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KORG D888 ministudio numérique 8 pistes

Article paru dans Keyboards Recording n°215

01 janvier 2007

Sur le Korg D888, tout va par huit : huit entrées XLR et jack (c'est le jack qui est prioritaire), huit faders et huit voies sur la console, huit sorties physiques sur jack, huit pistes enregistrées en 16 bits/44,1 kHz, huit pistes virtuelles par piste. Une générosité dont les machines de ce segment de prix (885 euros) ne sont pas coutumières : les connecteurs et les convertisseurs A/N et N/A coûtent cher ! La connectique analogique, XLR et jack, est groupée sur le haut du panneau supérieur. Résultat : vue de loin, la machine évoque une console de mixage, la partie enregistreur reportée vers la droite se montrant discrète, tant dans ses touches qu'au niveau de l'écran (48 x 33 mm, mais d'une bonne résolution). Il s'agit pourtant d'un véritable ministudio numérique, possédant bien des atouts.

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UNE ERGONOMIE CLAIRE

Premier bon point : on s'aperçoit, après avoir déballé la machine, que toutes les commandes tombent sous la main de façon assez naturelle. Cela dit, le morceau de démo étant verrouillé, il faut créer un nouveau morceau pour espérer préparer une piste, condition sine qua non pour entendre le son de la source. L'assignation est on ne peut plus simple : la voie de numéro X part vers la piste X... Économie de patch d'entrée numérique à la clé. Petit piège à signaler : le jack situé à l'avant de la console ne correspond pas à la prise casque, comme souvent, mais à la pédale de footswitch programmable (pour passer en enregistrement sur le 8 pistes, par exemple). À titre de consolation, Korg a implanté non pas une, mais deux prises casque en haut à droite, avec réglage individuel du volume s'il vous plaît... Le panneau arrière accueille, outre un port USB et l'embase secteur, la sortie MIDI et une sortie S/PDIF assignée aux généraux de la console. Pas de mauvaise surprise : les deux tiers de gauche de la console sont réservés à la partie console. Les faders de 45 mm sont surmontés d'une touche lumineuse changeant de couleur (vert = On, rouge = piste prête à enregistrer) ; en amont, le niveau d'entrée de la voie se règle via un potentiomètre de Trim gradué de + 4 à - 60 avec Led d'écrêtage, situé en haut de la tranche. On bénéficie également d'un panoramique, d'un départ auxiliaire vers le multieffet interne, et d'un égaliseur trois bandes à fréquences fixes, gain ± 15 dB. Au-dessus des touches 6, 7 et 8 prennent place trois touches lumineuses de mode de console (Ch On, Bounce, Rec/ Play). Le fader Master (auquel correspond une piste Master stéréo sur l'enregistreur) est surmonté du sélecteur rotatif d'effet, au crantage un peu mou : onze programmes, réverbération et écho uniquement, avec un seul paramètre éditable, et un potentiomètre rotatif de niveau de retour. Les noms des effets sont sérigraphiés en clair. Un peu court, quand même : on aurait aimé avoir des chorus, des flangers, des simulations d'amplis, des saturations... D'autant qu'on cherche vainement la sortie analogique du départ effet interne, si d'aventure on désirait utiliser un multieffet externe (ça existe encore !).

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Encore au-dessus, la touche d'activation de l'alimentation fantôme et celle de choix d'assignation des huit sorties analogiques asymétriques dont les jacks sont reportés à droite de la partie supérieure. Selon le mode choisi (Individual ou Mst/Mon), ils accueillent, de 1 à 8, les sorties directes (avant fader, après égaliseur) des huit pistes ou, en 3/4, les généraux de la console et en 1/2, les sorties Monitor - dont le signal est renvoyé sur les deux prises casque, les sorties directes 5 à 8 restant inchangées. Ces huit sorties sont un luxe rare dans le domaine des ministudios numériques. Le traitement numérique s'effectue en 40 bits, virgule fixe. Fichtre !

PETIT ÉCRAN

Le tiers droit accueille les commandes relatives à la section enregistreur, qui s'articule autour d'un écran monochrome rétroéclairé de 160 x 104 pixels, pas plus grand que celui d'un téléphone portable ! On trouve un clavier de transport classique, un pavé en forme de losange faisant office de curseur et diverses touches dont l'intitulé est toujours parfaitement clair. Appuyer sur le bouton Level Meter ramène toujours à l'écran de base, affichant la position temporelle, les niveaux sur les huit pistes et les généraux, le nom du morceau, etc. Signalons que le D888 gère cent marqueurs, auxquels on ne peut, hélas, pas attribuer de nom... Le disque dur interne (d'une capacité de 40 Go, soit environ 124 heures- piste, une limite de six heures s'appliquant par fichier) peut accepter jusqu'à deux cents morceaux. Formaté FAT32, il apparaît comme un volume externe sur le bureau de la machine à laquelle on le relie via USB. Signalons que les égaliseurs ne servent qu'à l'écoute, pas à l'enregistrement. Pour qu'ils soient pris en compte, il faut bouncer, autrement dit enregistrer le mélange des huit pistes sur la piste stéréo Master qui possède, comme les autres, huit pistes virtuelles. Les fonctions d'édition de l'enregistreur sont plutôt basiques : suppression, copie, effacement, permutation, avec un niveau d'annulation, accessible par touche dédiée et indicateurs Undo/ Redo (rare !). Les punch-in/ punch out s'effectuent facilement et un électeur de mode rappelle, par trois Led, le mode engagé si l'on décide de se fier à la machine après avoir défini un point d'entrée et un point de sortie : Repeat, Rehearsal, Auto Punch. Pour définir ces points, justement, on peut choisir parmi n'importe quel marqueur déjà entré ou en modifiant des valeurs à l'écran via les touches curseur. L'implémentation MIDI est assez sommaire : une sortie seulement, transmettant du MTC à 30 i/s, et pas d'horloge MIDI, pas de MMC. Le D888 intègre un métronome utilisant non un bip électronique mais un son de rimshot accentué sur le premier temps. Il se règle de 40 à 250 BPM, en deux, trois, quatre, six et huit temps. Pour l'activer, il ne suffit pas d'appuyer sur la touche Metronome : cette dernière ne fait qu'appeler la page d'écran du même nom et il faut cliquer sur Enter pour activer le métronome, qui fonctionne même lorsque la machine ne tourne pas. Le signal audio est assignable aux généraux ou à la sortie Monitor. Le port USB 2.0 du D888, aux dires de Korg, « remplace » le graveur de CD ! Il est compatible avec Windows Me, 2000, XP et Mac OS 9.0.4 et Mac OS X. Avant tout transfert, il faut activer le mode USB sur le D888, par l'intermédiaire d'une touche dédiée et non dans un sous-élément de menu (chic !). Dès lors, le disque dur interne « monte » tout seul sur le bureau du Mac ou du PC (figures 1 et 2), et il suffit d'aller se servir dans les pistes pour les transférer dans le logiciel d'édition de son choix -même principe en sens inverse. C'est la seule utilisation du port USB du D888 (avec la mise à jour du micrologiciel interne, par téléchargement sur Internet), qui ne peut recevoir, par exemple, de graveur de CD externe, à la différence de ses concurrents ne l'intégrant pas d'origine. Certains utilisateurs pourront s'en trouver frustrés.

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À L'USAGE

Le D888 se prend en main très facilement un aspect jusqu'ici réservé au Fostex MR-8. Le mode d'emploi est clair, ne pèse que cinquante pages. Les touches réagissent franchement, les faders et les potentiomètres possèdent une course progressive et assez constante d'une voie à l'autre - seul le sélecteur cranté de programme d'effet aurait gagné à être plus ferme, selon nous. Et c'est un vrai bonheur de disposer d'un potentiomètre et d'une touche par fonction, au lieu de jouer des touches curseur dans des menus et sous-menus, même pour aller régler un simple égaliseur un sacré atout par rapport à la concurrence, qui chipote souvent en n'offrant qu'un encodeur assignable par voie... La navigation dans le (petit) écran est claire : pour chicaner, on aurait peut-être pu mieux « détacher » graphiquement les touches Enter et Exit. La carcasse de la machine semble robuste, la sérigraphie bien accrochée, mais une finition un peu perfectible fait qu'on voit distinctement les composants des faders à travers les découpes ménagées dans le panneau supérieur, d'autant que les Led éclairent généreusementles entrailles du 888 -même principe avec les connecteurs XLR. Rien de bien grave mais la poussière en profitera certainement. Pensez à passer l'aspirateur fréquemment ! Les préamplis micro intégrés sont tout à fait corrects, avec un niveau de souffle réduit et une plage de gain appréciable. Les égaliseurs (on aurait apprécié un médium à fréquence variable !) sont efficaces. En fonctionnement, la machine elle-même émet un bruit un peu sourd, rien à voir avec la roulette de dentiste des vieux modèles de disque dur. Ce ne devrait pas être un problème dans la majorité des situations d'enregistrement dans le même local que les musiciens. Côté effets, les quatre délais sont impeccables, les réverbérations un peu en retrait, avec une sonorité un peu artificielle parfois. Dommage que Korg n'ait pas pensé puisque la machine dispose de huit sorties analogiques, d'en réserver une au départ effet interne, ni pensé à une entrée stéréo annexe (hors voies), qui aurait pu servir au retour d'un multieffet externe. Voilà qui « bloque » un peu le D888 dans son utilisation. En préparant toutes les pistes en enregistrement, le D888 se transforme en console numérique huit entrées, huit sorties. Rien n'empêche non plus d'enregistrer un groupe en double : sur la machine elle-même et sur un ordinateur, en envoyant les huit sorties séparées sur une interface audio idoine. Dommage qu'on ne puisse pas se servir du D888 comme interface audio USB 2.0, ç'aurait été un gros plus... En revanche, si l'on désire transférer les huit pistes sur une machine plus grosse pour poursuivre le projet, les huit sorties séparées associées à la synchronisation par MTC sont un atout de poids même si le transfert direct des pistes via USB est plus simple et évite des conversions A/N et N/A.

UNE PLACE INTÉRESSANTE

Avec le D888, Korg se trouve une place intéressante sur un marché bien rempli... Son ergonomie de « console », ses huit entrées/huit sorties analogiques et sa facilité d'emploi séduiront bien des homestudistes. La qualité audio est irréprochable, le système d'exploitation bien pensé : impossible de se perdre dans les menus et la majorité des fonctions sont accessibles par touche dédiée. Nous l'avions déjà constaté lors du Salon de la Musique et du Son, sur le stand Algam, le D888 se prend en main en quelques minutes, même sans le manuel ! C'est quand on veut aller plus loin que les limitations de la machine apparaissent : multieffet limité, impossible d'en utiliser un externe facilement, pas de gestion de graveur de CD, implémentation MIDI un peu juste... Mais rien qui vienne remettre en cause l'utilisation première.

Franck Ernould .

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