Voici quelque temps est apparu un premier microphone USB, puis un autre, et encore un autre... N'y avait-il pas là un signe de mutation de la part de l'industrie audio, ou était-ce seulement quelque sirène du marketing qui sifflait une fois de plus à nos oreilles ? Quand une marque emblématique de la dernière décennie, Rode, lance sur le marché un micro USB baptisé, sans aucune ambiguïté, Podcaster, le doute n'est plus permis. Nous sommes bien face à une orientation claire de la technologie en faveur d'une connexion avec la station informatique musicale (voire station informatique tout court). Jusqu'à présent, les micros testés nous ont moyennement convaincus, principalement pour leur faiblesse dans le domaine de la latence, souvent trop forte, et en second plan pour leur incapacité totale ou partielle à proposer un monitoring audio, même basique. Nous pensons que c'est à ce propos que nombre de constructeurs ont été freinés dans leur élan et que la course annoncée voici plus de deux ans n'a pas vraiment débuté. Il n'empêche ! Imaginer que l'on puisse parler, chanter dans un microphone directement relié à son ordinateur portable et que cette captation arrive sur une piste d'enregistrement de son séquenceur audio/MIDI (sa DAW, pour Digital Audio Workstation) est un rêve qui devient accessible, tant au plan technologique que financier.

QUEL PRINCIPE ?
Si on regarde du côté des microphones à prise USB, pour mieux cerner notre réflexion et exclure, sans l'oublier, la vision du micro numérique de Neumann, par exemple, nous constatons qu'il s'agit de microphones orientés vers un large public. Les spécifications techniques étant jusqu'alors en deçà des exigences d'enregistrement en home et project studio... Ce constat a destiné, assez naturellement, ces outils à des applications de type reportage, prise de notes, etc. Mais le côté fouineur, détourneur de solutions qui caractérise si bien les musiciens que nous sommes allait nous mettre en alerte, pour ne pas dire en vigilance face à ce nouveau défi technologique : passer directement de la captation au support même de la prise ! L'idée force est de s?affranchir d'une chaîne d'acquisition que nous pensions immuable : microphone/préamplification/ carte d'acquisition audio/logiciel. Au passage, restait le problème du monitoring et de l'écoute, impliquant la plupart du temps un prémixeur ou une console faisant office de centrale d'écoute pré- et postenregistrement. En y regardant de près, nous savons bien que c'est souvent dans cette chaîne technologique que réside une bonne partie de la problématique de l'enregistrement. Si une partie de cette chaîne a su migrer vers la plate-forme informatique musicale, sous forme d'insérables (plug-in), il n'en reste pas moins vrai qu'une majorité d'utilisateurs font appel à certains éléments en dépit de tout bon sens ! Nous ne citerons que l'utilisation souvent intempestive de plug-in préamplificateurs sollicités postenregistrement... Ils sont bien plus là pour apporter une coloration, souvent discutable, que pour intervenir dans une prise de son qui se voudrait qualitative. Or, c'est précisément ce qui fait encore les beaux jours des racks de préamplification vintage, car nous ne les avons pas vraiment remplacés par des équivalents logiciels, ne serait-ce que par rapport à leur place au sein de cette fameuse chaîne d'acquisition !
S'AFFRANCHIR DES FRONTIÈRES
Jusqu'à présent, la prise de son via un microphone (transformer un signal de pression en signal électrique puis l'acheminer le plus fidèlement possible au système d'enregistrement) relevait d'un savoir-faire certain, une sorte d'étape dans la hiérarchie de la compétence, le saint Graal des home-studistes ! Car s'il est assez simple d'enregistrer un signal de type ligne, sortant d'un appareil déjà calibré dont seul le jeu de l'instrumentiste pourrait perturber la qualité, il n'en va pas de même pour la prise d'un organe tel que la voix. Si nous passons sous silence, à cette étape, la prise d'instruments acoustiques, c'est simplement parce que les micros proposés sur ce créneau des liaisons USB sont principalement destinés à la voix. Dans le cas du Podcaster Rode, le constructeur a porté ses efforts sur cette prise si délicate, et les caractéristiques techniques annoncées montrent qu'on s'approche à grands pas d'une solution acceptable. Quel que soit notre ordinateur, nous pouvons considérer qu'il est équipé d'une prise USB. Ce protocole, démocratisé par Apple à la fin des années 90, est arrivé à sa version 2, non sans mal. Les faiblesses des premières interfaces audio proposées à cette norme n'encourageaient pas les utilisateurs qui leur préféraient, si les moyens le permettaient, le FireWire, à la fois plus puissant et plus stable. L'USB a donc beaucoup servi, et c'est encore le cas, à la connexion de périphériques tels que les claviers et souris informatiques, les claviers de contrôles MIDI, etc. On peut d'ailleurs signaler que les prises MIDI cèdent de plus en plus la place à l'USB. Dans le cas du micro, le problème réside dans la capacité de ce protocole à acheminer le signal vers la piste d'enregistrement, pour le renvoyer ensuite vers une écoute, dont le musicien/chanteur ne peut se passer. C'est là que le Podcaster se distingue de la concurrence par la présence d'une prise casque située sur le corps du micro. Reste à savoir s'il s'agit d'un monitoring préenregistrement ou si c'est bien le retour du séquenceur, par exemple, audible sans latence handicapante...
CONVERTISSEUR AD
Avant qu'un microphone soit à même d'acheminer un signal sur le bus USB, il faut qu'il convertisse le signal électrique en informations numériques. Le convertisseur Analogique/Digital (AD) entre en jeu ! Avec une réponse en fréquence de 40 Hz à 14 kHz, le Podcaster ne s'en tire pas trop mal, on pourrait lui reprocher de ne pas afficher des réponses idéales, comme le font certains fabricants qui n'hésitent à créditer leur micro d'une réponse en fréquence de 20 Hz à 20 kHz... L'encodage, pour le Podcaster, se fera sur 18 bits pour une fréquence d'échantillonnage allant de 8 kHz à 48 kHz. À l'évidence, les faibles fréquences s'adapteront très bien à une utilisation de reportage et augmenteront considérablement la capacité d'enregistrement, en temps. Cela dit, il faudra aussi s'assurer que le DAW sera capable de travailler auxdites résolutions, ce qui n'est pas toujours le cas.
SOUS CONTRÔLE
Il est bon de préciser que, pour calibrer le microphone, nous devons avoir recours à un logiciel fourni par le fabricant. Dans le cas du Podcaster, ce soft est compatible PC et Mac. Outre le fait que le Podcaster peut se substituer au micro de l'ordinateur, en général de piètre qualité, signalons qu'il communique directement avec les applications de type séquenceur habituellement rencontrées sur le terrain. Le soft permet de régler le gain, reprenant ainsi les bases d'un préamplificateur hardware. On se limitera à un atténuateur de gain, on est donc encore loin de standards et, par conséquent, des réflexes acquis. La disponibilité, en terme de fonctions, est souvent synonyme de classement, dans un second temps, par les utilisateurs euxmêmes, du produit dans une gamme donnée. Si on ne peut rien contrôler, ce n'est pas pro ! Et ce n'est pas toujours faux, mais pas toujours vrai non plus. On se rappellera, par exemple, d'outils mythiques (processeurs de dynamique, préamplificateurs) dont le dénuement en face avant impose encore le respect après quelques décennies. Le Podcaster, prétexte à notre analyse, est donc dépendant du logiciel qui l'accompagne, mais qu'importe car le vrai fil à la patte n'est pas le soft, c'est le cordon USB qui le relie à l'enregistreur.

UTILISATIONS POSSIBLES
La première utilisation qui vient à l'esprit, c'est le speech. Qu'il soit en direct, à destination du web, ou en postproduction, comme pour le doublage ou les voix off, on sera dans le cadre d'une narration. Dans le premier cas, le flux attaquera directement un chat audio ou un site. Dans notre deuxième exemple, le logiciel de montage se chargera d'enregistrer les données. Pour régler en partie le problème de monitoring évoqué plus haut, Rode a pensé à équiper son Podcast d'une prise pour casque d'écoute stéréophonique. Mais ce micro de type cardioïde est-il bien stéréo ? Pour répondre à une de nos interrogations du début de cet article, la prise casque (jack 3,5 mm) permet une écoute préenregistrement et non pas postenregistrement, comme il aurait été idéal. On retrouve le même genre d'astuces sur une gamme d'interfaces audio du marché qui résout l'épineux problème de latence en proposant ce type d'écoute. Cela ne règle donc en rien la latence des systèmes natifs. Et comme nous constations qu'en général, les interfaces du marché ne proposent pas plusieurs ports USB, on imagine mal se connecter ailleurs que sur un des ports USB de l'ordinateur. Cela débouche sur le questionnement suivant : un Podcaster, en général, et ce modèle en particulier peuvent-ils servir à des projets musicaux ? Prenons par exemple le cas d'un home-studio équipé d'une interface audio USB, d'un séquenceur audio/MIDI déjà conséquent et d'une suite d'insérables (traitements du signal, instruments virtuels etc.). Imaginons que l'utilisateur de ce home-studio est sérieux et qu'il possède les « dongle » desdits softs, soit au moins une clé Pace (avec compte iLok), quelques clés propriétaires (Peak Bias, IK Multimedia, Arturia...) et nous voilà tout simplement devant le problème de la surcharge physique de l'USB. Sachant que, par principe, un micro USB profite de l'USB pour s'auto-alimenter et se dégager ainsi de toute contrainte d'alimentation annexe, nous comprendrons rapidement qu'il faudra faire des choix !
SOLUTION NOMADE
Une des pistes à suivre sérieusement dans les prochains mois, voire les prochaines années, est bien le studio nomade. Qu'il soit à base d'ordinateur ou de mini-DAW portables, ce studio ultra-compact, auto-alimenté, offre souplesse et liberté d'expression, de création, où que nous soyons. Comme le type de solution mise en oeuvre diffère d'un home-studio, nous pourrons être confronté à l'absence d'interface audio, ou d'un HD externe au format mini en FireWire pour la relecture de sessions lourdes. Le casque sera a priori relié à l'ordinateur portable (prenons cet exemple commun du studio nomade réalisé autour d'un laptop). Pourquoi ne pas relier ce casque au Podcaster ? Simplement parce qu'il n'assure pas le monitoring de toute autre source que la voix qui sera convertie. Disons que nous embarquons une base de plug-in favoris et qu'une clé Pace suffit à nos besoins. Au pire, nous pouvons utiliser un mini-Hub USB pour connecter plusieurs clés. Reste l'écoute... Si je passe par l'écoute de l'ordinateur, je risque d'entendre ma propre voix avec un décalage (cette fameuse mais néanmoins dramatique latence) mais si j'écoute au casque via le Podcaster, je me prive du playback musique. En somme, tout est fait pour enregistrer la voix en direct mais pas pour compléter des choeurs, un play-back musical, par exemple. En revanche, si l'on veut ajouter un commentaire à des images, discuter en direct avec une voix propre et bien au-dessus des solutions proposées jusqu'à maintenant, ce type de micro répond parfaitement au cahier des charges imposé.
CONCLUSION PARTIELLE
Parce ce que toute cette technologie évolue très vite (le Podcaster en est la preuve), nous nous garderons bien de tirer des conclusions définitives sur les capacités de ce type de microphone. Ce que nous pouvons dire, en revanche, c'est que tout n'est pas encore possible, même si des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années en la matière. Nous nous devons de toujours comprendre l'utilité d'un produit, la pertinence de sa place dans une chaîne de production, en l'occurrence audio. Le Podcaster est un outil réellement intéressant, ne serait-ce que parce que, pour la première fois, un microphone se rapprochant des standards de qualité qu'exigent de plus en plus de musiciens/chanteurs offre un réel confort de captation. Les prises de tête autour du câblage, des réglages de console semblent d'un autre âge ! C'est simple et efficace. Pour revenir sur la prise casque, comme nous l'avons expliqué, elle n'est utile que dans le cas de narration, mais elle apporte alors un plus évident. À l'ère des radios web, de la communication au travers de la toile, de l'instantanéité de l'information, le public visé par Rode est assez identifiable. Un détail qui ne trompe pas, une patte de fixation pour le Podcaster est livrée avec celui-ci. Vu sa forme, on imagine déjà le speaker sagement assis devant son ordinateur portable. Cela dit, l'utilisation dans le cadre purement musical n'est pas exclue, elle nous ramène simplement à un contexte restrictif où tous les verrous technologiques n'ont pas été levés.
CMDM .