CE NOM STELLAIRE NOUS RAMÈNE EN 1977, ANNÉE DE LA PREMIÈRE RÉVERBÉRATION/DÉLAI NUMÉRIQUE, LA SPACE STATION SST-282. VOICI SA VERSION MODERNISÉE, LA SST-206, INTÉGRANT LA TECHNOLOGIE ACTUELLE, MAIS GÉNÉRANT DES EFFETS AUX MÊMES SONORITÉS, POUR UN PRIX LARGEMENT INFÉRIEUR À L'ORIGINAL.

1977l'année du punk, des remises en question... et de celles de Christopher Moore qui décide de quitter Lexicon pour travailler à son compte. Il se met alors au numérique, installe un labo dans sa cave, bénéficie du soutien logistique et administratif de collègues de Lexicon. Ainsi naît l'Ursa Major Space Station SST-282, une chambre de réverbération et d'écho numérique, vendue, à l'époque, trois fois et demie moins cher que les concurrents du même créneau technologique. C'est aussi la troisième réverb numérique de l'histoire, après l'EMT 250 et la Quad Eight CPR-16, plus puissantes et plus chères. La toute première série de 5 exemplaires de SST-282 a été vendue... intégralement en France ! Et suit une huitaine d'années émaillées de bonnes ventes dans le monde entier. Puis AKG acquiert Ursa Major en 1986. Quelque temps plus tard, Chris Moore constate les mouvements de la SST-282 sur e-Bay et décide de la recréer, en utilisant une technologie moderne. Je me souviens de l'article de Dominique Blanc Francard dans feu le magazine ZéroVu, qui disait, je cite : "L'ennui, avec cet appareil, c'est que la complexité des réglages permet un nombre de combinaisons inouï." Ennui ou inouï ? Plutôt inouï...
SST-206
Exit le rack de 3 unités de la SST-282, la SST- 206 tient dans la main et sa petite taille rappelle la télécommande de réverbérations numériques bien connues, encore que la nouvelle Grande Ourse (Ursa Major, en latin) présente une épaisseur encore plus compacte : seulement 1,5 cm ! Exit les entrées et sorties analogiques, Chris Moore les a remplacées par une entrée/sortie AES, capable de détecter toute fréquence d'échantillonnage entre 32 et 96 kHz, de 16 à 24 bits. Comme le fonctionnement nominal est calé sur 48 kHz, le fait d'entrer en 44,1 kHz allongera d'environ 10 % les temps de retard, et les raccourcira en proportion au-dessus de 48 kHz (88,2 et 96 kHz). L'alimentation et les câbles AES sont rassemblés dans une gaine captive : dommage, puisqu'il y avait de la place pour installer un connecteur Sub-D... Cela posé, rien d'autre ne changera des caractéristiques, puisqu'un puissant DSP Motorola 56311 cadencé à 141 MHz émule le comportement de la vintage SST-282 : à l'époque, les convertisseurs de cette machine quantifiaient sur 12 bits à virgule flottante et échantillonnaient à seulement 16 kHz, d'où la bande passante de 7 kHz (cf. fiche technique) sur les programmes spécifiques à la SST (deux sur les quatre accessibles via l'encodeur situé en bas à droite).
Vintage et moderne
Chris Moore a donc restitué intégralement le comportement dynamique de sa référence vintage dans les programmes baptisés SST Echo et SST Reverb, et cela sonne vintage ! Mais comme la puissance hardware permettait d'aller beaucoup plus loin, il a ajouté un algorithme de simulation de pièce, vraiment très intéressant, "Room", de même qu'une position "Program" offrant 16 algorithmes différents, comprenant des délais, échos, 2 slapslapbacks, des simulations de salles, et pas moins de 4 filtres en peigne s'apparentant aux flangers, bien qu'ils ne disposent pas de réinjection. Il aurait fallu une demi-douzaine de pages pour voir plus en détail les infinies possibilités de ce processeur atypique, bien servi par un nombre impressionnant de paramètres, dixit Dominique Blanc Francard. Les fonctions des potentiomètres changent suivant l'un des 4 programmes génériques de la SST-206, ce qui rend ce processeur a priori compliqué, mais on finit par se faire à sa philosophie après un peu de pratique, d'autant que l'on retrouve quelques paramètres classiques, tout de même... On peut ajuster le niveau d'entrée, l'équilibre entre le son direct et le son traité, jouer sur le temps de retard, égaliser dans le grave et l'aigu le son qui subit la même modification de timbre à chaque répétition dont on ajuste le nombre au moyen de la réinjection. On peut aussi intervenir sur le pré-délai, sur le retard et le niveau des premières réflexions. Les 4 potentiomètres de tap-delay sont fixés sur des temps de retard différents qui changent suivant les types d'effets sélectionnés. Sur les programmes vintage, écho et réverb, le processeur mélange les canaux en mono pour re-générer une stéréo en sortie, construite à partir des différents retards. Tout ce que l'on pourra regretter dans l'exploitation de ce processeur vraiment pas comme les autres tient à l'absence de mémorisation des paramètres par l'utilisateur. Il faudra donc les noter dès que l'on tombera sur un traitement intéressant.
Cinq étoiles
Cette petite boîte magique sonne très bien. J'ai bien aimé les émulations vintage ainsi que les pseudo-flangers qui donnaient le meilleur d'eux-mêmes sur mes instruments de prédilection, sans oublier les slap-backs. Cet outil aux énormes possibilités se situe au carrefour de l'expérimentation et de l'exploitation pure et simple, car il sonne en toutes circonstances.
IN
La qualité des effets, les possibilités énormes, l'ergonomie ludique, le prix (1995 dollars en 1977 !).
OUT
Une prise Sub-D aurait évité un câble captif. Pas de mémorisation utilisateur...
Philippe David .