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D3200 station de travail multipiste

Article paru dans Keyboards Recording n°202

01 novembre 2005

Depuis de nombreuses années, la firme de Tsutomu Katoh conçoit des stations de travail audionumérique. Ces dernières intègrent, dans un encombrement compact, les connecteurs d'entrée et de sortie nécessaires, une grille d'assignation, une console de mixage, des effets, un enregistreur multipiste sur disque dur, des outils de mastering et un graveur de CD, monté en série (ce n'est donc plus une option) depuis environ trois ans. Chez Korg, seuls les petits enregistreurs compacts compressent les données numériques, tels le PXR4 et le plus récent D4. Quoi de plus logique, sachant que ces produits emploient des cartes mémoire de type Smart Media ou bien Compact Flash ? Les modèles de gamme supérieure stockent leurs données sur un disque dur intégré sous le mode linéaire, ce qui épargne toute simplification aux signaux enregistrés. Cette nouvelle station de travail 32 pistes réelles D3200 chasse de la gamme le 16 pistes D1600 MkII. Là où la démarche de Korg devient intéressante, c'est que le D3200 est proposé au même prix que feu le D1600 MkII. Auparavant, une station de travail audionumérique de qualité coûtait environ 100 euros la piste réelle. Concernant le D3200, le calcul est facile, puisque cette même piste tombe à moins de 50 euros ! Ce constat alléchant tient à la fois à l'amortissement des frais de recherche et de développement, dans les DSP notamment, la baisse des coûts du hardware péri-informatique, comme le disque dur et le graveur de CD internes, sans oublier - remarquons-le à nouveau - une fabrication décentralisée en Chine, choix économique n'ayant aucune incidence sur la finition, exemplaire.

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Console et correction

Le Korg D3200 se subdivise logiquement en deux grandes zones de travail, la partie console de mixage sur la gauche et l'exploitation des différentes fonctions de correction et d'édition dans le domaine numérique sur la droite. Dans cette partie, on remarque notamment les touches de défilement de l'enregistreur, pas moins de seize soft knobs appelés Knob Matrix, potentiomètres agissant sur des paramètres logiciels définis par des menus, que l'on appelle en pressant les touches de fonction dédiées. L'édition des paramètres peut s'opérer de plusieurs manières différentes, soit au moyen des soft knobs, soit du jog, soit des deux commandes impulsionnelles - et +, après avoir sélectionné la fonction à éditer au moyen du joypad (l'hémisphère noir situé au-dessus du jog), lequel déplace un pointeur sur l'écran LCD graphique monochrome (quatre niveaux de gris) orientable. Les ressorts de rappel un peu fermes de ce joypad nécessitent un temps d'adaptation... Sa définition vidéo reste un classique du genre : 320 x 240 pixels. En revanche, son utilisation a tendance à fatiguer la vue, surtout lorsqu'on sélectionne une toute petite fenêtre de l'écran dont la taille physique reste des plus modestes : 8 cm de large pour 6 de hauteur... Les dimensions des curseurs des faders rectilignes et des potentiomètres rotatifs sont en proportion. Un écran plus large aurait sûrement augmenté le coût de revient mais aurait permis plus de visibilité, d'autant qu'il s'agit de la seule fenêtre ouverte sur les fonctions vitales du Korg affichées sur de très nombreuses pages-écran... Sur le plan hardware, on dénombre pas moins de seize faders d'entrées, agissant sur deux couches (de 1 à 16 et de 17 à 32), un dix-septième dédié à la sortie master et le dix-huitième à la boîte à rythmes très originale, paramétrable via le Knob Matrix. On peut agir sur les kits, les styles, le groove, le tempo, les niveaux des percussions. Parfois, la fonction de « fill-in » déconcerte, car l'intro préprogrammée n'est pas toujours de bon aloi... Dans cette gamme, Korg adopte des curseurs à course de 70 mm, contrairement à ceux des deux stations dites professionnelles, les D16XD et D32XD, avec, pour ce dernier, la motorisation... Mais ne rêvons pas, nous ne sommes absolument pas dans les mêmes gammes de prix !

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Graveur et placement

La mémoire de masse prend place dans un disque dur de 40 Go, capable de lire 32 pistes simultanément parmi les 272 virtuelles (soit 8 pistes virtuelles par piste réelle) ou d'en inscrire jusqu'à 16, excusez du peu, pour ce type de produit! Ce nombre totalise les douze entrées analogiques, les deux numériques optiques et la piste stéréo Session Drums de la boîte à rythmes intégrée. Un graveur de CD-R/RW, situé sous le petit repose-poignet de la surface de contrôle, assurera l'écriture des masters, tout comme le stockage de sécurité des back-ups, et notamment de fichiers audio au format Wav, en 44,1 kHz, mais aussi en 48 kHz sous 16 bits et sous 24 bits. Cette résolution diminue le nombre de pistes utilisables : 16 en lecture et 12 simultanées en écriture. La présence d'un enregistreur optique constitue une aubaine, voire une nécessité, pour ce genre de station de travail audionumérique intégrée, mais le placement particulier du graveur empêche l'encastrement du D3200 dans un meuble... Dommage !

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Un agencement différent

Le Korg dispose également d'une interface USB 2.0 ne servant qu'au stockage des données via le raccordement à un ordinateur Mac ou PC. Le stockage de masse constitue donc la seule fonction de cette liaison... On aurait pu imaginer pouvoir transformer, à l'occasion, le D3200 en carte son externe, une tâche dont il aurait pu, en principe, tirer grand parti, mais les concepteurs n'ont pas implémenté cette fonction pourtant très intéressante. Dans le domaine analogique, la table de mixage physique se dote de douze entrées sur jacks TRS, la n° 1 disposant également d'une embase jack supplémentaire recevant la modulation en haute impédance d'une guitare. Vu le grand nombre d'entrées disponibles, une seconde fonctionnant sur le même mode n'aurait pas été de trop. Une touche dédiée commute l'écran LCD en accordeur pour guitare. Les huit premières voies disposent également d'une entrée XLR, avec, sur chacune, un commutateur d'alimentation fantôme indépendant, comme dans l'audio pro. Cet agencement tranche radicalement de celui de plusieurs modèles de consoles qui commutent ce « 48 V » par série de quatre ou huit entrées, sachant que certains microphones ne supportent pas du tout cette tension, comme, par exemple, la famille des membranes à ruban! Chaque voie ligne ou micro comprend un potentiomètre de gain d'entrée, secondé par un atténuateur (pad) commutable à - 26 dB, le cas échéant. Les sorties audio, toutes asymétriques, rassemblent le nécessaire de base afin de bien dialoguer avec l'extérieur : une sortie master stéréo, une sortie de monitoring, également stéréo, réglable avec commutateur de mute, une sortie de casque munie de son potentiomètre de volume et deux départs auxiliaires. L'audionumérique se limite à une entrée et une sortie S/PDIF optique à l'habituel format EIAJ sur connecteur Toslink. On remarque également la présence d'une paire de DIN matérialisant une entrée et une sortie MIDI, l'implémentation du D3200 étant totale sur ce plan. D'autre part, deux jacks assurent, le cas échéant, la connexion avec une pédale d'expression et une autre de commutation. Le secteur parvient à l'alimentation intégrée du Korg via une embase IEC, surmontée d'un commutateur général qui pourra rester enclenché en permanence puisqu'une touche de standby se situe sur la surface de contrôle. La présence d'un tel mode de veille aura pour conséquence bénéfique la prolongation de la vie de la pile système...

Tranche(s) de console

À la suite de la conversion analogique vers numérique, chaque voie de console passe sous la forme logicielle, un peu comme autant de channel strips virtuels. On aura auparavant assigné telle ou telle entrée physique sur le canal virtuel souhaité, une opération facile puisque le D3200 intègre une grille de commutation, véritable patch numérique. Cela ouvre aussi la possibilité d'appairer deux canaux comme une entrée stéréo... On peut ensuite agir sur les égaliseurs, sachant que les vingt-quatre premiers fonctionnent sous le mode quadruple paramétrique. Les huit derniers ne disposent que de correcteurs de timbre deux bandes en plateau (shelving). Le paramétrage s'effectue de deux façons différentes : soit au moyen du joypad pour la sélection des réglages, et du jog ou des boutons + et - pour l'édition, soit en utilisant directement les soft knobs, une solution très ergonomique, car elle procure un contact physique sur l'édition des paramètres. Seule ombre au tableau, comme nous l'avons déjà remarqué, la taille minuscule des potentiomètres affichés sur l'écran LCD... À ce stade, on peut aussi ajouter des effets à la tranche en cours de configuration. Là, le Korg offre le choix entre l'assignation de l'effet sur la voie d'entrée ou sur celle de l'enregistreur. Suivant la nature de l'algorithme de traitement, on pourra placer les effets en insertion ou en prélèvement, pré ou postfader en se servant des bus...





Des effets définitifs

Les algorithmes REMS chers à Korg surprennent par leur qualité... On peut en utiliser jusqu'à onze simultanément, en insert, en master et en final. Les réverbérations de tous les types connus se succèdent sur l'écran et sonnent comme dans la réalité, en provoquant, au passage, une certaine nostalgie à l'égard des fameuses réverbes à plaque... Chaque fois que l'on sélectionne une page, les soft knobs deviennent opérationnels afin d'éditer les paramètres affichés à l'écran. Bien souvent, ils ne sont pas trop de seize pour faciliter les nombreux réglages proposés ! Les différents modes de compression de dynamique suscitent aussi un grand intérêt, pour ne pas dire l'admiration : les compresseurs sonnent de manière efficace, en apportant à la fois le contrôle de la balistique de l'enveloppe du signal et de la densité sonore. On visualise en temps quasi réel le suivi de la dynamique en entrée, en sortie, tout en suivant aussi des yeux le bargraphe inversé de la réduction automatique de gain. Mentionnons au passage les très nombreux effets dédiés à la guitare, dignes des pédaliers audionumériques de la marque. Afin d'optimiser les ressources processeurs, on peut appliquer directement des effets lors de l'enregistrement, ce qui libérera de la puissance DSP, afin de pouvoir les utiliser différemment sur d'autres pistes. L'inconvénient, comme dans tout studio, étant de ne plus pouvoir revenir en arrière si un effet ne convient plus, à moins de réenregistrer autrement la piste considérée...

Aides à la production

La compacité du D3200 recèle bien des possibilités, notamment son assistance au mixage via une automation dynamique synchronisable, par exemple, via le MTC, des fonctions d'édition de pistes complètes, les locators et autres marqueurs, des outils de mastering. N'oublions pas l'édition de banques d'effets « utilisateur », notamment à partir, par exemple, de presets d'égalisation prévus pour des utilisations précises (Old Record, FM Radio, Male Vocal)... La prise en main très aisée de ce véritable studio audionumérique compact évite, dans les premiers temps, de consulter la notice que l'on ouvrira uniquement pour approfondir les immenses possibilités offertes, c'est bien le mot, par ce Korg D3200.

Performant, complet, autonome

Cet outil plus que complet se suffira à lui-même dans la plupart des occasions. Ergonomique, simple, mais performant, plus que complet et autonome, il surprend par ses qualités audio indéniables, par la pertinence des nombreuses pages graphiques affichées sur l'écran, indispensable en dépit de son petit format. Un banc d'essai cinq fois plus long ne ferait qu'effleurer un peu mieux la richesse logicielle de ce nouveau venu, fort bien conçu et présentant le meilleur rapport qualité/performances/prix du marché. Ce Korg D3200 conviendra parfaitement à tous ceux qui cherchent une alternative rassurante et fiable à l'ordinateur, encore que l'un n'empêche pas l'autre ! Un best-seller en puissance, au propre comme au figuré.

Philippe David .

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