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Roger Linn Design Adrenalinn

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°192

01 janvier 1987

Roger Linn, le génial inventeur des boîtes à rythmes numériques "Linn Drum" vient de commercialiser dans le monde entier un processeur d'effets incomparable, directement issu de sa nouvelle société, Roger Linn Design.

La Linn Drum, véritable innovation des années 70 obtint un succès si mérité qu'elle devint un standard, et fit, entre autres, les beaux jours de l'usine à tubes éphémères de Scott, Aitken et Waterman : ce trio n'hésita pas, par exemple, à enregistrer la même intro de batterie sur deux morceaux consécutifs du bellâtre Rick Ashley, aujourd'hui perdu corps et biens. Heureusement, d'autres producteurs ont utilisé la Linn Drum de manière plus efficace et artistique. Après une éclipse studieuse, Roger Linn le musicien réapparut dans le monde du high-tech ici et là, respectivement chez Akai pour contribuer au développement des MPC et fut aussi consultant chez Roland, mais pour une plus courte période. Puis Roger fonde tout récemment une nouvelle compagnie, Roger Linn Design, située à Berkeley, près de San Francisco, non loin de la Silicon Valley. L'Adrenalinn est le premier produit de cette nouvelle société, et aussi le premier processeur pour instruments (guitares, basses, claviers) à générer de riches séquences rythmiques, effet que l'on ne pouvait trouver, jusqu'à présent, que sur les synthés. Roger Linn a travaillé sur ce produit avec quelques illustres pointures du genre, à savoir Dave Smith, l'inventeur du synthé Sequential Circuit Prophet 5 et du MIDI et Tom Oberheim, le concepteur des synthés éponymes. Le premier s'est occupé de la programmation du microcontrôleur et du MIDI, le second a conçu le hardware. D'autres programmeurs ont participé à la conception de l'Adrenalinn, Dan Ash, Darius Mostowphi et Gints Klimanis.


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Du coffre

L'adrenalinn tient dans le volume d'une grosse pédale d'effet. Deux stomp-switches multifonctions attestent de la commande au pied de cet effet original. En revanche, pour l'édition des paramètres, vous devrez vous pencher sur les 4 soft-knobs estampillés Preset, Drumbeat, Tempo et Volume ; viennent s'ajouter 4 poussoirs dédiés à l'édition. La disposition matricielle des paramètres facilite leur repérage au moyen de leds s'illuminant en abscisse et en ordonée. Pratique et économique, bien que cela puisse en rebuter certains Le boîtier compact de l'Adrenalinn dispose aussi d'un jack d'entrée, de deux jacks de sortie, et d'une paire de DIN 5 broches pour l'entrée et la sortie MIDI. La place libre ne manque pas à l'intérieur de l'Adrenalinn, mais aucune connexion de pile n'a été prévue, elle fonctionne uniquement au moyen de l'adaptateur secteur 7,5 volts fourni. D'emblée, l'Adrenalinn propose de 100 présélections d'usine pour les effets et autant pour les patterns de batterie. Vous pourrez stocker vos créations personnelles dans 100 mémoires utilisateur et 100 autres mémoires pour les drumbeats édités par vos soins.

Dans le coffre

L'Adrenalinn intègre un filtre passe-bas 2 pôles avec ajustement de la fréquence de coupure et de la résonance, comme les filtres Oberheim les plus courants. On peut également le basculer en 4 pôles pour une pente de 24 dB par octave, ce passe-bas étant monnaie courante sans les synthés Moog. Suit un flanger au délai réglable entre 0 et 12 ms, et, toujours au chapitre de la modulation du retard, un flanger inversé dont on a retourné à 180° la phase du signal retardé. Le pitch comprend un retard de 0 à 20 ms, il assure la transposition du ton, et, commandé par le LFO, génère une sorte de vibrato, et même du trémolo, suivant la forme d'onde choisie sur le Low Frequency Oscillator (LFO) aidé en cela par la commande numérique du volume. Ensuite, on peut opter pour un simulateur d'amplificateur de guitare, très réaliste, qui pourra servir tant pour les sons de guitare de vos synthés que pour la génération de distorsion pour tous vos programmes d'orgues ou autre (mais si, remettez l'album d'Archive et écoutez attentivement). N'oublions pas la ligne à retard, capable de produire des échos courts ou longs, et dans tous les cas synchronisables au tempo. Certains effets très complexes, mais très musicaux, auraient nécessité plusieurs pédales, mais l'Adrenalinn, grâce à sa conception avancée, sait tout faire : sa boîte à rythmes intégrée et programmable synchronise, au besoin, les séquences de 32 pas maximum, bien que l'on puisse aussi utiliser les liaisons MIDI pour la synchro externe. Ainsi, le séquenceur peut moduler le filtre et ce dernier peut modifier le timbre en sortie de l'Adrenalinn. Un générateur d'enveloppe intégré peut aussi moduler les effets internes du type flanger : correctement réglé, ce multi-effets pas comme les autres émule une bonne talk-box. Ce flanger peut aussi être synchronisé au tempo, avec, à la clé, un auto panning qui fait passer le signal de gauche à droite, même effet stéréo sur le superbe tremolo, le tout grâce au LFO qui module tout ce que l'on lui assigne. Sur ce plan, l'Adrenalinn bénéficie d'une grande souplesse car tous ces aspects théoriquement possibles existent dans la réalité : la boîte à rythmes, par exemple, est assignable au filtre, un ajout logique qui augmente l'intérêt de cette pédale d'effets. La combinaison d'un générateur d'enveloppe et d'un filtre comme ceux des synthétiseurs apporte beaucoup d'originalité à l'Adrenalinn. On peut imaginer toutes sortes de combinaisons entre cette boîte d'effets originale et un synthé, synchronisée via MIDI avec, par exemple, le filtre ou l'ADSR du clavier. L'Adrenalinn sonne très bien et les effets présentent une qualité studio. On se surprend à penser à une version en rack, mais cela n'a pas été décidé par la firme Roger Linn Design...



6 questions à Roger Linn

Quoi de neuf depuis La Linn Drum ?

La société a cessé son activité, j'étais jeune (rires) et inexpérimenté pour la partie business. Ensuite, j'ai travaillé pour Akai sur les MPC, et puis un peu pour Roland aussi, un peu plus tard. Entre temps, j'ai composé de la musique, c'est mon premier domaine d'activité, à la base.

De quel instrument joues-tu ?

Je suis guitariste, tes lecteurs ne le savent pas tous, mais je joue depuis très longtemps sur Fender Telecaster équipée de 3 micros EMG. Je compose principalement sur guitare.

Qu'est ce qui t'a amené à concevoir l'Adrenalinn ?

C'est un peu la même démarche que pour les Linn Drums. Je suis avant tout à la fois guitariste et compositeur, j'ai créé ces produits pour mon usage personnel. Mais ils sont commercialisables, c'est pourquoi j'ai fondé ma nouvelle compagnie, Roger Linn Design, pour commercialiser l'Adrenalinn.

Il paraît que tu as sollicité le concours d'illustres collègues dans la conception de l'Adrenalinn ?

Oui, je pense que tu connais Dave Smith, le concepteur du Sequential Circuits Prophet 5 ; il a assuré la programmation du microcontrôleur et du MIDI, je ne pouvais pas mieux tomber, car c'est lui qui a inventé le MIDI. Tom Oberheim, que l'on ne présente plus, s'est occupé du design du hardware, en collaboration avec Darius Mostowphi pour le hard et la programmation du microcontrôleur avec Dave. Je n'oublie pas aussi Gint Klimanis qui a effectué les simulations sur DSP et la progammation de ce dernier.

Quel effet (hum) cela te fait de voir tes produits ici (Paris, quartier Pigalle) dans les vitrines ?

Je suis plutôt très satisfait, car il s'agit d'un produit imaginé par un guitariste pour les autres guitaristes, bien que ce produit fonctionne aussi très bien avec les claviers, et j'espère que ceux qui se doteront d'une Adrenalinn ressentiront le même plaisir que moi à l'utiliser. Je trouve vraiment fun cet engouement communicatif des musiciens et les feed-back recueillis sur le produit sont plus qu'encourageants...

Certes, et j'en fais partie. Après l'Adrenalinn, quels sont tes projets de développement ?

Oh, des projets, j'en ai quelques-uns, mais je ne peux rien te dire car il n'y a rien d'officiel à annoncer pour l'instant. Cependant, je t'assure qu'il y aura une suite donnée à la commercialisation de l'Adrenalinn, qui constitue le premier produit de ma nouvelle compagnie, Roger Linn Design...


Au fond du coffre

Les entrées et sorties de l'Adrenalinn transitent par des doubles amplificateurs opérationnels Texas TL 272 (circuits intégrés à 8 pattes composés de transistors à effets de champ). Ensuite, le son transite par un codec (abréviation de codeur / décodeur) qui convertit le son en numérique à l'entrée et le reconvertit en analogique à la sortie. Ces conversions bénéficient d'une résolution 24 bits. Cette précision augmente la dynamique envisageable, sachant que l'on n'est pas obligé d'attaquer à la limite de la saturation les étages d'entrée de l'Adrenalinn, et sans perdre de définition sensible si le niveau d'entrée est ajusté trop bas : dans ce cas, mieux vaut perdre quelques bits de quantification, tant que les circuits fonctionnent sous 24 bits. Dans les mêmes conditions, un convertisseur audionumérique de 16 bits serait beaucoup moins à l'aise. Ensuite, le signal numérisé arrive sur un double calculateur 16 bits, qui, configuré comme ses illustres concepteurs l'ont agencé, présente une résolution de 32 bits. L'Adrenalinn contient deux microprocesseurs nécessitant chacun un programme : un petit PIC destiné, d'après ce que j'ai vu, à la gestion de l'interface de commande, soit donc les soft-knobs et les leds, les stomp-switches dont l'un bénéficie du tap-tempo et un DSP qui effectue tous les traitements sonores et les générateurs d'effets. Le tout tient sur une carte électronique qui occupe toute la surface de l'Adrenalinn.

Coffre fort ?

L'Adrenalinn est promue à un bel avenir, peut-être plus chez les guitaristes que chez les claviéristes, (encore que certains accros au trip-hop y trouveront des applications extraordinaires), c'est la stomp-box du XXIème siècle ! Il faudra pas moins de 530 ¤ TTC pour posséder cette boîte aux possibilités multiples que l'on programmera et exploitera avec autant de bonheur que le synthé que vous jouez le plus souvent...


IN

la conception originale, les sons superbes, musicaux et les effets uniques rassemblés en une seule pédale...

OUT

deux heures que je cherche, rien, mais alors rien de rien...

Philippe David
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