière, annoncée par le fabricant, n'était pas présente dans notre appareil lors de l'essai...). Les deux Fx possèdent chacun leur potentiomètre de mixage ainsi que leur switch d'édition. Enfin, signalons qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, le MIDI, bien présent sur le prototype, se contente de parler Système Exclusif, ce qui le cantonne au rôle de backup de son ou de mise à jour de l'O.S... Nul doute que Waldorf ne tardera pas à y ajouter moult synchro d'horloges, sans oublier la transmission des valeurs MIDI via la face avant.

Conclusion

Sans être véritablement novateur (sauf peut-être par son nom), le Q va assurément devenir une valeur sûre de la synthèse des prochaines années. L'héritage du Wave n'est pas loin... La sortie d'un clavier permet à Waldorf de se positionner sur un créneau porteur, celui des synthétiseurs pourvus de boutons et de contrôleurs temps réel. Le look voyant ne plaira pas forcément à tout le monde, mais il faut reconnaître qu'un peu de couleur dans nos studios ou sur scène ne peut pas nuire. Certes, le prix élevé de l'engin, 22 500 F TTC annoncé, le réserve à une clientèle fortunée ou à des professionnels, mais le Q peut sans problème devenir aussi le centre nerveux d'un home studio sérieux. Un choix qui s'inscrit dans la pure tradition des amoureux de la synthèse et des fous du potentiomètre, ou comment réconcilier plusieurs générations d'utilisateurs autour d'un seul appareil !

IN

Les choix technologiques «musiciens», l'ergonomie, le son, les sorties séparées, la sortie numérique, le look.

OUT

PCMCIA ou de disquettes, pas de prise casque directe (sortie stéréo), les boutons d'appel de fonctions un peu petits. Ergonomie : ***** Son : **** Performance : **** Rapport qualité/prix :*** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****

CMDM .

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