Avec les LSR4328P, JBL fait évoluer le concept de système d'écoute de proximité : sélection de source, fonction Solo par enceinte et réglage de niveau via télécommande sans fil, égalisation, optimisation de la courbe de réponse par DSP intégré... Portrait des nouvelles venues.
Le rendu d'une même paire d'enceintes peut varier considérablement d'un local à un autre. Tout acousticien vous le dira: même écouté en proximité, un moniteur travaille en couplage avec le local. Même si sa directivité est relativement contrôlée, il envoie de l'énergie sonore sur les murs et les plafonds. Cette énergie, après rebond sur les parois dures, revient partiellement aux oreilles de l'ingénieur du son. La recombinaison avec le son direct ou les autres réflexions plus tardives se traduit par des colorations, des trous et des bosses dans le spectre. L'écoute n'est donc plus linéaire. C'est le cas dans pratiquement tous les locaux non traités, donc la majorité des home-studios. La porte ouverte aux problèmes de « transportabilité » des mixages si, pour compenser un creux vers 100 Hz, vous corrigez d'autant cette région du spectre dans vos mixages... Dans les studios professionnels, les grosses écoutes sont calibrées pour réduire au maximum ces problèmes. Les Français de la société Trinnov proposent un processeur dédié permettant de « recaler » un système d'écoute 5.1 dans les conditions les plus difficiles. Par sa puissance et son coût, il s'agit d'une solution de professionnels. Mais l'idée est dans l'air... Peu à peu, progrès de DSP aidant, les fabricants de moniteurs de proximité prennent en compte ce facteur. Avec la gamme LSR4300, dévoilée au SATIS 2005, JBL prend le problème à bras-le-corps avec son procédé RMC (Room Mode Correction). Remarquons que Genelec, avec ses 8200 et 7200, vient également de se lancer dans ce domaine. Voici donc des enceintes actives qu'on met en réseau, auxquelles on branche un micro et qui sont censées s'autocorriger à l'issue d'une phase de test automatique. Qu'en est-il réellement?

DES ENCEINTES ACTIVES « ORDINAIRES »
Au début, nous avons décidé de considérer la paire de 4328 mise à notre disposition comme des enceintes ordinaires, afin de découvrir leur personnalité « générique ». Le prix public du système, avec le micro et la télécommande, est de 2 769 euros : un investissement conséquent pour nombre de homestudistes. L'enceinte seule est à 1363 euros. Un modèle 4326, moins cher, est disponible (voir encadré). Tous deux sont blindés magnétiquement. Nous avons sorti du carton des moniteurs de dimensions déjà respectables: 267 x 438 x 269 mm, 15 kg chacun. Le boomer, d'un diamètre de 200 mm, est en papier recouvert de polymère, et sa suspension assez rigide. Le tweeter à dôme textile mesure 25 mm, et il est chargé par un guide d'ondes très marqué, caractéristique de la technologie LSR (Linear Spatial Reference) de la marque. Rien d'original ici, ce guide d'ondes se trouve déjà sur les modèles LSR depuis pas mal d'années (LSR 32 et assimilés, notamment). Aucune protection physique n'est prévue pour les haut-parleurs: c'est pourquoi une notice d'avertissement est collée sur la feuille de plastique entourant les enceintes dans le carton. On a si vite fait d'abîmer un tweeter... Pas d'évent en face avant : il débouche à l'arrière, en plein centre du radiateur (original !), et offre une vue imprenable sur le haut de l'arrière du boomer et sur le radiateur de refroidissement du tweeter. Le coffret est en médite, d'une épaisseur de 19 mm; seule la face avant est moulée en ABS. On remarque deux poignées sur le côté de l'enceinte et quatre inserts de type M6 sur sa base, très pratique pour fixer les enceintes de surround au mur. Les amplificateurs intégrés travaillent en classe AB : celui dévolu au boomer annonce 150 W, celui réservé au tweeter 70 W. Le filtre actif est numérique, de type Butter-worth du 4e ordre; sa fréquence de coupure est de 2,6 kHz. Côté connectique, le panneau arrière propose une partie audio assez traditionnelle : entrées XLR et jack en analogique (avec sélecteur + 4 dBu/- 10 dBV), entrées et renvois AES/EBU sur XLR et S/PDIF coaxial sur fiche RCA. La résolution numérique est de 24 bits et les fréquences d'échantillonnage acceptées de 32/44,1/48/88,2/96 kHz. Mais déjà, le côté inhabituel de la 4328 se manifeste : une entrée repérée + 15 V sur minijack, cinq Leds, deux ports Ethernet, un port USB, une série de huit micro-interrupteurs (Dip switches) et un beau logo « HiQnet » éveillent notre curiosité.
LE CÔTÉ « PAS ORDINAIRE »
Dès qu'on fouille un peu, on trouve des éléments pas ordinaires pour une paire d'enceintes : le carton d'emballage contient un micro de mesure et une télécommande sans fil! Les ports Ethernet vous ont sans doute mis la puce à l'oreille : les 4328 permettent de configurer un réseau, les informations de contrôle circulant sur câble Cat5. Les données audio empruntent toujours les connecteurs audio. Nous n'avons pas saisi d'emblée la nuance : du coup, ayant connecté l'enceinte de gauche en S/PDIF puis lui ayant relié celle de droite avec le câble Cat5 fourni, nous nous sommes longuement demandé pourquoi, même en martyrisant les microinterrupteurs qui permettent de choisir le canal audio reproduit par l'enceinte, nous n'avions rien dans l'enceinte de droite. Il fallait tout simplement lui fournir, à elle aussi, le signal S/PDIF ! Le bas de la face avant héberge une échelle de Leds graduée de - 60 à 0 et dix boutons circulaires rétroéclairés: mise sous tension, Solo, RMC, EQ On, LF, HF, Preset, Input, + et -. Le principe du réseau d'enceintes est appliqué depuis quelques années, sur les Dynaudio AIR pour ne citer qu'elles. Il suffit de relier chaque enceinte à une autre dans le système, par l'intermédiaire de câbles Ethernet, transportant les données de service selon le protocole propriétaire du groupe Harman, HiQnet. Deux terminaisons sont livrées pour chaque enceinte en bout de chaîne. Comme déjà mentionné, il ne s'agit pas, comme sur un réseau Cobra- Net ou Ethersound en sonorisation, par exemple, de transporter les données audio, mais simplement d'interconnecter le contrôle d'enceintes, ce qui forme un système global, contrôlable depuis un seul point, via les touches de l'enceinte elle-même, la télécommande sans fil livrée (qui doit viser l'enceinte avant gauche) ou le logiciel LSR Control (voir plus loin). Si vous appuyez sur la touche Solo d'une enceinte, elle seule continue à fonctionner, les autres sont automatiquement coupées - recevant les informations correspondantes via les câbles Ethernet. Le système a besoin de savoir à quel canal correspond telle enceinte : c'est le rôle des micro-interrupteurs Speaker ID du panneau arrière, dimensionnés pour une configuration surround à huit enceintes.

LA CORRECTION AUTOMATIQUE RMC
La procédure de calibrage se lance depuis n'importe quelle enceinte, en appuyant sur la touche RMC. Il faut avoir, au préalable, branché le micro de mesure sur l'enceinte gauche. Les enceintes diffusent alors séquentiellement, sur ordre, un signal de mesure assez fort, capté par le micro placé à hauteur d'oreille à l'emplacement habituel d'écoute, puis analysé par les DSP intégrés à l'enceinte, qui appliquent une égalisation de compensation calculée « sur mesure », aux fréquences concernées, avec la largeur de bande idoine. Le système RMC peut ainsi placer jusqu'à 73 filtres entre 20 Hz et 60 Hz (soit une résolution de 1/24e d'octave), d'un Q de 1 à 16, avec une atténuation de 3 à 12 dB. La télécommande sans fil propose une touche RMC, qui sert à activer/ désactiver la correction apportée par les DSP. Nous en avons évidemment profité... Notre local d'écoute est-il, finalement, relativement correct ? La différence entre « avec » et « sans » RMC nous a semblé ténue et, sur certains sons, nous avons même préféré « sans » RMC! Il est vrai que la région concernée est assez limitée dans le spectre et que l'action du DSP, par principe, assez limitée. Mais qui peut le plus peut le moins, et rien n'empêche de laisser cette fonction désactivée. Autre égalisation, beaucoup plus traditionnelle celle-ci : les touches HF et LF à l'avant de l'enceinte. Elles correspondent à un égaliseur numérique grave/aigu intégré à chaque enceinte, de type Shelve, offrant ± 2 dB à 500 Hz et 2 kHz par défaut, par pas de 0,25 dB. Ces valeurs de fréquence de coupure sont modifiables via le logiciel LSR Control, de 20 Hz à 1 kHz pour la première, de 1 à 20 kHz pour la seconde.
COMMANDE PAR LOGICIEL
C'est décidément la mode: tous les appareils que nous avons accueillis récemment proposent un logiciel de commande! Un CD-Rom est fourni, mais nous avons téléchargé LSR Control pour Mac OS X: 49 Mo quand même, mode d'emploi compris! La version, 1.01, n'a posé aucun problème à l'installation mais il nous a fallu nous y reprendre à plusieurs fois pour que notre configuration stéréophonique soit « vue » par le logiciel, une fois le câble USB posé entre l'enceinte gauche et l'ordinateur. Le format maximal possible est de 8.2! L'unique page d'écran du logiciel se compose de deux régions: Room View, en haut, avec les enceintes et la tête de l'utilisateur représentées en perspective. Cliquer sur une enceinte fait apparaître sa « fiche signalétique », et de régler le Trim de niveau (de - 10 à +3 dB par pas de 0,25 dB), le Trim de RMC et, dans une future version, de compenser, par un délai (exprimé en mètres, pieds ou ms), l'éloignement par rapport à l'auditeur. Le volet Control Panel, en bas, accueille plusieurs onglets: System EQ, RMC, Source et Volume. Comme déjà mentionné, le logiciel permet d'accéder à davantage de souplesse au niveau de l'égalisation grave/aigu de l'enceinte. Dommage qu'il s'agisse là d'un réglage global, non individualisable mais s'il était individualisé, il viendrait corrompre le paramétrage de la fonction RMC... Enfin, grâce au logiciel, on peut enregistrer sur le disque dur des configurations prédéterminées, ce qui permet de retrouver, par exemple, une écoute savamment calibrée à 85 dB SPL.
UNE PERSONNALITÉ EXTRAVERTIE
Après une longue période ADAM/ JM Lab, il nous a fallu nous réhabituer à une personnalité assez extravertie... Quelques jours plus tard, l'objectivité était revenue : nous avons même trouvé aux 4328 un registre aigu moins agressif que les souvenirs laissés par d'autres LSR. Encore une fois, les 50 Hz dans le grave nous semblent un peu optimistes. Il n'en reste pas moins que le système 4328 fait preuve d'une générosité et d'un allant auxquels il est difficile de résister. Même sans caisson de graves, le bas reste ferme et bien défini. La sweetspot est moins large que sur d'autres enceintes que nous avons écoutées récemment, mais l'image stéréo se déploie fort bien. Côté profondeur de champ, nous avons entendu mieux, mais les avantages du système sont nombreux : réglage global du niveau d'écoute depuis n'importe quelle enceinte ou via la télécommande sans fil, idem pour le choix des sources (analogique, AES, S/PDIF, se succèdent par simple pression sur Input, avec confirmation visuelle « codée » sur l'échelle de Leds). Un côté pratique qui dispenserait presque de gestionnaire d'écoute ! Ceux qui travaillent en 5.1 apprécieront, les monteurs son par exemple. L'avenir dira si cette approche répond à des besoins précis.
Franck Ernould
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