Doté d'un clavier de 88 touches, le Nord Stage se présente comme un clavier de scène à part entière. La couleur rouge caractéristique de la marque tranche agréablement avec une production d'instruments soit noirs, soit gris métallisé ! De nombreuses touches de fonctions grises et noires envahissent la face avant de l'appareil et, tout au long du test, je me suis posé la question de la fiabilité de ces switches et de leurs contacts... On retrouve les classiques molettes de pitch (bender qui tient de la pince à linge) et de modulation (le galet des côtes nordiques), pas très bien placées, au-dessus de la première octave. La section Organ et la visualisation des tirettes par bargraphes sont assez précises. Au centre de la surface de travail, le petit écran est vraiment sous-dimensionné, en regard de ce qu'on est en droit d'attendre d'un clavier du 21e siècle. En revanche l'accès via les V-Pots et les autres potentiomètres rotatifs est assez aisé. Les sections synthés et effets sont claires et simples. On notera une section d'effets assez complète puisque constituée de quatre sous-sections (effets, simulation d'ampli/EQ, compresseur et réverbération). La face arrière du Nord Stage est assez complète puisqu'elle offre une sortie casque (qui aurait été mieux placée à l'avant), quatre sorties individuelles (ou configurables en deux paires stéréo), une prise pour pédale sustain, une pour la variation de vitesse de la simulation de Leslie (Rotor Speed). Viennent ensuite une prise USB (pour les mises à jour logicielles et les transferts de nouveaux modèles de timbres), le bornier MIDI In/Out ainsi qu'une entrée Control Pedal qui permet d'incrémenter/décrémenter un paramètre en cours d'édition et, enfin, une entrée nommée Organ Swell (pour simuler, via la fonction idoine, la pédale de volume si caractéristique des orgues Hammond B-3).

UN ENCOMBREMENT ÉTUDIÉ
Les 18,5 kg du Nord Stage sont raisonnables en regard des claviers vintage ! L'encombrement est aussi très étudié et il n'y a pas de perte de place autour des 88 touches lestées du clavier. Les 129,7 cm de longueur tiendront correctement sur un stand en X bien que l'utilisation des pieds Clavia (quatre pieds) soit recommandée (ne se-rait-ce que pour une question de stabilité). L'ambition du constructeur est de réunir en un seul clavier plusieurs grands classiques des claviers de scène : orgues et autres pianos électriques ou acoustiques ! Ah, n'oublions pas le synthé en prime... Du coup, la surface de contrôle est à la fois claire, parce que les sections y sont bien distinguées, et encombrée par trop de switches gris et noirs qui ne facilitent pas la tâche du musicien. Rappelons ici qu'un des principaux avantages de ces fameux claviers mythiques qu'aucun d'entre eux ne représentait une usine à gaz... Ici, les 83 boutons de fonctions, les 20 potentiomètres rotatifs, les 6 V-Pots et l'encodeur général sont un véritable défi au clavier qui opère dans la pénombre, même si les principaux accès sont toujours balisés par des Leds de couleur rouge. Le clavier lesté de type piano est globalement bien adapté aux timbres du Nord Stage, exception faite des orgues dont le jeu doit pouvoir autoriser des fioritures typiques des parties musicales de cet instrument. Le clavier sera, là, un handicap certain. En revanche, pour les pianos, ce clavier est vraiment bien adapté. Le tout premier travail sur ce Nord Stage a consisté à vérifier le bon fonctionnement de la liaison USB afin de mettre à jour l'OS en version 1.14. Notons que les compatibilités PC et Mac sont disponibles.

LE C?UR DU NORD STAGE
Avec toute cette débauche de possibilités, on peut s'interroger quelques instants sur le moteur qui ani-me ce clavier. La modélisation de modèles analogiques est à l'honneur, qu'on se le dise... Enfin, juste pour la section Organ (trois modèles distincts) et le secteur synthétiseur à base de synthèse soustractive, formes d'ondes FM et tables d'ondes. Les pianos, de toutes catégories (six au total), font appel à l'échantillonnage. Nous sommes donc en présence d'un hybride de la nouvelle génération : un outil qui mixe des modes de synthèse en faisant appel à la technologie la plus adaptée à chaque domaine. Les limites de ces différents modes s'imposent d'elles-mêmes. Par exemple, la partie sampling sera limitée par la capacité de mémoire du Nord Stage, les modélisations de sons d'orgues par le principe de mode de synthèse embarqué qui fige les modèles (à moins qu'on ne puisse charger d'autres modèles, mais la notice et le site du constructeur ne nous renseignent pas à ce sujet). On peut être plus prudent en ce qui concerne l'échantillonnage pour les raisons maintes fois développées. Par exemple, le côté parfois « polaroïd » de certaines notes, dont on aura prolongé artificiellement la durée avec un astucieux jeu entre fonction Loop et enveloppes de VCA... Lors des essais du Nord Stage sur plusieurs jours, point de plantage, de bugs intempestifs, ce qui laisse entendre un bon dimensionnement des DSP embarqués et une gestion correcte de la RAM (Flash RAM). Tout au plus, la modification en temps réel des effets peut entraîner une brève interruption du signal, mais ce genre d'action n'est pas vraiment de mise avec un usage Live. La mémoire interne permet, en outre, de sauvegarder un total de 116 programmes répartis en 6 banques de 21 mémoires. La multitimbralité totale du Nord Stage est de 6 parties.
DEUX PANNEAUX POUR DES MÉLANGES
Le Nord Stage est plutôt bien pensé, même si je persiste dans l'idée que trop de fonctions tuent la fonction (première) de l'outil. J'ai particulièrement apprécié le mode des panneaux A et B qui autorise, à partir d'un timbre de base, à créer deux sonorités totalement distinctes dans leurs réglages. On peut aussi enclencher les deux panneaux simultanément pour mélanger des sonorités, c'est-à-dire que chaque instrument est bitimbral. On peut donc se fabriquer très aisément un mode dual entre un Rhode et un Wurlitzer, par exemple. Les trois zones de split sont aussi un atout précieux que l'on retrouvera dans la section External détaillée plus loin. Moins pratique, le mode Shift consiste à enfoncer un bouton et, en le maintenant, à choisir une autre fonction d'appel (on retrouve cette utilisation en mode Split Organ pour sélectionner l'autre timbre d'orgue sur la tessiture corresle jeu de clavier main gauche est très souvent interrompu par une action sur l'une ou l'autre de ces molettes. Positionnées à gauche de l'octave la plus basse, on s'en sortirait plus facilement. On réservera donc ces effets au jeu de synthé lead. À l'autre extrémité du clavier, la zone des effets est particulièrement bien traitée et le mode simple de sélection des différents effets prédisposés est intéressant. Cela nous évite notamment de nous perdre dans un dédale de pages logicielles. Là, un geste, un bouton de fonction, et une réverbération embellit immédiatement un timbre. Les V-Pots remplissent correctement leur office et leurs valeurs sont rappelées par les Leds qui les ceinturent dès l'instant où l'on sollicite une présélection de timbre. Par contre, l'écran est définitivement trop petit. Certes, il ne s'agit pas d'une workstation nécessitant l'affichage d'une débauche de pages de programmation, mais quand même ! On est vraiment dans le minimalisme et on pourra considérer cet écran comme simple rappel des noms de programmes.
PIANOS MULTISAMPLÉS
Les pianos font appel à la technique du multisampling. Non seulement, les samples se répartissent tout au long de la tessiture du clavier mais aussi en mode layer, c'est-à-dire en couches successives. Cette section regroupe les pianos acoustiques et les différents modèles de pianos électriques de légende ainsi qu'un clavinet. Globalement, les timbres sont assez réussis et répondent parfaitement à la signature sonore qu'on leur reconnaît. On sent bien les efforts du constructeur pour rendre plus crédibles ces différents timbres. Une simple comparaison avec le Nord Electro met en évidence une profondeur et une précision accrues, quelles que soient les familles de pianos concernées. À l'usage, j'ai trouvé un léger affaissement des timbres de pianos en utilisation polyphonique en milieu de clavier. C'est un peu comme si l'on perdait de l'intégrité du timbre dès que l'on dépasse une certaine polyphonie. Cet effet est encore plus perceptible si l'on ajoute un peu de réverbération, ce qui pose question au sujet du respect de la phase sur des échantillons stéréo, par exemple. En revanche, les extrêmes graves et aigus sont très bien rendus et le jeu aéré s'en trouve renforcé. Les registres de pianos électriques souffrent moins que les pianos, ne serait-ce que parce que leur signature auditive est un modèle... Électrique ! On a, en général, moins de problèmes avec les samples de synthétiseurs et autres outils électroniques qu'avec des références acoustiques. Le Wurlitzer 200A est très sympathique et exploitable instantanément, tout comme le Rhodes, décliné en trois modèles (73 MKI, MKII et MKV). Le Clavinet (D6 Hohner) reste aussi un standard, bien qu'un peu moins facile à glisser dans des arrangements. Il bénéficie aussi de réglages propres comme le choix du capteur, positionné comme sur le modèle original (manche pour les sons chauds ou chevalet pour les sons plus brillants). Enfin, trois modes de dynamique permettent au clavier du Nord Stage de mieux répondre aux sollicitations de l'instrumentiste, en fonction des timbres sélectionnés. Une réponse de Rhodes ne doit pas être identique à celle d'un piano Yamaha, par exemple. Ces modes de dynamiques ne s'appliquent, bien entendu, pas aux sons d'orgues électroniques.
TROIS ORGUES
Bienvenue dans le monde de la modélisation ! Ici, trois modèles sont représentés : Hammond B-3, Vox Continental II (type V pour le modèle Nord Stage), Farfisa Compact Deluxe (type F). Les tirettes harmoniques virtuelles, particulièrement adaptées au B-3, proposent un défilement par touches haut et bas avec comme repère des Leds rouges s'inscrivant sur des bargraphes. Un procédé qui a fait ses preuves avec les Nord Electro et que l'on retrouve ici avec bonheur. Si ce système peut dérouter de prime abord, il offre surtout l'avantage indéniable d'être très visuel. En revanche, les fameuses combinaisons de tirettes par numérotation seront à convertir en « images » par l'utilisateur averti. Pour le modèle Farfisa, les tirettes remplaceront les commutateurs à bascule présents sur le modèle original. Ces commutateurs représentaient des voix (par exemple : flute 4", bass 16", etc.) qui sont donc accessibles via les tirettes virtuelles du Nord Stage. Le mode Split Organ permet de séparer physiquement le clavier pour établir virtuellement l'équivalent d'un clavier inférieur et d'un clavier supérieur d'orgue. Deux effets caractéristiques complètent cette section, le Vibrato/ Chorus et le mode Percussion. On retrouve les Chorus du B-3 (C1 à C3) ainsi que ses modes de vibrato (aussi au nombre de trois). Le mode Percussion s'inspire toujours du B-3 et offre la possibilité de jouer une deuxième enveloppe associée à la deuxième ou troisième harmonique. La virtualisation va jusqu'à simuler le fameux mode clic si caractéristique du B-3, un défaut devenu petit à petit un effet recherché ! Cet effet est réglable en intensité sur le Nord Stage. N'oublions pas les accès pour pédales évoquées dans le descriptif de la face arrière (Organ Swell et Rotor Speed), qui compléteront idéalement le jeu des registres d'orgues électroniques. Encore une fois, ces modèles sont cohérents et jouables même si la comparaison avec les originaux ou leur descendance est risquée.
MODÉLISATION DE MODÈLES ANALOGIQUES
Rien de bien nouveau du côté des synthétiseurs puisqu'on retrouve les principaux éléments de synthèse qui ont fait le succès des Nord Lead, selon un procédé de modélisation de modèles analogiques. La synthèse soustractive est associée à des formes d'ondes issues de la FM et à des tables d'ondes. La polyphonie de cette section est de seize voix et on trouve tous les réglages classiques de la synthèse soustractive : filtre (24 dB, 4 pôles et 12 dB), oscillateur, enveloppes de modulation, d'amplificateur (VCA), etc. Que dire de nouveau concernant cette section ? Qu'il est intéressant d'avoir embarqué un synthé de génération Nord Lead dans cet instrument de scène car les timbres de synthés présents permettront de compléter la palette sonore du clavier, notamment pour les chorus, mais aussi les nappes. C'est notamment dans cette section que se trouve la fonction Morph du Nord Stage (que l'on a vu apparaître sur les Nord Lead, me semble-t-il), qui permet d'assigner certains paramètres de réglages à des contrôleurs temps réels. Par exemple, dans les palettes disponibles, on remarquera le réglage du timbre et celui de la fréquence du filtre, disponibles en section synthétiseur. Trois contrôleurs sont affectés à cette tâche : la molette de modulation, l'after-touch et la pédale de contrôle.
MODE EXTERNAL ET EFFETS
De prime abord, en découvrant le mode External, on aurait pu penser au traitement d'une source externe, eh bien, non ! Il faut penser du clavier vers l'extérieur et là, on comprend bien vite que le Nord Stage devient un clavier maître dernier cri. Comprenez par là que la discussion MIDI à partir du clavier physique du Clavia permettra de contrôler un ensemble d'outils asservis pour la circonstance. Mettant à contribution les trois zones de split, les différents contrôles temps réel du clavier, cette fonction autorise le pilotage via MIDI de sources externes multiples. Encore un atout pour utiliser le Nord Stage au c?ur d'un set-up de scène. Cela permettra aussi aux utilisateurs d'insérer ce clavier comme centre nerveux du home-studio. Les effets spécifiques à chaque famille de timbres sont complétés par une section Master. Mais pour s'y retrouver plus facilement, distinguons trois familles : les effets de panneau (la section Effects avec ses chorus, flanger, trémolo, wah-wah), les simulateurs d'amplificateurs, l'EQ et le compresseur. Viennent ensuite les effets de mode global (réverbération et compresseur), qui n'affecteront que les sorties générales (CH1 et CH2) et, enfin, l'effet Rotor. D'une utilisation simple, tous ces effets contribuent à enrichir la palette sonore du Nord Stage et il m'a été difficile de trouver des outils inutiles dans cette section. Hormis la section simulation d'amplis qui ne m'a pas emballé outre mesure, l'ensemble est plutôt satisfaisant.
LA QUALITÉ DES TIMBRES
D'un usage plutôt spécifique, le Nord Stage est caractérisé par une qualité constante de ses timbres, quelle que soit la famille abordée. La scène sera son lieu de villégiature préféré bien que j'imagine qu'on le croisera aussi en studio. Instrument polyvalent, ce clavier croise aussi la route d'un synthétiseur. Plus complet qu'un Nord Electro, bien plus attrayant que des logiciels d'émulation, ce nouveau venu renoue avec la tradition des claviers purs et durs comme on en fait plutôt rarement ces derniers temps. Le prix restera sans doute un obstacle, bien que, comparé à celui des instruments qu'il est censé remplacer, il reste assez compétitif.
CMDM
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