BEHRINGER DONNE DANS LA SONORISATION DE GRANDE PUISSANCE AVEC UNE NOUVELLE SÉRIE DE DEUX AMPLIFICATEURS, LES EUROPOWER EP2500 ET SON CADET EP1500.
Le grand généraliste de l'audio allemand met depuis quelque temps l'accent sur la sonorisation. Le NAMM Show 2004 a été marqué par l'émergence de mélangeurs auto-amplifiés, au nombre de cinq. Les amplificateurs de puissance n'ont pas été oubliés, puisque Behringer sort simultanément un 2 x 260 W sous 8 Ω, l'EP1500, et un 2 x 450 W, également sous 8 Ω, l'EP2500. Le prix s'inscrit dans la politique commerciale de la firme : on en a vraiment pour son argent...

Tour de chauffe
Ce rack de deux unités pèse pas loin de 17 kg : une paire de poignées de manutention n'aurait pas été un luxe, d'autant que les oreilles ne sont pas très confortables à la préhension. Le poids imposant de cet ampli impose la présence de fixations supplémentaires à l'arrière du coffret, afin d'éviter une trop grande contrainte mécanique sur les cornières en façade. Sinon, sa place de prédilection restera le bas d'un rack. La façade comprend le commutateur secteur général, un potentiomètre de volume et deux LED par canal : l'une s'illumine en fonction du signal, l'autre indique la saturation de l'ampli. Les ouïes de ventilation favorisent l'expulsion de l'air chaud vers l'avant : une thermistance ajuste la vitesse du ventilateur en fonction de la température. L'air s'engouffre dans un tunnel constitué des deux dissipateurs internes montés tête-bêche, une solution aussi efficace qu'éprouvée, car très répandue.
Connectique
L'EP2500 comprend une XLR et un jack TRS par canal, ces derniers possédant une masse non isolée du châssis, un choix que l'on peut regretter... Ces entrées sont câblées en parallèle, on pourra donc alimenter par exemple un ampli via ses XLR et en chaîner plusieurs à la suite... Les sorties conventionnelles de puissance emploient les connecteurs Speakon de Neutrik, bien isolés et fiables ; il s'agit de la norme de sécurité en vigueur. En revanche, je trouve assez rustique la solution adoptée par Behringer pour la configuration de l'ampli en mode bridgé (ponté) : pour obtenir les 2,4 kW sous 4 Ω en sortie, il faudra libérer les 4 prises bananes obturées et masquées derrière un carter en plastique vissé au châssis. Trop fragile, cette pièce cassera facilement dès le premier choc un peu appuyé. De plus, le fait de retirer ce carter désolidarise la carte des Speakon et des bananes du panneau arrière, il faudra donc remonter ces vis après la dépose du carter pour exploiter l'EP2500 en mode bridgé. De plus, il faut redoubler d'attention lors du branchement des câbles de forte section pour les haut-parleurs afin qu'ils ne touchent pas le châssis : rappelons que, sur le mode bridgé, on sort sur les deux "+"... Depuis le banc d'essai du TAPCO le mois dernier, je ne jure plus que par l'ajout d'une Speakon spécifique au pontage des deux amplis... Le mode bridgé du Behringer s'obtient en poussant deux dip-switches vers la droite. Ce ne sont pas les seuls à modifier la configuration de l'ampli, puisque l'on peut également commuter un filtre passe-haut dont on choisit la fréquence de coupure : 30 ou 50 Hz. L'EP2500 offre aussi la possibilité de fonctionner, en plus du mode bridgé, en stéréo (mode normal) ou en double mono, un seul signal alimentant les deux entrées... Un limiteur commutable par voie prévient la distorsion.

Conception
Hormis les réserves énoncées plus haut, cet ampli fait appel à une conception résolument professionnelle ; c'est là où l'on remarque ce qui peut différencier un rack noir de 2U d'un autre rack noir de 2U. Le transformateur torique de 7 cm de haut pour 15 cm de diamètre (responsable à lui seul d'une bonne partie du poids imposant de cet ampli) alimente les deux canaux via une temporisation, sans parler des circuits de protection contre les courts-circuits, les circuits ouverts, la surchauffe, et l'autooscillation pouvant être provoquée par des interférences HF. Les étages d'amplification comprennent 8 transistors de puissance par canal, de type MosFet, fruits d'une association Toshiba et Fairchild, suivant un mode en classe H. Cette nouvelle classe d'amplification, adoptée par la plupart des constructeurs d'amplis de sono, limite la consommation, abaisse l'échauffement et bénéficie d'une faible distorsion. L'ampli ne comporte aucun circuit intégré, si ce n'est celui de la temporisation... Les résistances de forte puissance en céramique sont légion... Le découplage de chaque canal atteint 50 000 μF, une excellente valeur qui favorise la tenue en puissance sur l'étendue du spectre audible.
La performance
Le constructeur place la barre assez haut sur les points forts de cet amplificateur, inversement proportionnels à son prix extrêmement compétitif : moins de 60 centimes d'euros le watt (8 Ω) ! Son facteur d'amortissement de 300 lui permet de supporter des charges de 2 Ω, soit 2 x 2 enceintes de 8 Ω en parallèle... Cet ampli libère ses watts avec une grande fermeté et conserve sa musicalité, y compris sur des charges complexes. Son temps de montée honorable (de l'ordre de 7 μs à 10 dB en dessous de la puissance nominale) lui confère une bonne définition, aidé en cela par l'utilisation de la performante classe H. Cet ampli puissant, stable et fiable conviendra à toute sonorisation, à condition de l'exploiter de préférence en mode stéréo ou double mono, sachant que le mode bridgé suscite une certaine réserve du point de vue de la sécurité : une troisième embase Speakon aurait été la bienvenue !

IN
La puissance, la musicalité, la fiabilité des protections (sauf en bridgé), le prix.
OUT
L'absence de poignées, les jacks non isolés, les bananes rustiques pour le mode ponté.
Philippe David .