Dans le monde des consoles numériques de sonorisation, la Mackie tt24 fait office de petit modèle. Ses fonctionnalités et ses possibilités ont pourtant de quoi ravir plus d'une formation, qui pourra aussi l'utiliser en enregistrement de répétitions ou de maquettes.
Mackie est un grand nom de la console de home-studio. Même si la marque a réussi son évolution vers l'informatique musicale, elle propose toujours des modèles analogiques et numériques. Dans ce dernier secteur, la sectorisation est bien marquée: studio d'un côté (avec les DXb 200 et 400, 15000 euros minimum), sono de l'autre avec la tt24, dont on entend parler depuis quelque temps mais qui entame vraiment sa carrière commerciale depuis quelques mois...

COMME UNE ANALOGIQUE
En sonorisation, le concept de console numérique est représenté par des références assez onéreuses: PM5D Yamaha, Innova-Son, DigiCo et plusieurs tout nouveaux modèles Studer, Soundcraft, Midas, EAW, etc. qui valent toutes plusieurs dizaines de milliers d'euros au bas mot. Pour les prestations « haut de gamme », les ingénieurs du son de sono se mettent peu à égalipeu à ce type de consoles, notamment à cause d'un incontestable côté pratique: snapshots rappelant l'intégralité de la console (pratique pour changer instantanément la balance et tous les paramètres d'un morceau à l'autre), traitements intégrés (économie de racks), écrans de visualisation, compacité... Les « petits » sonorisateurs restent souvent fidèles à leurs bons vieux modèles analogiques, même si Yamaha essaie de leur faire un clin d'oeil avec la récente M7CL (32 ou 48 canaux), de 20 à 25 000 euros quand même. À un prix restant comparativement modéré (8366 euros) compte tenu de la qualité de l'engin, la Mackie tt24 est une vraie aubaine pour 24 vraies voies mono, micro/ligne (+ 8 voies mono ligne et 24 retours en numérique) en 24 bits, jusqu'à 96 kHz (même si pas grand monde ne travaille à ce format en sono). 
La tt assume courageusement une certaine originalité physique : 110 x 43 x 27 cm, partie inférieure grise, décrochage, surplomb gris foncé, quatre poignées latérales (non-démontables)... L'engin pèse quand même ses 32 kg ! L'idée est sans doute de proposer une console d'un abord assez analogique pour ne pas effaroucher une clientèle renonçant difficilement à ses habitudes. Les ingénieurs de Mackie ont réussi à la doter de grandes possibilités sans pour autant la transformer en usine à gaz. D'ailleurs, les lettres tt signifient « two-touch » - deux touches seulement pour accéder à n'importe quelle fonction de la console.
UNE CONSOLE OUVERTE
Jusqu'à un certain point, on peut « tordre le cou » à un modèle de home-studio pour le forcer à travailler en sonorisation, à condition que sa connectique suive: c'est ce qu'ont fait nombre d'utilisateurs de 02R, par exemple. Mais au-delà de paramètres « d'intendance » (nombre d'auxiliaires, sous-groupes avec sortie audio dédiée, matrice, égaliseurs graphiques, utilisation façade ou retours, prises pour lampes), c'est surtout l'ergonomie plus immédiate qui fait la différence dans un modèle de sonorisation réussi. Pas question de laisser un paramètre important au troisième niveau de sous-menu à gauche en entrant, il faut qu'il tombe directement sous la main. Dans ce contexte, un écran tactile est un plus, qu'adoptent bon nombre de modèles live, alors que les consoles de studio l'utilisent beaucoup moins. Autre point spécifique à la sono : l'écran est disposé à droite de la console et non au centre, ce qui laisse un espace maximal à la surface de travail, qui regroupe 24 faders servant 4 couches de signaux (nous y reviendrons). Sous l'écran prennent place 4 faders de groupes, assignables, plus le fader Master. La tt24 compte donc 29 faders, tous motorisés et « sensibles au mouvement », de belle facture (100 mm de course) - les déplacements sont codés sur une résolution de 128 pas.
Quand on met la console sous tension, ses touches lumineuses clignotent assez joliment et un bruit de ventilateur se fait entendre, même si l'on ne discerne aucune sortie sur le panneau arrière (l'air chaud sort sur le côté droit, perforé, de la console). Rien de gênant en sono la plupart du temps (quoiqu'en théâtre, sur des spectacles plutôt calmes...), mais attention aux applications d'enregistrement dans le même local que la tt24 si l'envie vous en prenait...
UNE CONNECTIQUE ABONDANTE
La tt24 Mackie propose vingt-quatre « vraies » voies avec préampli micro, connecteur XLR, jack (ligne) et point d'insertion sur jack TRS - les bidouilleurs ont déjà compris « sorties directes », ainsi que huit autres voies « de complément », ligne, sur jack. Elle offre douze départs auxiliaires (aspect très prisé en live), également sur jack. Le panneau arrière offre également une XLR repérée talkback (micro d'ordres); les deux embases qu'on repère sur la surface plane de la console servent à alimenter des Littlite, petites lampes sur col-decygne très prisées en sono quand on travaille dans des salles obscures. La tt24 offre aussi onze sorties XLR: huit pour les groupes/matrices, trois pour les généraux gauche/ centre/droit (doublés en jack TRS).
Côté connectique numérique, on remarque la bagatelle de trois ports d'entrée et trois ports de sortie au format ADAT (le plus compact à implémenter, et pas cher), une entrée/sortie numérique AES/ EBU sur XLR et une autre sur S/ PDIF coaxial. Terminons par une entrée/sortie WordClock sur BNC et une entrée/sortie MIDI. Deux emplacements sont réservés pour des cartes d'extension: UFXII DSP pour doter les 24 entrées numériques supplémentaires des mêmes fonctions que les 24 analogiques, et U100 (pour mise en réseau avec d'autres appareils Mackie, par exemple des Onyx800R, un multiple numérique Digital Snake, une autre tt24...), mais aussi Lake LP48 (égaliseurs, processeurs d'écoutes...).
LA SURFACE DE TRAVAIL
Les vingt-quatre faders de voie sont assignables à quatre couches (banques Analog, Digital, Returns, Masters), les noms et références des signaux correspondants étant clairement sérigraphiés pour qu'on s'y retrouve. Chaque entrée physique possède un sélecteur Ligne/Micro, un sélecteur 48 V, un réglage de gain (de - 20 à + 40 dB en ligne, 0 à + 60 dB en micro), un indicateur Led d'écrêtage et un autre de présence de signal. Après la partie plane gris foncé, le décrochement! Il accueille un encodeur rotatif avec couronne de Led (V-Pot) est un modèle assez courant, mais Mackie a choisi de l'utiliser d'une façon originale : outre les valeurs de tel ou tel paramètre (Trim numérique de ± 15 dB, Pan, fréquence du filtre passe-haut), leurs couronnes de segments indiquent le niveau audio ! Amusant mais pas très précis - on aurait apprécié un « vrai » bandeau de vumètres, même en option. Évidemment, les niveaux apparaissent aussi sur l'écran tactile, mais dans une logique live où le côté « accès immédiat » prévaut, ne pas le proposer même en option - est un peu dommage. Les généraux LCR disposent de petits vumètres à la droite de l'écran, gradués de - 50 à OL (cet indicateur rouge s'allume à -2 dB FS). Petit aussi, l'indicateur rouge d'activation du mode Solo, même si sa visibilité ne fait aucun doute ! La partie plane gris clair héberge les traditionnelles touches Mute, Select, Solo et le fader de la voie. On remarque que toutes les touches de la tt24, si elles sont assez petites dans l'absolu, possèdent une action franche, parfaitement nette, et leur couleur (selon les cas, jaune, rouge, bleu ou vert) est très lumineuse. N'oublions pas la section Utility qui rassemble le potentiomètre de réglage de gain pour le micro de Talkback, le réglage de niveau d'écoute Monitor et celui du circuit casque (la prise se trouve à l'avant de la console, à droite, la touche d'activation jaune à l'extrême droite du décrochement).
LA PARTIE MASTER
La section Master héberge notamment l'écran tactile de la console. Au premier abord, on est déçu par la qualité et le rendu de l'écran, par rapport à ce qui se fait chez Yamaha ou chez Tascam, par exemple: fond gris, rétroéclairage pâlichon, polices mal lissées... Cela dit, il est parfaitement fonctionnel, il est inutile d'appuyer fort pour valider une action et on s'y retrouve toujours. On aurait aimé quelques centimètres de diagonale en plus (15 cm environ). Bon point : le réglage de contraste par une petite molette pratique sur le côté gauche. Plusieurs touches, sous l'écran, permettent de passer d'une page visualisée à une autre : Fat (tout sur la même!), EQ (les égaliseurs), Dyn (le traitement de dynamique), Gp/Aux (groupes et auxiliaires), Aux Mastr (réglages masters des douze départs auxiliaires), Snap (gestion des snapshots), EFX (effets), matrice (assignations à la matrice intégrée). Les sélections s'effectuent en touchant l'écran, et les trois rangées de quatre potentiomètres rotatifs cliquables en dessous de l'écran correspondent aux boutons apparaissant à l'écran. C'est ce que Mackie appelle la partie QuickMix. Exemple: dans la page Égaliseur, on règle les différents paramètres avec les potentiomètres mais on commute les bandes grave et aiguë en appuyant sur le champ correspondant. À droite de l'écran prend place la section Snapshot, qui gère les fonctions de « clichés » de la tt24 : la console propose 99 mémoires de configuration, leur rappel/enregistrement s'effectue facilement via des touches dédiées. La section Groupe, ou Flex Group selon la terminologie Mackie, offre quatre faders de groupes, chacun avec leur V-Pot, et un fader de généraux. On retrouve les traditionnelles touches Mute, Select et Solo. Deux couches sont nécessaires pour gérer les huit groupes, dont les sorties servent aussi à la matrice. Toutes les fonctions nécessaires sont présentes, notamment au niveau de l'écoute de contrôle (Solo, PFL, etc.). C'est dans la section Groupes que se trouve la « touche qui tue » : Aux Mode. Elle affecte les faders au dosage des départs auxiliaires sur la voie sélectionnée au préalable. Les ingénieurs de retours apprécieront... Remarque à propos du format des généraux (trois canaux): la tt24 permet de travailler en mode L/R +mono (stéréo + sortie indépendante mono) ou LCR, auquel cas le panoramique tient compte du canal central dans la gestion des signaux. On a même accès à une sorte de « divergence » dans une page d'écran de la console.
CÔTÉ DSP
La tt24 est aussi généreuse que ses collègues côté ressources DSP: par entrée micro/ligne, on dispose d'un égaliseur paramétrique quatre bandes (grave et aigu commutables en Shelve), un compresseur/limiteur, un noise gate, un filtre passe-haut, un inverseur de phase. Les huit entrées ligne mono, couplables en stéréo, se contentent d'un égaliseur paramétrique quatre bandes. Les douze départs auxiliaires bénéficient d'un égaliseur paramétrique six bandes (4 + 2 bandes « Kill » supplémentaires, très étroites, faisant office d'éliminateur de Larsen), pour « sculpter » le son que désire entendre chaque musicien dans ses retours - parfois le résultat n'est pas esthétique mais purement fonctionnel , et d'un compresseur/limiteur, tout comme les sorties LR et C. La matrice onze entrées x huit sorties dispose d'un délai pouvant aller jusqu'à 600 ms sur chacune des sorties (en sono, on doit parfois alimenter des configurations d'enceintes décalées). D'origine, les 24 signaux numériques arrivant sur les ports ADAT ne se voient pas allouer de ressources. Pour les doter de fonctions équivalentes à celles présentes sur les voies analogiques, il faut acheter une carte DSP supplémentaire, déjà mentionnée. Une autre carte permet de cascader deux consoles, soit 96 voies au mixage.
La console offre quatre multieffets stéréo internes avec réverbérations, délais, chorus/flanger... Ils sont assignés par défaut aux départs auxiliaires 9 à 12 et reviennent, via des chemins dédiés, sur la couche 3 des faders. Le nombre de paramètres disponibles est de l'ordre d'une dizaine par programme (réverbes, gates, délais stéréo ou mono...) mais suffisant. Le mode d'emploi précise qu'ils travaillent en 32 bits, mais il nous a semblé qu'on trouverait mieux en externe, tant en qualité qu'en diversité des programmes, même si la philosophie d'une console numérique est d'être « tout intégré ».
LE LOGICIEL TT CONTROL
La tt24 ne serait pas complète sans son logiciel de contrôle! Nous avons mentionné la petitesse de l'écran tactile incorporé à la console et son côté monochrome assez déprimant, même si l'efficacité n'est pas à mettre en cause. Passer au 15', en 1 024 x 768 pixels et en couleurs, ça change la vie ! D'autant que le logiciel permet une autre approche, par exemple de modifier les courbes d'égalisation à la souris, comme dans un logiciel de MAO. De nombreuses visualisations sont disponibles : Overview, égaliseur, dynamique, noise gate, expandeur, groupes, EFX, matrice... Tous les aspects de la console y passent. Sans compter les bibliothèques de snapshots, les téléchargements de firmament ou de nouvelles versions de logiciel d'exploitation (la 1.3 Build 68 avait été postée le 17 avril 2006 !), etc. L'installation est extrêmement facile, même si, une fois n'est pas coutume, Mackie demande de brancher d'abord la console au PC via USB avant de laisser Windows XP ou 2000 lancer l'installation. Loin d'être un gadget, tt Control devient indispensable une fois qu'on y a goûté. Dommage que les utilisateurs de Mac n'aient pas accès à ce complément quasi-essentiel de la console... Petit problème que nous avons éprouvé plusieurs fois : habitué à appuyer sur l'écran de la tt pour changer de courbe d'égalisation, par exemple (paramétrique vers plateau), nous nous sommes surpris à appuyer sur l'écran de l'ordinateur ! Évidemment, on ne peut pas tout avoir, la couleur et le tactile...
ERGONOMIE ANALOGIQUE
Après quelques semaines passées avec la tt24, le bilan est positif. Son côté intuitif ne fait aucun doute : on a à peine besoin de se servir des manuels (un bref en français, un plus long resté en anglais), et le test habituel du micro branché à écouter le plus vite possible, avec effets en prime, s'accomplit sans problème particulier à condition de regarder intelligemment la sérigraphie de la machine. Tout sonorisateur se retrouvera vite à l'aise, servi par une ergonomie tout à fait analogique et des touches qui font gagner beaucoup de temps. Ce qui s'affiche à l'écran est toujours reconnaissable et le premier réflexe est souvent le bon. Bravo aux concepteurs du logiciel interne (qui travaillent d'ailleurs sur un modèle encore plus ambitieux et professionnel, l'EAW UMX. 96, au sein du même groupe, Loud Technologies). Si on veut râler un peu, on peut calomnier l'écran tactile, pas assez grand ni très sexy, mais ce serait un peu injuste, il fait parfaitement son travail. On peut aussi faire le difficile avec les effets internes, souhaiter des visualisations un peu plus généreuses... Mais globalement, la tt24 est une console parfaitement saine, d'une indéniable qualité audio. On peut aussi, grâce à ses ports ADAT et à ses points d'insertion, la plier à une utilisation plus studio/enregistrement, même si les férus de MAO regretteront une fonction « surface de contrôle »... Rien de plus facile, en effet, de brancher des appareils externes, préamplis micro ou autres sur les ports ADAT de la tt24. Mais il faut ressortir son portefeuille pour la carte DSP qui permettra de mixer et non de sommer les signaux. Globalement, la console ne montre aucune agressivité sonore, les égaliseurs sont efficaces et faciles à paramétrer, les traitements de dynamique se font oublier. On se croirait presque aux commandes d'un modèle analogique.
Franck Ernould .