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Aturia ARP2600 V

Article paru dans Keyboards/Home Studio n°193

01 janvier 1987

Arturia continue son exploration des synthétiseurs vintages et approche cette fois-ci le monde merveilleux de l'ARP2600.

Voilà bien longtemps que je n'avais mis les mains sur un ARP, mais que dis-je, je suis en train de m'amuser sur mon Powerbook ! Tel devient le quotidien d'un musicien au début du XXIe siècle, ne plus s'installer devant un standard téléphonique mais devant un petit ordinateur portable ! Arturia nous a habitués depuis quelques années à présenter des émulations de modèles analogiques souvent introuvables ou très rares (exception faite du Minimoog, qui est toujours en fabrication). Tout d'abord, je précise que j'ai travaillé uniquement sur des versions beta, pour cause de dates de bouclage (et pour vous livrer une info d'actualité) ; je n'ai pas eu entre les mains la version commercialisée. Vais-je succomber à la mode journalistique du moment qui consiste à enfoncer le produit, me réfugiant derrière le fait, par exemple, que ce n'est pas une version définitive ? Tic, tac... tic, tac... NON ! D'abord parce que j'aime bien les instruments virtuels, ensuite parce que je pratique le beta testing depuis suffisamment longtemps pour faire la part des choses, comme on dit, et puis parce qu'enfoncer un produit n'est pas constructif, tout simplement.

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ARP2600 ???

Euh, humm, 1, 2, 1, 2, test... Oui, c'est un garçon ! Ah, enfin, passée l'installation, le lancement du programme laisse apparaître... un ARP2600...en mieux ! Franchement, c'est mieux, car assez clair, pas une rayure, ça ne ronfle pas dans tous les coins, pas un potard qui craque, pas d'odeurs de clope sur le skaï du flight-case... Seul inconvénient de ma version, je n'arrive jamais à afficher la totalité du set-up à mon écran. C'est soit le tableau de contrôle, soit le clavier couplé au séquenceur. Bon, ce n'est pas grave, je m'en sortirai ! Ah, où ai-je mis ma caisse de patchs ? Quelle truffe, plus besoin de tout ça, ici les cordons sont virtuels, môssieu ! Comme pour le Modular V de la marque, il suffit de cliquer sur une source et, en la maintenant, d'étirer le cordon jusqu'à la destination, on ne peut faire plus simple... Tous les modules d'origine sont bien là, toujours motorisés par le désormais classique TAE. En réalité, on a beaucoup plus, ne serait-ce que par la possibilité de sauvegarder son travail, la polyphonie (8 notes)...

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Toujours plus ?

Au-delà des améliorations citées plus haut, j'ai remarqué d'autres atouts, et non des moindres ! Commençons par les effets situés sous une trappe d'aération et contenant un chorus et un delay synchronisables en MIDI. Vous remarquerez sur les illustrations, à droite dans le module principal, un écran de type oscilloscope : il vous permet d'éditer des courbes de réponse, à mettre en relation avec la source qui y est assignée. Mais rien que le principe de sauvegarde est déjà en soi une révolution pour un synthétiseur modulaire. En même temps, l'époque où l'on notait scrupuleusement ses réglages sur un cahier ou des feuilles photocopiées de la face avant d'un synthé était sympathique. On ne retrouvait jamais exactement le même son, on oubliait la connexion d'un cordon et on tombait sur un autre timbre, qui lui-même nous emmenait dans un autre univers. En fait, il faut qu'on demande aux développeurs de nous introduire ce facteur aléatoire dans la sauvegarde de nos programmes, histoire de rester tellement humain ! J'ai noté un aftertouch polyphonique, fait assez rare pour être signalé.

Stand-alone ou plug-in ?

C'est une question qui m'est venue à l'esprit, car bien sûr, dès le départ, j'avais choisi de travailler dans un séquenceur ; DP 4.5 a donc ac- 39 o ids (ni le fer à souder !) cueilli l'ARP2600 V. Mais au bout d'un moment, j'ai retrouvé le plaisir de programmer un synthé mythique et, du coup, je n'étais plus en phase de composition ou de production, mais bien dans le sound-design, et dans ce cas, je trouve plus confortable de faire appel à la version stand-alone, c'est-à-dire en ouvrant l'ARP2600 V comme une application à part entière, sans rien d'autre autour (à part le café bien sûr !).

A l'usage...

Pas grand-chose à dire, si ce n'est que c'est presque trop propre. Le constructeur annonce fièrement, je cite : "Pas d'aliasing de 0,1 Hz à 16 kHz", eh bien justement m'sieur Arturia, mettez-en un peu d'l'aliasing, histoire de sentir un peu de dérapage dans le sound-design ! Les versions beta se sont succédées à un rythme soutenu, et la dernière version (9) qui m'a permis de finaliser cet article n'a pas posé de problème ; cela dit, compte tenu des possibilités quasi infinies de programmation, je n'ai certainement pas fait le tour complet de la programmation. Ce qui m'a dérangé, c'est le manque d'intégration de certains paramètres qui n'ont pas été mis au goût du jour comme d'autres. Je pense notamment au réglage du tempo dans le séquenceur. Effectivement, celui d'origine s'inscrivait en hertz (en fréquence donc), mais pourquoi diable ne pas l'avoir transformé en valeur de tempo commune (120 à la noire, etc.) ? Le principe de modulation matricielle (12 sources et pas moins de 38 destinations) est toujours intéressant parce qu'il propose une infinité de variantes autour d'un thème sonore. Les heures d'exploration de l'ARP2600 V témoignent de ces possibilités très étendues. Les patchs des sound-designers sollicités pour l'occasion sont vraiment réussis et montrent le chemin parcouru par la jeune société grenobloise en quelques années seulement. Je me suis beaucoup amusé avec les presets séquencés, car ils témoignent, à mes yeux, d'une époque où l'on pouvait consacrer des journées (et des nuits) à la programmation d'une seule séquence de synthétiseur ; ce qu'on a totalement perdu aujourd'hui, au profit d'une armada de boucles échantillonnées... L'ARP2600 V, comme le Modular V 2, nous permet de renouer avec cette tradition de "synthétiste", telle qu'on la pratiquait il y encore quelques années. A l'heure de la Star Ac', il est bon de passer cinq plombes à créer quatre mesures de musique, juste pour voir (et écouter) ! Sur le fond, j'ai vraiment retrouvé un ARP, ces mêmes sensations dans les séquences mais aussi autour des leads qui restent assez expressifs. A l'usage toujours, j'ai remarqué que, concernant le split du clavier, il aurait été plus judicieux de le spécifier en notes de musique et non en notes MIDI (soit, au lieu de régler de 0 à 127, écrire de C1 à B2 par exemple). On aurait pu aussi imaginer à ce moment une visualisation sur la clavier, du genre onglet de couleur, etc.

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Conclusion

Si la révolution n'est pas à attendre de l'émulation de modèles de synthèse d'antan, il n'en demeure pas moins intéressant de pouvoir, à moindres frais, réintroduire des sonorités de l'ARP2600 dans sa musique. Je n'ai pas résisté à écrire quelques tracks dans ce sens et j'ai été ravi d'utiliser des patchs de Celmar Engel, un des rares à savoir programmer correctement cette petite usine à gaz, avec ceux non moins glorieux de monsieur Klaus Shulze en personne (mention spéciale à Opening Seq, qui rappelle furieusement la patte du maître) ! Le séquenceur est le bienvenu et complète admirablement ce synthétiseur. L'ensemble reste assez gourmand en ressources, mais le Powerbook G4 867 12' utilisé pour ce test n'a pas montré de signes de faiblesse, y compris quand j'ai utilisé l'ARP comme plug-in de Digital Performer 4.5.

IN

Retrouver l'ARP2600, et aller encore plus loin. La qualité générale.

OUT

On aurait aimé une émulation du 2500, beaucoup plus rare. Une pré-écoute des programmes serait la bienvenue. Le plumeau n'est pas fourni pour épousseter la face avant !

CMDM .

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