Nul doute que la compagnie californienne a bel et bien décidé de lancer un processus de démocratisation universel, grâce à son logiciel standard Pro Tools (en l'occurrence LE), offert de manière historique pour tout achat d'une interface audio mais aussi grâce à une stratégie agressive s'adressant désormais à tous les budgets. Vous l'aurez compris, au final, le but sera bien de fidéliser l'utilisateur d'un système lite en lui proposant des extensions sur le plan software ou, mieux encore, de le faire basculer vers une solution HD.

LES TROIS MOUSQUETAIRES
La Mini représente l'entrée de gamme de la famille Mbox 2. Elle s'adresse à ceux qui désirent coucher une idée sans avoir besoin d'enregistrer simultanément plusieurs pistes. Malgré tout, il ne sera pas interdit d'enregistrer une voix définitive car, ne l'oublions pas, les convertisseurs et préamplis de la Mini sont identiques à ceux de la Mbox 2. Dès sa prise en main, on éprouve la nette sensation d'un objet au design élégant nous rappelant quelque peu l'aspect des produits de poche à la mode tel l'iPod d'Apple. Du reste, le constructeur n'a-t-il pas orienté cette interface audio dans ce sens ? En effet, la Mini est certainement la plus nomade des trois interfaces. Son poids ne dépasse guère les 500 g. De plus, son châssis est de matière métallique et non plus fait de plastique, pour une résistance à toute épreuve. À l'instar de ses grandes soeurs, sa face avant est de couleur bleu/violet. Elle affiche quatre boutons rotatifs non incrémentés et sans désignation d'échelle de valeurs (cela concerne les trois Mbox 2). Ceux-ci correspondent à l'input 1 et 2, au contrôle du mix et, plus exactement, à l'équilibre entre le playback et l'enregistrement en cours. Ainsi, en tournant le bouton complètement à gauche, vous n'entendrez que la source, à droite la sortie du Pro Tools ; au centre, c'est le mélange des deux qui viendra à vos oreilles. On terminera par la sortie casque et son bouton de volume aussi dédié aux monitors. D'ailleurs, un petit potard blanc vous servira à muter la sortie de ces derniers. La face arrière n'a pas été négligée, l'input 1 offre deux types de connexion, la première en XLR pour tout micro avec alimentation 48 V, la seconde au format jack destinée à l'entrée ligne analogique. Un commutateur est là pour déterminer le type de source : Mic/DI. L'input 2 ne dispose que d'une entrée ligne. En revanche, les deux entrées sont équipées d'un pad atténuateur de - 20 dB. En dernier lieu, on retrouve les deux sorties monitors au format jack, le port USB et le système de verrouillage Kensington Security Lock.

La Mbox 2, quant à elle, dispose des mêmes caractéristiques que la Mini. Toutefois, on notera certaines différences en sa faveur. En effet, on y retrouve deux préamplis micros au lieu d'un, le nombre d'entrées simultanées passe de deux à quatre en comptant le S/PDIF, enfin on y voit l'ajout d'une entrée/sortie S/PDIF et d'un MIDI In/Out. Les deux interfaces disposent d'une fréquence d'échantillonnage pouvant aller jusqu'à 48 kHz et d'une même résolution maximale de 24 bits. Elles sont toutes deux alimentées via le port USB. Du reste, Digidesign, en maintenant cette norme, a voulu répondre au plus grand nombre. Pour finir, la Mbox2 reste la seule de la famille à offrir une poignée amovible.
POUR LES PROS
La Mbox 2 Pro, comme son nom l'indique, s'adresse aux professionnels et demeure bien la plus aboutie des trois. Elle propose une connectique quasi complète, à commencer par ses deux ports FireWire, ce qui la démarque des deux précédentes. On y trouvera aussi une MIDI In/Out. L'alimentation se fera par secteur ou via le port FireWire. Deux entrées XLR/ lignes (aussi disponibles sur la face avant) sont présentes. Toutefois, l'originalité repose sur l'entrée phono dédiée aux platines disques et donc aux DJ. Six sorties analogiques équipent l'interface. De plus, une entrée/sortie S/PDIF et WordClock est aussi installée. En revanche, la Mbox 2 Pro est dépourvue de connectiques au format AES/EBU et Adat, il faudra donc se tourner vers la gamme 002. Le panneau avant offre deux sorties casque (présentes uniquement sur cette version) avec volume indépendant, un bouton permettant au casque B de jongler entre les sorties 1-2 et 3-4, un volume monitor Out, un commutateur servant à l'alimentation 48 V du micro et, bien sûr, les trois boutons de gain dédiés aux entrées phono, micro et ligne. Là encore, on retrouve les deux pads atténuateurs de - 20 dB pour chacun des inputs 1 et 2. Si la résolution maximale est toujours de 24 bits, la fréquence d'échantillonnage pourra monter jusqu'à 96 kHz. Quant à l'encombrement ou plutôt la portabilité de cette version pro, elle serait similaire à celle d'une MOTU Traveler. D'ailleurs, les dimensions plus réduites en largeur s'approchent de la taille d'un Powerbook 12', par exemple. En revanche, le poids est trois fois plus élevé que celui de la Mini, soit 1,5 kg. Vous conviendrez quand même qu'il sera plus facile de glisser dans un sac la Mbox 2 Pro que la Digi 002 rack !

AUCUNE DIFFÉRENCE DE SON
Que dire sur les essais si ce n'est qu'ils sont concluants, bien sûr ! Aujourd'hui, la majeure partie des interfaces audio présentes sur le marché est de qualité. Digidesign ne déroge pas à la règle. Son expérience dans ce domaine n'est plus à démontrer. Après avoir rentré une même voix sur les trois Mbox 2, je n'ai constaté aucune différence réelle entre elles. En résumé, n'achetez pas une Mbox 2 Pro pour des raisons acoustiques, car celle-ci ne sonnera pas mieux que la Mini, par exemple ! De plus, le son est propre, limpide sans parti pris, contrairement à certaines marques réputées. Par ailleurs, en effectuant des tests de comparaison entre la famille Mbox 2 et une 002 rack, il m'a semblé que les préamplis de cette dernière dégagent une couleur chaleureuse et, surtout, respectent un plus large spectre sonore. Ce fait est sans doute lié aux contraintes de portabilité et donc d'auto-alimentation par le port USB ou FireWire des interfaces Mbox 2. Ainsi, la couleur de ma voix en est sortie moins métallisée ou, plus exactement, moins numérisée. Ce sera donc à vous de juger !
LES COMPATIBILITÉS PRO TOOLS ET LA VERSION 7.3
Les Mbox 2 sont livrées avec les versions compatibles Tiger (10.4 ou supérieur) pour Mac et Windows (SP2) pour PC. Toutefois, chaque interface exige une version spécifique du logiciel Pro Tools : concernant la Mbox 2, la version Pro Tools requise est la 7.1 (Mac PowerPC et Windows), 7.11 pour Mac Intel. La Mbox 2 Pro requiert la version 7.12 (Mac PowerPC et Windows), 7.13 pour Mac Intel. Enfin, la Mini, tout comme la Mbox 2, est compatible à partir de la version 7. Le 4 décembre dernier, Digidesign a sorti une nouvelle mise à jour afin de ramener les Pro Tools HD et LE à la version 7.3. Désormais, celle-ci est compatible avec l'ensemble de la famille Mbox 2. À propos de cet update, on constate qu'il offre de nouvelles fonctions comme Send to Sibelius, qui représente le premier geste notable de Pro Tools vers l'édition de partition. Ce n'est pas un hasard puisque Digidesign a tout récemment racheté la société éponyme. Nombreuses sont les évolutions dans tous les compartiments du logiciel de la création musicale à la visualisation des pistes en passant par l'édition, la vidéo et même l'accès à Digibase. En outre, pour tout achat d'un système Pro Tools ou mise à niveau après le 6 novembre 2006, l'update est gratuit.

À titre d'information, pour ceux qui en douteraient encore, sachez que le Pro Tools LE ressemble de plus en plus, dans sa version logicielle, au HD. Deux bundles d'extensions logiciels, le Music Toolkit et le DV Toolkit 2 tendent à gommer les dernières différences entre la gamme LE et la gamme HD. Enfin, la famille Mbox 2 est compatible avec les surfaces de contrôle : Command/8 et Control/24. En somme, hormis la différence entre natif et DSP dédié et l'écart de latence qu'elle entraîne, la frontière entre les versions de Pro Tools s'amenuise de jour en jour. Il n'est toutefois pas raisonnable de comparer un HD3 équipé d'une 192 i/o avec une MBox 2 Pro, le hardware fait bien la différence.
POUR LES NOMADES
En manufacturant non plus une mais trois Mbox 2 de modèles différents, Digidesign a, en premier lieu, voulu répondre à la concurrence et, surtout, a réagi à la réalité du marché en s'adressant aux trois catégories du nomadisme. Ainsi, de l'amateur au professionnel en passant par le semi-pro, tout le monde y trouvera son compte, d'autant plus que le constructeur ne baisse pas les armes en combinant toujours le software avec le hardware. Digidesign, par ses produits à la fois propriétaires et soignés sur le plan du design, a bel et bien déclenché un processus d'iPodisation universel.
Pierre Emberger .