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DM-3200 console numérique

Article paru dans Keyboards Recording n°208

01 mai 2006

Dans un secteur dominé par Yamaha, la console numérique Tascam DM-3200 est une alternative pour ceux que les 01V et autres DM1000 rebutent. Quels sont ses atouts, pour un peu plus de 4 000 euros ?

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Voici dix ans, l'arrivée de la Yamaha 02R lançait le signal de la bataille dans le monde de la console moyenne de home-studio. Mackie, Panasonic, Roland, Tascam et même Behringer ont proposé par la suite des produits plus ou moins réussis, mais c'est Yamaha qui a conservé la tête, avec une gamme impeccablement déclinée: 02R, 03D, 01V, DM2000, DM1000 et, tout récemment, la M7CL en petite/ moyenne sono. Avec sa TMD-8000, en 1998, Tascam rate un peu son entrée dans le domaine. Ce modèle avait certes des atouts, mais son approche déconcertait parfois et son automation connaissait des problèmes rédhibitoires. Le fabricant collabore ensuite avec Frontier Design pour sortir la DM-24, en 2002: un modèle autrement plus abouti, qui a connu une jolie carrière. Selon la classique équation « fonctionnalités en hausse, prix en baisse », la DM-3200 offre, pour 4055 euros, des possibilités étendues: 48 voies en 24 bits/96 kHz analodont 32 « full processing » (égaliseurs quatre bandes, compresseur/ expandeur, traitement interne en 32 bits), seize entrées analogiques micro et ligne sur connecteur distinct, avec point d'insertion, un port d'entrée/sortie ADAT et trois ports d'entrée/sortie TDIF de série, huit départs auxiliaires, seize bus, deux effets numériques stéréo internes (alimentés par défaut par les départs auxiliaires 5/6 et 7/8) dont une réverbe TC Works, et deux slots d'extension accueillant une collection de cartes d'interface optionnelles, AES/ EBU, ADAT, TDIF, analogique, Surround et même FireWire...

POIDS MOYEN

De prime abord, la bête impressionne: bois sur les flancs, 24 kg, 70 x 82 x 23 cm... Le mode d'emploi n'a rien d'un annuaire: clair et pas mal traduit, il compte 120 pages, plus deux fascicules séparés et de petits « pense-bêtes » si bien faits qu'ils auraient mérité d'être cartonnés, pour référence immédiate! Selon notre expérience, pour prendre la mesure d'une console numérique, un bon angle d'attaque consiste à étudier ses connecteurs « physiques ». Cap sur le panneau arrière de la DM-3200! Côté entrées audio analogiques, on dénombre seize XLR, seize jacks symétriques, seize points d'insertion TRS, une entrée bipiste sur RCA. Trois sorties stéréo sont disponibles : principales sur XLR, Monitor sur jack, Studio sur RCA ; plus quatre départs et quatre retours assignables, sur jacks. Les convertisseurs sont de type 24 bits/96 kHz; en interne, la console travaille indifféremment en 44,1, 48, 88,2 ou 96 kHz. N'oublions pas les entrées et sorties numériques: deux AES/EBU, deux S/PDIF coaxiales, plus trois ports TDIF et un port ADAT. Un connecteur Cascade autorise la mise en série de la console, ce qui double le nombre d'entrées ; le nombre de bus et auxiliaires reste identique. Parmi les connecteurs « divers », on remarque aussi une entrée timecode sur RCA, une entrée pédale footswitch sur jack, des ports GPI et RS- 422 sur Sub-D 9 points, une triplette MIDI, une entrée/sortie WordClock sur BNC, un connecteur pour le bandeau de vumètres et un port USB. Il est important de bien saisir que toutes ces sources doivent « entrer » dans 32 voies avec traitement et 16 sans. Autrement dit, dès qu'on panache analogique et numérique, quelques ports de la face arrière ne servent plus ! Et les retours effets internes « squattent » 4 voies, avec ou sans corrections. Pourquoi ne pas leur avoir réservé des retours dédiés ? Nous verrons que l'écran d'assignation est plutôt clair et facile à mettre en oeuvre. Heureusement...

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UNE DISPOSITION CLAIRE

Les sections sont bien délimitées sur la surface de la console: en haut à gauche, les seize entrées analoréglage de gain (0 à + 56 dB pour l'entrée micro, plus pad - 20 dB, et position ligne). L'alimentation fantôme s'active par groupe de quatre entrées. Curieusement, le témoin d'écrêtage a été reporté plus bas sur la console, au niveau des voies. Contrairement à ce qui se fait souvent, les sections d'entrée 1 à 16, en haut, ne sont pas pile en face des voies 1 à 16 plus bas, mais ce n'est guère gênant dans la pratique. L'écran rétroéclairé 320 x 240 pixels, flanqué de seize touches appelant directement le mode concerné, est incliné selon un angle ergonomique et trône au centre de la surface de travail, qui semble très étendue. Son contraste se règle via un petit potentiomètre dédié: adieu le menu! Les dix-sept faders motorisés tactiles de 100 mm de course reçoivent les capuchons vus sur la FW- 1082 (et non ceux de la 1884), un peu inhabituels sur une console de haut niveau mais agréables et maniables. Ils gèrent pas moins de six couches: entrées 1 à 16, 17 à 32, 33 à 48, bus 1 à 16, auxiliaires 1 à 8, Remote. Le bargraphe MU 1000 apparaissant sur notre photo de la console est en option (957 euros, aïe !) : bien sûr, les niveaux des signaux apparaissent dans l'écran LCD, mais en très petit. Et aucun « doublage » sur moniteur VGA n'est prévu. Dommage, ça n'aurait sans doute pas coûté bien cher et le confort d'utilisation aurait été bien supérieur!

On imagine bien qu'avec tous ces signaux audio, l'assignation dans tous les sens aurait pu être fastidieuse. Côté sorties, les concepteurs ont prévu une section spécifique, Output Assign, offrant une touche par bus de sortie, avec équivalence des canaux Surround. Une touche Direct permet même d'envoyer chacune des seize entrées analogiques sur le bus de numéro correspondant. En ce qui concerne le mapping des différentes sources d'entrée aux voies, l'approche utilisée est assez simple: tout s'effectue à l'écran, via les touches et encodeurs. Le principe se retrouve pour la plupart des autres manipulations: les quatre touches et encodeurs logiciels à la base de l'écran renvoient à des éléments bien identifiés de l'interface graphique. Quatre touches curseur, une molette et une série de douze touches de mode assurent une approche instinctive. Le test est facile : sur une console numérique, branchez un micro et, sans ouvrir le manuel, chronométrez le temps qu'il faut pour « sortir » un son. Pas de souci avec la DM-3200 - nous mentirions en revanche si nous affirmions avoir trouvé tout seul comment ajouter les effets, même s'il n'y a rien de compliqué! Voilà ce que c'est, de ne pas prévoir de bus de retour effets dédié! À proximité de cette section d'assignation se trouve la région de gestion des bibliothèques de presets : elle adopte également une approche très simple, avec touche de sélection égaliseur/gate/compresseur, touches de rappel et de mémorisation (128 mémoires à chaque fois, comme pour les effets internes). Un slot pour carte CompactFlash (un modèle 32 Mo est livré) assure la mémorisation des paramètres : il faut savoir que la console perd tous ses réglages à l'extinction ! N'hésitez donc pas à tout enregistrer, quitte à archiver ensuite sur un ordinateur via le port USB (nous y reviendrons).

GESTION D'ÉCOUTE EFFICACE

La section de gestion d'écoute est simple mais efficace. Un micro de Talkback est incorporé à la console, son niveau d'envoi se règle via un potentiomètre dédié et sa destination est soit la sortie Studio, soit les bus. Rien n'empêche d'utiliser comme micro d'ordres, via menu, n'importe quel micro relié à la console. Signalons d'ailleurs qu'un générateur de fréquences (100 et 440 Hz, 1 et 10 kHz) et de bruit (blanc et rose) est intégré, assignable aux bus, aux départs ou au bus stéréo. Deux prises casque, branchées en parallèle, sont accessibles sur le dessus de la console, avec réglage de volume commun. La moitié inférieure de la surface de travail est dévolue aux faders, encodeurs rotatifs et touches. Chacune des seize voies dispose d'un potentiomètre multifonctions à couronne de quinze Leds orange (servant entre autres au panoramique, aux départs auxiliaires et au réglage de l'égaliseur). Aspect pratique, une Led rouge distincte indique qu'on a changé la valeur par rapport à ce qui était mémorisé auparavant. On trouve aussi des touches lumineuses de Mute, Solo, Sel, plus une Led de surcharge et une de Rec. Là encore, des touches de fonction bien repérées assurent le choix de la fonction désirée. Selon un principe désormais classique, les seize encodeurs peuvent aussi s'agréger horizontalement, offrant alors l'accès aux quatre bandes d'un égaliseur paramétrique complet pour la voie sélectionnée. Une touche Flip globale permute, si on le désire, faders et encodeurs. Classique mais parfois trompeur, surtout avec six couches possibles pour les faders: vérifiez bien le rétroéclairage ! La partie inférieure droite de la DM-3200 accueille le clavier de transport, robuste et précis, intégrant plusieurs touches de Locate, de répétition ou de bouclage AB. L'automation, statique et dynamique, se voit également réserver une poignée de touches de choix de mode (Write, Trim, Rehearse, Revert)... Elle s'asservit sur le timecode SMPTE ou le MIDI Time Code entrant, et possède sa propre page d'écran. Il faut appuyer sur la touche Write de la console pour « prendre la main », le fader tactile activant automatiquement l'écriture lors du contact. Bien évidemment, les Mutes, les encodeurs, etc., sont tous pris en compte par l'automation. Très classiquement, le mode Trim décale toute la courbe déjà enregistrée selon la position du fader. Une page de configuration permet d'intervenir « dans le moteur » de l'automation, en définissant par exemple des temps de réaction, les sources de synchro, le comportement en mode multipasses, etc. L'automation se voit d'ailleurs dédier un petit livret indépendant de 36 pages, abondamment illustré et très didactique.

LES TRAITEMENTS

Selon une mode lancée par Yamaha, tous les traitements s'appliquent même sur des signaux 24 bits/96 kHz sur 32 voies, les seize restantes étant plutôt à considérer comme de simples « retours ». Les égaliseurs paramétriques sont iden-tiques sur les quatre bandes; comme souvent, le grave est commutable passe-haut, l'aigu passe-bas, et les bandes intermédiaires en rejette- bande. Le gain, ± 18 dB au maximum, se règle avec une résolution de 0,5 dB. À l'écoute, pas de problème particulier : ce n'est pas un Pultec par voie, certes, mais les correcteurs sont efficaces et relativement musicaux. Côté traitements, chaque vraie voie, ainsi que les bus et les généraux, bénéficie d'un compresseur/expandeur/ noise gate, ainsi que d'un retard (jusqu'à 16383 samples, par pas de 0,1 ms). Les paramètres habituels sont disponibles: seuil (de
-48 à 0 dB par pas de 1 dB), taux (de 1,05 à l'infini :1, 20 pas, dont la moitié entre 1 et 2), attaque (0 à 125 ms par pas de 1 ms), release (de 5 ms à 5 s, en 100 pas)... On peut changer la disposition du compresseur, avant ou après égaliseur, et la page d'assignation permet de choisir huit sources pour trigger les compresseurs, par exemple. Égaliseurs et traitements de dynamique bénéficient de fonctions de bibliothèques de presets, déjà bien remplies. En ce qui concerne les effets, la DM-3200 propose une approche inédite : un multieffet Tascam, un TC Works. Côté Tascam (128 presets) : chorus, de-esseur, délai, distorsion, exciter, flanger, guitar compressor, phaser, pitch shifter, soft compressor... Côté TC Works (99 presets), que des réverbérations : Ambience, Box, Chamber, FX, Tunnel, Hall, Room, Drum, Perc... Les effets TC proposent un nombre réduit de paramètre éditables, préassignés aux potentiomètres en bas de l'écran ; les réverbes TC Works sont beaucoup plus prodigues en la matière, avec quatre à cinq rangées de paramètres ! Et, là encore, les bibliothèques sont déjà bien remplies. Alors que faire si on désire davantage de mémoires ? Utiliser la carte CompactFlash, qui mémorise jusqu'à quatre banques de 128 presets et, bien sûr, les états de console. L'édition des paramètres s'effectue facilement sur l'écran, même si les caractères et graphismes sont parfois un peu petits...

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SPÉCIALITÉS

La DM-3200 est livrée avec le logiciel TM Companion (Mac OS X à partir de 10.3, Windows XP), lié au connecteur USB (qui ne sert qu'aux données de contrôle et ne transporte pas de données audio): son interface graphique est divisée en onglets assurant telle ou telle fonction l'archivage et la restauration des états de la console, de bibliothèques, la mise à jour du firmware de la console, la gestion de préférences, et l'affichage sur l'écran de l'ordinateur des niveaux, des transports, du timecode... De quoi compenser un peu l'absence de port VGA externe! Deux ports d'extension sont disponibles sur le panneau arrière de la DM-3200, le montage est à la portée de n'importe qui. Le catalogue de cartes est assez fourni: ADAT (IF AD/DM, 322 euros), AES (IF AE/DM, 346 euros), analogique (IF AN/DM, 597 euros), TDIF (IF TD/DM, 202 euros), Surround (IF SM/DM, 777 euros) et FireWire (IF FW/DM, 573 euros). Sennheiser France nous a livré ces deux dernières : avec la SD/DM, les seize bus deviennent deux bus multicanal (jusqu'en 6.1), et la carte, munie d'un connecteur analogique Sub-D 25 points pour récupérer un mix multicanal sans emprunter de connecteurs à la console, assure les fonctions de gestionnaire d'écoute (Solo & Mute par canal, gestion des graves, downmixing...). De nouvelles pages d'écran apparaissent alors pour paramétrer et contrôler ces fonctions. Mention spéciale à l'IF FW/DM, qui permet de relier facilement la DM- 3200 à un logiciel de station de travail, sur Mac OS X ou Windows XP. Elle offre deux ports FireWire, gère 24 entrées et 24 sorties entre le logiciel et la DM, et ajoute un port d'entrée/ sortie MIDI. Les fonctions de surface de contrôle de la console sont alors les bienvenues! Ses possibilités conduisent à supprimer l'interface audio de la configuration : les home-studistes utilisant les stations de travail actuelles se demanderont d'ailleurs, une fois qu'ils y auront goûté, pourquoi la DM-3200 n'intègre pas directement cette carte ce qui aurait libéré un slot et augmenté légèrement son prix... Évidemment, on nous rétorquera, avec raison, que la console est souple et se retrouve aussi utilisée en installation ou en sonorisation, applications où le FireWire n'est pas de mise. C'est vrai aussi...

UNE SOLUTION HOMOGÈNE

Mission accomplie pour la DM-3200: intermédiaire dans ses possibilités entre une 01V et une DM1000, elle constitue une solution homogène, complète, évolutive et d'un emploi assez facile. Les rétifs aux OS Yamaha ne s'y sont pas trompés, l'ont attendue, et il s'en vend plusieurs dizaines par mois en France: il reste de la place pour des alternatives intelligemment pensées! Même si son abord est différent, la DM-3200 est largement à la hauteur de ses concurrentes. Un de ses atouts est son universalité, notamment au niveau de la connectique (interfaces ADAT et TDIF). En musique, les ingénieurs du son apprécieront les seize vraies entrées micro/ ligne avec points d'insertion, les seize bus et les interfaces numériques supplémentaires. Il est d'ailleurs probable que l'arrivée prochaine de l'enregistreur numérique autonome X-48 de la marque boostera les ventes de la console, qui l'accueillera directement en TDIF. Ceux qui travaillent sur des logiciels audio (Cubase & Nuendo versions 2.2 et ultérieures, Pro Tools, Digital Performer, Logic 7.1 et après, Sonar à partir de la 4...) privilégieront la carte FireWire et ses 24 entrées/sorties ainsi que le contrôle HUI - elle s'intégrera alors sans problème dans leur configuration et remplacera à elle seule quatre interfaces huit canaux et une surface de contrôle. En postproduction, les fonctions Surround (avec downmixing) et la couche de commande HUI deviennent des atouts de choix. En sonorisation, c'est le côté « tout intégré » et les mémoires Compact Flash qui intéresseront les ingénieurs du son, ainsi que les entrées/ sorties analogiques. Pour ceux dont les besoins ne sont pas figés, la solution « console numérique moyenne » se justifie donc pleinement. À 4 000 euros, la DM-3200 occupe un créneau de prix délaissé par Yamaha (une 01V est à 2 500 euros, une DM1000 à plus de 6 000 euro, et la mythique 02R96 à 12000 euros). Même si le prix des cartes et du bandeau viennent grever un peu ce prix de base, on se retrouve, pour moins de 5000 euros, avec un engin doté de grandes aptitudes, qui se pilote facilement et donne d'excellents résultats !

Franck Ernould .

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