Il n'est pas exagéré d'affirmer que Solid State Logic a, depuis le début des années 80, révolutionné le concept de console de studio musique. Ordinateur intégré, automation puissante, concept in-line, total recall, un processeur de dynamique et un ensemble égaliseur 4 bandes/2 filtres par voie, compresseur quadri sur les généraux : autant d'aspects qui, pris séparément, existaient déjà mais qui apparaissaient pour la première fois dans une solution globale. On compte aujourd'hui plus de 3 000 consoles SSL dans les studios du monde entier, loin devant des concurrents naguère pourtant indéboulonnables comme Neve, MCI, Trident... Mais confronté à son tour au déclin (que notre bon sens espère provisoire) du marché des « grosses » consoles analogiques, SSL ne peut plus se reposer sur ses lauriers.

UNE NOUVELLE APPROCHE
Depuis son rachat voici quelque temps, le constructeur anglais diversifie son approche. Il propose, par exemple, des périphériques rackables permettant à tout le monde de bénéficier de préamplis, de compresseurs ou de voies de consoles issus de modèles haut de gamme SSL, y compris sous forme d'émulation logicielle avec les plug-in Pro Tools et la toute récente station DSP Duende. Une autre voie a consisté à développer la console/surface de contrôle AWS 900, compacte mais puissante et intégrant, en option, deux aspects majeurs de la philosophie SSL : total recall et automation. Troisième idée : combiner les deux autres ! Autrement dit, créer un « complément idéal » de l'AWS 900, qui ne possède que deux compresseurs sur les généraux, sous la forme d'un module rackable intégrant des modules de compression, mais aussi d'égalisation ou de préampli micro, et couplé avec le total recall de l'AWS. Et pour donner une audience plus large à ce X-Rack, il a suffi de le doter d'une mémoire Flash intégrée et d'autres possibilités de mémorisation/rappel que via l'AWS. Souplesse maximale, donc, d'autant que l'utilisateur peut remplir son rack à sa guise et assembler les traitements comme il le Pour l'instant, SSL propose trois modules au choix : préampli micro, égaliseur, traitement de dynamique, tous vendus au même prix, 790 euros. Le rack 4 U accueillant jusqu'à huit modules est facturé pour sa part 1973 euros. Petit calcul rapide : un X-Rack comme celui que nous a confié son importateur français, Juke Box Ltd (deux préamplis, deux compresseurs, quatre égaliseurs), revient donc à 8 290 euros environ. Comme la composition du système est à la carte, vous pouvez choisir un octuple préampli micro, un compresseur huit canaux ou panacher comme vous le désirez.

SUPER-ANALOGIQUE !
Lors du déballage, on est presque surpris par la profondeur réduite (180 mm) et la légèreté du rack ! Les huit modules, qui mesurent chacun 170 x 36 mm, prennent place à partir de la gauche. Ils comportent des entrées et des sorties sur XLR. Dommage qu'il n'y ait pas, sur les modules EQ et dynamique, de connecteur jack, voire un combo, pour plus de souplesse... La section gérant le total recall prend place ensuite : elle utilise trois touches, un encodeur rotatif et un afficheur Led à deux chiffres. Le bouton de mise sous tension est implanté en dessous. La dernière section du rack, à droite, correspond à l'alimentation : elle reste donc vierge de toute commande en face avant, et affiche le nom et la marque. Signalons que le rack est livré à la fois avec des pieds caoutchouc et des pièces de mise en rack. La couleur SuperAnalogue est annoncée en grand sur la face avant : on dispose d'une électronique voisine de celle des consoles XL 9000 K (même si, l'espace étant compté, certains aménagements ont dû être apportés). Montage en surface, cartes multicouches, production automatisée sont de rigueur, mais les ingénieurs ont pris garde de respecter la couleur et la personnalité de ce que certains considèrent comme la meilleure console jamais produite...
LE MODULE MIC AMP (XR621)
Ce module prend en charge le signal micro, instrument ou ligne chacun possédant ses propres étages électroniques et son propre connecteur (XLR pour Line, XLR pour Micro, jack en face avant pour Instrument). Il offre de + 12 à + 75 dB de gain en position Micro (potentiomètre non cranté), de - 20 à + 20 dB en position ligne (avec cran central pour le gain unitaire) ; la sélection s'effectue via une touche Line. Le choix de l'entrée Instrument (sur jack en façade, avec sélecteur de levée de masse) s'effectue dans la partie Micro, où l'on trouve aussi un potentiomètre de réglage continûment variable d'impédance d'entrée (de 1,2 à 10 kΩ, activé via sélecteur), l'alimentation fantôme + 48 V et le pad (- 20 dB) ; l'inversion de phase intervient après les entrées. On trouve aussi un filtre passe-bas et un passehaut, avec sélecteur d'activation sur chacun ; la fréquence d'intervention du premier se règle de 3 à 50 kHz (pente de 12 dB/oct.), celle du second de 30 à 600 Hz (pente de 18 dB/oct.). Pour terminer la visite, n'oublions pas les envois séparés vers les bus d'enregistrement L/R pas encore implémenté, mais qui sera utilisé par le Mic/Monitor Module XR622, à venir d'ici peu. Chaque fonction, ou presque, dispose d'une Led de rappel verte, jaune ou rouge, du plus bel effet ! N'oublions pas un minuscule indicateur de niveau de signal tricolore, au-dessus de l'entrée jack instrument.

TRAITEMENT DE DYNAMIQUE
Le module de traitement de dynamique Dynamics (XR618) est disponible sur chaque voie de console XL 9000 K. On retrouve la disposition familière des potentiomètres : compresseur/limiteur en haut, expandeur de dynamique et noise gate en bas. Les possibilités sont immenses, avec en plus une détection sur la valeur crête ou efficace du signal audio, et un choix étendu de paramètres. L'attaque ne possède que deux valeurs et le mode « rapide » ne s'obtient pas en tirant sur le potentiomètre, comme sur les consoles, mais en appuyant sur une petite touche Fast Attack (la rapidité d'attaque passe alors de 3 à 30 ms, selon le programme, à 3 ms « fixe » pour 20 dB de réduction de gain). Taux de 1 à l'infini, Seuil de + 10 à - 20 dB, Release de 0,1 à 4 s. Côté expandeur de dynamique, le Range va de 0 à 40 dB, le seuil de - 30 à + 10, le Release de 0,1 à 4 s et le Hold de 0 à 4 s (le mode Fast faisant passer d'une attaque de 1,5 ms à 0,1 ms pour 40 dB de réduction de gain). On retrouve aussi la classique double échelle SSL de visualisation d'action, Led vertes d'un côté, jaunes et rouges de l'autre. L'efficacité de la compression SSL surprend toujours ! Elle reste discrète mais le résultat est là : un comportement dynamique parfaitement maîtrisé, même sur les signaux les plus turbulents. Pas de distorsion ni de pompage, mais une présence, une facilité de paramétrage optimales. Mêmes compliments en ce qui concerne le noise gate/expandeur de dynamique. Signalons que le module possède un sélecteur de niveau d'entrée + 4/- 10 dB et une touche Key, en face avant, activant l'entrée latérale Key Input présente sur XLR sur le panneau arrière. Dans ce cas, c'est ce signal qui commande le VCA effectuant la compression, et non plus le signal lui-même.
LE MODULE ÉGALISEUR
Le module Channel EQ (XR625), qui possède une entrée sur XLR avec sélecteur de niveau + 4/- 10 dB, est de type quatre bandes. La disposition et les couleurs des petits potentiomètres sont familières à qui a travaillé un jour sur une console SSL... Le module XR625 offre deux courbes d'action sélectionnables par la touche G-EQ : celles de la console 4000E et celles de la 4000G. Pour nous, les E sont plus « étroits », plus agressifs parfois, là où les G sont plus « universels » mais de nos jours, les E sont recherchés par certains producteurs, justement pour ce côté un peu « nasal » qui avait tant déconcerté les premiers utilisateurs de SSL. L'électronicien notera que, sur les E, le Q restait à peu près constant avec le gain, tandis que sur les G, le Q était proportionnel. Parmi les quatre bandes, deux seulement sont vraiment paramétriques : le bas médium (de 40 à 600 Hz) et le haut médium (de 600 à 700 Hz), avec un Q variable de 0,7 à 2,5. Les bandes grave (de 40 à 600 Hz) et aigu (de 1,5 à 22 kHz) ne disposent que d'une touche Shelf/Bell (Q = 2,5 dans ce cas). Toutes les bandes offrent ± 20 dB de gain, sauf la grave (± 16,5 dB «seulement » !).
MÉMOIRE ET RAPPEL
S'il n'avait apporté « que » la couleur SSL, avec une approche modulaire par rapport à un XLogic Super Analogue Channel rackable déjà dans la gamme (le XChannel, à 3 588 euros), le X-Rack aurait été un peu incomplet. Le coup de maître des ingénieurs de Begbroke a été d'y implanter un total recall ! Autrement dit, les paramètres de tous les modules sont mémorisables et rappelables à volonté, avec un peu d'huile de coude pour les remettre en place. Le X-Rack possède 32 mémoires internes, gérées directement sur l'appareil via l'affichage à deux chiffres et le bouton rotatif à pousser. Mais les données peuvent emprunter d'autres chemins : un connecteur Sub-D à 9 points depuis une console comme l'AWS 900 (qui gère jusqu'à trois XRack) ou les prises MIDI, pour aller vers un séquenceur MIDI. Les paramètres des mémoires internes sont alors enregistrés sous forme de données SysEx. Chaque X-Rack nécessite un port MIDI distinct. La mise à jour du micrologiciel interne du X-Rack s'effectue également via MIDI, avec un utilitaire Java dédié, livré par SSL. Si l'on examine attentivement chaque module, on s'aperçoit qu'audessus de chaque potentiomètre prend place une minuscule Led, comme celle indiquant la présence de signal sur le module préampli. Cette Led est rouge s'il faut tourner le potentiomètre dans le sens inverse des aiguilles d'une montre pour retrouver la valeur mémorisée, verte s'il faut le tourner dans le sens des aiguilles d'une montre. Une fois la valeur retrouvée, la Led s'éteint. Vous pouvez alors passer à la suivante... Ce système de total recall est tout à fait précis, et même s'il est moins pratique qu'un rappel direct, il est bon à prendre si, en retour, on dispose d'une qualité audio comme celle des modules du X-Rack...
DANS LA CLASSE DES MEILLEURS
Avec le X-Rack, SSL étend considérablement son champ d'action... Bien au-delà du complément à l'AWS 900 qu'il représente sans aucun doute, il se prête aussi, par exemple, à une utilisation en sonorisation où la marque, jusqu'ici connotée « studio », n'est guère présente. Le rappel de tous les paramètres plaira beaucoup dans un monde qui passe progressivement au numérique. Même principe en home-studio, où les AWS 900 ne sont pas forcément très présentes mais où tout le monde peut enregistrer une salve de SysEx sur une piste de sa station de travail audio et MIDI... La qualité audio des circuits utilisés est indéniable. On peut leur faire subir à peu près n'importe quoi, il en ressort toujours un résultat utilisable. Les maîtres mots sont propreté, transparence et efficacité, même si l'on pousse l'électronique dans ses derniers retranchements. Faible bruit de fond, niveau admissible énorme, bande passante étendue nous emmènent loin de certains appareils « bon marché ». On est ici dans la classe des meilleurs. De quoi fournir à un enregistreur « haute résolution » le meilleur signal possible !

Rappelons que SSL a acheté voici peu le fabricant belge Sydec, connu pour sa station de travail audio sur PC Soundscape. Les pièces du puzzle se mettent en place : le XLogic constitue un complément parfait à ce genre de solution d'enregistrement, où il suffit de quelques lignes de code pour l'intégrer complètement au système. Il ne faut pas s'attendre à voir Begbroke baisser les bras dans un monde audio où, décidément, les changements ne cessent de s'accélérer...
Franck Ernould .