DANS LA SÉRIE "ON NE CHANGE PAS UNE ÉQUIPE QUI GAGNE", VOICI LA DERNIÈRE MOUTURE DES MONITORS ACTIFS YAMAHA, LES MSP10 STUDIO, CONÇUS PAR L'ÉQUIPE DU GRAND AKIRA NAKAMURA, DÉJÀ PÈRE DE LA DYNASTIE DES NS10M ET DESIGNER DE HAUT-PARLEURS ET D'ENCEINTES YAMAHA DEPUIS 1965.

Petit retour en arrière. Les petites enceintes de hi-fi Yamaha NS10M apparurent aux alentours de 1978 (la même année qu'un autre best-seller, la platine phono Technics SL-1200, une excellente année, donc...). Rapidement, les ingénieurs du son, un peu lassés des Auratone, ont acheté des NS10M qui, pour répondre un peu mieux aux exigences du marché, ont été améliorées en 1987 et rebaptisées NS10M Studio. Depuis 2001, leur production a cessé, en raison notamment des problèmes causés par la pulpe de cellulose si particulière des boomers blancs (pollution, notamment)... Si la définition de ces enceintes était relativement bonne, particulièrement dans la bande médium, on ne pouvait que rester dubitatif devant une distorsion de phase non négligeable, comme on le constatait sur les "waterfall" ou courbes de mesure en trois dimensions amplitude/temps/ fréquences. Cela posé, si un mix final sonne sur une paire de NS10M Studio, il sonnera partout !
Optimisations majeures
Tous les aspects de ces monitors ont bénéficié d'optimisations réellement efficaces. Tout commence par un coffret en médite (MDF) amorti à l'intérieur, renforcé au moyen d'entretoises fixées entre les parois opposées, et décompressé par une paire d'évents bass reflex, en rapport direct avec la compliance du boomer. Extérieurement, la forme arrondie des angles a été définie pour un meilleur écoulement de l'énergie des sons réfléchis sur le coffret, afin de conserver la meilleure intelligibilité possible. Aucune concession n'a été consentie au volume acoustique des enceintes, puisque le bloc comprenant alimentation, filtre actif, et amplificateurs, est monté en saillie (de 61,5 mm). Le traitement de la surface externe du coffret a nécessité 9 opérations, dont 5 couches de laque piano. Bonne idée pour les phénomènes acoustiques exogènes, mais cette finition paraît assez fragile, il faudra donc éviter de trop déplacer ces monitors afin de ne pas les rayer.
Transducteurs
Akira Nakamura a conçu le boomer. Renseignements pris, la membrane de ce dernier contient du polypropylène dopé d'un minéral : du carbone, bien sûr ; le tout donne une nouvelle matière, le Butyl, à la fois légère et rigide, ce qui convient parfaitement à un transducteur de graves. Monté sur un saladier en magnésium, le moteur magnétique de ce boomer possède un blindage particulier. D'ordinaire, on blinde les haut-parleurs en leur ajoutant un aimant annulaire à la polarité inversée par rapport au premier. Mais le champ magnétique, souvent hétérogène, des aimants en céramique provoque des distorsions audibles. Mr Nakamura a donc inséré une entretoise en acier entre les deux aimants, ce qui oriente le champ magnétique de l'aimant du blindage et évite ce type de distorsion si subtile. Le tweeter comprend un dôme en titane (toujours pour des raisons de légèreté et de rigidité) capable de monter jusqu'à 40 kHz, une bande passante idéale pour écouter des enregistrements en 96/24. On le remarque, monté au fond d'un guide d'onde chargé d'optimiser la diffusion du son sur 120°. Comme le filtre actif possède une pente de 30 dB par octave (cinquième ordre), le point d'émission du tweeter a été reculé par rapport à celui du boomer, afin de recaler la phase acoustique, sachant que la phase électrique (le tweeter étant en avance d'une période (360°) plus 90 °, soit 450° ou 5 x 90°) est compensée par l'électronique. Une petite pièce de phase, montée devant le dôme du tweeter, optimise la linéarité de sa réponse en fréquences.

Électronique
Elle comprend deux amplificateurs en classe B, conçus sur le même schéma (pratique pour l'homogénéité du son en fonction du niveau et l'harmonisation du taux de contre-réaction qui la conditionne) et montés en aval du filtre actif. On dispose aussi de quelques contrôles, tels qu'un ajustement de l'égalisation à 50 Hz et à 10 kHz sur 3 positions, un réglage de sensibilité à potentiomètre et un coupe-bas à 80 Hz pour le couplage des MSP10 Studio avec le caisson de graves optionnel SW10. On remarque une tradition chère à Yamaha : le câble secteur captif. J'aurais préféré une embase IEC et un câble séparé au même standard...
À l'écoute
Les Yamaha MSP10 Studio testées ont été préalablement rodées ; elles donnent ainsi le meilleur d'elles-mêmes, aussi bien sur le mode vertical que sur la position horizontale, grâce à une disposition symétrique des transducteurs sur le baffle. Dès la première écoute, on constate rapidement la largeur utile de la zone optimale d'audition, homogénéisée, notamment, par le gui-de d'ondes du tweeter. J'en ai profité pour ressortir ma petite collection de DVD audio (enregistrés directement en 96/24 et non remasterisés à partir de CD audio) : belle image, excellente restitution tridimensionnelle des enregistrements réalisés en stéréo de phase, respect de la dynamique et grande précision. Le très bon couplage entre les amplis et les transducteurs apporte une excellente définition générale, cela se ressent sur les fins de réverbération et toutes les micro-informations si difficiles à restituer sur les produits un peu trop passe-partout. On peut exploiter les MSP10 Studio à un niveau relativement fort sans la fatigue auditive que l'on déplore sur d'autres monitors pourtant très répandus... En cas de saturation, la LED verte de mise sous tension vire au rouge 2 dB avant la catastrophe sonore. Les Yamaha ont brillamment réussi tous les tests. À essayer absolument avant tout achat de monitors !
IN
La haute conception technique générale, le son, le prix.
OUT
La fragilité de la finition style laque de piano, le câble secteur captif.
Philippe David .