Décidément intarissable, Yamaha nous livre ici la troisième version de sa série CS/x. Loin d'être un prisonnier, le CS6x tendrait plutôt à briser les chaînes des caractéristiques de la gamme pour pointer son nez du côté des pros. Pour une fois qu'on décline vers le haut...
Depuis la sortie du CS1x, le genre ne s'était guère renouvelé, et mis à part le CS2x qui se contentait de quelques améliorations, on pouvait imaginer que cette gamme allait s'éteindre naturellement sous peu. C'était sans compter sur les ingénieurs de Yamaha qui se sont visiblement fait plaisir en concevant le CS6x. Très franchement, hormis un air de famille déjà lointain et le logo, tout laisse supposer qu'il s'agit bien d'un nouvel appareil. Le CS1x avait réintroduit les contrôleurs temps réel qui avaient bel et bien disparu grâce à (ou à cause de)...
Yamaha, avec l'arrivée du DX7 ! Il est agréable de constater que quelques années plus tard, les constructeurs ont fini par écouter les musiciens qui réclamaient des accès directs à la synthèse et des vecteurs de modulation en temps réel. Le nouveau modèle représente une sorte d'aboutissement dans ce concept du synthé «facile» et performant tel que nous aimons en rencontrer aujourd'hui. S'il n'est sans doute pas trop compliqué pour un fabricant comme Yamaha de regrouper un certain nombre de technologies au sein d'un même appareil, il faut quand même une bonne dose d'imagination pour que les ingénieurs «pondent» un synthétiseur à la fois simple et puissant. Le plus grand problème que l'on peut rencontrer avec ce type d'outil, c'est l'ennui, après quelques semaines d'amusement. C'est souvent là que nous décelons les faiblesses d'un produit, une fois digérées les superbes démonstrations et les effets enjôleurs... Dans le cas du CS6x, les possibilités et combinaisons sont tellement puissantes qu'à part l'éventualité, toute relative, de se lasser des banques sonores (il ne tient qu'à l'utilisateur d'acquérir des cartes plug-ins avec de nouvelles synthèses), le musicien n'est pas prêt de faire le tour d'un tel engin... Et c'est peut-être là que nous découvrons une des évolutions majeures de la lutherie électronique : la diversité des synthèses proposées et des modes de production au sein d'une seule unité. Jusqu'à maintenant, le concept de workstation visait essentiellement à réunir un générateur de sons et un séquenceur. Avec un CS6x, nous dépassons largement ce stade : la puissance est dégagée dans la partie des timbres associée à divers modules de création musicale en temps réel, et l'avenir est certainement dans cette voie choisie par le constructeur japonais !
Interface
Il semblerait que le gris anodisé, comme le bleu d'autres modèles, remplace le sempiternel noir qui a paré nos synthés pendant plus d'une décennie. Et c'est tant mieux ! La face avant du CS6x est prometteuse et ne nous livre pas moins de vingt-deux potentiomètres de contrôle, dont sept rien que pour gérer l'afficheur (identique à celui du A3000). Vingt-quatre switches appellent directement les timbres, complétés par six autres pour les banques (presets, utilisateurs, cartes...) ; l'écran, zone stratégique de la face avant, est encadré par quatorze touches pour accéder aux menus et à l'édition pas à pas des données. La partie la plus intéressante se trouve sur la gauche de l'appareil, à savoir un pavé de contrôleurs temps réel, un mini séquenceur et quelques autres fonctions innovantes. Un ensemble de deux molettes qui surmontent un mini ruban tactile complète ce clavier de cinq octaves. La face arrière n'a rien à envier à bien des modèles «dits» professionnels. La paire de sorties principales est renforcée par deux sorties individuelles, une double entrée A/D à niveau ligne et micro (sur l'entrée 2) permettant le raccordement d'outils externes. Une prise casque est bien sûr présente, mais comme d'habitude, nous aurions aimé la trouver à l'avant de l'appareil plutôt qu'à l'arrière. Nous trouvons aussi quatre entrées pour pédale (volume, contrôle, sustain et interrupteur marche/arrêt du séquenceur, c h a n g e m e n t de programme...) ainsi qu'une autre pour un contrôleur à souffle (breath controler), apparue sur le fameux CS01... La prise de liaison informatique est là, avec son interrupteur de sélection (PC/Mac), ainsi que le bornier MIDI In/Out/Thru. Enfin, un slot pour carte SmartMedia 3,3 volts complète la face arrière. Nous ne pouvons que nous réjouir d'un tel choix ! Hormis le fait que ce système de stockage s'avère des plus pratiques, signalons que ce standard de cartes, les 3,3 V, est le moins coûteux du marché, histoire de rappeler à un autre fabricant japonais que les siennes sont fort chères et souvent introuvables dans les grandes surfaces informatiques... Terminons ce tour d'horizon par un slot d'extension qui trône au centre de la face arrière. Rien à signaler du côté de la documentation, rien non plus côté constructeur... Alors, messieurs, une nouvelle interface en perspective ? Allez, soyons indiscrets et révélons ici que ce slot accueillera très prochainement une interface... FireWire ! Oui, vous avez bien lu, ce nouveau protocole adopté par Apple depuis plus d'un an sur ses unités centrales est aussi un cheval de bataille pour Yamaha. Cette liaison, qui remplacera, à terme, le SCSI, offre de nombreux avantages, comme la connexion/déconnexion «à chaud» ou encore le taux de transfert de 400 Mbits/sec. Tous les protagonistes travaillant sur ce standard sont regroupés autour de la norme 1394, dont Yamaha est l'un des premiers signataires. Enfin, sachez que sous l'appareil, nous trouvons une trappe donnant accès à deux slots prêts à recevoir chacun une carte de la série PLG, proposant au choix, de la synthèse FM, des sons de piano, de la synthèse AN, un kit complet XG, de la synthèse virtuelle VL ou encore de la synthèse de voix par harmonisation et vocodeur. Ces cartes présentent des polyphonies distinctes, ainsi que des effets incorporés.
Synthèse
Amis de l'AWM2, bonjour ! Eh oui, sans crier au génie ou à l'innovation, il faut bien admettre que ce type de synthèse a encore quelques beaux jours devant lui. Cela dit, servi par une série de filtres multi-modes et par un échantillonnage de formes d'onde particulièrement bien réussi, l'AWM2 prend ici toute sa dimension. Avec une polyphonie de soixante-quatre voix, le CS6x peut faire face à bien des styles musicaux. La multitimbralité est de seize parties, plus une pour la section A/N, encore une pour la génération de Phrase Clips et enfin une par carte d'extension. Tout cela alimentera sans peine les pistes du petit séquenceur interne ou la lecture de MIDI Files. Rappelons aussi que l'ajout de cartes de synthèse est possible - nous l'évoquions plus haut - et décuple les possibilités de l'engin. En effet, il ne s'agit pas de simplement faire appel à une nouvelle banque de formes d'onde (comme sur un JV Roland, par exemple), mais bien de fournir un autre type de synthèse avec ses paramètres propres et ses banques de sons ! Du coup, si nous additionnons la synthèse interne, l'échantillonnage en seize bits linéaire/ 44 kHz via les entrées ligne et micro et deux types additionnels de générations sonores avec les cartes d'extensions, nous sommes en face d'un synthé ultra puissant, mais toujours aussi facile à utiliser. N'hésitons pas à le dire : la qualité des timbres est excellente et la dynamique omniprésente. Cela vaut mieux car le penchant naturel des banques de sons à flirter avec les styles musicaux actuels nécessite une bonne dose de puissance... Au cas où toutes ces formes de génération de timbre seraient trop complexes à éditer, Yamaha a eu la bonne idée de fournir gracieusement un logiciel (Mac/PC) dédié au CS6x. Cet éditeur de voix, assez bien présenté, peut aussi servir de bibliothèque sonore pour l'archivage. Il est vrai que la place que t i e n t l'ordinateur aujourd'hui dans la gestion de notre musique est de plus en plus importante. Alors, pourquoi ne pas solliciter l'unité centrale pour l'édition et la gestion de nos synthés favoris... Un autre utilitaire, le Card Filer, toujours au format Mac et PC, autorise l'édition les cartes SmartMedia ! Ce qui devient très pratique, c'est que nous pouvons, par exemple, transférer directement un fichier SMF (MIDI File) de l'ordinateur vers la carte... Voilà une trouvaille pour le moins originale et bienvenue. Attention cependant, sur Mac, cet utilitaire ne semble pas gérer les interfaces multiports telles que la Midi Time Piece... Reste à savoir si ce problème est en relation avec le principe même du multiport MIDI ou avec la vitesse d'exécution entre l'interface et l'ordinateur, qui, dans le cas de ces produits, peut atteindre quatre fois la vitesse nominale du MIDI... Allo ? Yamaha ?
Phrase Clip...
Le Phrase Clip est indéniablement un des principaux éléments qui participent au côté «temps réel» et «groovy» du CS6x. En fait, il s'agit d'enregistrer des phrases musicales à partir d'une source externe (micro ou ligne) ou jouées au clavier. Nous pouvons m ê m e capter le contenu du séquenceur interne pendant le défilement de celui-ci. La mémoire interne de 4 Mo autorise le stockage jusqu'à 256 extraits, de quoi voir venir... Ce qui est assez amusant, c'est l'orientation de ce module. Car, plutôt que de tout baser sur l'utilisation d'un séquenceur puissant qui ne rivalisera pas avec un outil informatique, Yamaha a préféré prendre l'option de l'instantané, via un détournement de la fonction d'échantillonnage ! Le résultat est assez probant et représente une alternative pour tous ceux qui désireraient accéder rapidement à des boucles variées, mais éventuellement complexes. D'ailleurs, sachez que nous pouvons réunir plusieurs extraits dans des Clip Kits - quatre peuvent être mémorisés - et assigner des sections distinctes aux parties d'une performance. ... et arpégiateur Ce module semble indissociable des synthétiseurs d'aujourd'hui ! Celui du CS6x est un modèle du genre et recèle bien des possibilités. Pas moins de 128 types d'arpèges sont regroupés dans ce module. Un certain nombre d'entre eux sont d'ailleurs calibrés pour les kits de batteries, simulant ainsi parfaitement une rythmique. Le tempo de l'arpégiateur est réglable en face avant, mais il est aussi possible de l'asservir par une horloge MIDI externe. Autre bonne nouvelle, ce module adresse ses données via la sortie MIDI, ce qui permet de profiter des motifs internes pour contrôler l'ensemble de son set-up. Pour des effets particuliers, nous pouvons doser le «gate» afin de jouer sur la longueur de chaque événement, ou encore activer la fonction Hold pour le maintien des arpèges, ayant ainsi les mains libres pour modifier le son grâce aux différents boutons de la face avant. Comme pour les autres fonctions du CS6x, l'afficheur bien dimensionné rappelle à chaque instant l'ensemble des paramètres et leur valeur : il suffit d'activer la touche Edit et de se balader dans les différentes pages, l'édition s'opérant grâce aux potentiomètres situés sous l'écran - un mode de gestion totalement assimilé de nos jours.
Effets ?
Grâce à un circuit DSP largement dimensionné, le module de traitement du CS6x est capable de générer cinq effets simultanément et de façon indépendante. Une tendance très actuelle qui confirme bien l'idée que les effets deviennent vraiment des sous-modules de synthèse, entendez par là qu'ils participent pleinement à l'élaboration d'un timbre et ne se contentent plus de jouer les ambiances comme ce fut le cas pendant de nombreuses années. Vous disposez de douze réverbs et de vingt-trois chorus différents - de quoi s'amuser un peu. Ce sont là les effets généraux, auxquels il faut ajouter ce que Yamaha appelle les effets d'insertion, au nombre de vingt-quatre. Parmi ces derniers, nous retrouvons néanmoins réverb et chorus selon la priorité que nous désirons donner à ce type de traitement. N'oublions pas non plus que les cartes plug-ins comportent également leur propre module d'effets (dont les caractéristiques varient selon les modèles) que nous pourrons retrouver au sein d'une performance, par exemple. Une touche très pratique sur la face avant permet d'activer/désactiver l'ensemble des traitements, et, parmi les contrôleurs temps réel, deux sont assignés à la profondeur des chorus et réverbs. Leurs variations bénéficieront donc des deux mémoires de scène, ainsi que de la transmission des valeurs via MIDI.
Conclusion
Assurément, voilà un bon synthétiseur. Même si son moteur est loin d'être révolutionnaire, l'effet de puissance qui s'en dégage descendrait plutôt des appareils haut de gamme du constructeur. L'ajout des cartes plug-ins de la série PLG apporte une ouverture sans précédent dans le monde de la synthèse puisque, pour une machine qui ne représente pas une gamme très professionnelle (comme c'était le cas pour les EX de la même marque), nous pouvons réellement parler de multi-synthèse ! Tout est là, ou presque, pour faire du CS6x un compagnon idéal, que ce soit pour la composition ou l'exécution live de morceaux. La lenteur de l'affichage et de la transition entre les programmes, surtout en mode Performance, est un handicap pour qui veut travailler vite ; espérons que le fabricant saura corriger le tir dans une version prochaine de son système d'exploitation. Pour le reste, il s'agit d'un super synthé, dont le son et les capacités sont nettement au-dessus de ce qu'avait proposé la gamme CS/x jusqu'à présent. Les contrôleurs temps réel font merveille et les filtres multi-modes servent efficacement les variations de timbres à la volée. Le prix de 12 490 F TTC (10 490 F TTC pour le CS6r, l'équivalent en rack avec tout de même une interface un peu plus dépouillée) semble un peu élevé, compte tenu de la gamme à laquelle le CS6x appartient, puisque celle-ci se caractérisait jusqu'à présent par des modèles très accessibles. Néanmoins, ce produit reste une des bonnes affaires de ce début d'année.
IN
Les différentes synthèses possibles, le Phrase Clip, l'ergonomie générale, la qualité des sons, l'écran bien dimensionné, le logiciel d'édition Mac/PC fourni, la sauvegarde sur SmartMedia.
OUT
La lenteur de l'OS, pas de sorties séparées en nombre pour les cartes d'extension, le séquenceur anecdotique. Qualité des sons : ***** - Performances : **** - Rapport qualité/prix : *** Nul *, insuffisant **, moyen ***, bon ****, excellent *****
CMDM .