DÉRIVÉE DE LA CONSOLE NUMÉRIQUE DE HAUT DE GAMME SONY OXF-R3, LA DMX-R100 OUVRE DE NOUVELLES VOIES TOUT EN SE PLAÇANT À LA PORTÉE D'U N PLUS GRAND NOMBRE D'EXPLOITANTS, NOTAMMENT EN RAISON DE SES POSSIBILITÉS ET DE SON PRIX PLUS QUE COMPÉTITIF.

Sony bénéficie d'une avancée technologique hors du commun, grâce à sa politique de recherche et de développpement qui a mis conjointement en action les ingénieurs japonais et ceux de Basingstoke au Royaume-Uni. La référence des consoles audionumériques de Sony, la OXF-R3, se vend très bien, malgré son prix élévé, surtout pour le home studiste moyen qui ne pourra jamais se l'offrir, à moins de gagner près de quatre millions de francs au Loto... Le succès commercial, tout comme l'estime, de cette console, repose sur un pari technologique exemplaire, soit le «moteur» numérique, véritable coeur logiciel de l'OXF-R3 qui a facilité son développement sur ordinateur avant la véritable réalisation de la première console. Sony adapte sa technologie en déclinant sa gamme de consoles audionumériques et donne naissance à la toute nouvelle DMX-R100, une petite merveille qui démarre très fort.
La polyvalence
Cette console, très bien pensée, se présente sous la forme d'un coffret de seulement 1m14 de large, moins de 70 cm de profondeur et moins de 26 cm (la plus grande hauteur) pour seulement 55 kg. La haute intégration de l'électronique (pas plus d'un ampère de consommation, soit un peu plus de 200 watts) a permis d'éviter la conception d'un rack déporté relié à la surface de contrôle : la DMX-R100 ne présente qu'un volume physique, regroupant toutes les commandes et visualisations côté face, et toute la connectique des entrées et des sorties côté pile. L'alimentation secteur prend également place dans le coffret. La technologie numérique 32 bits à virgule flottante, présentant un air de famille prononcé avec l'OXFR3, a présidé à la conception de base de ce bel exemple d'intégration qui se subdivise en trois parties distinctes : la grille d'entrée XY, la console de mixage proprement dite, et la grille XY de sortie, toutes deux favorisant le routing de n'importe quelle entrée vers n'importe quelle sortie, la distribution des signaux, les commandes d'offset, les VCA virtuels et les groupes de faders mobiles, entre autres... Autrement dit, les entrées et les sorties sont flottantes par rapport au moteur de mixage, conception autorisant toute sorte de configuration, d'où la versatilité évoquée plus haut et cela avec une facilité d'exploitation qui pourrait bien devenir la référence pour longtemps. La version de base de la DMX-R100 est livrée d'origine avec 30 entrées et 18 sorties analogiques, plus six entrées/sorties AES-EBU et huit retours d'auxiliaires répartis en quatre mono analogiques et quatre mono numériques, sans parler des deux retours «2 track» numériques et analogiques. Toujours en standard, la Sony inclut une sortie stéréo principale analogique et numérique, ainsi que huit départs auxiliaires analogiques et quatre AES mono, six sorties analogiques pour le Control Room (5.1) et deux pour le monitoring studio. La face arrière reçoit jusqu'à quatre cartes d'extension optionnelles à choisir parmi sept modèles différents, immédiatement reconnus par l'OS de la console, cette dernière se voyant équipée de 32 entrées/sorties supplémentaires au maximum : une carte de huit entrées ligne analogiques, une autre de huit sorties ligne analogiques, une troisième pour les insertions sur huit voies, toujours dans le domaine analogique. Côté numérique, on pourra rajouter huit entrées/sorties AES-EBU, ou un SRC à huit canaux AES et/ou optiques (IEC 958), sans oublier, au choix, une carte d'interface ADAT ou TDIF. Une petite réserve à retenir : les cartes SRC (conversion de fréquence d'échantillonnage), ADAT et TDIF ne pourront fonctionner ni en 88,2, ni en 96 kHz. La DMX-R100 accepte donc les quatre fréquences d'échantillonnage actuellement en vigueur, soit 44,1, 48, 88,2 et 96 kHz. Pour ces deux dernières, les ressources de la console sont divisées par deux. En revanche, sur les deux premières, la Sony traite en temps réel deux couches de 24 entrées, plus, sur une troisième couche, huit retours d'auxiliaires, soit 56 voies maximum en stéréo, nombre impressionnant pour une si petite surface de contrôle. Le troisième niveau de faders contrôle également les retours et les masters à destination du MTR (Multi Track Recorder pour enregistreur multipiste). Si l'on configure la console en 5.1, le nombre d'entrées disponibles «descend» à 48. Avant d'étudier la puissance de traitement de la DMX-R100, jetons un oeil sur la surface de contrôle. Interface ergonomique Hormis la section des préamplificateurs d'entrée de haute qualité qui intègrent autant de convertisseurs analogiques/numériques (96 kHz/24 bits), chaque «tranche» de la surface de contrôle possède une commande rotative et une commande rectiligne, toutes deux assignables à dix fonctions chacune, comme sur l'Oxford. Le «fader», par exemple, sensible à l'effleurement, bénéficie d'une résolution de dix bits, valeur qui lui procure, dans le cadre d'un réglage de niveau, une précision de 0,1 dB. Bien entendu, ces faders de très haute qualité (24 pour les voies plus une pour le Program) sont motorisés. Chaque tranche se dote d'un bargraphe configurable avant ou après fader, entre autres subtilités, et d'une touche de solo jouxtant une commande de mute. Au-dessous, un bouton baptisé «Access» ouvre, justement, l'accès aux différents traitements comprenant une trentaine de commandes rotatives et une cinquantaine de switches, de quoi intervenir sur de très nombreux paramètres, donc. Un écran tactile, d'une résolution classique de 800 x 600 pixels, rend le changement de page très aisé : d'une visualisation générale de tranche, il suffit de poser le doigt sur la zone de l'égalisation, par exemple, pour que celle-ci soit affichée en plein écran, avec une rapidité et une lisibilité irréprochables. On peut ajouter un écran SVGA via la connectique adaptée, afin de rendre toutes les configurations de la console visibles à d'autres personnes que l'ingénieur du son... La commande tactile représente une nouveauté par rapport à l'Oxford. La partie droite de la surface de contrôle rassemble le monitoring très complet de la console, puisque, dans la toute nouvelle mouture de l'OS (version 1.1), on obtient, entre autres nouveautés, la séparation totale du monitoring stéréo binaural classique d'avec le Surround 5.1. C'est également dans cette zone que l'on trouvera la commande de machines et les différentes automations. On appréciera tout particulièrement la facilité déconcertante avec laquelle on exploite cette console, intuitive jusque dans les moindres détails, malgré une complexité apparente, en rapport théorique avec la pléthore de possibilités de brassage des signaux, grâce à la grille des entrées et celle des sorties, et du traitement de signal très complet entre les deux. La théorie s'éloigne de la pratique, dans le sens où la DMX-R100 est extrêmement simple à exploiter. En toute indépendance et pour avoir testé de nombreuses autres consoles audionumériques, gageons que la DMXR100 possède le meilleur soft jamais écrit à ce jour. On peut facilement se passer de la notice, tout est clair, facilement accessible, et l'on ne peut pas se tromper. Cette nouvelle Sony offre le loisir à l'ingénieur du son d'économiser sa propre attention dédiée à l'exploitation de la console, ce qui lui permet d'affiner et surtout d'écouter le son sortant de la console, afin de toujours en tirer le meilleur. Point n'est besoin de sortir simultanément une obscure et hermétique notice et le tube d'aspirine qui pourrait être fourni avec : sans exagérer, cette DMX-R100 est aussi facile d'accès qu'une Playstation !
Traitement de signal
Les 30 «potentiomètres numériques» et les 50 switches apportent beaucoup de souplesse dans le traitement du son de chaque canal, d'autant que toute modification se voit affichée sur l'écran tactile en temps réel. Une mention au passage pour l'interface graphique, simple, fonctionnelle et agréable. On commence donc par un trimmer fonctionnant sur une plage de ± 15 dB ; un inverseur de phase se trouve dans cette section. On peut choisir le mode de fonctionnement de la voie : mono, stéréo link (avec une autre), reverse (inversion de phase d'une voie du stéréo link par rapport à l'autre), L + R, M/S decode... Chacune des 48 entrées dispose d'une sortie directe, assignable vers le bus MTR ou vers le PGM, en mode Pre-EQ, Pre ou Post Fader. Chaque sortie est assignable sur le bus 5.1, avec placement dans l'espace au doigt (sur l'écran tactile), et, en plus, un réglage de «divergence» qui modifie la «largeur» de chaque piste ainsi placée dans l'espace Surround. Ensuite, un délai par voie permet d'ajuster le retard (affichable en frames, millisecondes, dizaines de millisecondes et bientôt en mètres) du son afin de le caler sur celui de l'image, histoire de resynchroniser les deux : sur le mode numérique, le traitement de la vidéo présente un retard plus important que sur celui du son : il convient donc d'ajouter un délai à ce dernier afin de compenser le décalage. On peut assigner la sortie de chaque «tranche» sur la sortie PGM Left/Right et aussi sur les sorties à destination du MTR sur huit bus. Ensuite on peut enclencher l'égalisation, très complète, ainsi que le processeur de dynamique à chaque voie. On peut également assigner la modulation vers les huit départs auxiliaires par voie : il s'afficheront en vert sur l'écran de l'»Audio Overview» ou en gris s'ils sont désactivés. Enfin le panoramique et le fader remplissent leurs fonctions habituelles. Sur la page-écran citée, il suffit de poser un doigt sur la zone de l'égaliseur ou du compandeur pour accéder à la page concernée.
Egalisation
Cette section très complète comprend un filtre passe-haut et un passe-bas ajustables, ainsi qu'un quadruple paramétrique très efficace. On notera que la répartition des ressources de la console divise par deux le nombre de voies disponibles à une Fs de 88,2 ou de 96 kHz, mais la résolution des filtres paramétriques augmente avec la bande passante qui dépasse les 40 kHz à la Fs de 96 kHz. La qualité du filtrage est très audible, d'autant que la console reste parfaitement transparente de l'entrée à la sortie, forte d'une résolution audio de 24 vrais bits. L'interface graphique suit les modifications dans les réglages de timbre.
Dynamique
Toute aussi complète que la précédente, la correction de dynamique par voie comprend tout ce que l'on est en droit d'espérer d'une grosse console de mixage, bien plus chère qu'une DMX-R100. Cette dernière comprend donc un compresseur-ducker et un expanseur-gate, configurables sur tous les paramètres indispensables que l'on retrouve sur les processeurs de dynamique, assignables avant ou après l'égalisation. Comme pour cette section, les courbes affichées sur l'écran tactile changent en fonction des modifications des paramètres de correction de dynamique.
Automation
Ici encore, on rencontre des possibilités vraiment étonnantes en regard du prix de la console. L'utilisateur peut choisir entre trois modes d'automation : le mode de snapshot, statique, sorte de photographie de la configuration, rappelable à tout moment de la DMX-R100. Ces «instantanés», au nombre de 99 maximum par projet, peuvent s'enchaîner les uns aux autres, sur le mode semi-dynamique. La RAM interne de la console accepte jusqu'à dix projets, soit 990 snapshots. Il est possible de les enregistrer et de les recharger au moyen d'une disquette 3,5 pouces. Enfin, la puissance de calcul, impressionnante, de cette console lui permet l'automation dynamique totale, synchronisée sur le timecode SMPTE (LTC) ou MTC, avec une précision au frame près. Une fonction baptisée TC Link rappelle, en plus et à la demande, les mémoires de scène à des points programmés du TC. L'automation agit sur les paramètres tels que les grilles d'assignation et les différents réglages des correcteurs de timbre et de dynamique en temps réel, ainsi que sur le gain, le délai, la phase, le panoramique, l'affectation, l'écoute solo, la position des faders et le niveau des auxiliaires. Ce type de facilité trouve toute son utilité dans le domaine de la prise de son et du mixage musical, tout comme dans le monde de la post-production, vidéo ou film. L'automation porte sur 73 tranches au total, soit les 56 voies d'entrée, les huit MTR, les huit Aux et le PGM. En cas de panne d'un des modules, par exemple au niveau de l'égaliseur, du compandeur, ou de la structure logicielle de la DMX-R100, écrite sous QNX (sorte d'Unix allégé), la console continue de fonctionner, car chaque fonction de traitement du signal constitue un bloc indépendant. Une éventuelle défaillance d'un module n'affectera donc pas les autres : un bon point, surtout en diffusion ou en sonorisation, domaines du direct dans lesquels une panne totale et soudaine ne serait pas admissible.

Connectique
Afin de mieux comprendre le fonctionnement de la DMX-R100, un aperçu de la connectique apporte un complément d'information non négligeable : les douze premières entrées A sur XLR (micro) sont les seules à bénéficier d'une alimentation fantôme de 48 volts. Au-dessous, des jacks TRS reçoivent les niveaux de ligne (voies B de 1 à 12). Ensuite, des XLR compatibles jack TRS assurent les entrées ligne 13 à 24. Chacune des douze premières voies micro-ligne dispose d'un insert analogique sur jack. Ce même type de prises équipe les retours auxiliaires analogiques, ainsi que la sortie PGM (doublée en XLR), les envois auxiliaires, les monitorings et le «2 Track In 1». L'audionumérique de base comprend deux envois et deux retours auxiliaires en numérique (5/6 et 7/8) ainsi que le «2 Track In 2» et une sortie PGM en AES. A côté, des BNC 75 ½ assurent les liaisons aux références vidéo et WordClock. La synchronisation des machines s'opère en timecode (deux XLR) ou en MIDI TimeCode (prise Din). Le MIDI comporte sa triplette d'embases Din en plus du MTC. Trois sub-D 9 broches (une entrée et deux sorties) au format RS 422 faciliteront le dialogue avec les machines (MTR et autres). Côté informatique, la console dispose d'un port PC, d'une prise de clavier et une autre pour une souris compatible PS/2, ainsi qu'un port-série sur 9 broches, une sortie SVGA sur une Sub-D 15 HD et une paire de connecteurs USB.
Superbe réussite
Les possibilités étonnantes de cette nouvelle console, ses performances époustouflantes, sa souplesse d'utilisation et son ergonomie inégalée sont autant d'atouts pour un succès qui s'affirme déjà de jour en jour, malgré l'apparition très récente de la DMX-R100. La version 2 du soft met l'accent sur la sonoristation et Sony prévoit le dialogue de deux consoles via l'interface IEEE 1394 (plus connue sous les noms I-Link ou Fire Wire) pour la gestion des commandes couplées, en attendant le partage des données audionumériques. Adressons nos félicitations aux ingénieurs japonais, sans oublier l'équipe anglaise de Basingstoke.
IN
Tout, vraiment tout
OUT
On a beau chercher...
Philippe DAVID .