Le catalogue ART propose pas moins de quatre préamplificateurs de la série MP (qui existe depuis de très nombreuses années), dont deux au prix inférieur à 100 euros, l'entrée de gamme étant fixée à 70 euros, pour en arriver aux 145 euros qu'il faudra débourser pour cette version plus élaborée, comportant une interface USB.

UNE STRUCTURE BIEN PENSÉE
Le Tube MP USB reprend, dans les grandes lignes, la topologie de ses aînés. Il se présente sous la forme d'un boîtier compact réalisé en aluminium moulé, doté de flancs doublés de caoutchouc synthétique dont la partie inférieure fait office de piétement antidérapant. Ce préamplificateur accepte toute modulation ligne, instrument ou microphone, pourvu qu'elle soit monophonique. Ainsi, on pourra lui raccorder toutes sortes de microphones, d'autant plus facilement que le préamplificateur dispose d'une large plage de gain de 70 dB. Cela ouvre de grandes perspectives à l'ART, car il saura aussi exploiter les capricieux microphones à ruban, tout autant que les électrostatiques, grâce à l'alimentation fantôme commutable. De plus, un petit bouton lumineux ambré offre le choix de deux impédances différentes pour l'entrée micro sur XLR : 600 Ω ou 4,7 kΩ.
En revanche, celle de l'entrée jack est fixée à 1 MΩ, un peu haut pour une entrée ligne, mais parfait pour un instrument passif comme une guitare ou une basse électrique. Puisque nous en sommes à la connectique, les sorties sont également doublées : une XLR pour liaison symétrique, tandis que le jack se contente de l'asymétrique, toutes deux travaillant de concert, le cas échéant, ce qui permet de distribuer le signal sur le mode actif. Sur ce panneau arrière, on remarque aussi la présence de l'embase USB et, juste au-dessous, celle de l'adaptateur secteur fourni. Ce dernier a tout de l'indispensable, car, contrairement à ce que stipule la notice, il ne faut pas compter sur les + 5 V de la liaison USB 1.1 pour alimenter ce préamplificateur à haut gain qui intègre un tube ! L'interface péri-informatique est détectée par l'ordinateur qui, de manière générique, affiche la mention « USB Audio Codec ». On retrouve exactement le même procédé chez Behringer, et en particulier sur sa guitare USB iAxe 393 mais, dans le cas de l'ART, on évitera de cocher la case du codec USB au niveau des sorties puisque le préamplificateur est monophonique et n'offre donc pas la gestion minimale du monitoring. On exploite le Tube MP USB en préamplificateur à tube branché en direct sur un ordinateur, en privilégiant le flux montant à très faible latence vers le Mac (ou le PC) mais pas le retour. C'est là que l'on se rend compte que l'on aurait apprécié une prise casque...
UNE GRANDE SOUPLESSE
Entre les potentiomètres de gain et de sortie, le Tube MP dispose de six commutateurs lumineux. Nous avons vu celui qui offre le choix de deux impédances pour l'entrée XLR. À sa gauche, un autre bouton transparent, s'éclairant de couleur ambre lorsqu'il est activé, ajoute pas moins de 20 dB au gain d'entrée. Cela peut être fort utile pour les faibles signaux, mais pas seulement puisqu'on peut ainsi attaquer plus fort le tube et, en conséquence, augmenter son taux de distorsion de manière considérable. Si l'on pousse le potentiomètre de gain au-delà du raisonnable et que l'on enclenche le switch à + 20 dB, le taux de distorsion atteint facilement ce qu'Angus Young d'AC/DC inflige au son de sa Gibson SG branchée dans son ampli trois corps Marshall à tubes. Le Tube MP USB peut donc faire office de pédale de distorsion et/ou d'overdrive de très bonne qualité, et ce pour un prix fort intéressant ! Mais ses facultés ne se restreignent pas à cette application puisqu'il sait prendre en compte le signal d'un microphone ou de toute entrée ligne et le transmettre avec fidélité, si l'on ne joue pas trop lourdement sur le potentiomètre de gain. La présence du tube Sovtek 12AX7, doté de deux étages de gain puisqu'il s'agit d'une double triode, apporte de la densité, de la matière sonore au Tube MP USB, sur une très large palette de couleurs tonales, et c'est là son principal attrait. Un filtre passe-haut atténue les fréquences inférieures à 40 Hz. On aurait aussi aimé le voir commencer à 80 Hz, une fréquence utile pour la voix et les guitares acoustiques... Le premier commutateur de la partie droite route l'alimentation fantôme vers l'entrée XLR. Le commutateur s'éclaire en rouge, tout comme l'inverseur de phase absolue, utile pour conserver la compatibilité mono si l'on mixe d'autres sources en simultané. Au milieu des deux « rouges », un « vert » met en action un limiteur de dynamique très efficace. Un transistor à effet de champ assure la détection de niveau RMS : une technique éprouvée dans nombre de compresseurs limiteurs vintage, tel l'Urei (Universal Audio) 1176LN, reconnu pour sa musicalité. Bien sûr, le circuit limiteur de l'ART est beaucoup plus spartiate, mais il remplit son rôle de manière acceptable : on s'en rend bien plus compte à l'écoute qu'en visualisant la modification de la balistique du bargraphe sommaire à quatre Led situé au centre de la façade. Les entrées audio transitent par des étages buffers à transistors avant de parvenir à des doubles amplificateurs opérationnels japonais JRC 4580. Cette solution technique permet de conserver au signal un excellent rapport signal sur bruit et une bonne dynamique. Ainsi, le tube Sovtek 12AX7 peut travailler dans les meilleures conditions possibles puisqu'il fonctionne au niveau ligne. S'il avait été en tête du circuit, en tant que premier étage de gain sur l'entrée microphone, le bruit de fond aurait augmenté de manière très sensible ! Le tube se borne à réchauffer le son sur une large plage allant, comme nous l'avons vu, jusqu'à une distorsion aussi massive que musicale, fait suffisamment rare pour être souligné. Ce tube, enfiché dans un support en stéatite (un genre de céramique), voit son sommet maintenu et amorti par une équerre équipée d'un silent-block en caoutchouc: la fiabilité d'une telle solution ne saurait être mise en doute. La haute tension du tube s'obtient par réseau de diodes et de condensateurs, combinés à deux transistors TIP 122.
DANS LES RÈGLES DE L'ART
Ce « petit produit » vraiment pas cher doit son caractère universel à sa souplesse d'utilisation, tant pour les sources qu'il sait gérer que pour les éléments de confort qu'il propose (alimentation fantôme, filtre passe- haut, limiteur, inverseur de phase). De plus, il sait dialoguer avec un ordinateur à qui il envoie soit du son haute-fidélité, exempt de distorsion et de bruit de fond, soit un son délicieusement sali au moyen du tube, voire pire si l'on pousse le gain. Le Tube MP USB, peu ruineux mais très performant, mérite sa place dans tout homestudio/ sono.
Philippe David .