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E-mu Systems E4 XT Ultra

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°132

01 janvier 1987

Quand E-mu prend la décision de revisiter sa gamme de sampleurs, c'est tout sauf une simple vue de l'esprit ! Nouveau moteur, nouveau logiciel d'exploitation, nouvelles cartes optionnelles..., seule la façade de l'E4 XT nous rappelle l'ancienne version, c'est dire si les modifications sont nombreuses !

Largement détaillées dans notre test de l'E4 X (KB n°111), nous ne reviendrons pas sur toutes les fonctions qui ont contribué au succès de cette famille d'échantillonneurs. En revanche, bénéficiant d'un des tous premiers E4 XT Ultra débarqués en France, nous profiterons de cette aubaine pour analyser les apports de la version 4.0 de l'EOS (E-mu Operating System), ainsi que l'arrivée de nouveaux composants, qu'ils soient intégrés à la carte mère ou sur cartes optionnelles. En réalité, le constructeur californien n'avait pas trente-six solutions pour répondre à la vague de concurrence nippone qui a récemment déferlé sur le marché : soit fabriquer un nouvel appareil, soit revoir entièrement sa gamme en y intégrant des technologies de pointe. C'est cette dernière option qui a été retenue par le R&D (bureau de développement) d'E-mu.

Upgrade

Les raisons de ce choix s'expliquent d'ailleurs assez bien. Tout d'abord, la rationalisation des cartes mères des sampleurs de la série E est telle que l'on peut intervenir sans modifier l'architecture de la machine. D'une certaine façon, cela nous rapproche de plus en plus des micro-ordinateurs, qui évoluent en puissance par simple remplacement du processeur. D'autre part, toute la politique du fabricant, et spécialement depuis son rachat par Creative Labs, a été de concevoir des appareils évolutifs et modulables à souhait. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder le catalogue et de constater qu'un 6400 peut devenir un E4 XT ou bien encore un E-Synth... Par ailleurs, l'EOS s'est considérablement étoffé depuis sa version originale, preuve que la discussion entre le hard et le soft est fort bien pensée. Soucieux de ne pas froisser une clientèle fidèle, E-mu a prévu la mise à jour du parc existant par un passage au SAV et le remplacement pur et simple du processeur central, ainsi que de la version du Système d'Exploitation ! Ceux qui auront le désir (et les moyens) d'upgrader leur machine n'auront plus cette sempiternelle obligation : revendre l'appareil «actuel» pour acquérir le nouveau. Pour ce qui est de l'E4 XT, il représente le haut de gamme de la marque, sans pour autant être «full option». /medias/khs/132/article-1043/EAxt_ultra.jpg Gageons que, pour un problème de positionnement sur ce marché où la concurrence fait rage, il ne faut pas dépasser un certain prix de vente. Qui plus est, l'option de compléter sa machine par des cartes n'est pas déplaisante et permet d'ajuster au mieux les capacités de l'appareil à ses besoins.

Hardware

Comme l'E4 XT est le fleuron de la marque, il est donc livré avec 128 voix de polyphonie, la carte optionnelle 6862 offrant le deuxième port MIDI, l'entrée/sortie numérique au format AES/EBU ainsi que le Word Clock, en entrée comme en sortie - outil désormais indispensable pour qui veut connecter plusieurs appareils, comme une console de mixage avec un DAT et un échantillonneur, par exemple. Cette carte apporte donc une grande souplesse d'utilisation et, outre le fait d'ajouter purement et simplement seize canaux MIDI et un deuxième port physique, c'est toute la gestion numérique qui est ici représentée (abstraction faite de la 6861, qui amène huit entrées et seize sorties au format ADAT). Dans la série XXL, nous noterons la présence d'un disque dur interne de 3,2 Go Quantum. Tout progresse, et avec la capacité toujours galopante des mémoires vives, il va sans dire que les disques durs et autres mémoires de masse doivent évoluer en conséquence. Il y a dix ans environ, avec l'E-mu III, nous avions 8 Mo de RAM, un HD externe de 140 Mo, et cela suffisait bien dans la plupart des cas. Maintenant, nous devons faire face à des banques de sons gigantesques et à des projets de plus en plus conséquents confiés à l'échantillonneur. Le lecteur de disquettes présent sur la droite de la face avant est définitivement relégué au rôle de mise à jour Système ou bien encore à la lecture de séquences MIDI files. Signalons, enfin, le processeur d'effets 24 bits à double rampe, présent d'origine sur toute la nouvelle gamme du constructeur.

Hardware bis

L'E4 XT Ultra est équipé d'une Flash RAM. Rappelons que cette barrette mémoire offre la particularité de conserver son contenu à l'extinction de l'unité centrale, ce qui revient à dire que l'échantillonneur bénéficie de sonorités dès sa mise sous tension et que ces presets (jusqu'à 1000) pourront être tout à loisir effacés, remplacés... La Flash RAM est donc différente d'une mémoire ROM qui peut compléter les E4, puisque le contenu de cette dernière n'est pas effaçable. Imaginez votre machine favorite qui s'éveille chaque matin en ayant conservé les meilleurs sons de la veille, et ce, sans avoir à les recharger du disque dur ou d'autres mémoires de masse... Le rêve ! Au chapitre des nouveautés, nous constatons avec joie que le moteur de la carte mère est un processeur RISC 32 bits, un des leaders du traitement de l'information à la seconde ! L'arrivée d'un tel chip dans l'engin correspond à une harmonisation des cartes chez le fabricant américain (c'est un composant retrouvé dans les récents Audity et Proteus 2000) ainsi qu'à la volonté affichée de surdimensionner la capacité de calcul des prod u i t s de la marque afin de faire face à une éventuelle évolution logicielle (plus gourmande en traitement) et satisfaire les utilisateurs exigeants (qui acceptent de moins en moins de voir leurs sampleurs ramer !). Effectivement, la première impression à l'utilisation de l'E4 XT Ultra, c'est la rapidité. Difficile de prendre en défaut un tel foudre de guerre... Pour la face avant de l'appareil, sachez qu'elle se distingue des modèles précédents uniquement par le logo Ultra.

EOS 4.0

L'interface utilisateur par excellence, c'est l'EOS. Celui-ci nous permet d'exploiter au mieux les capacités hardware de la machine et nous aide à nous y retrouver dans ce dédale de fonctions toujours plus complètes et complexes - c'est souvent là que l'on juge la qualité du Système d'Exploitation d'un produit. Depuis quelques années, E-mu s'affiche comme le spécialiste du genre. Updates régulières, fonctions innovantes, corrections de bugs sont autant de gages de fiabilité et de fidélisation pour l'utilisateur. Chaque nouvelle version apporte donc son lot de pages d'éditions supplémentaires, de techniques de synthèse d'échantillons..., la mouture 4.0 mettant l'accent sur l'édition des boucles - problème ô combien crucial, en ces temps technoïdes. La nouveauté porte le nom de «beat munger», une expression qui ne peut pas se traduire directement dans notre beau français... Patience, voilà l'explication de texte : «munging» fait partie du langage des hackers (les pirates de logiciels, si vous préférez !). En effet, cette action désigne le principe de triturer, d'extraire, de modifier un programme afin que celui-ci ne soit plus reconnaissable ; autant dire qu'il faudra prendre le sens de ces mots avec toute la prudence que cela impose. Dans ce but, le fabricant et ses distributeurs ont jugé bon de spécifier qu'il fallait utiliser cette fonction en toute intégrité et non à des fins de détournement et autres piratages de samples. Ce «beat munger » a donc pour vocation une analyse temps réel d'un échantillon, si possible à base de rythme : il en déduit une «carte» qui permet d'identifier les temps forts, les cadences, etc. De cette radiographie, nous pourrons demander à l'EOS de nous calculer le meilleur point de bouclage, ainsi que la modification possible de l'échelle rythmique - vous écoutez un sample en 4/4, et vous décidez de le transformer en 6/8, par exemple. La page d'édition regroupe tous les éléments indispensables à l'élaboration de boucles, avec une puissance sans précédent. L'analyse du groove donne le tempo avec une redoutable précision, identifie le nombre de beats, bref, de quoi travailler sérieusement ! Attention cependant, seuls les échantillons contenant réellement une pulsation rythmique seront traitables - le «beat munger» refuse obstinément de s'appliquer à un vulgaire son. En tout cas, c'est la première fois que, dans le domaine des boucles d'échantillons, des traitements novateurs apparaissent - comme quoi la technologie nous réserve bien des surprises. Pour terminer ce tour d'horizon, nous trouvons un paramètre de swing, trois niveaux d'action (lent, normal, rapide), un ajustement du traitement, le nombre de mesures à éditer, un niveau de métronome (pour fixer son travail en rapport à une pulsation), de quoi revisiter tout ce qui est du domaine du groove. La publicité du fabricant n'est pas du tout mensongère quand elle annonce fièrement que l'on peut totalement transformer une boucle prise ici ou là. Enfin, une autre fonction DSP dénommée «reverse» fait aussi son apparition, et se passe de commentaire tant son intitulé est parlant.

The end

Sans changer l'aspect extérieur de sa gamme, E-mu a su revoir entièrement sa copie et proposer un sampleur très puissant, doté d'innovations dans le traitement DSP et carrément ultrarapide dans son utilisation. Le logiciel est stable et les opérations d'édition s'effectuent sans encombre. Avec ses 128 voix de polyphonie, sa capacité mémoire importante, l'ajout de Flash RAM ou de ROM, l'E4 XT Ultra joue dans la cour des grands. De plus, les Ultra sont livrés avec neuf CD-ROM de la collection E-mu, soit plus de 5 Go de sons ! Avec cet apport gratuit, le constructeur lance visiblement une opération de séduction vers ses clients. Qui s'en plaindra ?

IN

La simplicité, la qualité des nouvelles fonctions, l'extensibilité, le son !

OUT

Un look qui a peu évolué, pas de version clavier à l'heure actuelle, un seul niveau d'undo dans les opérations destructives, un seul port SCSI. Rapport innovation/technologie : **** - Banque de sons : ***** - Rapport qualité/prix : **** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****

CMDM .

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