Vous cherchez un préampli micro deux canaux dans les 1 200 euros ? Ne vous laissez pas décourager par le look un peu vieillot du SPL GoldMike Mark 2, il a bien des arguments techniques à faire valoir...
La remarque revient dans pratiquement chacune de nos interviews avec un producteur ou ingénieur du son : le son d'un morceau se joue dès la prise... Outre un bon micro, un placement approprié, un instrument qui sonne, il faut... un bon préampli ! Ceux intégrés aux outils que l'on utilise en home-studio se font souvent oublier, mais il faut en essayer un bon pour se rendre compte de ce que l'on rate en se contentant de l'ordinaire. Bon exemple : le SPL GoldMike Mark 2 (nom de code : Model 2485), dont la première incarnation remonte à déjà six ans... Depuis, la face avant a été entièrement redessinée et quelques fonctions ajoutées.

TECHNOLOGIE HYBRIDE
Si les options esthétiques abordées par SPL ne nous dérangent pas sur une GainStation, par exemple, nous les trouvons un peu datées sur le GoldMike Mark 2... Cette finition aluminium anodisé couleur or, cette sérigraphie en lettres cursives nous rappellent les pires heures de la hi-fi Marantz des années 70 et 80... Et c'est bien beau de ménager un double espace grillagé pour voir rougeoyer les lampes (fort discrètement, n'attendez pas un effet « feu de cheminée ») mais nous aurions préféré des vumètres plus grands, et pas implantés en retrait comme c'est le cas ici. On n'y voit rien, pour peu que l'on se trouve un peu sur le côté ou un peu loin de l'appareil... C'était le paragraphe « pas content ». Pour le reste, l'appareil ne mérite que des éloges! Le GoldMike Mark 2 propose une technologie hybride: le signal passe d'abord par un circuit à transistors puis par un circuit à lampes, qui contribue au gain global de 6, 12 ou 18 dB selon la position d'un sélecteur en face avant (pas de bypass, donc). Le constructeur affirme ainsi combiner l'efficacité et le faible niveau de bruit de fond des électroniques à transistors avec la couleur musicale des étages à lampes. Chaque circuit est d'ailleurs optimisé pour obtenir la meilleure qualité sonore possible : l'étage à transistors n'utilise que douze composants discrets, choisis avec attention, utilisés dans une topologie en classe A; le slew rate annoncé est de 200 V/μs, ce qui est plutôt respectable. Les lampes (des ECC 83) sont alimentées par un rail spécifique, sous 250 V. D'origine, le GoldMike n'utilise pas de transformateurs audio, ni en entrée, ni en sortie, mais SPL propose en option d'inclure des transformateurs Lundahl. En 2U de rack, l'appareil offre deux canaux, conçus pour une utilisation indépendante: la diaphonie est donc la plus réduite possible entre eux. Le fabricant n'a pas poussé le concept jusqu'à prévoir deux alimentations différentes mais l'électronique est implantée de façon symétrique autour d'un gros transfo central. L'alimentation fantôme 48 V est fournie par un circuit spécifique.
DES CARACTÉRISTIQUES PRO
Chaque canal du GoldMike offre des fonctions complètes: choix de la source (l'entrée Micro, sur XLR, se trouve à l'arrière, ainsi que l'entrée Line, sur jack TRS ; l'entrée instrument est reportée, très commodément, en face avant), activation du point d'insertion (sur double jack TRS), inversion de phase, activation d'un filtre passe-haut à 50 Hz (pente 12 dB/oct.), de l'alimentation fantôme 48 V et d'un atténuateur (Pad) de 20 dB. De l'autre côté du vumètre se trouve un sélecteur de sensibilité d'affichage (0 ou + 10 dB, pour ne pas « tordre » l'aiguille quand on gère des signaux de niveau élevé dans le GoldMike), d'activation du limiteur intégré (deux positions : 12 ou 18 dB), du circuit FLAIR (voir encadré) et de choix de niveau de fonctionnement du circuit à lampes. Quatre Leds prennent place au-dessus du vumètre de chaque canal : elles indiquent respectivement la présence de la tension fantôme, un écrêtage, la mise en fonction du limiteur et un risque de surcharge (- 0,5 dB FS) au niveau de la carte de conversion A/N optionnelle. Les sorties du GoldMike s'effectuent sur XLR ou jack. On retrouve avec plaisir, sur le panneau arrière, la double sérigraphie, en bas et en haut de chaque connecteur, qui permet de s'y retrouver sans problème lorsqu'on travaille d'au-dessus de l'appareil - ce qui, d'habitude, se traduit par l'inversion des inscriptions. On a le sens du détail, chez SPL! Deux gros potentiomètres ALPS à course continue permettent de régler pour l'un le gain d'entrée, de 14 à 67 dB, pour l'autre de définir le gain de sortie, de - 22 à + 6 dB (73 dB de gain total donc, ce qui est beaucoup). Même si le gain d'entrée arrive dans le dernier quart de tour du potentiomètre, la précision et l'agrément de fonctionnement devraient être un modèle pour tous les fabricants de produits audio ! Seul petit bémol : l'absence de cran pour la position 0 dB en sortie, soit le gain unitaire. Autre preuve du professionnalisme du GoldMike: la présence d'une touche de levage de masse sur le panneau arrière. Quant aux performances annoncées, elles sont excellentes : bande passante s'étendant de 10 Hz à 90 kHz, gamme dynamique de 110 dB, niveau maximal de sortie de 26 dB...

UN SON PROPRE ET DÉTAILLÉ
Ce qui frappe à la première écoute, lorsqu'on relie un microphone de bonne qualité au GoldMike, c'est la propreté du son et le sens du détail. Les voix sont claires, sans aucun effet Loudness, et allient à la fois chaleur et définition. Si on fait fonctionner les lampes plus intensivement (à 12, voire 18 dB de gain), le son se « charge » un peu, sans pour autant que le niveau change beaucoup. Il faut modifier le gain d'entrée pour « entendre parler » les lampes, dont l'effet n'est de toute façon jamais outrancier. Les ingénieurs ont donc conçu un circuit plutôt original... Sur les instruments graves, on n'a aucun empâtement du spectre ; dans l'aigu, le GoldMike possède une personnalité très douce, avec des sons filés, jamais agressifs. L'effet FLAIR est immédiatement sensible et provoque une accoutumance rapide. Bref, des performances et un son haut de gamme à un prix abordable, pour un préampli sans chichis : le GoldMike a de quoi faire une belle carrière...
Franck Ernould .