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DV824 enregistreur 8 pistes sur DVD-RAM

Article paru dans Keyboards Recording n°210

01 juillet 2006

Successeur des célèbres DA-88 et ADAT des années 90, nouvelle machine ouverte à l'informatique musicale, enregistreur mobile, outil de postproduction son à l'image : le Fostex DV824 est tout cela à la fois. Portrait d'une machine qui en a sous le capot !

Apparu à la fin des années 60, le 8 pistes analogique est davantage une évolution du 2-4 pistes qu'un véritable nouveau format d'enregistrement. C'est le passage rapide au 16 puis au 24 pistes qui provoquera la « bascule » vers une nouvelle façon de travailler, piste par piste. Le format 8 pistes, moins coûteux, restera longtemps associé aux « maquettes » des années 70 puis aux home-studios des années 80 - même s'il a permis l'enregistrement de Woodstock, par exemple.

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NUMÉRIQUES ET MODULAIRES

Les multipistes numériques Alesis ADAT et Tascam DA-88, apparus au début des années 90, reprennent ce chiffre un peu « magique » de 8 pisprotes en apportant toutefois un aspect modulaire. En effet, on peut sans problème synchroniser plusieurs de ces machines pour obtenir une configuration 24, 32 pistes, voire davantage. Comme en parallèle, le format multicanal 5.1 est adopté massivement au cinéma (Dolby Digital puis dts), le format 8 pistes du DA-88 est adopté sans coup férir dans les milieux de postproduction film, pour « transporter » des mixages de musique ou de films en numérique. On fait tenir sur une même cassette Hi-8 un mixage 5.1 et sa version stéréo, puisque le constructeur a eu l'excellente idée de prévoir un timecode indépendant sur sa machine. À part une machine ADAT peu connue, le RD8, Fostex s'est tenu à l'écart de cette évolution, préférant consolider sa position dans les machines DAT, de studio puis portables. Dès 2001, toutefois, le constructeur présente à l'AES d'Amsterdam le DA-40: une vraie machine pionnière puisque le propos du constructeur est tout simplement de remplacer dans les racks les DAT par un enregistreur audio 4 pistes sur DVD-RAM, support très peu utilisé alors dans les milieux audio. Son offre se complète, au fil des années, avec un modèle portable 6pistes, le PD-6, utilisé aujourd'hui sur nombre de plateaux de tournage cinéma, ce qui implique d'ajouter une carte au DA-40 si on veut relire directement ses DVD-RAM. L'aboutissement de la démarche est le récent DV824: une machine rackable mais utilisable en mobile, gérant 8 pistes en enregistrement/ lecturesimultanés sur support DVDRAM avec disque dur interne en option, synchronisable, acceptant une carte d'interface USB 1.1/Fire- Wire 400 et, ce qui ne gâte rien, également utilisable de façon modulaire. Bref, un engin qui convient aussi bien au studio qu'au tournage cinéma, au montage vidéo qu'aux enregistrements audiophiles.

TIROIR ET INTERRUPTEURS

Le DV824 se présente sous la forme d'une machine rackable de 2 U de hauteur, d'un aspect tout à fait professionnel, évoquant les anciens DAT de la marque. À gauche, le tiroir du drive DVD-RAM, d'une hauteur inhabituelle : il faut savoir que ce support enferme habituellement le DVD dans un cartouche, pour plus de sécurité. Le tiroir est évidemment compatible avec les disques sans cartouche, mais il y a un petit coup de main à prendre pour être sûr que le CD ou le DVD est bien maintenu par les onglets (bien le pousser vers l'arrière). En dessous du tiroir, outre un interrupteur de mise sous tension bien protégé, on remarque un port USB pour clavier alphanumérique externe, de manière à entrer plus commodément les noms des fichiers et des dossiers du disque. On trouve ensuite la prise casque, avec son réglage de niveau et son sélecteur d'écoute : par paires de pistes ou par piste seule. Deux Leds indiquent l'activité sur le disque dur et sur le drive CD/DVD. Au centre de la face avant prennent place huit vumètres de dix-huit Leds, gradués de - 60 à OL, puis un écran LCD 132 x 64 points, rétroéclairé, d'un look un peu vieillot mais efficace. À sa droite prennent place divers indicateurs (LTC, TC In, ABS, Gen, DF); en dessous, un grand afficheur pour le timecode, en H/M/S/F. Encore en dessous prennent place de classiques touches de transport, rétroéclairées. Tout à droite prennent place diverses touches de fonction, correspondant également à trois lettres si désiré, pour entrer des noms quand on n'a pas branché de clavier USB. Enfin, une molette/ bouton à pousser permet de naviguer dans les différents menus et de valider ses choix. L'OS du DV824 reste assez intuitif, mais il faut quand même parfois se référer au mode d'emploi (non traduit) pour des détails précis et pointus.

UNE VOCATION « PRO »

Le panneau arrière confirme la vocation « pro » de l'appareil. On y dénombre huit entrées/sorties audio analogiques (+ 4 dBu = 0 dB VU, niveau de référence interne calibrable par menu à - 20, - 18 ou - 12 dB FS), sur vrais connecteurs XLR. Nous avons échappé à l'incontournable connecteur Sub-D 25! Enfin, pas tout à fait puisque les entrées/ sorties numériques AES/EBU (pour connexion directe à une console numérique) s'effectuent à ce format. Pourquoi pas un petit port ADAT? On remarque aussi une entrée/sortie WordClock sur BNC, une entrée/sortie timecode sur XLR, entrée biphase sur Sub-D 9 points, un bus RS-422 au protocole Sony P2/ES, un port Ethernet (le DV824 peut faire office de serveur FTP: nickel pour, par exemple, glisser/déposer directement du DV vers l'ordinateur les fichiers audio enregistrés sur le DVD-RAM ou ceux d'un CD protégé en copie et illisible sur votre platine), et un port parallèle sur mini-DIN 8 points. L'approche de Fostex est de proposer un appareil de base assez dépouillé (3995 euros quand même), à chacun de le personnaliser en fonction de ses besoins. Certes, mais le tarif de base, assez alléchant, grimpe vite. Si vous optez pour une carte 8370, vous ajoutez à l'appareil un port FireWire avec connecteur 6 et 4 points, plus un port USB, et vous vous allégez de 825 euros. La carte 9057 le dote d'un disque dur interne 40 Go, pour la modique somme de 771 euros. En comparaison, la 8348, carte timecode, est presque donnée: 138 euros! Le panneau arrière ne comporte pas d'embase secteur mais un connecteur XLR 4 points recevant une tension continue de 11 à 24 V. L'adaptateur externe AD15C, livré avec la machine, fournit jusqu'à 3,6 A sous 12 V. On remarque les ouïes de sortie d'un petit ventilateur intégré; attention au léger bruit de fond si vous enregistrez du classique en haute résolution, par exemple !

DE NOMBREUSES POSSIBILITÉS

Le DV824 annonce 8 pistes en enregistrement et lecture de 16 bits/ 22,05 kHz à 24 bits/48 kHz. Ceux qui veulent travailler en haute résolution (88,2 ou 96 kHz) seront déçus de constater que, dans ce cas, le nombre de pistes passe à 4, et encore, pour ces hauts débits, il faut utiliser des supports certifiés 3x ! Même si on peut gérer facilement plusieurs DV824 via un port Remote dédié, c'est un peu dommage. Avant toute utilisation, le formatage du DVD-RAM (en UDF) est obligatoire, comme pour un disque dur, ce qui prend une minute et demie environ pour un formatage logique et une heure et demie pour un formatage physique. Le format audio utilisé est le BWF, ce qui assure la compatibilité directe en lecture avec les disques issus d'un DV40 ou d'un PD-6, 4 ou 6 pistes. Le DV824 offre évidemment la possibilité de placer des points de Cue à la volée pendant l'enregistrement. Une page de menu permet d'affiner la valeur et de gérer les différents points en mémoire (jusqu'à 100). Autre concept intéressant: la « liste de lecture », enchaînant des fichiers possédant le même nombre de pistes et la même fréquence d'échantillonnage. Quant aux fonctions Ethernet, elles font basculer la machine dans une logique de réseau où elle apparaît, en tant que serveur FTP (à configurer avec les adresses IP, etc.). Les commandes tombent assez facilement sous la main, mais certaines auraient sans doute gagné à être accessibles de façon plus conventionnelle: par exemple, l'armement des pistes en enregistrement s'effectue depuis une page de menu facilement accessible, certes, mais on aurait pu imaginer mieux. L'OS interne est passé très vite de la version 1.10 à la 1.20, puis à la 1.32, disponible sur le site du fabricant lors de notre essai. La mise à jour est assez aisée : après téléchargement sur le site puis décompression et gravure sur un CD-RW. Les fonctionnalités de l'appareil augmentent si l'on insère les cartes optionnelles. Ainsi, si vous intégrez le disque dur, vous pouvez accéder à des fonctions d'enregistrement « en miroir », sur le DVD et le disque dur, à la copie de DVD, à l'archivage, etc. La carte USB/FireWire permet de « voir » le DV824 comme un volume UDF sur le bureau du Mac ou du PC. Une conception plus naturelle pour nombre d'entre nous, qui ne maîtrisent que fort peu la page de configuration réseau des ordinateurs... Quant à la carte timecode, elle ouvre le DV824 aux applications jusqu'ici réservées au DV40 ou au PD-6. /medias/kr/210/article-1279/dv824_2.jpg Le DV824 propose des fonctions très pointues, comme par exemple l'exportation de données audio vers une station de montage vidéo AVID, le contrôle depuis une table de montage vidéo. Il n'en est pas moins compatible, en lecture, avec un bon vieux CD audio. Évidemment, le recours à une mécanique DVD-RAM empêche la gravure CD: dommage, la compatibilité aurait été de bon aloi...

VERS L'AVENIR

Il a longtemps fallu attendre le DV824, mais Fostex tient là une machine tournée vers l'avenir. De quoi devenir la machine de mixage 5.1 du futur! Mais pas seulement: la possibilité d'alimentation sous 12 V ouvre l'appareil à un statut de standard dans le monde des plateaux de tournage, où l'on travaille de plus en plus souvent en multipiste. Les applications musicales sont nombreuses, de l'enregistrement multicanal sur site au mixage 5.1 en studio. Dommage qu'on ne puisse pas enregistrer en 5.1 haute résolution avec une seule machine... Même si la désignation « enregistreur sur DVD » est quasi identique, l'approche adoptée par Fostex est très différente de celle de Tascam avec son DV-RA1000, testé voici quelques numéros (KR 204) ; le support d'enregistrement n'est pas le même, on reste en DSD, et il n'y a aucun DSP intégré. Le DV824 se manipule facilement et, malgré sa technologie, on se surprend à l'utiliser comme un simple DAT! Ce qui n'empêche pas de rêver à une version ultérieure de la machine, qui travaillerait avec des disques double capacité ou, encore mieux, en DVD-HD ou Blu-Ray, avec un gros disque dur intégré et des fonctions de montage appuyées par un meilleur écran. Quoi qu'il en soit, dans l'immédiat, le DV824 mérite d'être découvert et a de quoi séduire !

Franck Ernould .

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