PRÉSENTÉ EN AVANT-PREMIÈRE A U NAMM 2001, LE KORG KARMA PEUT SE VANTER D'AVOIR CRÉÉ LA SURPRISE ! AU-DELÀ D'UN GÉNÉRATEUR SONORE DÉJÀ CONNU (CELUI DU TRITON), CE SYNTHÉTISEUR PROPOSE UNE NOUVELLE FAÇON D'ABORDER LA CRÉATION INTUITIVE ET ATTEINT SON BUT À COUP SÛR !

Je me souviens qu'à l'instant où j'avais entrevu le KARMA sur le stand Korg du NAMM Show de Los Angeles, je m'étais dit : «enfin, la relève !». Puis, surprise, j'entendais alors les sons du Triton... Connaissant bien ce synthé, je remontais fébrilement les patches et je compris alors ce qu'était le KARMA : un synthétiseur sacrément expressif. C'était les timbres que je connaissais bien, mais ils se jouaient bien mieux ! C'est en partie la philosophie du KARMA, si j'ose dire, car l'expressivité des sons à travers les multiples sources de modulation en temps réel est une des clés de voûte du KARMA (Kay Algorithmic Realtime Music Architecture), car il s'agit non seulement de l'appellation du synthétiseur mais aussi d'une technologie développée par Stephen Kay, fidèle consultant de la marque nipponne.
Présentation
Pour une fois, un constructeur asiatique ose les couleurs vives sur un clavier ! Enfin, «vive» n'est peut-être pas tout à fait le terme approprié ; disons que le rouge brique lui va à ravir. Ensuite, comme nous le mentionnions plus haut, s'il s'agit bien du moteur audio du Triton (y compris le mode GM), le nouveau venu perd quand même quelques attributs par rapport à son aîné et la comparaison s'arrête pratiquement là. Exit donc le sampleur et du même coup les entrées audio (qui servent aussi à traiter un instrument emplacements mémoire (of course), mais aussi le SCSI. Par contre, nous conservons la possibilité d'ajouter une carte MOSS à six voix. Rappelons que cette dernière, extraite de la technologie développée dans le Z1, permet de compléter la palette sonore du KARMA (et des Triton) avec plusieurs algorithmes de modélisation physique. En face arrière, nous trouvons quatre sorties (une paire stéréo et deux sorties individuelles), une interface MIDI, une entrée pour pédale de sustain ainsi qu'une prise pour footswitch (start/stop de séquence, avance des programmes, etc.). La solution retenue par le fabricant concernant l'alimentation reste insatisfaisante car il s'agit d'un adaptateur secteur déporté... Bien que l'on puisse admettre que pour baisser le prix du produit, il faille nécessairement faire l'impasse sur quelques aspects technologiques, il semble quand même évident que se balader avec ce type d'adaptateur sur scène n'est guère pratique. Le constructeur a même prévu un interrupteur sur l'adaptateur lui-même, mais on imagine mal son utilité puisqu'il est plus pratique de couper le secteur sur le KARMA ! Le seul avantage avec ce genre d'alimentation, c'est qu'elle ne risque pas de rayonner à proximité des composants électroniques du synthétiseur.
Pour la face avant, en revanche, nous sommes en présence d'un appareil fort bien pourvu. L'écran est littéralement cerné par une batterie de potentiomètres et commandes en tout genre. Le système KARMA à lui seul mobilise huit boutons rotatifs et deux switches. Le fait que l'écran ne soit pas tactile augmente aussi considérablement le nombre de touches d'accès nécessaires à la navigation dans les différents menus. Le secteur droit de la face avant est dédié au séquenceur, ainsi qu'à la sélection des banques. Enfin, trouvaille bien intéressante, quatre boutons lumineux servent de Chord Trigger, ou de mémoire d'accord si vous préférez. Sur la gauche de l'engin, nous avons une trappe d'accès (avec verrouillage) à un compartiment prêt à accueillir deux cartes d'extension de la série EXB. Bonne nouvelle quand on sait que, sur le Triton, il faut carrément retourner l'appareil pour accéder aux slots... La carte MOSS, en revanche, prendra place en dessous de l'instrument, mais il s'agit d'une extension définitive, entendez par là qu'une fois en place, nul besoin d'y toucher, alors là... Mode d'emploi Il est on ne peut plus simple ! Mais avant tout, prenons quelques instants pour découvrir le système KARMA. Imaginez simplement une phrase musicale, que ce soit un accord, une combinaison d'arpèges, une rythmique... sur laquelle nous allons appliquer un certain nombre de modifications en temps réel. Jusquelà, cela fait inévitablement penser à une Groovebox, mais le nouveau venu va plus loin, à la fois dans les modifications, mais aussi dans sa simplicité d'accès. Le changement de volume et de la tonalité (eh oui !) peut être contrôlé par l'expression du clavier. Il est possible de changer le tempo pendant un arpège ou un glissando, et ce de façon dynamique. De même, un pattern peut être déclenché à la volée par une phrase musicale ou en fonction d'une tonalité de jeu. Bien entendu, un motif rythmique peut évoluer de façon totalement aléatoire ! Tout cela représente le fondement de ce système : agir sur des motifs musicaux pré-enregistrés, par le jeu direct du musicien, et ensuite les faire évoluer grâce aux divers contrôleurs prévus à cet effet. Ce qui pourrait passer, à la première écoute, pour un arrangeur déguisé en synthé, se révèle être un outil infiniment plus subtil et créatif à mesure que l'on travaille avec ce nouveau concept. L'architecture de base du KARMA s'articule autour de deux axes : le GE, qui correspond à la modulation d'effets, et le module de paramètres. Mon premier analyse et contrôle les notes jouées, leur structure rythmique, les accords et la vélocité. Un total de 1053 phrases (ou motifs) sont ainsi répertoriés dans dixsept catégories. Le module GE possède à lui seul quelques quatre cents fonctions, parmi lesquelles on agira sur un maximum de seize simultanément. Le module de paramètre, lui, est dédié aux affectations MIDI (après avoir déterminé les éléments du GE), aux zones de clavier, au filtrage éventuel de données MIDI et enfin, valide le type d'accès et autre déclenchement de motifs. Le RTParm (Real Time Parameter) permet en outre d'assigner «en temps réel» les attributs du GE aux boutons/touches disponibles à cet effet (huit potentiomètres rotatifs, deux switches, un sélecteur de scène, quatre pads pour les Chord Triggers). Quand, après avoir lu tout ce descriptif, je demande à l'assistance de multiplier par quatre le total, puisque le KARMA offre, en mode Combinaison ou Séquenceur, quatre GE, vous imaginez sans peine la puissance incroyable que le système procure ! Et le MIDI ? D'une certaine façon, nous pourrions dire que le MIDI reprend, avec le KARMA, sa dimension initiale : celle de contrôleur multiple entre sources et destinations. Après quelques heures de test où j'ai relié l'engin en MIDI avec un séquenceur logiciel, aucun doute possible : tout se transmet sans problème. J'ai même constaté que les Chord Triggers, au moment où vous les déclenchez manuellement, transmettent l'intégralité des données de notes que vous aviez préalablement mémorisées ! Du coup, cela devient bien intéressant car le trigger, justement, est très sensible et autorise des fantaisies rythmiques inimaginables en jeu de clavier standard. Cela nous amène à un constat : le nouveau Korg est aussi à l'aise en live qu'en studio ! En direct, comme la démo de Steve MacNally (voir encadré) l'a parfaitement démontré, l'expression est poussée bien au-delà de ce qui était réalisable il y a peu, et en studio, l'enregistrement (voire l'analyse), des données à l'intérieur d'un séquenceur logiciel (celui du KARMA reste excellent, mais moins visuel), permet aussi de décupler les possibilités de l'instrument. Prenons l'exemple des mémoires d'accords qui sont au nombre de quatre - vous suivez ? Une fois enregistré leur déclenchement sur une piste idoine, rien n'empêche de les reprogrammer à souhait sur le synthé. Cette opération se fait instantanément : touche Assign, plaquage de l'accord sur le clavier, pression sur le pad de destination et fin. Enfin, ce genre de petite astuce fonctionne pour un tas de contrôleurs transmis ou reçus par le clavier, et forcément, cela donne envie de toujours pousser plus loin la création... Nouveau moyen d'expression ? Certainement ! Jusqu'à maintenant, et pour suivre un phénomène de mode/marketing, presque tous les constructeurs ont remis au goût du jour les contrôleurs temps réels - délaissés pendant presque dix ans. Donc, actionner un bouton pour modifier la résonance du filtre est redevenu monnaie courante. Mais tourner un potentiomètre pour rendre aléatoire une boucle rythmique ou agir directement sur le contenu de celle-ci, ou encore modifier la tonalité d'un motif par une simple pression accentuée sur le clavier, c'est beaucoup moins banal ! Certes, cela demande une approche méthodique du KARMA et aussi (modestement) quelques connaissances en clavier, parce que le jeu va devenir, au fil du travail, légèrement différent et que les doigts seront sollicités pour des accès parfois acrobatiques... Quoi qu'il en soit, ce synthé ouvre indéniablement de nouveaux horizons créatifs et l'apprentissage nécessaire à son utilisation sera largement compensé par le résultat pour le moins original - ne vous fiez pas à quelques exemples fournis avec l'appareil qui empruntent des sentiers battus... Conclusion N'y allons pas par quatre chemins : le KARMA est un instrument génial ! Certes, il véhicule, comme tout appareil, son lot de petits défauts, mais qui s'estompent rapidement devant le plaisir de jeu évident. Et c'est bien cela qui compte... Il faudra tout de même quelques heures de travail pour maîtriser l'accès aux contrôleurs et surtout clairement percevoir leur utilité respective dans une application live. Il est aussi possible d'utiliser pleinement les ressources de l'instrument en studio grâce à la discussion MIDI très ouverte. Enfin, vous pouvez voir l'engin comme la pièce principale, voire unique de votre setup, tant la capacité de cette station est à la hauteur des espérances. À mi-chemin entre une «workstation» et un arrangeur très sophistiqué, le KARMA (16 500 F TTC) peut prétendre à l'appellation (contrôlée) de synthétiseur/séquenceur interactifs. Le prélude d'une nouvelle génération d'instruments est arrivé, et il porte bien son nom ! Kay Algorithmic Realtime Music Architecture est une marque déposée et une licence technologique de Stephen Kay, KARMA Lab LLC.
IN
L'interactivité, l'improvisation réinventée, le look, l'accès aux cartes d'extension EXP-B.
OUT
La navigation dans l'écran (pages encombrées), pas de ruban contrôleur, l'adaptateur secteur.
CMDM .