Yamaha a frappé un grand coup lors de la sortie de sa première station de travail autonome AW4416, vers le milieu des années 90. Ce studio compact et autonome enregistrait 16 pistes en linéaire sur disque dur, était doté d'effets et de tout ce dont on a besoin pour enregistrer, mixer et produire de la musique. Depuis, la marque a rénové sa gamme en sortant deux nouveaux modèles, l'AW1600 et l'AW2400, une version beaucoup plus évoluée avec possibilité d'ajout de carte d'extension, faders motorisés, etc. Mais intéressons-nous au modèle d'entrée de gamme, l'AW1600.

UN AW16G ÉVOLUÉ
L'Audio Workstation 1600 descend en droite ligne de l'AW16G qui l'a précédée. Yamaha en a profité, comme il se doit, pour faire subir à son produit phare dans ce domaine une cure de rajeunissement. Tout d'abord, on constate que la nouvelle version est légèrement plus épaisse, de même qu'elle a gagné environ 30 mm en largeur et 20 mm en profondeur. Un coffret légèrement plus grand a permis l'optimisation de la disposition des commandes, notamment celles des réglages de gain des voies d'entrée. Cette amélioration procure un meilleur confort, car les potentiomètres étaient si rapprochés que l'on risquait d'en dérégler un en ajustant l'autre. Du coup, le volume du casque a été un peu déporté sur la droite du coffret. La disposition des autres commandes reste inchangée mais elle a bénéficié d'une rénovation esthétique (ou cosmétique) en reprenant les touches grises à Leds rectangulaires de l'interface m-Lan 01X. En interne, le disque dur passe de 20 à 40 Go, il s'agit d'un IDE de 3,5". Autre innovation interne, l'AW1600 offre désormais la possibilité d'enregistrer en 24 bits mais, en contrepartie, on ne dispose plus que de 8 pistes réelles. Dans les deux cas, l'unique fréquence d'échantillonnage reste inchangée, à 44,1 kHz. Pour réaliser des musiques et autres maquettes de bonne qualité, la résolution CD se suffit à elle-même. Des fréquences d'échantillonnage plus élevées à ge de 64 fois en N/A et 128 fois en A/N.
UNE CONNECTIQUE AUGMENTÉE
Là où l'AW16G ne proposait que deux entrées micro sur XLR, l'AW-1600 arbore pas moins de huit em-bases combo Neutrik XLR/jack compatibles micro et ligne. Cette belle avancée s'accompagne d'une alimentation fantôme commutable en deux groupes, de 1 à 4 et de 5 à 8 (et sur rendez-vous)... Oups ! Comme sur la version précédente, un jack supplémentaire assure la connexion avec un instrument à haute impédance, du genre guitare ou basse à électronique passive. Dommage que les ingénieurs mai-son se soient arrêtés en si bon chemin, car une deuxième entrée instrument n'aurait pas été de trop ! Peut-être y penseront-ils la prochaine fois... Les connecteurs optiques au format EIAJ ont disparu au profit d'une paire de Cinch, mieux à même de transmettre les signaux S/PDIF que leurs cons?urs Toslink, présentant un taux de jitter souvent mais via ses prises Din seulement. Ainsi, la station de travail annonce une compatibilité avec les protocoles de Cubase, Logic, Sonar et Pro Tools, grâce à des pilotes pour PC et Mac figurant sur un CD fourni. En revanche, et c'est bien dom-mage, pas moyen de transformer la station de travail en interface audionumérique USB 2. Réciproquement, on n'enregistre pas de pistes sur une 01X toute seule... Yamaha protège les spécificités de ses produits.
CHANNEL STRIP
L'examen d'une tranche virtuelle de console reprend les modèles du genre, bien que le synoptique présente quelques singularités. Chaque canal d'entrée peut se voir assigné à n'importe quelle piste de la section enregistreur : l'AW1600 bénéficie d'une grille de commutation numérique, un élément très utile remplaçant efficacement le patch d'un studio plus traditionnel. À la suite des étages de gain et de conversion, chaque source passe par un inverseur commutable de phase absolue puis transite par l'une ou l'autre des deux banques d'effets, dans lesquelles on retrouvera tous les traitements génétiques que l'on a coutume de trouver dans un studio, tant en plug-in qu'en version harware. Chaque canal possède son propre égaliseur, véritable paramétrique à 4 bandes, performant, bien que limité à une résolution de 32 bits. Sur les bandes extrêmes, on peut choisir entre un coefficient de sur-tension ajustable et l'exploitation de ces bandes de fréquences en shelf ou plateau. Un graphique, situé en haut à gauche de la page des égali¬seurs, affiche les courbes de réglage mais la visualisation est trop petite... Toujours le même problème des petits LCD qui veulent afficher trop d'informations simultanées En parallèle du quadruple paramétrique, sur le synoptique, on remarque une case SP pour Speaker Emulation, un effet plus spécialement destiné aux guitaristes qui rassemble quelques sonorités type d'amplis de guitares bien connus, tels Marshall et Fender, pour ne citer qu'eux... Les guitaristes parmi nous apprécieront ce soin apporté au traitement de leur instrument favori, sachant qu'un tel algorithme peut apporter une dimension créatrice à toute autre source sonore... Poursuivons la chaîne de traitement : un compresseur limiteur, au ratio ajustable entre 1:1 et 20:1, remplit son office avec, pour autres paramètres, les temps d'attaque et de relâchement, la plage dynamique utilisable, la compensation de gain et, bien sûr, le seuil de déclenchement. En fonction des réglages, la pente du compresseur s'affiche dans une petite fenêtre du LCD tandis que la partie droite de l'écran comporte des bargraphes de niveau ainsi que celui, inversé, de la réduction de gain. Mais si cela ne suffit pas au débutant, la Yamaha propose une librairie riche de quarante présélections optimisées pour de nombreuses utilisations, allant du kick de grosse caisse aux voix, en passant par la guitare... Rien n'empêche l'utilisateur de se constituer sa propre librairie, soit à partir des presets déjà mémorisés, soit en partant de zéro, dans le domaine de la correction de la dynamique comme dans celui de la correction de timbre. De même, on pourra assigner le signal sur les bus, notamment celui du monitoring.
DEUX BANQUES D'EFFETS
Yamaha n'a jamais failli dans le domaine des effets, et l'AW1600 ne fait pas exception à la règle. De surcroît, la machine nous propose des dizaines d'algorithmes dédiés spécifiquement à la guitare électrique, de même qu'à l'acoustique, sans oublier la basse. On y trouve, par exemple, des distorsions configurables sur six paramètres et parfaitement utilisables, mais cela paraît peu si l'on considère le paramétrage d'une réverbération « studio », également intégrée aux banques du Yamaha, on atteint les quinze paramètres ! Ici encore, on pourra s'aider des librairies proposant des choix de traitements bien ciblés par rapport à l'utilisation. Cela facilitera l'exploration d'autres effets, grâce à la puissance DSP et à la richesse des algorithmes. On pourra ainsi compléter la bibliothèque, d'autant que ces paramétrages particuliers sont mémorisés sur le disque dur. Autre argument de poids : Yamaha a développé un plug-in Pitch Fix et les mêmes algorithmes se retrouvent intégrés à l'AW1600 ! Ou comment chanter juste, grâce à l'électronique, merci ! On peut indiquer la tonalité du morceau puis paramétrer le niveau de détection, la vitesse de réaction, les formants (homme ou femme) et la hauteur tonale à corriger. À notre connaissance, c'est la première fois qu'un constructeur installe ce type d'effet correctif sur une station de travail audionumérique. Voilà qui rattrapera bien des « pains » ! Mais pas seulement puisqu'on pourra aussi se servir de cet effet pour créer artificiellement des ch?urs, en jouant sur les paramètres et en multipliant les pistes de destination avant de les « bouncer » pour les réduire à un ensemble stéréo, par exemple.

UNE ERGONOMIE PAS TRÈS INTUITIVE
Observons une règle incontournable : plus la surface de contrôle est petite et moins elle est ergonomique. Ainsi, une pression sur, par exemple, le soft-knob des égaliseurs affiche la page concernée, à ceci près que cette commande n'agit que sur les gains des filtres. Les autres ajustements s'effectuent via les curseurs et le jog/shuttle, ce qui ralentit toute manipulation. Cette démarche peu pratique se répète sur les pages des compresseurs et des banques d'effets. Ainsi, en pressant la touche View à quatre reprises, l'écran affichera enfin la configuration du canal, avec son fonctionnement indépendant ou l'appairage de cette voie avec son adjacente, et tous les traitements du channel strip évoqués plus haut, sans oublier les deux départs d'effets internes et les deux autres auxiliaires assignées aux sorties Stereo/ Aux Out. D'aucuns regretteront l'édition des paramètres via le jog qui, comme sur l'AW16G, ne dispose pas de fonction d'édition grossière, histoire d'éviter de tourner dix fois la molette pour ajuster telle ou telle fonction comme on le souhaite. Ainsi, il faut naviguer de part et d'autre de l'écran LCD, ce qui n'est pas sans susciter quelques interrogations au départ. Concernant l'écran, la balistique des indicateurs de niveaux, de même que leur lisibilité, laissent un peu à désirer, d'autant qu'aucun bargraphe à Leds ne figure sur la surface de contrôle, faute de place...
ÉQUILIBRE DES COMPROMIS
Cette machine nécessite un apprentissage, afin d'en maîtriser toutes les spécificités logicielles et leurs commandes associées, bien souvent disponibles de manière séquentielle en pressant plusieurs fois d'affilée la même touche. A contrario, reconnaissons que l'exploitation de l'AW1600 doit sa complexité apparente (du moins au début) à la richesse des possibilités qu'elle offre, à l'image d'un studio complet en réduction... On ne peut pas tout avoir, sinon il aurait fallu disposer d'un budget nettement plus conséquent. Notons au passage la présence de quinze niveaux d'undo, d'un locator affichant jusqu'à 99 adresses, d'un métronome, de pads de déclenchement d'échantillons stéréo à partir d'une banque interne ou de sons « maison » sur 47 s à répartir entre les quatre pads pour 16 bits, la compression/expansion temporelle... Cette réédition de l'AW16G, améliorée et baptisée pour l'occasion AW1600, possède un grand nombre de possibilités devenues génériques sur ce type de produit, mais aussi une énorme puissance de calcul servant tant à gérer un quadruple égaliseur paramétrique et un compandeur par voie que générer des algorithmes d'effets largement paramétrables et judicieusement répartis sur deux banques. Compact, performant et doté d'une excellente restitution sonore, il a subi, ici et là, quelques simplifications, allant paradoxalement dans le sens d'une ergonomie nettement moins intuitive. Son prix, bien que fort raisonnable, dans l'absolu, en regard des performances, n'aidera pas forcément l'AW1600 à s'imposer face à une concurrence particulièrement efficace et offensive sur ce secteur très disputé. Néanmoins, cette nouvelle station de travail Yamaha pro¬pose presque toutes, voire toutes les fonctions que l'on attend d'un studio. On notera au passage le fameux Pitch Fix et la gestion des échantillons comme un véritable sampleur, qui ne disposerait que d'une capacité de 47 s en stéréo et en 16 bits, mais dont les options d'édition rappellent les appareils hardware spécialisés dans ce domaine.
Philippe David
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