Très discret depuis deux ans, Ensoniq revient sur le devant de la scène avec un synthétiseur pur et dur ! Une façon de rappeler que la marque, malgré son rachat par E-mu, est toujours créative...
Apparu fin 1985, Ensoniq avait surpris tout le monde avec son Mirage. A l'époque, d'aucuns pensaient qu'un échantillonneur à ce prix (environ 20 000 F, alors qu'un Emulator 2 valait quatre fois plus !) cachait forcément quelques failles. Il n'empêche, ce produit rencontra un grand succès, même s'il devait être rapidement détrôné par la concurrence japonaise. Quinze ans plus tard, l'arrivée du Fizmo renoue avec cette idée de créer des appareils originaux et totalement dédiés à une tâche. Certes, nous nous écartons de l'échantillonnage et du concept de workstation (d'ailleurs pratiquement initié par Ensoniq avec les ESQ1 et, plus tard, les VFX), le Fizmo étant un synthétiseur. Mais attention, pas n'importe lequel !
Il s'agit bien d'un tournant dans la stratégie de l'entreprise, puisque, aujourd'hui, les deux produits phares sont ce dernier et l'ASRX-Pro, sampleur/séquenceur. Les deux se complèteront admirablement et le public clairement visé est celui des courants musicaux électroniques actuels. En outre, le Fizmo répond à une concurrence de plus en plus vive dans ce créneau du synthétiseur «revival», à savoir les émulateurs de vintages et autres analogiques qui valent (à tort) une fortune sur le marché de l'occasion - pour la plus grande joie des spéculateurs. En ce sens, le nouvel Ensoniq, par la qualité de ses timbres et son approche ultra simplifiée, vous évitera de devoir chercher une vieille occasion pour jouer avec de vrais sons de synthés.
Le tour du propriétaire
Présenté sous forme d'un clavier de cinq octaves (61 notes), le Fizmo peut se targuer d'avoir une robe originale ! La couleur va du bleu, sur les parties extrêmes de la face avant, au mauve sur le centre, le tout ceinturé de noir ! Comme ça, nous ne risquons pas de le rater dans un setup ou chez le revendeur ! Le tableau de bord est concentré au milieu de la surface de travail, et pas moins de 34 petites touches (genre Smarties), dont la plupart sont munies d'une LED d'activation, viennent compléter la tâche de 23 potentiomètres. Un mini-écran, c'est le moins que l'on puisse dire, de quatre LED rouges nous renseigne sur les numéros de programmes ainsi que sur les valeurs de crémentation/ décrémentation. Les boutons rotatifs sont assez hauts, plus que la moyenne en tout cas, mais le fabricant a jugé utile d'aller glisser des mini-switches entre eux ! Attention aux erreurs de manipulations, car il n'est pas rare qu'en accédant à ces touches, nous modifions la valeur d'un paramètre au passage. Autre point à signaler, la façade est sérigraphiée... en tout petit. Quant à la face arrière, elle est d'une sobriété exemplaire : la prise casque jouxte une paire de sorties stéréo, suivies de près par une entrée audio avec son ajusteur de niveau (bonne nouvelle !). Dans le prolongement, nous trouvons une double entrée pour les pédales de contrôle (un jack stéréo reçoit un câble approprié), la trinité MIDI In/Out/Thru, pour terminer sur l'interrupteur marche/arrêt et sur... l'embase d'un adaptateur secteur ! Nous nous permettrons d'émettre quelques doutes sur l'adoption d'un tel système pour un clavier comme le Fizmo. Primo, parce que le public visé n'est pas le dernier à partir en concert, et ce type de boîtier d'alimentation, avec son petit fil, est d'une fragilité évidente. Secundo, il y a largement assez de place dans l'appareil pour accueillir une alimentation interne... Dans l'ensemble, tout est assez accessible et nous nous habituons rapidement aux diverses manipulations de l'engin, faces avant et arrière comprises.
Ah, j'oubliais : deux molettes, pitch bend et modulation, sont présentes sur la gauche du clavier et s'avèrent être mémorisables par presets. Cela devient intéressant quand nous imaginons l'interaction possible avec le système de modulation matricielle intégré au Fizmo. Enfin, autre point non négligeable , l e Système d'Exploitation est en Flash, ce qui veut dire que nous le mettrons à jour par un simple transfert de fichiers MIDI.
Transwave ?
C'est la synthèse du Fizmo, son point fort, et autant le dire tout de suite, le son rivalise avec les plus grands best-sellers, qu'ils soient à modélisation ou à base de PCM. Un bref rappel pour indiquer que Transwave est un système de table d'onde avec des boucles différentes, les Frames chez Ensoniq. Ces dernières possèdent des structures harmoniques distinctes, ce qui confère au timbre une évolution beaucoup plus naturelle et riche. C'est de cette façon que nous pouvons aussi réaliser une sorte de morphing d'une sonorité à l'autre en empruntant des éléments à différentes tables. Avec 48 voix de polyphonie, une structure de preset à quatre sons disposant de deux oscillateurs chacun, nul doute que la richesse et la puissance sonores sont au rendez vous ! Les filtres ne sont pas en reste, puisque nous trouvons des passe-bas quatre pôles résonants regroupés autour de 33 présélections (très bonne idée). Un module LFO est disponible et ne délivre pas moins de sept formes d'onde, synchronisables par MIDI si nécessaire. Trois générateurs d'enveloppe ainsi qu'une matrice de modulation complètent la partie édition. Enfin, notons la présence de tables d'accord (45 en ROM, avec une résolution de 256 pas par demi-tons) et un système de «pitch tracking» autorisant l'évolution de l'accord fin en fonction de la situation sur l'instrument. A tout cela, ajoutons un clavier divisible en quatre zones (layers ou zones splitées) adressables séparément en MIDI - il est à noter que la multitimbralité via MIDI est de seize parties (4 sons x 4 presets). Un mode arpégiateur «intelligent » (un bouton de tap tempo est même présent) parachève l'ensemble et s'adapte parfaitement aux délires technoïdes en tout genre. Soulignons la précision de ce mini-séquenceur qui, par son mode Cruise, tire vraiment partie des richesses sonores générées par la Transwave. Après tous ces trafics, vous aurez une idée de la souplesse d'utilisation des sons ! Le tout transite en sortie par les effets 24 bits basés autour du chip ESP-2, équipant notamment le PARIS, DtD professionnel de la marque.
Parmi ces traitements, le vocodeur est certainement un des plus attractifs et remplace avantageusement certaines machines antiques qui hantent encore le marché de l'occasion. La conversion D/A s'effectue en 20 bits, ce qui permet au Fizmo d'atteindre 100 dB de dynamique avec un rapport signal/bruit de 97dB ! Du coup, toute la subtilité des Transwaves est acheminée vers nos oreilles, sans détérioration aucune du signal. Force est de reconnaître que la synthèse adoptée par Ensoniq s'accommode parfaitement des contrôleurs de la face avant. En effet, ce mode de table d'onde prend toute sa dimension dès lors que nous y accédons facilement, voire intuitivement. C'est bien le cas avec le Fizmo, et cela devient un outil de travail assez puissant et original. Bien entendu, l'action de tous les potentiomètres, dont les cinq contrôleurs temps réel (repérés par les lettres F I Z M O !), est transmise via MIDI et, par conséquent, mémorisable dans un séquenceur, étape ultime pour conserver un feeling d'improvisation.
Conclusion
Le Fizmo ne laisse pas indifférent, c'est sûr ! Quelques manques côté ergonomie sont compensés par un mode de synthèse performant. L'approche d'Ensoniq en matière de manufacture électronique a toujours été originale, mais l'emballage n'est pas forcément au rendez-vous, c'est ce que l'on constate aujourd'hui avec ce clavier. Mais s'agissant du premier produit à sortir depuis l'intégration de la marque chez E-mu Systems, gageons que les améliorations apparaîtront rapidement. Le prix de 11 900 F TTC situe le Fizmo dans la tranche des synthés à modélisation qui fleurissent ici ou là. A écouter attentivement, donc !
IN
Le son ! l'entrée audio et le mode vocodeur, la simplicité d'utilisation.
OUT
L'adaptateur secteur, les touches coincées entres les potentiomètres, pas de sauvegarde sur carte ou disquette.
CMDM .