Après quelques années en retrait, Tannoy revient au premier plan. En témoignagent les Precisopn 8D : un moniteur numérique actif, fidèle au credo de la marque, le hautparleur coaxial, mais intégrant bien d’autres éléments issus de modèles haut de gamme comme l’Ellipse...
Longtemps incontournable en hi-fi et dans le domaine professionnel, la marque écossaise Tannoy a également connu une petite heure de gloire en home-studio avec les Reveal. À la fin des années 90, elle connaît diverses difficultés, ce qui se ressent sur son catalogue. Dès 2000, après son rachat par le groupe TC Group (qui possède également t.c. electronic et Lab Gruppen), Tannoy revient avec agressivité, tout d'abord sur le marché de l'installation et de la sonorisation. Côté studio, la marque présente un produit emblématique, les Ellipse : un modèle actif, de forme elliptique, intégrant un haut-parleur coaxial et un super-tweeter, hélas proposé à un tarif hors d'atteinte de la plupart des home-studistes (aujourd'hui : 1 599 et 2 199 euros pièce !). Avec la gamme des Precision, dévoilées en janvier 2005 au NAMM, Tannoy décline vers le bas toutes ces technologies, à un prix plus accessible. Les Reveal connaissent, elles aussi, une nouvelle version. L'importateur français, Arbiter France, nous a confié, en avant-première, deux Precision 8D. Revue de détail...

L’IDÉAL DE L’ACOUSTICIEN
Les Precision 8D constituent le haut de gamme de la série des Precision (voir encadré). Le premier contact avec les nouvelles venues est sérieux, voire austère : coffret noir, face avant grise, agrémentée d’une ellipse verticale en aluminium brossé. On identifie immédiatement le haut-parleur coaxial (Dual Concentric dans la terminologie Tannoy), en pulpe de papier recouverte d’aluminium, qui mesure 200 mm de diamètre (8 pouces, d’où la référence de l’enceinte) ; il est chargé en bass reflex, l’évent débouchant en face arrière. Comme tout coaxial, il intègre en son centre un tweeter de 25 mm de diamètre (fréquence de coupure : 2,2 kHz), parfaitement visible, chargé par une sorte de trompe. Il est refroidi par ferrofluide et possède un aimant en néodyme. En bas de la face avant prend place une Led verte indiquant la mise sous tension de l’enceinte ; elle sert aussi à indiquer la mise en veille ou le Mute. Les atouts traditionnels de la disposition coaxiale sont bien connus : séparer, comme sur des enceintes normales, le boomer du tweeter, décale les centres d’émission acoustique, ce qui provoque des phénomènes parasites dans la zone de recouvrement et d’éventuels problèmes de cohérence sonore. À l’inverse, un haut-parleur coaxial se rapproche de l’idéal de l’acousticien : la source ponctuelle, sans décalage spatial entre les graves et les aigus. Ce principe pose aussi des problèmes : il est difficile de fabriquer de tels transducteurs et l’effet de cavité est malaisé à maîtriser (le tweeter se trouve un peu comme quand on parle en mettant les mains en pavillon autour de la bouche).
SUPÉRIORITÉ À PROUVER
Adjoindre un supertweeter (25 mm de diamètre, caché derrière une grille) séparé peut sembler aller contre le principe même du coaxial : Tannoy l’a pourtant déjà fait sur les Ellipse et assure que les écoutes comparatives effectuées prouvent la supériorité « avec » supertweeter. Regrettons que le constructeur ne nous ait pas permis de le vérifier par nous-mêmes, en prévoyant un bypass de ce transducteur, qui monte au-delà de 50 kHz et qui semble alimenté en parallèle du tweeter. Les autres paramètres de l’enceinte forcent le respect : blindage électromagnétique, baffle avant de 40 mm d’épaisseur, de 18 mm « seulement » sur les côtés, entretoises calant sur le panneau arrière le transducteur fixé par dix points dans la paroi avant, formes irrégulières à pans coupés pour éviter les diffractions... Le panneau arrière héberge la connectique : un combi XLR/jack, une entrée et un renvoi S/PDIF coaxial (de 44,1 à 96 kHz) avec Led jaune de verrouillage, mais aussi un potentiomètre de Trim + 6/- 12 dB, un sélecteur d’entrée, un interrupteur pour le filtre passe-haut (80 Hz, 12 dB/oct.) si l’on désire utiliser un caisson de graves externe, un sélecteur gauche/droi-te/mono pour l’entrée numérique, et deux séries de dix micro-interrupteurs DIP : la première intervient sur la réponse dans les graves (champ proche, moyen, lointain et compensation demi/quart/huitième d’espace si on place l’enceinte près de parois), la seconde sur la réponse dans le médium et l’aigu.
UNE IMAGE PRÉCISE
Installées en configuration home-studio (écartées d’environ 2 m, posées sur de la mousse et sur notre surface de travail), les Precision 8D nous ont fourni, sans optimisation spéciale, un son d’une belle ampleur et d’une grande clarté. Coaxial oblige, la région d’écoute (sweetspot) est très étendue et l’image stéréo, précise. Le grand radiateur évite toute surchauffe (les amplis intégrés développent 120 et 60 W) : le niveau sonore maximal semble assez élevé (119 dB SPL annoncés) mais, quand on les pousse un peu trop, les Precision nous ont semblé un poil agressives. À niveau correct, elles sont remarquablement équilibrées. Sur The Wall, notre test favori, les jeux de réverbérations d’échos et de réverbérations sont parfaitement rendus, avec un bel échelonnement des plans sonores, mais les 8D ne rechignent pas devant les passages les plus chargés. À volume comparable, certaines concurrentes de dimensions comparables (Mackie ou Genelec, pour ne pas les nommer) semblent descendre un peu plus loin dans le grave, mais il n’y a rien là de rédhibitoire, d’autant que les attaques sont toujours bien rendues. Amusé par l’idée que ces enceintes montent au-delà de 51 kHz, nous avons écouté quelques SACD stéréo en nous assurant qu’ils étaient, à la base, enregistrés en DSD ou en analogique de très haute résolution. Jazz et classique ne nous ont pas permis de « remarquer » un plus évident... Mais sans doute cette amélioration est-elle de celles dont on remarque davantage l’absence que la présence ! Dans ses brochures, Tannoy semble insinuer que c’est l’ensemble tweeter + supertweeter qui a été optimisé pour obtenir la meilleure réponse et la meilleure directivité possible dans l’aigu : les deux transducteurs sont alimentés par le même ampli, et sans doute ne sont-ils même pas filtrés entre eux puisque le mode d’emploi n’indique que la fréquence de raccordement entre le boomer et le tweeter...

QUALITÉ ET ASSISTANCE
Autre atout : pour faciliter le réglage des Precision actives et obtenir une meilleure adaptation au local où elles se trouvent (un aspect essentiel et malheureusement peu compris), Tannoy proposera le logiciel Activ-Assist (disponible pour Mac et PC), qui permet, après analyse d’un signal qu’il génère et qu’il recapte par l’intermédiaire d’un micro, de « calibrer » les enceintes en indiquant les positions recommandées pour les micro-interrupteurs DIP du panneau arrière. Nous n’avons hélas pas pu en disposer pour notre test. Quoi qu’il en soit, à 869 euros pièce, les Precision 8D constituent une bonne affaire. Compte tenu des technologies employées et de la qualité de fabrication, nous les aurions bien vues à 1 500 ! À écouter avant tout achat dans cette gamme de prix : 1 750 euros, c’est une somme, mieux vaut ne pas se tromper...
Franck Ernould
http://fernould.club.fr/index.html
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