Encore une nouvelle marque de casques ? Attention, les modèles allemands Ultrasone, de conception et d'utilisation variées, font intervenir deux particularités marquantes : une disposition spécifique des transducteurs et un blindage de leurs aimants internes. Examen en détail...

Encore peu connus chez nous, les casques Ultrasone, de nationalité allemande, sont très appréciés, semble-t-il, aux USA... Digidesign les a adoptés pour ses shows professionnels et la liste des références du site web du fabricant mentionne, entre autres, Al Schmitt, Ed Cherney, Alan Parsons, Phil Ramone, Chuck Ainlay, Eddie Kramer, Jimmy Jam, Nile Rodgers, Mutt Lange, jusqu’à la SAE et même Radio Vatican ! Bref, un vrai « All Stars » de la profession. De quoi éveiller notre curiosité.


LA TECHNOLOGIE S-LOGIC NATURAL SURROUND
La littérature publicitaire d’Ultrasone, présente aussi bien sur le site allemand (www.ultrasone.com) qu’américain(www.ultrasoneusa. com), fait grand cas de la technologie S-Logic Natural Surround, proclamée « système de son tridimensionnel sans processeur externe »... Tridimensionnel, il ne faut quand même pas exagérer ! On sait fort bien que, lors d’une écoute au casque, notre cerveau est privé de ses indices naturels de localisation par l’enfermement des oreilles dans deux coquilles plus ou moins étanches et restant rigoureusement fixes par rapport à elles. Conséquence : il place le son ainsi écouté à l’intérieur de la tête au lieu de le déployer devant l’auditeur. Rien de naturel là-dedans, ce qui rebute certains et fausse complètement les perspectives. Pour « externaliser » la reproduction, la seule solution valable consiste à prélever la courbe de transfert de la tête du porteur (HRTF, « fonction de transfert relative à la tête ») puis de faire subir au signal diffusé dans le casque un traitement numérique assez complexe en utilisant cette empreinte capitale. Dans l’idéal, il faudrait même doter le casque d’un détecteur de mouvements et en tenir compte en temps réel dans les calculs. Ce n’est pas en excentrant les transducteurs, comme le font les ingénieurs de chez Ultrasone (on le voit bien en regardant à l’intérieur des oreillettes : la membrane n’est pas placée au centre mais vers le bas, à gauche) qu’on obtiendra un résultat aussi délicat et précis. Cela dit, nul doute qu’Ultrasone a fait subir quelque chose de particulier à ses transducteurs, et que le processus a été étudié et affiné. Lors d’écoutes musicales critiques, on le sent notamment sur les mouvements des sons ou sur les panoramiques un peu extrêmes, mais aussi sur les réverbérations, naturelles ou artificielles, surtout si elles sont panoramiquées large. Attention à ceux qui mixent au casque, cette restitution « optimisée » peut être trompeuse si on n’a pas bien l’habitude du système. En revanche, une fois qu’on s’y est fait, le cerveau s’y retrouve et la précision est au rendez-vous : les placements des sources, les effets de phases ou les réverbérations un peu « hachées », aux effets d’escalier par exemple sur des fichiers MP3 pas très bien encodés, sont facilement discernables. Autre bienfait revendiqué par la technologie S-Logic Natural Surround : elle permettrait de réduire le niveau d’écoute de 3 à 4 dB à sensation équivalente, ce dont nos oreilles nous seront reconnaissantes. Difficile à vérifier ! Les bienfaits des casques Ultrasone ne s’arrêtent pas là... On parle beaucoup des émissions électromagnétiques générées par des moniteurs informatiques, par exemple, ou par des téléphones portables. Tous ces appareils sont soumis à régulations et mesures. Il n’en est rien pour les casques d’écoute. Or, quand on y réfléchit bien, un casque électrodynamique, type le plus répandu, comporte forcément un aimant par oreillette, dont le champ magnétique, a priori orienté dans l’axe de la bobine, peut présenter des fuites. Danger ! En effet, le casque se porte, par définition, à même la tête, très près du cerveau donc. Les éventuelles fuites magnétiques vont donc arroser généreusement nos méninges, avec des résultats inconnus à long terme mais qui ont toutes les chances d’être assez désagréables. Ultrasone a pris en compte ce « problème » en concevant ses circuits magnétiques pour des fuites minimales (ULE, Ultra Low Emission) et équipe ses casques d’un blindage en mumétal, ce qui réduit de 98 %, selon ses dires, les fuites magnétiques parvenant à l’extérieur.
LA GAMME PRO
Dans l’offre de casques Ultrasone (il existe même un modèle spécial iPod !), la gamme Pro se situe un peu à part. Un des points communs à tous ses membres est le système de repliement situé juste au-dessus des oreillettes, qui s’inclinent vers l’intérieur de l’arceau. Pratique pour le rangement mais le dispositif est un peu mastoc et d’un intérêt esthétique assez discutable. En contrepartie, il présente l’avantage d’être robuste. D’ailleurs, l’impression de solidité prévaut, quel que soit le modèle de la gamme Pro. Tous pèsent un certain poids, sans être trop lourds : un gage de qualité. Ils se règlent facilement et sont agréables à porter. Comme les modèles pour DJ, ils permettent l’écoute à une seule oreille, l’autre oreillette pivotant vers l’extérieur. Attention, la position prise par l’oreillette ainsi dégagée n’est pas toujours confortable. Signalons aussi la présence d’un arceau rembourré sur le sommet du crâne. Les Ultrasone Pro garantissent la pérennité de disponibilité des pièces détachées. Le mode de fixation du cordon détachable, côté casque, est tout simplement une embase de jack 3,5 mm, dans laquelle vient se visser le connecteur correspondant côté casque. Robustesse assurée, même si d’autres fabricants ont prévu des connecteurs robustes mais qui se détachent d’euxmêmes quand on marche fort sur le cordon, par exemple. Sur les Ultrasone, le jack 3,5 mm vissé ne se détachera jamais, pour le meilleur comme pour le pire... Les modèles professionnels Ultrasone sont livrés en boîtier carton repliable (la PROline Box) contenant un cordon spiralé et un cordon droit détachables de 3 m équipés de jacks 6,35 mm plaqués or, un adaptateur jack 6,35 mm vers 3,5 mm, une housse de transport, une paire de coussinets d’oreille de rechange et un CD de démo, comportant pas mal de plages classiques fort bien enregistrées. Examinons la gamme modèle par modèle, avec photo, tableau récapitulatif à chaque fois. Nos sources audio : un enregistreur CD/DVD TascamDV- RA1000,unlecteur SACD Sony SCDXB-770, la sortie casque d’une interface Tascam FW-1082, reliée à notre Cubase SX 3.1... et un iPod 3G.
PROLINE 550
Le modèle d’entrée de gamme Pro est bleu foncé, ses coussinets d’oreille en simili noir semblent un rien rêches et durs au toucher
même si nos oreilles n’ont pas confirmé ce manque de confort. Les lettres L et le R gravées sur le casque ne sont pas très visibles : mieux vaut se souvenir que le cordon unilatéral se porte du côté gauche. La restitution est équilibrée et on apprécie une bonne isolation sonore. Quand on compare le ProLine 550 à des modèles plus élaborés, par exemple un Sennheiser HD600, ce que nous appelons la sonorité « carton », légère emphase dans le hautmédium, devient perceptible. Mais nous sommes loin des casques à prix budget : il n’y a là rien de gênant, nous pensons même que certains préféreront cette sonorité, plus analytique, et qui, mettant en valeur les médiums, propulse certains défauts sous la lumière... Signalons enfin une efficacité assez remarquable de 102 dB SPL/1 mW.

PROLINE 650
Le ProLine 650 ressemble comme deux gouttes d’eau au 550. Même si les transducteurs sont différents (membranes de diamètre inférieur, plaquées or), la sonorité est également très proche. L’efficacité est nettement en retrait par rapport au 550, même si nous aurions cru qu’elle était supérieure aux 95 dB annoncés. Le 650 nous a fait penser à un Sennheiser HD280 Pro, avec peut-être un peu plus de graves, ou à un Sony MDR-7506 un peu moins généreux dans le bas. Le ProLine 650 possède des aigus bien définis, même s’ils manquent du scintillement des plus grands casques dynamiques. La différence de prix avec le 550 nous semble justifiée.
PROLINE 750
Le 750 va encore plus loin que les 550 et 650 dans la précision sonore. Il perd également toute coloration « carton ». Le bleu foncé fait place à un gris clair du plus bel effet, et le simili noir est devenu crème et d’un contact plus agréable aux oreilles. La conception mécanique n’a pas changé. La restitution du 750 est très analytique. Nous avons eu la curiosité de le brancher sur notre iPod et nous avons tout d’abord constaté une efficacité un peu faible par rapport à notre casque habituel (Sennheiser PX200). Puis nous nous sommes aperçu que sur un encodage MP3 « maison », à 128 kbits/s, du morceau « Brother Wind », de Jan Garbarek (Legend ofTheSevenDreams, ECM, 1988), nous entendions distinctement des artefacts sur tous les accents de cymbale ride de Nana Vasconcelos, jouées avec toute la subtilité qu’on connaît au percussionniste brésilien. Bien évidemment, en remontant au CD original sans changer de casque, ces artefacts n’étaient absolument pas présents... Comme quoi, écouter sur un bon casque remet les pendules à l’heure ! Une expérience à conseiller à ceux qui prétendent qu’un MP3 vaut un CD. Évidemment, une fois qu’on a décelé le défaut, on « va le chercher » sans peine sur les autres membres de la famille Pro, mais c’est bien la première fois que nous le repérions, grâce au 750 ! De quoi pardonner une impédance un peu basse et une efficacité réduite, 94 dB seulement.

PROLINE 2500
Même si, extérieurement, il possède la même couleur claire que le 750, le 2500 se reconnaît immédiatement à ses ouïes circulaires sur l’arrière des oreillettes. Il s’agit d’un casque de type ouvert : toutes ses autres caractéristiques techniques, ainsi que le prix, sont identiques à celles du modèle Pro 750. Très intéressant pour se rendre compte de la différence sonore apportée par une conception étanche ou ouverte des oreillettes. L’équilibre sonore reste très proche, c’est ce qui se passe « derrière » les sons qui change un peu. Même si la technologie maison SLogic Surround a tendance à atténuerunpeul’impressionde « claustrophobie » parfois ressentie à l’écoute d’un modèle fermé, il est indéniable que la 2500 possède un côté plus aéré et naturel. Il s’obtient toutefois au détriment de l’étanchéité sonore. Gare aux Larsens provoqués par le micro si vous écoutez fort au casque ! Petit bémol : sur le 2500, notamment, il nous est arrivé une fois ou deux, en prenant le casque, de rester avec les coussinets d’oreille dans les mains ! Le système amovible est censé faciliter le remplacement par l’utilisateur. Peut-être un peu trop... Cela dit, il suffit de bien « revisser » le fautif, sans exagérer, pour lui faire renoncer, provisoirement, à toute velléité d’indépendance. Et on peut ainsi se rendre compte que la grille du transducteur apparaît bien excentrée dans l’oreillette.
Franck Ernould
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