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Moog Minimoog Voyager

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°172

01 janvier 1987

Après diverses péripéties appartenant désormais à l'histoire de la musique électronique, la firme Moog renaît, sous le nom de Moog Music Inc et sort une version très largement perfectionnée du plus célèbre des synthétiseurs de l'histoire, le Minimoog, devenant le Minimoog Voyager.

Le temps a passé depuis 1953, année de la première commercialisation du Moog Theremin, un instrument produisant des sons à l'aide de deux antennes radio entre lesquelles le placement des mains de l'instrumentiste crée des interférences qui produisent des sons. On entend cet instrument sur "Dummy",le premier album de Portishead, à partir de la douzième seconde du premier morceau "Mysterons", il s'agit du son avec vibrato et portamento (glide)...

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Histoire accélérée

La société RAMCO devint l'année suivante (1954) Robert A. Moog Co. La firme conçut son premier synthétiseur en 1964, ses premiers systèmes modulaires en 1965, construits suivant la demande de la clientèle. En 1967 naît la première vraie gamme de modulaires, 1, 2 et 3, promus par un disque de Walter Carlos appelé "Moog 900 Series Electronic Music Systems" et une revue trimestrielle paraît dans la foulée, "Electronic Music Review". 1968 voit l'arrivée des modulaires revus et corrigés, accompagnés d'un nouveau disque de Walter Carlos "Switched on Bach". L'année suivante, les modulaires connaissent un tel engouement (même Mick Jagger achètera un System 3 qui sera revendu par la suite au groupe allemand Tangerine Dream) que Bob Moog décide d'étendre sa gamme de synthétiseurs : ainsi apparaissent les prototypes Minimoog A, B et C, rapidement remplacés par la version D qui fut commercialisée à partir de 1970. Elle-même fut améliorée, les curseurs de pitch bend et de modulation laissant place à des roues, bien plus ergonomiques. Le succès ne se fait pas attendre, 1210 Minimoog vendus en moins d'un an, avant le rachat de la société qui devient Moog Musonics Inc, puis Moog Music Inc. En 1975, Moog est encore racheté, par Norlin, cette fois, la société propriétaire de Gibson Guitars. Justement, Moog fabriquera les amplificateurs Lab pour Gibson. Cette année marquera la fin de la production du Minimoog qui s'arrête au numéro de série 6920. Deux ans plus tard, en 1977, Bob Moog quitte la compagnie, et, curieusement, la fabrication du Mini redémarre. Moog en aura produit 13180 en tout. Nous avons vu Bob Moog revenir sur le devant de la scène avec sa société Big Briar et ses Mooger Fooger, et autres. Puisque la marque Moog Music était libre, il vient de la reprendre et s'est attelé à la version du Minimoog du 21ème siècle !

Bases du Minimoog

Le plus célèbre des synthétiseurs, utilisé par tellement de musiciens que l'entier numéro de Keyboards ne suffirait pas à les énumérer, comprenait 3 oscillateurs, 1 filtre passe-bas à 24 dB par octave breveté, et 2 générateurs d'enveloppe. On remarque également un générateur de bruit, commutable en blanc ou rose, un clavier de 44 touches, deux molettes, une pour le pitch, l'autre pour la modulation, ainsi qu'un contrôleur à ruban, un oscillateur donnant le la 440 et quelques autres éléments, comme le mélangeur, en sortie des VCO. De nombreux propriétaires ont midifié leur Mini, qui ne possédait que des connexions CV/ gate à la norme d'un volt par octave. Ce synthé, qui a connu une descendance aussi riche qu'intéressante, reste inégalé, et pourtant, il ne possède pas de mémoires, que l'on trouve pourtant sur son héritier Moog Source avec son panneau de contrôle tactile et ses (seulement) 16 présets.

Le Voyager

Nommé ainsi pour mettre l'accent sur ses performances scéniques, fort de sa totale implémentation MIDI et de sa capacité de 128 présets, le Voyager reprend tout ce qui a contribué à l'immense succès du Minimoog, mais va beaucoup plus loin, dans absolument TOUS les domaines. Si l'on retrouve le son dense et dynamique de l'ancêtre, le Voyager n'a plus de touche La 440, car ses oscillateurs présentent une excellente stabilité : leur dérive est compensée en température. Ils sont désormais réglables du 32 pieds au 1 pied,(seulement 2' sur le Mini) et le troisième oscillateur fonctionne comme les deux autres, grâce à l'ajout d'un vrai LFO complètement indépendant des 3 VCO : il se synchronise, au choix, au clavier, via le Midi, ou encore à l'aide d'un gate externe ; il dispose en simultané de 2 formes d'ondes, triangle et carré, ainsi que de 2 types de sample & hold. Mais le VCO 3 peut aussi fonctionner comme un LFO additionnel ou comme un oscillateur très basse fréquence. Autre plus d'importance, il peut aussi moduler de manière linéaire le VCO 1, c'est le principe de la synthèse FM, ou je ne m'y connais pas ! Le VCO 3 agit sur le 1 en modifiant son timbre, et pas sa hauteur tonale, comme sur le Mini. Les formes d'ondes passent en continu du triangle au carré étroit, en passant par les rampes, puis les carrés larges : plus de rotacteurs à 6 positions... Exit le générateur de bruit blanc ou rose, sa couleur change progressivement en fonction de la hauteur tonale. Deux sources de modulation juxtaposées sélectionnent les sources, les destinations et la nature de la modulation ; la première source est pilotée par la roue, la deuxième fait appel à une commande externe. Le clavier de 44 touches trône dans l'élégant coffret de bois. Il s'agit d'un Fatar, sensible à la vélocité et à la pression, et, si le Voyager est monophonique, il envoie, via Midi, des commandes polyphoniques.

Enveloppes, filtres et connexions

Le Minimoog Voyager dispose de deux générateurs d'enveloppe ADSR, contre seulement deux Attack, Decay et Sustain sur le Mini : bob Moog a ajouté le Release, mais ce n'est pas tout : un contrôleur externe de rate peut varier les temps de réponse des générateurs d'enveloppe ! Ceci n'existe sur aucun autre synthétiseur ! On peut également piloter les VCA via une commande de gate externe : LFO, S&H, pédale, etc. Le VCF ayant fait la renommée du Minimoog, a subi des améliorations : il s'est commué en filtre à double résonance, dont l'écart se règle (sur ±3 octaves, au moyen du potentiomètre de "Spacing" ou en externe. Chaque filtre dispose d'une sortie audio du Voyager, ce qui génère des sons de phasing très intéressants. On peut choisir les pentes de filtres entre 2 et 4 pôles (soit entre 12 et 24 dB par octave). De plus, le réglage "Amount" du filtre ne fonctionne plus comme un simple atténuateur positif comme sur le Mini : cette commande offre la possibilité d'inverser l'enveloppe du filtre, pouvant devenir négative, donc. Les deux VCF fonctionnent en double passe-bas ou en combinaison passe-bas et passe-haut, autre nouveauté . La résonance, allant jusqu'à l'oscillation, agit sur les deux filtres. Contrairement au Mini, le tracking du filtre par le clavier, initialement à 4 positions, a été remplacé par un réglage en continu de 0 à 100%. Les connexions possibles du Minimoog Voyager sont très nombreuses, un examen de la fiche technique vous en donnera un aperçu, lequel soulève à peine le voile des immenses possibilités de ce nouveau synthétiseur d'exception.

Le pad

Le contrôleur à ruban a disparu, au profit d'un pad à trois dimensions, placé sous l'afficheur LCD multifonction : abscisse, ordonnée et pression, rien que cela. Réalisé en Tactex, cette interface assignable peut, par exemple, contrôler le cutoff des filtres en X, la résonance en Y et accentuer l'un de ces paramètres en faisant varier la pression du doigt sur cette surface...

Signature ou pas ?

D'un point du vue technique, aucune différence ne vient ternir le Voyager tout court. Non, les différences ont trait à la finition du coffret en bois, à choisir entre l'érable, le merisier ou le noyer massifs, l'ajout d'une plaque plaquée or, de diodes bleues qui éclairent les deux roues de modulation en acrylique transparent (c'est beau), d'un sac de transport matelassé, et d'un numéro de série très bas, inférieur ou égal à 600, nombre maximal de modèles Signature prévus... Pour les prix, sachez qu'ils figurent dans la fiche technique... Bon, nous sommes d'accord, ce synthé n'est pas donné. Mais un Minimoog midifié d'occasion ne sera pas beaucoup moins cher, tout en présentant moins de possibilités et de qualités intrinsèques, comme la fiabilité et la justesse... Sachez que le Minimoog Voyager sonne comme son ancêtre et va beaucoup plus loin encore. En cette époque où le Sysex de ce nouveau Minimoog se télécharge sur le site web du constructeur, le Bob aurait pu appeler son petit dernier l'Hyper Minimoog, un nom amplement mérité !

Philippe David


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