LE MOINS CHER DES MINI-STUDIOS NUMÉRIQUES INTÉGRÉS 24 PISTES ! 25 ANS APRÈS LE PORTASTUDIO 144 ORIGINAL, MODÈLE 4 PISTES CASSETTE AVEC DOLBY B, LE TASCAM 2488 TÉMOIGNE DES PROGRÈS RÉALISÉS DANS LE DOMAINE DE L'AUDIO : 24 PISTES NUMÉRIQUES SUR DISQUE DUR, GRAVEUR DE CD INTERNE, EXPANDEUR GENERAL MIDI ET MULTIEFFET DE SÉRIE... REVUE DE DÉTAIL.

Avec Fostex et Alesis, Tascam est sans nul doute l'une des marques qui a le plus participé à l'essor du home studio. Des 4 pistes à bande encore siglés TEAC (les mythiques 3440) au DA-88, en passant par une multitude de Portastudio, sans oublier les cartes PCI et interfaces audio/surfaces de contrôle USB, la liste est longue... et rares sont les home-studistes à n'avoir jamais eu de Tascam dans leur installation ! La marque propose aujourd'hui un catalogue professionnel bien fourni, présentant des machines de haut vol (station de travail autonome SX-1, console DM-24 et multipiste MX-2424, contrôleur Surround DS-M7.1...), mais n'oublie pas pour autant les home-studistes. Elle semblait avoir un peu délaissé le marché des mini-studios numériques depuis la sortie du 788 et du Pocketstudio 5 : voilà un oubli réparé avec ce 2488, qui, fabrication chinoise aidant, parvient à rester sous la barre mythique des 1500 euros...
Du plastique bleu au plastique gris
Le 2488 abandonne le joli bleu des US-428 et du 788 pour revêtir une livrée grise deux tons, que nous trouvons pour notre part un peu tristounette... Nous sommes ici au royaume du plastique, ce qui n'exclut pas une certaine robustesse. Les dimensions du 2488 restent raisonnables : 245 x 355 x 113 mm, pour un poids de 8 kg. Dès la mise sous tension, le silence est étonnant : le 2488 est dépourvu de ventilateur, mais son échauffement reste raisonnable (malgré les 41 W qu'il consomme), et son disque dur de 40 Go se montre d'une discrétion exemplaire. L'appareil assure 24 pistes en lecture (en fait, 12 mono et 6 stéréo), et 8 sont enregistrables simultanément, sur disque dur interne en 44,1 kHz, 16 ou 24 bits, et gère 250 pistes virtuelles. Le varispeed intégré permet de faire des transpositions d'un demiton (+/- 6 %). Les différentes sections de l'interface utilisateur sont immédiatement repérables. La partie console offre 20 faders non motorisés de 45 mm de course : 12 dévolus aux voies mono, 6 aux voies stéréo, 1 au Tone Generator et 1 aux généraux. Un peu cheap, mais il fallait bien tenir le prix... De toute façon, lesdits faders se montrent précis et d'un maniement facile, sans aucun jeu. Le 2488 possède 8 entrées analogiques : 4 sur connecteur combo XLR/jack, avec alimentation fantôme commutable globalement, et 4 sur jack ; l'entrée 8 possède un second connecteur haute impédance, dévolu aux instruments, situé en face avant de l'appareil. N'oublions pas une entrée/sortie S/PDIF coaxiale, en face arrière. Les 8 potentiomètres de trim prennent place audessus des faders. On ne peut pas rater la triple rangée de touches lumineuses : rouges (Rec), vertes (Select) et oranges (Mute/Solo). La première revient à une fonction de l'enregistreur, les deux autres concernent les voies. On trouve aussi 8 touches couplables, Input A à H, groupées dans la section Source, avec témoin d'overload : elles servent, conjointement aux touches Select, à assigner directement telle entrée à telle voie. Pas besoin de patch à l'écran, même si vous pouvez visualiser les assignations et les modifier via une page Map...
Des transports pas communs
La partie transport est bien fournie : outre les touches traditionnelles et une molette de jog, on bénéficie de touches de Locate, du retour à zéro, de l'accès direct aux points In/Out (enregistrement programmé Auto Punch, avec fonction de simulation) et To, de la gestion de marqueurs (999 disponibles). La molette sert aussi à l'entrée de données, avec 4 touches curseur adjacentes, et 2 touches Enter/Exit. Ici, il aurait été pratique de pouvoir appuyer sur la molette elle-même, pour valider les choix. Quelques fonctions d'édition pistes sont disponibles directement, les autres accessibles via menu : copier/coller, insérer, déplacer, couper, silence, cloner, nettoyer... avec 999 niveaux d'annulation et liste à l'écran pour s'y retrouver. Le panneau arrière, implanté en retrait, est pratiquement invisible même en se penchant par-dessus l'appareil : dommage ! Outre les connecteurs audio susmentionnés, il rassemble une entrée/sortie MIDI, une sortie des généraux sur cinch, les sorties des départs d'effets sur jack asymétrique et une doublette MIDI, ainsi qu'un port USB, sur lequel nous reviendrons. À côté des voies prend place une tranche repérée TG (le Tone Generator) : elle se rapporte au module GM intégré du 2488, et permet entre autres d'accéder directement à sa page d'édition. Le dernier fader, noir, est celui des généraux stéréo. Signalons que la partie console offre 100 mémoires de scènes, enregistrant aussi bien les assignations d'entrée que les paramètres d'égaliseurs, d'effets, etc. Sur l'avant de l'appareil prennent place, outre la prise casque, des jacks pour pédale de punch-in et d'expression, l'entrée guitare H déjà évoquée, ainsi que le drive CD-R/RW (à tiroir, il offre une prise mini-jack et un réglage de volume, non actifs). La section d'écoute, en haut à droite de la surface de contrôle, est plutôt complète, puisqu'elle permet de choisir entre les généraux, le submix, le signal partant vers le multi-effet interne ou les 2 départs d'effets (un sur chaque canal), en stéréo ou en mono. La touche Mute coupe l'envoi vers les sorties d'écoute, mais pas sur la prise casque.


Les ressources numériques
Chaque voie s'édite sur l'écran de l'appareil (6 x 6 cm), où, via plusieurs pages, on peut accéder à un atténuateur numérique (-42 à +6 dB), à un égaliseur paramétrique 3 bandes (cf. les paramètres dans la fiche technique), à l'envoi vers le multi-effet interne et aux 2 départs auxiliaires (commutables pré/post), à l'inversion de phase et au niveau de fader ; sur l'écran apparaissent simultanément la position "physique" du fader et la valeur effective d'atténuation, puisqu'en l'absence de motorisation, les deux aspects peuvent différer. Le bus stéréo possède lui aussi un égaliseur 3 bandes (dont Mid paramétrique), plus un compresseur/expandeur de dynamique, pourvu d'une librairie de préréglages (les ressources correspondantes étant dédiées, donc sans déshabiller les voies). Signalons par ailleurs que l'on peut envoyer sur les sorties Stereo Out et Digital Out une paire de pistes adjacentes. Autre fonction intelligente : le submix, qui permet d'utiliser les 8 entrées analogiques du 2488 comme sources supplémentaires lors du mixage. L'appareil gère donc 36 signaux maxi : 24 pistes, 8 entrées "en direct" (sons séquencés ou sorties d'un logiciel de séquence audio + MIDI), le générateur GM interne et le processeur d'effets. Ce multi-effet interne possède plusieurs modes de fonctionnement, accessibles via des touches dédiées : Mic x 4, Mic x 8, Multi, Single, Tuner. Dans les deux premiers cas, le DSP sert à calculer des effets d'insertion sur les entrées : compresseur, dé-esseur, exciter. Le mode Multi cascade jusqu'à 4 de ces effets "élémentaires" (par exemple, distorsion/ chorus), puis les insère sur une seule voie ou piste. Le mode Single combine les ressources DSP pour créer un effet stéréo complexe et de grande qualité, accessible via les départs : réverbération, chorus, délai, pitch shifting, flanger, phasing, réverb gatée... Enfin, Tuner correspond à un accordeur, inséré sur l'entrée instrument.
Informatique et MIDI
Le disque dur du 2488 est découpé en plusieurs partitions. L'une, "cachée", d'environ 5 Go, est au format FAT 16, et sert à l'échange de fichiers, pour archivage ou édition entre le 2488 et un ordinateur ; via un port USB, au format 2.0 s'il vous plaît (soit un débit théorique maximal de 480 Mbits/s). Les autres partitions sont au format propriétaire du 2488. Un menu Disk permet de gérer toutes ces fonctions. Le 2488 embarque, nous l'avons déjà mentionné, un graveur de CD-R/RW intégré, qui est tout indiqué pour les back-ups. Côté MIDI, le 2488 autorise l'importation de fichiers MIDI de type SMF via le port USB, et les lit via son générateur GM intégré, de qualité tout à fait correcte (16 parties, 64 voix). On peut même en éditer quelques paramètres : volume, panoramique, mais aussi niveau de réverb et de chorus... On remarque également des fonctions de carte de tempos, Tap Tempo, de métronome intégré (signal audio ou MIDI)... Le 2488 offre aussi des patterns pré-enregistrés, indépendamment de tout fichier SMF importé, lus par le générateur GM interne : rock, pop, R'n'B, dance, jazz, il y en a pour tous les goûts, avec plusieurs styles de batterie. Côté commande MIDI, l'absence de charte d'implémentation nous conduit à être lapidaires : Program Change pour les snapshots de la console, gestion du MMC, du MTC et des signaux d'horloge MIDI, commande par Control Change de certains paramètres...

Conclusion
Jusqu'ici, les mini-studios intégrés 24 pistes étaient des engins plutôt haut de gamme... Tascam parvient à proposer son 2488 à un prix relativement abordable, sans trop de compromis. Dans la pratique, la limitation à 8 entrées analogiques et à 44,1 kHz/24 bits ne devrait pas gêner grand nombre de homestudistes ; en revanche, réduire la connectique numérique à une entrée/sortie S/PDIF coaxiale fait plutôt mesquin. La qualité sonore obtenue sur le 2488 est tout à fait convenable, les égaliseurs suffisent largement dans la majorité des cas, et même si le multi-effet interne ne remplace par un System 6000 t.c. electronic, ses programmes s'insèrent sans difficulté dans un mix, même si nous nous souvenons de sons plus gratifiants dans la DM-24 par exemple (ne vous laissez pas induire en erreur par le morceau de démo, où le programmeur a été un peu paresseux et trop généreux dans les quantités). Nous avons trouvé le système d'exploitation et l'interface utilisateur relativement simples, exempts de "pièges" et ne forçant pas à trop réfléchir. Les home-studistes chevronnés se tourneront sans doute vers les "gros" 24 ou 32 pistes du marché ; ceux qui commencent à se débrouiller seront enchantés de passer de 16 à 24 pistes sans devoir s'endetter de façon déraisonnable !
IN
Le concept "tout-en-un", le prix, le graveur CD-R/RW de série, le port USB 2, la facilité d'emploi, le silence de fonctionnement.
OUT
Les petits compromis (faders non motorisés, molette sans clic, multi-effet...), les connecteurs arrière en retrait donc invisibles du dessus, la connectique numérique pauvre.
Franck Ernould .