LE SYNTHÉTISEUR LE PLUS POPULAIRE AU MONDE EST AUJOURD'HUI MODÉLISÉ PAR L'ÉQUIPE D'ARTURIA. C'EST LA POSSIBILITÉ D'ACCÉDER À UNE MACHINE TOUJOURS COÛTEUSE, ET MÊME DE LA JOUER EN POLYPHONIE.
Le Minimoog V est la troisième émulation de synthé vintage signée Arturia, après le Moog Modular V et le CS-80V. Comme ces derniers, il est livré sur un CD-ROM Mac/PC comportant toutes les versions disponibles : VST, DXi, MAS, RTAS, HTDM et Audio Units. De plus, une version autonome permet de jouer l'instrument sans avoir à lancer de séquenceur hôte.

Démarrage
Au premier lancement, touchante attention d'Arturia : on a le choix entre trois couleurs de bois, correspondant grosso modo aux générations successives de Minimoog : érable, acajou ou noyer foncé - j'ai opté pour la première teinte, qui s'accorde mieux avec mon Minimoog n°5692 de 1974 (néanmoins équipé par la suite des oscillateurs stabilisés de dernière génération). Le synthé prend une surface non négligeable à l'écran - moniteurs 15 pouces, s'abstenir -, d'autant qu'une marge au-dessus de l'appareil est laissée libre pour permettre l'affichage des fonctions supplémentaires du logiciel (arpégiateur, effets et matrice de modulation). Pour cet affichage, on clique sur la touche Open, et le panneau avant se soulève, à la façon de l'original, pour laisser sortir un volet comportant lesdites fonctions, et mettre du même coup votre carte graphique à genoux ! Le clavier ne peut être masqué, sans doute pour laisser les molettes et les commutateurs visibles (il suffirait de les placer dans la boiserie, mais là, c'est plus un Minimoog(tm), coco). Comme tout bon Minimoog qui se respecte, le MV comporte trois oscillateurs, un générateur de bruit, un filtre passe-bas, deux enveloppes attack/decay/sustain (le decay sert aussi de release lorsqu'on engage le commutateur Decay situé au-dessus des molettes), et un clavier doté de molettes de pitch-bend et de modulation. Çà et là, on peut repérer des ajouts : le circuit Soft Clip, dont le commutateur remplace l'interrupteur secteur, est destiné à émuler la surcharge des VCA lorsque le niveau des oscillateurs est au maximum. On peut aussi constater la présence d'un synchro entre oscillateur 1 et 2, d'un réglage de l'étendue du pitch-bend, d'un commutateur "legato" permettant de réserver le portamento (glide) aux notes liées... Le genre de modification que proposaient en leur temps de petites sociétés américaines telles que Rivera Music Service.
Mini mais poly !
S'il est une modif que l'on aurait toutefois eu du mal à faire installer, c'est le switch "Polyphonic" de la partie droite ! Le Minimoog V offre jusqu'à 32 voix de polyphonie, qui pourront être exploitées pour jouer à deux ou quatre mains, ou via le mode "Unison" pour empiler plusieurs voix sur la même note (wow le son !). La commande Voice Detune, qui remplace celle du volume du casque, permet de désaccorder chaque voix pour un son encore plus "phat"... En revanche, pas de mode multitimbral : si l'on veut faire jouer plusieurs lignes monophoniques en même temps, il faudra ouvrir plusieurs Minimoog (ce qui est tout à fait possible, y compris dans la version autonome). L'entrée audio est active, permettant de filtrer un signal externe, une piste audio par exemple, que l'on mélangera ou non avec les oscillateurs internes. Inutile de mettre un morceau de scotch pour tenir une touche enfoncée, il suffit de régler le decay au maximum pour obtenir une tenue illimitée. On pourra avec l'arpégiateur créer des effets de gate amusants et synchronisés au tempo, idem avec le LFO. Ici, la petite saturation du Soft Clip est la bienvenue. Autre finesse, on peut doubler, voire quadrupler le niveau du signal, en attribuant au Mini plusieurs voix de polyphonie et en basculant en mode Unison. Le switch de l'entrée audio offre également une troisième position, sur laquelle on peut récupérer à l'entrée le signal sortant du Mini - une bonne vieille astuce du Minimoog, qui consistait à patcher une des deux sorties audio sur l'entrée externe pour obtenir des effets de disto. C'est moins réussi en virtuel que dans la réalité, et gare aux HP si le Soft Clip n'est pas engagé ! 
Matrix
À l'instar du CS-80V, le MV est doté d'une matrice de modulation, d'un arpégiateur et d'un triple effet en sortie. Tout ceci se trouve dans un "tiroir" mobile, ainsi qu'un LFO qui permet de libérer le troisième oscillateur. La matrice de modulation offre un éventail de possibilités intéressantes, qui convient particulièrement à une "machine" que l'on peut jouer en polyphonie ; on pourra ainsi animer les sons de pads avec divers effets de modulation, et notamment, moduler la largeur d'impulsion des oscillateurs en vue d'obtenir des effets de PWM que l'original serait bien en peine de fournir, à moins de passer à l'atelier. Au passage, il est possible de régler manuellement la largeur d'impulsion de chacune des formes d'onde (sauf la dents-de-scie), un raffinement bien planqué de cette version virtuelle. Il faut pour cela "majuscule-cliquer" sur le sélecteur. Idem pour l'accord des oscillateurs 2 et 3 : tels quels, ils commandent l'accord fin (+/- un demi-ton), le réglage "grossier" de +/- 12 demi-tons nécessitant un majuscule-clic (le troisième oscillateur offre une plage de +/- 48 demi-tons en position "Low"). Comme les autres produits Arturia, chaque commande de la face avant peut être pilotée par MIDI, par une surface de contrôle par exemple, ce qui, dans le cas d'un synthétiseur virtuel, est un must. L'assignation de contrôles MIDI à chaque commande est simple, puisque la fonction est dotée d'un mode "Learn" qui détecte automatiquement le numéro du contrôle que l'on transmet. Reste qu'à chaque bouton, il faut pomme-cliquer pour ouvrir la petite fenêtre d'assignation. On apprécierait de pouvoir assigner tous ses contrôles en une passe, en cliquant successivement sur chacun des boutons, la fenêtre restant ouverte. Idem pour le système de stockage des sons : comme sur le CS-80V, impossible d'appeler une banque à moins de sélectionner, dans une suite de menus contextuels qui apparaissent alors, une sub-banque puis l'un des presets qu'elle contient. À quoi sert d'avoir un sélecteur pour banque, sub-banque et preset ? On peut supposer qu'Arturia simplifiera toutes ces manoeuvres lorsqu'ils mettront au point une nouvelle génération de leur gamme de synthés.
La comparaison
Après avoir mis en chauffe ledit Minimoog et dûment réaccordé celui-ci (une opération plutôt fastidieuse), nous sommes prêts à comparer la copie à l'original. Il faut savoir que deux Minimoog ne sonneront pas tout à fait de la même façon, surtout s'ils sont de générations différentes, étant donné le nombre de modifications apportées à l'appareil au cours de ses douze ans de production. Apparemment, Arturia a travaillé sur la base d'un Mini d'une génération antérieure à celle que possède votre humble serviteur. Ceci étant posé, passons à l'écoute des formes d'onde : la dents-de-scie est riche et râpeuse à souhait - c'est un sans-faute (cf. illustration). Idem pour le carré. En revanche, le combiné triangle/sinus, une particularité du Mini, n'est pas aussi réussi, et manque de brillance. Le triangle ne m'a pas non plus semblé tout à fait fidèle. Côté filtrage, les efforts d'Arturia sont évidents : on est très proche du son et du comportement du filtre d'un Mini, bien que l'on puisse toujours déceler une légère stridence dont l'original est exempt : c'est un peu moins agréable à l'oreille. Toutefois, il est une catégorie de sons que le Minimoog V est incapable de reproduire correctement : les "clic" ou "zap", ces effets qui associent fréquence de filtre au minimum, résonance au maximum et enveloppe à fermeture très rapide (voire au minimum). Renseignements pris, du fait d'une limitation technique, le filtre, lorsque mis en auto-oscillation, n'est pas à même de répondre à des sollicitations trop rapides. Toujours selon Arturia, c'est un aspect qui sera amélioré dans les versions futures. Autre point sur lequel l'original garde la main : la modulation du filtre par l'oscillateur 3 ne fonctionne pas correctement dès que l'on dépasse les basses fréquences. Pour les sons de cloche ou de modulation en anneau, on repassera. Quant au circuit Soft Clip, il donne une légère saturation qui se traduit par un boost des graves au détriment de la subtilité et de la précision de l'émulation, à mon sens. D'autant qu'une fois la fonction engagée, elle pompe grave du processing, comme on dit... Un bon patch 4 voix dévore sans peine la moitié de la puissance disponible sur mon G4/1.467 MHz. Oy veh ! Hormis les quelques lacunes, le son est très proche de l'original, et les fonctions se comportent de la même façon. Une fois assignée une petite surface de contrôle aux paramètres principaux, ce qui permet réglages en finesse et confort d'utilisation, on arrive facilement à s'imaginer aux commandes d'un véritable Minimoog. Qui sortira le premier un contrôleur MIDI reprenant la face avant du Mini (de préférence à l'échelle, pas à 84 %) ? Verdict Si l'émulation permet d'un point de vue marketing de bénéficier de la notoriété de l'original, ce qui dans le cas du Minimoog est un aspect non-négligeable, il y a un revers à la médaille : on sera toujours comparé à l'original - avec peu de chances d'avoir le dessus, quels que soient les efforts déployés pour y arriver. Dans le cas du Minimoog V, ces efforts sont indéniables, et le virtuel est une excellente émulation d'un Minimoog, hormis quelques défauts de jeunesse qui lui interdisent pour l'heure de prétendre véritablement remplacer un Minimoog. Le logiciel présente toutefois bien des avantages, hormis le côté pratique et le fonctionnement sans maintenance : la polyphonie, la possibilité d'en faire tourner plusieurs, des fonctions supplémentaires et bienvenues, et surtout, un prix sans rapport avec celui de l'original. Ainsi, le Minimoog V permet de profiter immédiatement d'un son très proche de l'original, ce qui n'interdit aucunement de mettre des sous de côté pour s'en payer un vrai.
IN
Les compatibilités, la plutôt bonne fidélité de l'émulation.
OUT
Le système de gestion des presets peu pratique, des lacunes dans l'émulation de certaines fonctions du Minimoog d'origine.
David Korn .