Le Mackie Tracktion 2 vient troubler un marché très disputé grâce à son design innovant, son ergonomie intuitive et son prix compétitif. Une nouvelle version avec laquelle il faudra désormais compter.

Fidèle à sa politique commerciale, Mackie s'applique à distribuer des produits intéressants, souples d'utilisation et peu ruineux. Pour moins de 200 euros, le séquenceur audio et MIDI Tracktion 2 ne déroge pas à cette règle. Cette nouvelle version a bénéficié d'une grosse centaine d'améliorations. Déjà, la différence principale entre Tracktion 1, sortie en avril 2004, et cette mise à jour majeure réside dans le conditionnement puisque, pour la première fois, le logiciel est disponible en version « boîte » alors qu'auparavant, elle n'existait qu'en téléchargement... À l'instar de Cubase, de Live et de Pro Tools M-Powered, quelques interfaces audionumériques USB ou FireWire proposent gratuitement un Tracktion 2 allégé en plug-in. Mais à présent, ce séquenceur existe donc en produit autonome, doté d'un bundle de plug-in conséquents, une valeur ajoutée alléchante mais seulement dans cette version boîte. Ce séquenceur, écrit par le Britannique Julian Storer de chez Raw Material Software (à qui l'on doit le crêtemètre de précision PPMulator), compatible Win et OS X, innove par sa convivialité, sans perdre pour autant des possibilités que l'on retrouve chez des concurrents bien plus chers...
INSTALLATION
Comme d'ordinaire, une mise à jour est déjà présente au téléchargement sur le site de Mackie, mais seulement après avoir passé la phase d'enregistrement de Tracktion avec son numéro de série. Mackie permet l'installation sur deux ordinateurs : le software détecte un numéro de série qui est l'identifiant propre à la station de travail, afin d'éviter toute exploitation piratée. Ensuite, toutes les mises à jour s'effectuent dans le compte utilisateur ainsi créé sur le site de Mackie, au moyen d'une adresse de courriel valide et d'un mot de passe. Justement, à l'occasion du test, Mackie proposait une mise à jour de Tracktion en version 2.1.0.11 et un nouvel assortiment de plug-in sur lesquels nous reviendrons plus loin.
CONFIGURATION SIMPLISSIME
L'interface de Tracktion comprend une fenêtre principale, regroupant l'ensemble des fonctions utiles à l'enregistrement. Au démarrage, le séquenceur prend l'intégralité de la surface de l'écran, mais il est possible de la redimensionner en utilisant le coin inférieur droit ou en cliquant deux fois dans la fenêtre. Ce détail mérite d'être souligné parce que cette souplesse n'était pas possible dans la première version du logiciel. Le premier démarrage prend du temps, car Tracktion détecte les plug-in au format VST et les instruments virtuels déjà présents dans le disque dur de l'ordinateur hôte afin de les inclure dans ses préférences. On peut, par la suite, revenir à cette liste et la mettre à jour en ajoutant ou supprimant des plug-in. Toutes ces opérations s'effectuent via un onglet Réglages, dans lequel s'affichent aussi, alternativement, les entrées et sorties audio de l'interface connectée à l'ordinateur, instantanément détectée. Dans cette fenêtre, on détermine aussi la fréquence d'échantillonnage, de 44,1 kHz à 192 kHz, en fonction des caractéristiques de l'interface audio. Audessous, un curseur ajuste le temps de latence, affiché en échantillons et en millisecondes. Un bouton active ou non les périphériques audio désactivés tandis qu'un autre, situé audessous, fait passer la résolution des calculs à 64 bits, une option intéressante pour la précision, mais seulement valable pour les ordinateurs puissants. Les autres se contenteront de la configuration par défaut, peu gourmande en ressources processeur. C'est aussi dans cette zone utilitaire des réglages divers que l'on peut sélectionner son clavier MIDI qui pilotera les instruments virtuels, mais aussi les touches de défilement et l'édition de plusieurs variables à choisir. Un peu plus bas, on remarque la possibilité de paramétrer l'interface utilisateur en jouant, par exemple, sur les afficheurs de niveau et leur balistique, sachant que seuls les bargraphes les plus larges donnent une idée assez précise du niveau du signal, par opposition à ceux, trop petits, de la fenêtre principale. Sur ce point, autant le logiciel indépendant PPMulator ressemble de près à ses cousins hardware, autant les bargraphes du Tracktion manquent singulièrement de fluidité. Autre atout bien utile, le changement d'affectation des touches de fonction des raccourcis clavier, sachant que, par exemple, F10 à F12 sont utilisées par le système sous Mac OS X. Les interfaces de commande par défaut (Mackie Control Unit, Mackie C4 ou Frontier Design Group) se complètent éventuellement d'autres surfaces de contrôle MIDI. On peut programmer leurs commandes rotatives ou autres curseurs, quel que soit le modèle: une grande nouveauté de la version 2.1.
LES PROJETS
L'interface, décidément conviviale, rassemble dans la fenêtre des projets tous les dossiers correspondant dont on peut changer l'adressage par rapport aux répertoires du disque dur. Sur d'autres séquenceurs, combien de projets ont été effacés par erreur, dans le feu de l'action ! Cette aide au rangement avec l'affichage du répertoire limite ce genre de désagrément. La fenêtre de gauche affiche les dossiers tandis que la fenêtre principale dévoile tous les événements sonores, pistes, sound clips et autres échantillons... Cet onglet propose aussi l'export du projet, l'importation d'un élément et la recherche de clips orphelins qui, le cas échéant, allégera le projet de clips inutilisés.
SUR UNE FENÊTRE
L'interface utilisateur regroupe toutes les fonctions utiles, ce qui explique qu'elle s'affiche sur la totalité de l'écran. La partie de gauche regroupe les entrées audio et MIDI, qu'il suffit de déplacer à la souris afin de les positionner face aux pistes sélectionnées. Une sorte de petite grille de commutation, très ergonomique, en quelque sorte. Comme sur les séquenceurs les plus récents et plus onéreux, on peut nommer la piste et choisir la couleur de fond des formes d'ondes. Sinon, par défaut, le séquenceur affiche le numéro de piste. Leur nombre maximal ne dépend que des ressources processeur. Bien entendu, Tracktion autorise aussi les imports et exports aux formats AIFF, WAV (figure 1) et OGG, ainsi que MP3 dans la nouvelle version 2.1 et, bien sûr, les .PRJ, fichiers propriétaires de Mackie pour sa gamme d'enregistreurs sur disque dur HDR, MDR et SDR.

À chaque action sur les boutons correspondants, une fenêtre s'affiche, offrant un choix d'options. Ces boîtes de dialogue pourraient gagner en lisibilité : la police de caractèresestvraiment minuscule, même en plein écran. Les événements audio et MIDI peuvent être déplacés sur la timeline, repérée comme il se doit par un curseur dont on change la position manuellement soit au moyen de la souris, soit via des raccourcis clavier. Son seul défaut tient à l'écoute du son lorsqu'on déplace le curseur de manière asynchrone, le son est haché comme sur les enregistreurs/éditeurs numériques de première génération, ce qui ne facilite pas vraiment le repérage... Le Tracktion dispose d'un éditeur de boucles vraiment complet, avec bibliothèque de crossfades, adressage temporel des fade In/Out, et même d'un sampler, ce qui ouvre la voie à la création sans recourir à des logiciels ou échantillonneurs hardware. L'édition des pistes MIDI est aussi simple que complète. La zone centrale inférieure affiche toutes ces fonctions, tout comme les paramètres des effets VST. À droite de chaque piste, un petit A propose l'automation sur un seul paramètre à la fois : on peut ainsi opter pour le niveau ou le panoramique, par exemple, mais aussi tout paramètre d'effet présent sur cette piste. Afin d'ajuster un tel paramètre, il suffit de zoomer l'affichage de la piste sélectionnée audio ou MIDI (figure 2) et de modifier la courbe d'automation à la souris : rien de plus simple ! La partie droite de l'écran rassemble les affichages et commandes de niveau et panoramique. Un mute et un solo sont aussi présent. Ici encore, on rencontre les limites de l'affichage total sur une seule fenêtre: les affichages et commandes minuscules ne prennent une taille normale que lorsqu'on zoome sur la piste (figure 3), sinon il est assez difficile de pointer le curseur de la souris. Cela dit, avec un peu d'entraînement, on finit par modifier simultanément le niveau de sortie et le panoramique à la souris.

LES PETITS PLUS
Le concepteur a cherché à apporter le plus de souplesse possible à ce séquenceur très performant pour son prix. On notera l'affichage du code temporel suivant toutes les options courantes, y compris vidéo (jusqu'à 30 images/s), d'autant que Tracktion intègre une compatibilité de synchronisation avec le logiciel vidéo le plus innovateur du moment, Quicktime. Dans le domaine de la synchronisation toujours, mais humaine cette fois, le séquenceur autorise la création d'une piste de clic, à l'aide d'un simple clic de souris, et l'on peut choisir son paramétrage d'une manière simple. Chaque piste MIDI dispose de son propre éditeur, facilement paramétrable et comprenant même celui de la vélocité, comme sur les séquenceurs beaucoup plus chers.
LES GRANDS PLUS
En haut à droite de la fenêtre principale, une zone Filter englobe tous les plug-in VST et VSTi. J'ai pu faire tourner sans problème quelques synthétiseurs virtuels Arturia et Native Instrument simultanément. Sur chaque piste, on peut ajouter plusieurs plug-in en étant, là encore, seulement limité par les ressources processeur de l'ordinateur hôte. Le Tracktion dispose d'un certain nombre d'outils intégrés tels que des égaliseurs, compresseurs, flangers, chorus, phasers, délais et réverbérations, bref, tous les effets génériques dont on peut avoir besoin dans le cadre d'une production (en jaune sur la figure 4).

Il est possible de lier des effets au format de racks de traitement particuliers, que l'on peut rappeler après les avoir créés et mémorisés. Ainsi, on retrouve des dizaines de plug-in signés Raw Material Software (la société du concepteur du Tracktion, Maxim Digital Audio (MDA) pour les traitements et les freeware de synthétiseurs de Big Tick Software, sans oublier une émulation d'orgue à tirettes Sound Font, un Clavinet, plusieurs pianos. Ces effets ou instrument s'appliquent sur les pistes via un glisser-déposer, et l'on peut en profiter pour configurer les départs et les retours d'auxiliaires avec une grande facilité. La mise à jour de Tracktion en téléchargement sur le site offre aussi de nouveaux plug-in gratuits aux interfaces plus conviviales (en trois dimensions), des algorithmes intégrés au développement logiciel de la console numérique Mackie d8b (figures 5 et 6).

On remarque au passage un égaliseur à six bandes, un compresseur à trois bandes, un autopanner, un de-esseur entièrement configurable et quelques autres traitements parfaitement adaptés à la production! Mais ce n'est pas tout puisque la boîte de Tracktion contient, outre le CD d'installation, Amplitube SE, un émulateur d'amplis de guitare et Sample Tank SE, une petite station de travail, tous deux de chez IK Multimédia. On notera aussi la présence d'une boîte à rythmes LinPlug RMIV, très complète... Si l'on compte tous les outils fournis, on a de quoi composer et enregistrer sans se ruiner. On remarque même la présence de Claw, un synthé à oscillateur unique pouvant servir à la création de lignes de basse... Les guitaristes ne sont pas en reste, puisqu'outre Amplitube SE, Slayer 2 (figure 7) leur propose un assortiment de pédales d'effets pré- et postamplification (les joies du virtuel) aux algorithmes plutôt réussis. Tout est facilement configurable, paramétrable et surtout mémorisable en autant de présets.
UNE POLITIQUE AUDACIEUSE
Mackie poursuit, depuis ses origines, une politique audacieuse en commercialisant des produits bon marché mais performants. La firme se diversifie depuis l'intégration de l'audionumérique dans sa gamme deproduits. Tracktion arrive à point pour s'installer dans les stations de travail informatiques : les débutants, claviéristes ou guitaristes, apprécieront le prix, les performances, l'ergonomie poussée et aussi l'offre de plug-in intégrés et additionnels fort bien choisis et tous gratuits ! Pour un séquenceur de moins de 200 euros, on lui pardonnera liés à la grande fenêtre et à quelques simplifications dans l'affichage en temps réel des niveaux. L'interface quasi-intuitive de Tracktion 2 ouvre les portes de la création musicale et de la production sonore péri-informatique au plus grand nombre.
Phillipe David
.