Les américains ont toujours eu plusieurs trains (d'effets) d'avance sur le vieux continent, et l'on ne compte plus les constructeurs de processeurs au traitement sonore souvent difficile à décrire, mais parfaitement audible, efficace, et, par conséquence, utile. BBE fait partie des pionniers de ces développements.
Barcus Berry Electronics fabriquait des capteurs microphoniques pour violons et guitares jusqu'au jour où la firme s'est intéressée aux traitements sonores. Cette réorientation correspond, à quelques années près, à la pseudo libéralisation de la bande FM en France. À cette époque, les oreilles exercées (dont votre serviteur est pourvu) pouvaient déceler si le traitement de l'antenne comportait un Aphex Aural Exciter ou un BBE, car ces concurrents remplissent en gros le même office, mais en employant des techniques radicalement différentes.
La problématique
Là où Aphex génère des harmoniques mélangés au signal direct, à partir de la bande médium, le BBE les retarde en fonction des fréquences qu'il analyse en permanence. De plus, il sait agir sur deux gammes distinctes, directement accessibles à l'utilisateur, le registre grave aux alentours de 50 Hz (Lo Contour), et l'aigu (Process) à partir de 5 kHz. Le procédé exploité par BBE, qui en est à sa cinquième génération depuis 1985, optimise le temps de propagation de groupe (constitué du contenu sonore et des harmoniques associés) suivant le programme musical. Ce système entièrement analogique requiert, à présent, un seul circuit intégré, le NJM2153 fabriqué tout spécialement pour BBE par l'incontournable constructeur japonais JRC.
Les autres circuits (un double et un quadruple ampli opérationnel par canal) ne servent qu'à l'illumination des diodes de niveau. Le but du traitement tient à l'amélioration de l'intelligibilité du signal sonore, ou plus précisément du programme musical enregistré, mixé, remixé, et/ou diffusé, via une sonorisation, voire une radio FM qui sont quasiment toutes équipées de ce genre de processeurs des deux marques précitées.
Le réel et le virtuel
Le BBE s'appuie sur une étude poussée du comportement harmonique des signaux complexes et de leur évolution dans le temps, concernant l'aspect réel, strictement technique. Cela ne saurait suffire sans l'intervention, somme toue virtuelle, de la psycho-acoustique, qui définit comment le son est perçu de l'auditeur et comment on peut agir afin d'améliorer l'intelligibilité du programme musical. La solution de BBE consiste à recaler la phase de manière indépendante sur deux bandes de fréquences distinctes (voir fiche technique) et à mélanger ce traitement avec le signal en temps réel. Ainsi, on obtient des basses plus riches et plus dynamiques, des attaques plus franches dans cette gamme fréquentielle. Le médium aigu subit un traitement similaire et l'intelligibilité du signal s'en trouve grandement amélioré, sans pour autant jouer sur le niveau général, car le processing, comme on dit chez les pros, est bien plus subtil...
Exploitation
Le BBE trouvera sa place, toujours branché en insertion et jamais en side-chain, partout où une source sonore requiert une optimisation, une sorte de mise en valeur. Connecté à la sortie d'une console vers un enregistreur 2 pistes, le BBE apportera un regain de vie et de précision au mixage. De même, tout instrument traité par le 482, ressort bien mieux, parmi les autres sources, sans pour autant devoir baisser le niveau de leurs pistes. Ce phénomène provient du traitement harmonique si particulier du BBE, déjà adopté par de très nombreux professionnels, parmi lequels Sting, Stevie Wonder, le célébrissime guitariste Steve Vai (qui est aussi l'heureux possesseur d'un ProTools HD complet) et bien d'autres encore. Certains de mes ex-collègues de la FM m'ont avoué ne plus pouvoir se passer de ce processeur tellement sa présence devient indispensable dans la chaîne de traitement.
Boîte noire
La simplicité règne : deux réglages par canal, dévolus au deux bandes de fréquences audio, une led rouge s'illuminant en cas de surcharge de l'entrée, des Vu-mètres à diodes connectés sur les sorties, un vrai bypass (le son passe, même en cas de coupure de courant), un interrupteur secteur constituent la totalité des commandes et des contrôles. La face arrière comprend 4 jacks de 6,35 mm pour les deux entrées et les deux sorties, toutes doublées par des embases Cinch. On remarque également un câble-secteur captif (dommage) et un fusible accessible de l'extérieur.
Méfiez-vous de la notice qui confond les dB avec les dBu et les volts avec les millivolts, ou d'autres documentations qui annoncent des liaisons symétriques, alors que le BBE 482 ne propose que de l'asymétrique. N'ayez crainte, car nous vous disons tout, et, le cas échant, nous rétablissons la vérité. Justement, l'ultime se doit de figurer ici : on peut difficilement se passer d'un BBE, une fois branché. Cela tombe bien, car le prix du 482 peut inciter à en acheter plusieurs : à consommer (presque) sans modération.
IN
Le son, le traitement devenant vite indispensable, le prix dérisoire...
OUT
Pas d'audio symétrique, le câble secteur pas détachable, les erreurs de la notice dans les spécifications.
Philippe DAVID
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