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Korg Triton

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°133

01 janvier 1987

Avec la lourde tâche de succéder à plusieurs familles couronnées de succès, le Triton s'annonce comme une vraie station de travail combinant plusieurs types de synthèse et de l'échantillonnage. Le look, qui emprunte à la fois aux Trinity et au Z1, s'inscrit dans la logique du constructeur japonais : fabriquer de belles machines, originales, performantes, enfin... tout ce que l'on demande !

Après la série T, puis les 0W, Korg avait présenté voici trois ans les Trinity. La gamme restait à peu près identique, à quelques (gros) détails près, soit une station de travail pourvue d'une palette sonore conséquente, équipée d'un séquenceur puissant et déclinée en trois claviers (cinq, six et sept octaves). Le Trinity avait quand même bien renouvelé le genre, avec son lot d'innovations comme l'écran tactile, les options d'entrées/sorties numériques ainsi que l'adjonction d'un synthétiseur monophonique MOSS (le Prophecy). D'une certaine façon, nous aurions presque pu deviner ce que contiendrait un Triton, tant il semble évident que la voie choisie par le constructeur nippon est bénéfique et rencontre de nombreux adeptes. Le Triton s'annonce comme l'ultime évolution de ce concept, et nous pouvons dire que la boucle est bouclée ! En effet, les options sont beaucoup moins nombreuses que sur la gamme Trinity - et pour cause, presque tout est fourni d'origine ! Imaginez un peu : pas moins de 62 voix de polyphonie, le sampling stéréo à 48 kHz, un séquenceur, deux arpégiateurs, des nouvelles formes d'onde, des sonorités acoustiques traitées admirablement, des cartes de sons sur slots d'extension, voilà ce qu'est (entre autres choses) un Triton... Du concentré de Korg, en quelque sorte. /medias/khs/133/article-1045/korg_triton_1.jpg Certes, la synthèse MOSS reste une option, mais devient polyphonique six voix. Le tour de force de la firme est d'avoir regroupé dans un synthé une grande partie des technologies qui ont fait son succès ces dernières années. Pour en savoir plus sur cette synthèse, reportezvous à notre test du Z1 (KB n°116). Un peu à la manière d'un autre fabricant de synthés venus du Soleil-Levant, avouons-le, Korg renouvelle le concept de la station de travail en y incluant d'emblée tout ce dont nous pouvons avoir besoin avec ce genre d'outil. La visite s'impose !

Descriptif

Un des points forts du Triton est indéniablement son ergonomie. Rarement un clavier aura été plus accessible et plus intuitif ! De prime abord, le Triton ressemble à s'y méprendre à son prédécesseur : même look, même écran, mêmes commandes de modulation, avec le contrôleur à ruban, organisation de la surface de contrôle quasi identique. D'ailleurs, pourquoi changer une interface qui a largement fait ses preuves par le passé ? Nous trouvons par contre ce qui aurait pu faire défaut aux Trinity : des boutons rotatifs en face avant, à l'instar du Z1 ... Moins nombreux toutefois que sur ce dernier, les potentiomètres du Triton remplissent leur office de la façon la plus simple, mais aussi la plus efficace possible. Quatre d'entre eux, situés sur la gauche de la face avant, se chargent des modifications basiques du timbre (fréquence de coupure de filtre, résonance, intensité d'enveloppe, decay) et agissent sur des paramètres sélectionnés par l'utilisateur. En réalité, nous avons quatre accès pour un maximum de huit fonctions par timbre, évidemment. Au centre, trône le fameux écran 320 x 240 «touch view», très amélioré par rapport à la version initiale. Deux points sont à signaler : l'évolution logicielle, qui a su au fil des années mieux gérer les routines d'affichage, et, en ce qui concerne notre Triton, l'ajout d'un deuxième processeur qui rend cet écran on ne peut plus véloce ! Nous comprenons tout l'intérêt d'un tel affichage, dès lors que celui-ci remplit pleinement son rôle. Si cette technologie demeure certainement coûteuse, il n'en reste pas moins que cette façon de naviguer dans les entrailles du Système d'Exploitation est, de loin, la plus performante.

Suite...

Sur la partie droite du Triton, nous découvrons la sélection des banques (de A à D), complétées par celles de sampling, de la synthèse MOSS ainsi que de la GM, fixée une bonne fois pour toutes en ROM. Continuons notre tour d'horizon avec les commandes du séquenceur et de l'arpégiateur. Ce dernier bénéficie d'un bouton rotatif de tempo, surmonté d'une LED rouge clignotante (pour le tempo, il faudra vérifier sa valeur sur l'écran), d'un gate et d'un contrôle de vélocité. Quant au séquenceur, il retrouve ses classiques touches de transport. /medias/khs/133/article-1045/korg_triton_2.jpg En façade, nous bénéficions aussi d'un lecteur de disquettes 2HD ainsi que d'une prise casque (heureuse initiative !). Enfin, quelques mots pour évoquer la face arrière du Triton : celle-ci est pourvue d'une paire de sorties stéréo, ainsi que de quatre sorties individuelles. Une paire d'entrées, agrémentée d'un atténuateur ligne/ micro, «alimente» l'échantillonneur, tandis que trois autres accueillent les contrôles aux pieds (On/Off, volume et sustain). Les traditionnelles prises MIDI cohabitent avec une To Host, pour une liaison informatique Mac/PC. L'option SCSI (25 broches) autorise la gestion des mémoires de masse, bien utiles pour la section échantillonnage. Notons enfin la présence d'une molette de réglage de contraste de l'écran.

Synthèse

Et voici que débarque la synthèse HI (pour Hyper Integrated), digne remplaçante de la très usitée AL2. Plus sophistiquée, la HI reste une classique synthèse soustractive à base de PCM. Ce qui change, ce sont toutes ces formes d'onde dont la palette a été entièrement revue par Korg. Au-delà, les effets et le sampling complètent la panoplie du parfait designer. La base sonore est constituée de 425 multi-échantillons et de 413 samples de batterie et percussions, soit 32 Mo de données. Toutes les sonorités sont échantillonnées à 48 kHz et la qualité est au rendez-vous ! Le complément apporté par l'armada de traitements souligne, plus que jamais, que cette section est partie intégrante de la synthèse. Nous distinguons cinq insertions d'effets stéréo, deux rampes générales, un égaliseur trois bandes (stéréo...) Pas moins de 102 traitements sont assignables aux sections inserts et 89 aux masters. L'originalité de cette section ne s'arrête pas là, puisque nous trouvons un vocodeur qui modulera une source se présentant aux entrées sampling et un modulateur en anneaux. Une fonction de synchro est aussi présente et permet la liaison avec le séquenceur et/ou l'arpégiateur ainsi qu'avec le MIDI externe ! Comme à l'accoutumée, chaque timbre est constitué de deux oscillateurs (deux formes d'onde, donc), que complètent deux rampes de filtres résonants, quatre LFO (deux par oscillateurs) contenant chacun une vingtaine de sélections de formes différentes, si nous tenons compte des déclinaisons de certaines d'entre elles. Encore un avantage à citer en faveur du grand écran : les formes d'onde des LFO sont dessinées, information précieuse quand nous avons affaire à des éléments d'une même famille et que le nom générique ne nous renseigne que partiellement. Bien entendu, tous ces générateurs sont synchronisables via MIDI. Au chapitre des enveloppes, sachez que celles-ci sont aussi matérialisées sur l'afficheur, mais la magie de Touch View s'arrête là - on ne peut pas dessiner directement sa forme... Ceci dit, l'ensemble des fonctions est clairement distribué dans les pages et le tout est d'une rapidité déconcertante. Là encore, nous retrouvons des réglages de modulation et la stratégie du HI devient évidente : qualité des formes d'onde de base et interaction très poussée sur l'ensemble des éléments de cette synthèse. Il est vrai que repousser les limites de l'utilisation de PCM nécessite aujourd'hui une bonne dose d'imagination, et les transformations multiples du signal sont sans conteste une réponse possible à ce défi. Dans ce sens, l'expression d'un timbre sera forcément plus riche et subtile.

Echantillonnage

Livré avec 16 Mo d'origine, soit presque trois minutes d'enregistrement en mono, le Triton rivalise déjà avec quelques sampleurs haut de gamme. Sa mémoire est extensible à 64 Mo, par barrettes (SIMM 72 broches 60 nanosecondes ou supérieur). Attention, comme il n'y a que deux slots, la configuration optimale demandera deux mémoires de 32 Mo. Pour la compatibilité avec d'autres formats d'échantillons, reportezvous à l'encadré et vous constaterez que Korg joue manifestement la carte de l'ouverture. /medias/khs/133/article-1045/korg_triton_3.jpg C'est un choix judicieux, qui permet à l'utilisateur de bénéficier rapidement d'une banque de sons imposante (toutes marques confondues), sans trop se soucier du format d'origine ! Les paramètres de base sont présents et l'édition habituelle d'un échantillon est réalisable (couper, copier, coller, bouclage, reverse, fades, insert...). L'enregistrement s'effectue à 48 kHz, en 16 bits linéaires, et la forme d'onde est représentée à l'écran, ce qui facilite grandement son édition. Une grille analyse d'ailleurs les temps forts d'une rythmique, par exemple, et ainsi l'échantillon pourra être découpé en fonction du bpm. Bien entendu, une simple manipulation permet de retrouver nos samples dans le mode d'édition de sons, comme un oscillateur. Si nous avons réalisé un échantillon stéréo, celui-ci prendra la place des deux générateurs.

Arpèges et séquences

Modules incontournables dès qu'il s'agit d'utiliser l'appellation workstation, le séquenceur et l'arpégiateur du Triton sont volontairement surdimensionnés afin de laisser toute latitude à l'utilisateur. Le séquenceur est doté de seize pistes et d'une capacité de 100 000 notes. L'arrivée de nouvelles fonctions - la création de gabarits de phrases musicales (de 1 à 99 mesures), le RPPR qui enregistre et restitue des motifs via le clavier (une note égale un motif), ou encore la mise en boucle individuelle de chaque piste - montre bien la volonté du fabricant de proposer une solution fiable et professionnelle. L'arpégiateur débarque lui aussi avec son lot de performances, à savoir : deux sections polyphoniques (dix notes), utilisables simultanément. notes, à répartir sur environ 180 mémoires... de quoi s'exprimer ! Quelques fonctions ont attiré notre attention, comme le Fixed Note, très pratique pour les arpèges «mini-patterns de drums», ou encore la possibilité en mode Combi de déclencher l'arpège via la vélocité ou de l'attribuer à une section du clavier... Bref, un module au-dessus de tout soupçon !

Conclusion

Fort de quelques années riches en développement technologique, Korg nous livre une station de travail aboutie, à laquelle il ne manque (presque) rien et dont l'ergonomie laisse rêveur. Ajoutez à cela des performances sonores au-delà de la moyenne, richement mises en valeur par les arpégiateurs, le séquenceur interne et les contrôles temps réel, et vous aurez saisi tout ce qui fait la force du Triton. Le plus incroyable, c'est que toutes ces fonctions ne grèveront pas votre budget, puisque l'engin est proposé à 15 950 F TTC (prix public constaté au 1/05/99). Une très belle réussite qui ne manquera pas de donner naissance à de nombreux inconditionnels.

IN

La qualité sonore, les effets, le sampling d'origine, l'écran tactile, les potentiomètres de contrôle, les options.

OUT

La transition entre les sons (bruits dus aux effets), les timbres pas vraiment classés par style (sauf sur les cartes d'extension).

CMDM .

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