La marque Joe Meek, division du groupe PMI, propose de nombreuses interfaces audio, à destination des amateurs avertis et des professionnels. Cette fois, il s'agit d'une tranche de console plutôt complète...
Personnage très haut en couleurs, Robert George Meek aura marqué l'histoire de l'audio de ses compétences de producteur (plus de 45 de ses productions ont séjourné dans le top 50 des années 60!), conçu des compresseurs, des réverbérations, des délais et aura même été l'un des premiers ingénieurs du son à s'installer un home-studio vers la fin des années 50. La marque Joe Meek a été reprise par le groupe PMI, et c'est maintenant le concepteur en électronique Allan Bradford qui crée les produits de la marque. Fort de trente années passées à concevoir des consoles, processeurs divers et amplificateurs, Bradford a veillé à respecter ce qui a fait la renommée de Joe Meek: une grande réserve dynamique et la reprise du compresseur à détection optique que Robert George Meek aura lais-électrosé à la postérité au terme de sa trop courte carrière.

STRUCTURE CLASSIQUE
Les tranches de console en rack existent en grand nombre sur un marché poussé par les besoins des home-studios, entre autres. Chaque constructeur y va de son originalité dans la conception technique de ces produits très en vogue. Ces outils, généralement très performants, ressemblent effectivement à ce que l'on pourrait trouver sur une tranche de console, à l'exception de nombreux départs auxiliaires et d'assignations de voies inexistantes sur les versions en rack. Tout au plus a-t-on droit à un insert qui, sur le SixQ, objet de ce banc d'essai, fonctionne sur le mode asymétrique sur un connecteur jack TRS. Reconnaissons cependant qu'une telle option de connexion revêt moins d'importance lorsque la tranche de console ne se contente pas de préamplifier le signal issu de diverses sources, mais corrige dynamique et timbre au moyen des processeurs intégrés au rack. Justement, le SixQ propose un compresseur optique et un égaliseur trois bandes en semi-paramétrique. De plus, il est possible de sortir simultanément sur une ligne symétrique, mais aussi sur le mode numérique via un convertisseur déli-vrant des signaux S/PDIF, soit en coaxial sur une Cinch 75 Ω, soit en optique sur un connecteur de type Toslink. Ces possibilités rendent cette tranche de console particulièrement adaptée à tout home-studio, mais aussi à une cabine de speak dans une structure audiovisuelle, du genre production ou postproduction de divers programmes où seule une voix est requise, comme les bandes-annonces, par exemple.
PRÉAMPLIFICATEUR
Ce modèle reçoit les formats de modulation les plus usités : l'entrée micro possède un ajustement du gain sur une très large plage et se dote d'une alimentation fantôme commutable. On pourra donc utiliser tous les microphones, y compris ceux qui possèdent un très faible niveau de sortie. Dans le cas contraire, il suffira de presser la touche du pad pour atténuer le signal entrant de 15 dB. La grande plage de gain utilisable permet même de connecter un micro électret bon marché dans l'entrée ligne, d'autant plus qu'on réalisera au passage une bien meilleure adaptation d'impédance. Pour rester dans le même sujet, mentionnons la présence d'un jack en façade recevant la modulation d'un instrument à haute impédance: toute source monophonique telle que guitare électrique ou électroacoustique. Sur les premières, on pourra agir sur le niveau d'entrée et celui de sortie afin de « salir » le son en écrêtant les circuits audio. On peut visualiser cet effet avant de l'entendre puisque la diode électroluminescente rouge s'illumine 6 dB avant l'écrêtage. Comme tout préamplificateur professionnel, cette section dispose d'un inverseur de phase absolu, toujours utile, au même titre qu'un filtre passe-haut à 12 dB/oct. centré sur 80 Hz, afin de retirer tout effet « boomy » des prises de son de proximité. Petite touche d'originalité, la commande baptisée Iron, située juste entre la commutation de l'alimentation fantôme et l'atténuateur de 15 dB: Iron place un transformateur d'isolation sur l'entrée micro ! On a donc le choix entre la symétrie électronique et les enroulements passifs du transformateur, ce qui étend la palette de sonorités et le comportement dynamique du préamplificateur, excellente idée! Une telle option permet d'apporter un soupçon de sonorité vintage, ce qui va quelque peu arrondir les qualités techniques exceptionnelles de l'amplificateur opérationnel d'instrumentation chargé d'apporter du gain au micro dans les meilleures conditions possibles : Allan Bradford a choisi un Burr-Brown INA 127 pour cette tâche d'importance stratégique.
UNE COMPRESSION NATURELLE
Héritage des travaux de feu Joe Meek, le compresseur optique doit sa balistique particulière, dans le contrôle automatique de gain, à un phototransistor: une diode électroluminescente éclaire, dans un boîtier opaque, la base d'un transistor qui devient passant et ajuste le gain ou l'atténuation en conséquence. Ce circuit, référencé IC11 sur la carte mère, apporte une compression naturelle, à l'instar des meilleurs processeurs de dynamique vintage. Cette section contient un bypass pour le cas où le traitement de la dynamique ne serait pas utile. Il dispose en outre du paramétrage traditionnel, avec son seuil de déclenchement, son taux de compression de la valeur linéaire 1:1 à des taux de limiteur (10:1), un ajustement de l'attaque et du relâchement, tous deux dépendant du programme musical traité. Un dernier potentiomètre compense la perte de niveau à concurrence d'un maximum de 20 dB. Quatre Leds affichent grossièrement la réduction de gain de 2 à 16 dB, mais le bargraphe de sortie, un peu plus précis, aide à la lecture des niveaux avec et sans compresseur. Essayé avec diverses sources acoustiques et électroniques de grande amplitude, ce compresseur se comporte très bien sur toute la plage du ratio. Employé dans le contrôle de gain de plusieurs modèles de guitares électriques actives et passives, on ne déplore pas de remontée significative du bruit de fond lorsque la note commence vraiment à s'atténuer naturellement. Cependant, compte tenu des qualités enviables de la section du préamplificateur et de sa grande souplesse, un deesseur n'aurait pas été de trop, afin de contrôler la dynamique des sifflantes sur les prises de voix, puisqu'il s'agit d'un des domaines de prédilection du SixQ... On se doute que le constructeur a dû faire quelques compromis, étant donné le prix compétitif de ce rack...
ÉGALISEUR EN CLOCHES
Un bypass passif place, en cas de besoin, cette fonction hors circuit, tant pour optimiser le rapport signal sur bruit lorsqu'on ne s'en sert pas, que pour pouvoir comparer le timbre du signal en direct ou traité par l'égaliseur. Cette section dispose de deuxsemi-paramétriquesà fréquences glissantes dans les registres grave et médium, tandis que l'aigu se contente d'un inverseur offrant le choix entre deux fréquences seulement: 6 ou 12 kHz... Dommage, car la façade permettait l'ajout d'un sixième potentiomètre dans cette section. Le concepteur trouvant inutile d'apporter du gain aux infragraves et ultrasons, les sections d'égalisation fonctionnent toutes trois sur le mode de filtres en cloche, par opposition aux filtres en plateau sur les bandes extrêmes que l'on rencontre habituellement chez les constructeurs concurrents. L'amplitude de réglage de ± 15 dB est plus que suffisante, ce qui se vérifie aux essais. Cette section effectue ses corrections sur le signal sans le dégrader et en conservant une bonne dynamique, grâce à l'emploi d'amplificateurs opérationnel à effet de champ, les doubles 072, mais en version japonaise JRC, environnés de réseaux RC constitués de résistances à couche métallique et de 1% de précision et de condensateurs au polypropylène.

UN CONVERTISSEUR 96 kHz/24 BITS?
Véritable cerise sur le gâteau en regard des qualités audio indéniables de ce module de tranche de console, le SixQ intègre une petite carte interne montée sur des entretoises sur le circuit principal. Au menu, la prise en compte d'une entrée ligne symétrique externe et des circuits de conversion audionumériques dialoguant avec l'extérieur en S/PDIF coaxial et optique. Ces formats véhiculant deux canaux, cela explique la présence d'une entrée analogique supplémentaire, exclusive à la carte de conversion. On pourra donc raccorder toute source externe au niveau ligne, et pourquoi pas un deuxième
SixQ?
Mais notons au passage que Joe Meek n'a pas prévu de version esclave, dépourvue de carte de conversion analogique vers numérique. Si l'on relie deux SixQ en croisant leurs sorties analogiques respectives, pour alimenter le deuxième canal de la carte de conversion de chacun des SixQ, on disposera de deux fois deux sorties numériques inversées : puisque la sortie audio du premier rack sera le deuxième canal numérisé du deuxième rack et vice-versa... Allan Bradford a choisi un convertisseur analogique vers numérique Wolfson WM8738, fait suffisamment original pour être mentionné. C'est d'ailleurs la première fois que je rencontre cette marque de convertisseur, étant d'ordinaire abonné aux Crystal et autre Asahi Kasei... On peut choisir, au dos du rack, toutefréquenced'échantillonnage comprise entre 44,1 kHz et 96 kHz. Un DIT (Digital Interface Transmitter) Crystal SC8405A assure la mise en forme du signal audionumérique à destination de la sortie coaxiale, tandis qu'un circuit spécifique de Wavefront, l'AL1402 alimente indépendamment la sortie optique qui, ainsi, est compatible non seulement au mode S/PDIF EIAJ, mais aussi à l'Adat ! Branché sur un convertisseur réciproque de très haut de gamme (Audiomat Tempo 2.5), le SixQ, poussé dans ses retranchements, a su déjouer les pièges des enregistrements de test qu'il a convertis avec précision, respect de la dynamique et sans manifestation audible de jitter. En un mot: excellent ! Ne lui manqueraient qu'une entrée et une sortie de WordClock afin de pouvoir se synchroniser avec d'autres périphériques audionumériques du studio. Mais n'en demandons pas trop, car, pour le prix, on peut pratiquement assimiler la carte de conversion à un cadeau...
SIX SUR SIX
Les qualités audio du SixQ atténuent largement les critiques qu'il peut, cependant, susciter, sachant que cette tranche de console, conçue au Royaume-Uni (dont elle porte la couleur en façade : vert anglais) et fabriquée en Chine, possède un rapport qualité/prix époustouflant, ce qui aurait été le cas même sans l'apport de la carte de conversion analogique vers numérique en 96 kHz/24 bits. Avant tout, le SixQ traite de très bonne manière le signal analogique, que ce soit au moyen de son étage préamplificateur universel agrémenté du choix entre la symétrie active ou passive de l'entrée micro, ou encore de son compresseur, vraiment performant, à la balistique vintage, et de l'égaliseur efficace en dépit des limitations de sa troisième bande de fréquences, en raison du choix restreint à seulement deux fréquences fixes: 6 kHz ou 12 kHz... Bon marché et performant, il faudra désormais compter avec le SixQ de Joe Meek!
Philippe David .