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FLEA 47 ET FLEA 12 micros à lampe

Article paru dans Keyboards Recording n°216

01 février 2007

Connaissez-vous la marque FLExible Audio, alias FLEA, ce qui est moins flatteur ( flea= puce, en anglais) ? Importée chez nous par Audio Addict, cette marque artisanale slovaque, créée par l'ingénieur du son/musicien/électronicien Milos Rojko, propose, outre ses propres modèles de microphones (Magnum, Fester, Morticia, Lurch, The Thing ' toute allusion à la Famille Adams semble voulue !), les plus belles recréations de micros vintage que nous ayons eues entre les mains, et pas n'importe quelles références : le Neumann U 47 et l'AKG C12, rien de moins !

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DEUX MODÈLES D'EXCEPTION

Il semble que les concepteurs de micros allemands et autrichiens aienteulamainheureuseentre 1947 et 1953- Plus de cinquante ans après, le Neumann U 47 et l'AKG C12 comptent toujours parmi les meilleurs micros disponibles ! Tous deux utilisent une lampe, un transformateur de sortie et une membrane spécifique, mais c'est un équilibre parfait entre les différentes composantes du micro qui explique leur supériorité face à des modèles plus récents ou mieux lotis au niveau des chiffres. Rappelons que le U 47, cardioïde/ omnidirectionnel, utilisait une minilampe radio militaire Telefunken introuvable aujourd'hui, la VF14. Il en a été fabriqué environ 8 000, avant épuisement des stocks de lampes en 1965 et passage, en 1969, à une version Nuvistor puis à une version FET, utilisant un transistor à effet de champ, rompant le si délicat équilibre évoqué précédemment. Il en fut également proposé une version U 48, offrant en plus la directivité en figure de 8 (bidirectionnelle). Sa courbe de réponse était donnée de 30 Hz à 16 kHz +/- 3 dB. Le C12 proposait, pour sa part, neuf directivités différentes, à commutation sur l'alimentation (obtenues en jouant sur les tensions de polarisation des deux membranes collées dos à dos pour sa capsule), et utilisait une lampe 6072. En dix ans de production, on compte environ 2 500 exemplaires produits. Le C12 se retrouvait aussi sous étiquette Telefunken (ELA-M251). Sa courbe de réponse était donnée de 20 Hz à 20 kHz dans +/- 2 dB. Le constructeur en a réalisé, voici quelques années, une version moderne, le C12 VR, toujours disponible.

FIDÉLITÉ À L'ORIGINAL

Les clones FLExible Audio nous viennent de Slovaquie. Tous les éléments entrant dans la composition de ces micros y sont fabriqués sur place et sur mesure, sauf les pièces originales des capsules CK12 et K67, les lampes et les transformateurs T14/1. Le montage s'effectue évidemment à la main. L'idée n'est pas de créer une version moderne, mais de proposer des micros n'utilisant que des pièces originales, révisées, vérifiées, nettoyées, bref, remises à neuf et testées avant le montage. Avantage de cette approche : les micros sont personnalisables à volonté (corps long ou court, type de lampe, type de capsule, couleur du micro, finition de la tête, type de coffret en bois ou de mallette-). Ainsi, le FLEA 47 est une réplique exacte du modèle Neumann U 47. Il est équipé d'une capsule F7 ' réplique exacte de la capsule M7 Neumann originale, du transformateur et même, si on est fétichiste, de la lampe VF14 (côte actuelle : 2 700 euros pour une lampe prétendue « neuve », 1 000 euros si elle est simplement en « bon état » !). Sinon, c'est une « simple » EF14. Son corps est en duralumin, plaqué nickel. La tête du micro est chromée ou mate. Le FLEA 12 est, quant à lui, la réplique exacte d'un C12, livré avec une alim. originale N12, intégrant le sélecteur de directivité. La capsule FK12 est la réplique exacte d'une capsule CK12. La lampe utilisée est une GE 6072, d'origine militaire. Le transformateur T14/1 est également original.

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COMPARAISON DIRECTE

Nous avons pu effectuer une comparaison directe, sur une console Neve VR, entre les FLEA 47, FLEA 12, un homologue « vintage », le Neumann U 47 numéro de série 3839, avec un « vieil » U 87 (non Ai) de « référence » pour faire bonne mesure- Sur une voix masculine, le U 47 est qualifié, après discussion, de « plus rond » ; il a « plus de corps », tandis que le F 47 est « plus défini », a « plus d'aigu ». Tout ceci se déroule à un niveau de qualité très élevé. La preuve : dès que nous ouvrons la voie du U 87, qui a pourtant la réputation d'un micro flatteur, le son semble plus étriqué, avoir moins de corps qu'avec notre « vrai » et notre « clone » de vintage. Nous avons ensuite comparé le F 12 au F 47. Nous sommes ici, clairement, dans deux optiques de restitution différentes : le F 47 va « chercher » le grain, il est plus précis, mais moins musical comparé au F12, presque toujours plus homogène. Belle illustration de ce concept sur un passage de l'enregistrement où le chanteur s'accompagnait de claquements de doigts. Sur le F 47, la définition est telle qu'on sépare involontairement les claquements d'un côté, la voix de l'autre. Ce n'est pas le cas sur le F 12, qui « intègre » les deux en un même phénomène musical. Même remarque plus tard dans la séance, sur un ampli de guitare Marshall poussé assez fort, où l'on a presque l'impression que le F 47 « va chercher » le buzz alors que le C12 le mélange au son de l'ampli, avec un beau médium. Le U 87 est dispensé, car complètement saturé- Sur une guitare acoustique, nous ouvrons le U 47 original. Jusque-là considéré comme rond, il se voit qualifié « d'empâté » par notre jury, le U 87 s'en sortant beaucoup mieux que dans les autres prises de son, même si l'aigu semble plus devant ; le F 47 est très analytique, faisant ressortir un peu, là encore, les cordes, le « métal », les petits bruits du jeu. C'est le F 12 qui parvient au meilleur équilibre sur cet instrument. Nous passons ensuite au piano acoustique, en ouvrant les quatre micros tour à tour. Le U 47 se montre riche dans le bas-médium, le U 87 donne un son très correct et immédiatement familier (combien de pianos ont-ils été enregistrés sur disque avec ce micro ?), le F 47 redonne le corps déjà constaté sur le U 47, mais avec plus de brillance, et le F 12 restitue un son plus compact, plus musical (air connu), plus grave que bas-médium. Un dernier essai sur une voix féminine ne fait que confirmer ce qui a déjà été constaté, même si, dans ce cas précis, c'est le F 47 qui semble le plus intéressant, avec un grain ressortant davantage.

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UN RÊVE

À l'issue de cette journée dans le « monde des micros à 5 000 euros », nous avons encore affiné le pouvoir discriminateur de nos oreilles ! Les modèles clonés par FLEA n'ont rien d'une supercherie ; ils ne remplacent pas non plus exactement les originaux, mais constituent des outils de prise de son très enviables, même s'ils restent un rêve pour nombre d'entre nous. On est bien loin des modèles chinois clamant s'inspirer du U 47 ou du C12- Le prix est de 4 800 euros pour le FLEA 47, 5 400 euros pour le FLEA 12. Chaque micro est vendu dans une valise contenant le micro, la suspension, les câbles et l'alimentation, avec sa courbe de réponse individuelle.

Franck Ernould Photos : Alain Le Kim Merci à Christophe Bouillot (Audio Addict) et au studio Harryson de Pantin .

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