MAÎTRISANT LA TECHNOLOGIE DE L'AUDIONUMÉRIQUE DEPUIS FORT LONGTEMPS, L'ARRIVÉE D'UNE CONSOLE NUMÉRIQUE DANS LA LARGE GAMME DES PRODUITS BEHRINGER NE SURPRENDRA DONC PERSONNE. ET CETTE PETITE NOUVELLE EST ASSEZ SURPRENANTE, POUR UN PRIX PLUTÔT INTÉRESSANT FACE À LA (RUDE) CONCURRENCE...
Depuis le temps qu'Uli Behringer et son équipe nous annonçaient la venue prochaine d'une console numérique, la voici donc, présentée sous le patronyme de DDX3216. Guère plus encombrante en taille qu'une 03D, son design reste peut-être discutable, mais tous les goûts sont dans la nature et puis pourquoi pas cette livrée noire et argent ?

Elle comprend 16 bus et 8 départs auxiliaires : ici, on ne donne pas dans la prise de tête pour le routing, tout a été prévu. Tout d'abord, les voies 1 à 12, bien sûr commutables en ligne, intègrent des préamplificateurs microphoniques assez surprenants de qualité, avec alimentation fantôme +48 V commutables sur les canaux 1 à 6 d'une part et sur 7 à 12 d'autre part. La section dispose d'un point d'insert asymétrique, au moyen du traditionnel jack TRS. Un second jack sert à l'entrée de ligne et une touche de pad abaisse le niveau de 20 dB si nécessaire. Deux diodes sont aussi présentes, l'une indiquant la présence de signal, l'autre servant plutôt à avertir l'utilisateur que l'on s'approche dangereusement de la saturation de la voie. Inutile de préciser que chaque entrée possède son propre atténuateur rotatif...
13 à 16
Non, il ne s'agit pas du résultat d'une rencontre de rugby, d'autant que je ne tiens pas à vous raser avec les commentaires insipides d'avant match qui prônent pourquoi ils pensent gagner, tout ça pour expliquer quelque temps après pourquoi ils ont perdu ! Non, il s'agit des entrées exclusivement ligne de la console : chaque canal dispose de son réglage de gain et de sa connectique symétrique sur jack TRS. Là encore, deux LED renseignent l'utilisateur sur la présence du signal : à gain unitaire, la verte s'illumine à environ -36 dB, tandis que la rouge vous renseigne du danger dès que le signal dépasse les +10 dB. De toute manière, la plage d'ajustage de 40 dB (en ±20 dB) facilite grandement la tâche de réglage de niveau, d'autant plus que l'échelle numérique de 24 bits des convertisseurs d'entrée, des Asahi Kasei fonctionnant sur le mode Delta- Sigma, vous laisse de la marge. Puisque nous en sommes à parler de conversion, les circuits chargés de revenir à l'analogique sont des Crystal, société japonaise ayant longtemps travaillé avec Asahi avant que cette dernière ne se mette à créer sa propre gamme de puces de conversion. Avec 24 bits en entrée et en sortie, voilà de quoi utiliser l'échelle numérique en toute sécurité, loin de la saturation d'une part et des bruits de quantification à l'autre bout de l'échelle. Et tout cela pour une poignée de cerises ! La DDX3216 étant d'origine doté d'une interface S/PDIF, il suffit de presser un bouton pour que les entrées 13/14 se transforme en couple numérique. Comme Behringer a tout prévu, l'habituelle Tape se substitue au monitoring classique en cas de besoin, pour le retour. L'envoi, lui, fait appel aux entrées 15 et 16. Si vous le désirez, vous pouvez aussi écouter n'importe quelle source au casque, laquelle sortie dispose d'un réglage de volume indépendant du Control Room. Justement, les sorties sur jacks du Control Room sont elles aussi indépendante de la paire de connecteurs XLR de la sortie principale. Entre les deux, quatre jacks offrent le loisir de router tout signal choisi dans la grille, via l'écran LCD qui gère toutes les fonctions importantes de la console. Finissons avec la connectique qui, outre l'entrée et sortie S/PDIF sur RCA, possède aussi une paire de BNC pour l'entrée et la sortie de Word Clock : comme d'ordinaire, le menu vous donne le choix entre la console configurable en maître ou esclave...

Ciel, le numérique !
On a beau voir passer entre ses mains expertes et avides de toucher et d'exploiter tous ces appareils que l'on teste à longueur d'année, chaque banc d'essai apporte son lot de surprises. Je ne saurais dire comment vous réagissez à la lecture de ces lignes, mais pour moi, c'est à chaque fois un véritable émerveillement de découvrir toutes les possibilités des consoles numériques : elles sont de plus en plus souples d'utilisation, de plus en plus omnipotentes et de moins en moins chères. Alors une telle Behringer, grâce à sa structure bien conçue, sa connectique complète (RS232 et SMPTE montées en série) et son ouverture sur le monde du home studio et de la postproduction a tout pour plaire, d'autant que l'on peut lui adjoindre des cartes optionnelles au format ADAT, TDIF et AES - voir la fiche technique très complète. N'oublions pas, bien sûr, la triplette MIDI, et même un emplacement pour une carte PCMCIA, qui servira à copier les configurations d'une console sur une autre, certes, mais surtout de charger via un PC les nouvelles versions de «firmware» que Behringer s'engage d'ores et déjà à développer en partenariat avec les remarques pertinentes de sa clientèle. Là, on apprécie grandement ce côté interactif qui s'installe entre une firme et sa clientèle - tout le monde y trouve son compte. Les ingénieurs ne passent plus des nuits blanches à se demander ce qu'ils ont bien pu oublier dans la conception générale (ergonomie, etc.) de leur console et vous avez la possibilité de leur donner un petit coup de main afin que vous puissiez bénéficier d'un outil plus performant et dont l'implémentation du «firmware» est gratuite... Le paradis, en somme. Et l'automation fonctionne parfaitement ! Oui, le paradis...

Les dessous du paradis
Pour parvenir à un tel résultat, il faut partir d'une base à architecture ouverte, déjà bien conçue au départ, et dotée de tous les éléments hardware qui autoriseront les futures améliorations de ce qui deviendra votre outil de travail. Pour cela, il a fallu intégrer dans cette nouvelle console audionumérique pas moins de quatre processeurs SHARC de chez Analog Devices, des pavés très puissants, reprogrammables à volonté, rapides et effectuant des calculs sur 32 bits à virgule flottante, ce qui leur donne à peu près les mêmes performances que des 40 bits à virgule statique. Ce quarteron de puces constitue le coeur de la Behringer. En fait, dans une console de ce type, on trouve très peu de circuits analogiques, car les signaux entrants sont convertis au plus vite et tout le reste du traitement s'effectue dans le domaine numérique : on gagne en facilité d'exploitation, en bruit de fond, sur tous les plans puisque le plus gros effort du constructeur se concentre sur les algorithmes. Et de ce côté à consonance mathématique et informatique, les banques d'effets intégrées à la DDX3216 vous surprendront par leur qualité. Si vous «séchez» sur tel ou tel terme, le manuel d'instruction, fort clair bien que, pour l'instant, seulement disponible en anglais et en allemand, vous aidera, notamment grâce aux illustrations, à vous familiariser avec les effets. Certains sont si musicaux que vous pourrez économiser l'achat d'un rack spécialisé dans ce domaine. Il ne s'agit pas ici de gadgets fournis en prime avec la console, mais de véritables outils de traitement qui vous prêteront main-forte dès qu'il s'agira d'ajouter de la réverbération sur une voix, un flanger ou un chorus sur une guitare. Les moins aguerris d'entre vous pourront sans difficulté exploiter les processeurs de dynamique avec pour seul conseil : allez-y prudemment, regardez l'écran LCD et écoutez le résultat. Encore une fois, l'exploitation d'un tel produit rend son utilisateur plus intelligent, et plus exigeant aussi sur la qualité. Une petite mention particulière sur la facilité de gestion de la couche de faders motorisés, qui autorisent, grâce à l'entrée SMPTE, le mixage dynamique. La résolution de ces potentiomètres linéaires atteint 256 pas, il s'agit donc d'une gestion de la position sur 8 bits : là encore, pas d'affolement, les plus grosses consoles des grands constructeurs qui vendent aux plus grands studios professionnels ne disposent que de 2 bits de résolution en plus. Évidemment, on passe de 256 à 1024 pas, mais ce que l'on fait avec la Behringer est déjà excellent... Et puis la firme germanique n'a pas opté pour du n'importe quoi, puisque sa DDX3216 est entièrement équipée en ALPS, firme ultra connue au Japon et filiale d'Alpine et de Luxman - cela vous rappelle-t-il quelque chose dans le domaine de la hifi embarquée et des amplis à lampe haut de gamme ? La Behringer n'en possède que 17, mais ils sont gérés, comme sur la plupart des consoles en plusieurs couches et l'on s'y fait très bien, même les néophytes avouent ne pas s'être perdus plus de cinq minutes dans les ouches de faders - aucun souci.
Behringer on the ring
En ces temps brouillés où l'on malmène toutes les communautés, y compris celle des musiciens, il nous reste quelques rêves à accomplir, quelques décisions à prendre, quelques idées à réaliser. Acquérir une Behringer DDX3216 : ouverte, pas chère en regard de ses possibilités, capable de traiter tous les signaux numériques jusqu'à 50 kHz grâce à des changeurs de fréquence d'échantillonnage intégrés, vous saurez apprécier sans nul doute les caractéristiques d'une grande console logée dans un coffret compact. Une sérieuse menace pour la concurrence, la bataille est donc engagée... Je ne dirais pas que la meilleure gagne, mais plutôt ceci : essayez et comparez toutes les consoles audionumériques de cette tranche de prix sur le marché et choisissez celle qui convient le mieux à vos exigences, ce sera peut-être la Behringer...

IN
La gestion des faders en plusieurs couches, la qualité sonore, la lisibilité de l'écran LCD.
OUT
Je chipote un peu sur l'esthétique un peu trop «teutonne» à mon goût, mais cela ne retire aucune qualité à la DDX3216...
Philippe DAVID
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