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Arturia CS-80V

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°182

01 janvier 1987

SUR LES PAS DU MOOG MODULAIRE, ARTURIA PROPOSE UNE RE-CRÉATION LOGICIELLE D'UN MYTHIQUE DINOSAURE DE L'ÈRE ANALOGIQUE, LE YAMAHA , PERMETTANT D'ACCÉDER À UNE MACHINE HORS DE PORTÉE DU COMMUN ES MORTELS.

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Le deuxième synthé virtuel signé Arturia émule à nouveau une machine rare et d'un poids hors norme. Le CS-80 sort en 1977 et son poids, son prix, mais surtout le raffinement de ses options de jeu - vélocité, aftertouch polyphonique et contrôleur à ruban - en font l'apanage, justement, de poids lourds du métier tels Vangelis, Rick Wakeman, Toto et consorts. Le logiciel est livré sur un CD-ROM hybride Mac/PC contenant les versions autonomes, VST, DXi, MAS, RTAS, HTDM et Audio Units. Bon point pour la compatibilité : on pourra utiliser le CS-80V dans la quasi-totalité des séquenceurs audio du marché.

Double ration

Le CS-80V est polyphonique huit voix, chacune offrant deux circuits de synthèse identiques qui associent (de gauche à droite) LFO, oscillateur, filtre, enveloppe de filtre et enveloppe de volume. Les oscillateurs peuvent générer dents-de-scie, sinus, triangle et carré, la largeur d'impulsion (PW) de ces deux dernières ondes étant variable (une erreur de sérigraphie baptise PWM au lieu de PW la commande de largeur) et modulées au besoin par le LFO, pilotable par MIDI (50 Hz maximum en mode manuel, de quoi obtenir des modulations sympathiques). Deux sélecteurs à bascule très «orgue» permettent de combiner carré et triangle ou dents-de-scie ; le sinus dispose, lui, d'un réglage de niveau distinct, ainsi que le générateur de bruit (blanc). L'oscillateur de la première ligne peut être synchronisé à celui de la seconde. A noter également que ce dernier peut être routé vers le premier circuit de synthèse, permettant de soulager le processeur lorsque l'on n'a pas besoin de paramètres de synthèse différents pour chacun des oscillateurs. Une idiosyncrasie de l'original à laquelle on aurait pu remédier : l'accord de chaque oscillateur est restreint à des transpositions à l'octave ou à la quinte (on dispose d'un désaccord de plus ou moins 1/2 ton). La section filtre se compose d'un passe-haut d'un passe-bas commutables entre 12 et 24 dB/octave, tous deux résonants, pouvant être désactivés individuellement, toujours pour soulager le processeur. Puis, on trouve deux enveloppes et divers paramètres associés, dont quatre commandes permettant de doser indépendamment l'effet de la vélocité et de l'aftertouch, sur le filtre et le niveau. Le CS-80V offre des modules de synthèse communs aux huit voix - on pourrait les qualifier d'effets globaux : primo, un fantastique modulateur en anneau, doté d'une mini-enveloppe sur la modulation, et un «sub-oscillateur», qui n'est autre qu'un LFO (et qui monte également jusqu'à 50 Hz), pouvant être affecté aux modules VCO, VCF et VCA.

Raffinements

Histoire de corser un peu les choses, on dispose sur le CS-80V, en plus de l'original, d'une petite matrice de modulation, permettant d'assigner jusqu'à huit sources (LFO, enveloppes, pression, ruban...) à un certain nombre de paramètres de l'un ou l'autre des circuits de synthèse. Les autres raffinements apportés par cette virtualisation sont d'abord un arpégiateur très complet, avec par exemple une mémorisation des notes dans l'ordre dans lequel on les joue, des effets en sortie (delay, chorus, tremolo - curieusement, lorsqu'on enclenche les trois effets et que le niveau du delay est «dry», le niveau chute presque totalement), ainsi qu'un mode Multi permettant d'exploiter le CS-80V comme un synthétiseur multitimbral. En résumé, chaque voix peut être affectée à une «zone», chaque zone peut être affectée au besoin à un canal MIDI distinct et assignée à une portion quelconque du clavier, ce qui permet de créer splits, stacks et autres layers. Chaque zone peut aussi être transposée et passée ou non dans les modules «globaux» (ring modulator, arpégiateur, sub-oscillateur), et elles peuvent même jouer chacune un patch différent. Bref, voilà comment on améliore une machine déjà bien fournie. Regrettons simplement que l'on ne puisse assigner à chaque zone un des presets de la bibliothèque fournie ; il faudra programmer chacun d'eux à la main.

Le sound

Le CS offre une sonorité typée, agréablement éloignée des boîtes à sons si courantes. Comparé à d'autres synthés virtuels, le timbre des oscillateurs (de la dents-de-scie, notamment) est remarquable. Les filtres passe-haut, permettant d'éviter le syndrome du son impossible à mélanger avec quoi que ce soit d'autre, ainsi que le modulateur en anneau, assisté du sub-oscillateur et des LFO grimpant à 50 Hz, ouvrent la voie à des sonorités électroniques plus expérimentales. Les banques d'usine ont été confiées à des sound designers connus, avec des CV imparables, de Guns'n'Roses à Celine Dion en passant par Michelle Torr. On y trouve de très bonnes choses, plus ou moins convenues : des pads séquencés à la «Présence du Futur», des gros arpèges bien gras à la KLF, des strings à couper au couteau totalement «Suspiria», des patches en mode Unison à tomber par terre, quoique difficiles à utiliser autrement que pour un jingle THX, d'excellents patches électroniques avec modulation en anneau façon «Planete Interdite», mais également un piano Fender assez bluffant, et même un Rhodes FM saisissant. Certains patches tordent, parfois violemment : attention à vos enceintes.

Le verdict

Le manuel est très complet et offre non seulement un bref historique de la genèse du CS-80, mais également un petit exposé sur la synthèse soustractive. Les seuls petits défauts du CS-80V sont à chercher du côté de l'interface utilisateur : la partie graphique est particulièrement soignée, mais la course des curseurs des sections Ring Modulator ou Sub Oscillator est décidément trop courte pour une utilisation confortable, et il n'y a pas de raccourci-clavier permettant de ramener un paramètre à sa valeur par défaut. Les fonctions de sélection des presets sont (à mon avis) à revoir : on dispose de trois sélecteurs : Bank, Sub-bank, Preset. Lorsque l'on clique sur le sélecteur de banques, apparaît le menu énumérant lesdites banques, chacune pointant vers les sous-menus des sub-banques, elles-mêmes donnant l'accès aux sous-menus listant les presets. Impossible de simplement sélectionner une banque : il faut aller jusqu'au bout de l'arborescence et choisir une sous-banque et un preset pour valider son choix. Fastidieux ! D'autre part, dans les menus locaux (Preset ou Source/Destination de Modulation), l'option active n'est pas cochée, ce qui n'est pas pratique. Vu les utilisateurs répertoriés de l'original, le fan d'électro élevé à Kraftwerk ou Cabaret Voltaire doit-il prendre ses jambes à son cou ? Serait-ce une machine à débiter pads de strings et patchs de brass pour rock FM ou progressif ? Que non pas : le CS-80V permet d'obtenir autre chose que des patchs de brass ou ces nappes ronflantes annonçant un débarquement de répliquants à la Tyrell Corporation (il excelle toutefois dans ces patchs «cinématographiques»). Bref, un synthétiseur très réussi, et plutôt polyvalent. Pour les plus virtuoses du clavier, il devrait faire merveille une fois couplé à un bon clavier maître doté de l'aftertouch polyphonique, de quelques curseurs MIDI et d'un contrôleur à ruban.

IN

La qualité du son, les ajouts de la version «virtuelle», la compatibilité.

OUT

Le système de gestion des presets peu pratique, pas de remise à zéro des paramètres.

David Korn .

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