Voilà un moment que les instruments classiques n'avaient pas frappé ailleurs qu'à la porte de banques d'exception mais souvent fort coûteuses et assez lourdes à gérer. MOTU, comme à l'accoutumée, débarque après tout le monde. Et frappe un grand coup ! Chanceux lecteurs/musiciens que vous êtes, c'est KR qui a eu le privilège de tester ce nouveau logiciel, dont vous retrouverez quelques exemples audio dans notre CD-Rom. Ce qu'il y a d'intéressant dans l'expérience, parmi bien d'autres atouts, c'est qu'elle nous permet d'anticiper. Comme MOTU nous a habitués, avec Digital Performer notamment, à attendre notre tour quand les concurrents affichaient fièrement telle nouvelle fonction d'édition, on a appris à être patient ! Cela dit, ce qu'il y a de bien chez ces développeurs, c'est certainement leur capacité à transcender les dernières évolutions technologiques, les courants de fonctionnalités à la mode. MSI (MOTU Symphonic Instrument) n'échappe pas vraiment à cette règle. Alors qu'on pourrait penser que plus rien ne peut être apporté dans le domaine très prisé des banques de sons d'instruments classiques, MSI dépasse, et de loin, le stade qui consiste à simplement enfoncer des portes ouvertes.

Mise en route
Ce tout nouveau produit a été testé sur plate-forme Mac G4 (PowerBook et G4 Silver bipro) avec OS X Tiger. L'installation n'a pas posé de problème particulier, si ce n'est qu'il faut s'assurer d'avoir un peu plus de 7 Go disponibles pour recevoir la banque de sons ! Comme toujours dans ces cas-là, on peut créer un alias de ce fichier, au cas où l'on serait amené à modifier l'emplacement de cette banque de sons (permutation de disques durs, réorganisation, etc.). Il s'agit d'un insérable (plug-in), que j'ai donc testé avec Digital Performer 4.52 comme application hôte. Après quelques minutes d'installation, le plus long restant la copie du fichier banque de sons, le reboot de l'ordinateur, me voilà en route pour de nouvelles aventures sonores !

Une interface conviviale
Sobre et très claire, l'interface de MSI se démarque de la concurrence. Loin des tableaux mornes et tristes de certaines banques sonores qui s'apparentent bien souvent à de vulgaires fichiers informatiques, MSI joue la carte de la convivialité. La partie gauche de l'interface affiche les instruments, répartis sur seize parties distinctes. La partie droite sera consacrée à l'édition alors que le bas de l'écran nous renseignera sur le module de réverbération. Sans être totalement dépouillée, la surface de contrôle présente l'indispensable, rien de plus. Seule petite fioriture, un ?il, au centre de l'interface, qui affiche une iconographie en relation avec le timbre sélectionné. Le bon test, pour moi, consiste à lancer une application logicielle (c'est aussi valable pour le hardware) et commencer à travailler, sans ouvrir le manuel, en suivant simplement son instinct. C'est souvent payant. Je me souviens d'un séquenceur logiciel sur lequel j'avais mis pas moins d'une demi-heure pour trouver l'affectation MIDI du métronome. Navrant et rédhibitoire à mes yeux. Quand je travaille la musique, je n'ai aucunement envie de me transformer en informaticien... Pour revenir à cette interface, c'est la première fois, je crois, qu'on obtient cette puissance et cette convivialité sous Mac, grâce à la mise en ?uvre du principe du calque (figure 1). Chaque menu déroulant s'affichant en surimpression de « transparent » et en mode fixe. Entendez par là que les menus ne masquent pas le reste de l'interface. Autre possibilité qui devient vite indispensable, le contrôle d'in/décrémentation via une molette crantée de souris. Certes, si vous ne possédez pas ce type de souris (courant dans le monde PC), à clics gauche et droit et molette centrale crantée, courez en acheter une ! Donc, en restant affichés, les menus déroulants n'attendent plus qu'une info de déplacement. On y voit beaucoup plus clair que dans nombre d'autres instruments virtuels. Le travail avec la molette centrale de la souris sert aussi beaucoup dans l'édition de divers paramètres matérialisés par des potentiomètres rotatifs. On gagne indéniablement en rapidité et en précision !
Un égaliseur léger
J'ai noté l'absence de préécoute des timbres, toujours bienvenue quand on souhaite balayer rapidement des banques de sons. Le fabricant m'a informé que la prochaine version de l'UVI engine, qui motorise MSI mais aussi MachFive, devrait permettre le streaming audio et, par conséquent, rendre parfaitement inutile ce type de fonction... Vous en déduirez donc que le streaming audio n'est, pour l'instant, pas possible avec MSI, CQFD ! Dans les premiers instants de manipulation, j'ai regretté que la partie multitimbrale ne soit pas complétée, de façon individuelle, pour chaque timbre, du volume et du panoramique. Ici, nous avons un Volume et un Pan en haut à droite de l'écran. Mais on s'y fait rapidement : un simple clic sur n'importe quel timbre sélectionné rappelle instantanément ses réglages. J'ai fini par trouver cela plus clair. Certaines sections sont assez complètes, comme celle du filtre, par exemple (figure 2). Fréquence, résonance, sélection de type (Low Pass, Band Pass, High Pass), enveloppe de type ADSR, potentiomètre de dosage de la vélocité, voilà de quoi travailler. En revanche, la section égalisation, avec ses deux fréquences, grave et aigu (- 15 à + 15 dB), m'a laissé sur ma faim. En effet, dans la réalisation de pupitres plus complets, il est intéressant de pouvoir en colorer certains, soit parce que le score demande à renforcer la présence de ceux-ci et qu'on peut jouer simplement sur cette perception, soit parce que le timbre échantillonné s'intègre plus où moins bien dans votre musique... Là, mieux vaut bénéficier d'un égaliseur un peu plus sérieux. Certes, on pourra toujours se tourner vers les nombreux plug-in disponibles et souvent livrés d'origine avec les séquenceurs audio/MIDI, mais alors, autant ne pas mettre du tout d'égaliseur dans MSI. En revanche, la section réverbération dépasse de nombreux plug-in de ce type, souvent vendus fort chers. Rappelant les interfaces vintage, les réglages de cette réverbération, que je détaillerai plus bas, se dispensent d'une interface graphique, souvent racoleuse.
À convolution ou non
Le module de réverbération (figure 3) propose deux types d'approche. Pensant, à juste titre, que les réverbes à convolution sont par trop gourmandes en ressources processeur, MOTU a eu la bonne idée d'offrir une alternative. Quand on manque de ressources, on sélectionne simplement une présélection parmi les Fast Reverb, et le tour est joué. Bien entendu, le résultat n'est pas aussi fin et précis qu'avec les Preset faisant appel à la convolution, mais cela dépanne bien l'utilisateur en manque de puissance. Les églises et cathédrales dont on a capté les caractéristiques de réverbération sont assez réussies et, dans la section Others Rooms, on trouve des lieux plus intimes, se prêtant aisément aux scores impliquant de petites formations ou des pianos solo, par exemple. Au total, ce sont trente-quatre présélections (convolution et mode normal) qui accompagnent ce module. Malheureusement, compte tenu du prix final j'imagine, cette réverbération n'est que générale. Inutile donc de chercher à repositionner tel ou tel pupitre dans l'espace, ce sera un espace pour tout le monde ou rien. Seule consolation, en plus des volume et panoramique par timbre, on peut aussi régler le départ vers la réverbération, ce qui peut, dans certains cas, repositionner certains pupitres en fonction de leur présence (figure 4).
Réalisme et originalité
J'ai abordé MSI par deux types de scores. En premier, lieu, le plus tentant, c'était de l'utiliser seul, en formation dite classique. J'ai apprécié la présence du piano (qui, au départ, ne fait pas partie de l'orchestre), mais aussi des orgues d'église, de cathédrale devrais-je dire (très impressionnant dans son registre Plein Jeux !). Les cordes se comportent assez bien, même si j'ai passé du temps à reprogrammer des enveloppes, les timbres étant souvent un peu courts à mon goût. Mention particulière aux cuivres, dont les caractéristiques, si particulières dans leur exécution, sont bien retranscrites. Les fréquences sont très bien restituées et assez réalistes. J'ai aussi trouvé des voix de ch?urs et une soliste soprano, peut-être plus difficile à articuler correctement. En explorant la banque de sons, au détour de parties assez convenues, j'ai trouvé des instruments que l'on n'a pas vraiment l'habitude de croiser, comme, par exemple, un luth, un cornet, un clavecin très agréable à jouer et même un piano forte. Autant de timbres qui, ajoutés aux traditionnels pupitres de l'orchestre, font de MSI un outil complet. À propos de sons, que l'on peut retrouver sous la forme de démos audio dans notre CD-Rom d'été, vous noterez que la boucle rythmique que l'on entend sur la plage n° 5, par exemple, ne fait pas partie de MSI. Je suis resté frustré par l'absence de sorties séparées individuelles, tant l'envie de finaliser correctement un projet musical incluant ce soft est présente. Encore une fois, il est possible que la prochaine version de moteur UVI règle cela, à voir donc. D'une manière générale, on peut jouer de tous les sons, sans surprise, et avec pas mal de sensations positives. J'ai particulièrement apprécié les présélections orchestrales, dans lesquelles nous pouvons rapidement travailler dans l'esprit de certains scores pour l'image. Les instruments solistes sont également sympathiques bien que j'aie eu à retoucher quelques enveloppes de volume et aussi, parfois, quelques réglages de filtres pour adapter les sons plus précisément. Mais si ces paramètres d'édition sont présents, c'est bien pour qu'on les sollicite ! La réverbération est le parfait complément de ces instruments qu'on est habitué à écouter dans un environnement acoustique particulier (salles de concerts, églises, grands espaces acoustiques, mais aussi salles plus intimes). Les modes Fast Reverb (mode classique beaucoup moins gourmand en ressources processeur) sont les bienvenus, car gourmande est la réverbération à convolution... Sur mon PowerBook G4, inutile de la lancer, le Mac part au tas sans plus attendre !

Une interface conviviale
L'interface est conviviale (figure 5) et, paradoxalement, m'oblige à souligner certains points, comme le fait que la fenêtre de l'application ne soit pas redimensionnable. Autre problème à signaler, les deux touches droite/gauche situées au-dessus du menu multi qui font défiler les Preset dans la banque du timbre sélectionné (figure 6). Comme on ne voit pas ce qui va arriver comme timbre (pas de rappel écran du timbre précédent ou suivant), cela ne sert pas vraiment à grand-chose, à part à balayer les présélections (avec leur temps de chargement à la clé). On peut juste imaginer qu'on pourrait remplacer presque à la volée un timbre par un autre parce que pas assez adapté, pendant l'exécution de la piste MIDI idoine. Mais on travaille tellement rapidement que ces points de détail deviennent un peu dérisoires en rapport du gain de temps et du confort ressenti lors des différentes manipulations. La souris crantée est vraiment indispensable et transforme le principe même de navigation à l'écran : je pointe un potentiomètre ou un curseur, je tourne la molette, point ! Au risque de me répéter, j'insiste encore une fois sur la présence du système de calque qui permet, enfin, de visualiser les menus et sous-menus, sans maintenir le clic de la souris, et qui autorise la navigation d'une façon beaucoup plus souple qu'auparavant.

Ergonomie et qualité sonore
Très étonnant, ce MSI ! À la fois couteau suisse pour score classique ou apport de certaines parties dans tout autre style et, en même temps, suffisamment autonome et performant pour qu'on puisse avoir envie de chercher à créer dans de nouvelles directions ! Il n'est pas si fréquent de trouver des instruments (surtout virtuels) qui donnent envie de jouer. Les instruments sont en général échantillonnés dans leur tessiture d'origine (comme le fameux Proteus 2 de E-Mu), ce qui, à mon avis, a des vertus pédagogiques (regardez donc du côté de tous ces lecteurs de PCM qui autorisent le jeu d'un violoncelle en C8...). Je retiens du Motu Symphonic Instrument la diversité de la banque de sons, qui s'affranchit de certains stéréotypes (un orgue n'aurait rien à faire là, par exemple) et propose, dans chaque registre, une palette assez variée. Subtil équilibre entre ergonomie, malgré quelques points de détails prêtant à discussion, et qualité sonore, cet outil logiciel offre une alternative intéressante aux Vienna Symphonic Library et autres banques « signatures ». La comptabilité Mac/PC met tout le monde d'accord. Par contre, l'absence de version standalone (pour le moment) est pénalisante. On aurait pu imaginer un MSI, seul dans un PC ou un Mac dédiés, comme un expandeur de luxe, et qui aurait eu suffisament de puissance pour gérer aussi la réverbération à convolution. Enfin, on peut toujours rêver! Le bilan est donc très positif, sachant que les quelques critiques que j'ai pu mentionner ici ou là pourront facilement être corrigées lors des futures mises à jour. Gageons que le fabricant portera un oeil attentif à ce banc d'essai, où KR a peu jouer, en avant-première mondiale, avec cette dernière mouture de MSI.
CMDM .