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L1 ensemble de sonorisation pour musiciens

Article paru dans Keyboards Recording n°216

01 février 2007

Quoi de plus ordinaire, de nos jours, qu'une sonorisation ? Aucun groupe n'imaginerait jouer en concert sans console et sono de façade et de retours- Ce système, issu de configurations beaucoup plus importantes, n'a pourtant rien d'optimal dans le cas de concerts de dimensions « moyennes » (quelques dizaines à quelques centaines de personnes). Explication.

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SONORISER LES GRANDS ESPACES

Si l'on se plonge dans l'histoire des concerts, on se rend compte que l'intervention de l'électricité est extrêmement récente. La sonorisation de gros volumes naît pour le cinéma parlant, à la fin des années 20. Les premiers amplificateurs pour guitare électrique apparaissent dans les années 30 puis l'orgue Hammond impose sa cabine Leslie. Du coup, il faut aussi sonoriser le chanteur, pour « faire passer » sa voix. Ceux qui jouent des instruments acoustiques se débrouillent- Dans cette configuration, les amplificateurs servent de renforts sonores. Le musicien les règle et le public entend leur son mélangé acoustiquement aux autres sources. La salle est grande ? On prend de gros amplis ! La méthode trouve ses limites en 1965 aux USA, dans le gigantesque Shea Stadium où les Beatles, perdus sur la pelouse, entourés de dizaines de milliers de fans en délire hurlant leur enthousiasme, ne possèdent que leurs quelques amplis de scène pour se faire entendre. De fait, ils n'arrivent même pas à s'entendre l'un l'autre ! Les fabricants réfléchissent à un autre paradigme, dérivé du studio d'enregistrement. Les amplis sur scène ne serviront plus qu'à «faire » le son, par commodité. On récupère à la base les signaux de toutes les sources sonores, en direct ou avec des micros, on les mélange dans une console de façade et on envoie ce mixage dans une installation de forte puissance placée de part et d'autre et sur le devant de la scène (les fameux « châteaux » de haut-parleurs des années 70). Aucun problème pour remplir de grands espaces. Mais les musiciens ne s'entendent plus puisque le son leur revient par devant. Pas de souci, chacun se voit attribuer sa propre enceinte de contrôle, où il entend le son des autres ' ce qui nécessite une autre console, de retours, pour envoyer à chacun un mixage adapté. Ce système, né vers 1967, donne toute satisfaction aux nouveaux groupes de rock qui se forment à une vitesse accélérée, et permet de « remplir » Woodstock. Il est toujours utilisé de nos jours, même si les châteaux ont laissé la place à des « line arrays », beaucoup plus fins et contrôlant bien mieux leur directivité, et les retours à des inear monitors. Alors, quel est le problème ?

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UNE IDÉE RADICALE

Ce concept, qui met en oeuvre une sono dite « backline » (les amplis de guitare, de basse, les cabines Leslie-), une sono de retours et une sono de façade, multiplie les points d'émission sonore et favorise la course à la puissance. Il se montre peu adapté à des salles plus petites. Les musiciens n'ont plus de contrôle direct sur leur diffusion. Comme ils s'entendent entre eux de façon artificielle, toute complicité « acoustique » disparaît. Quant au public, il perd la faculté de repérer le son de chacun selon sa place sur scène. Sans oublier que les enceintes, tournées dans tous les sens (amplis backline, retours, façade), sollicitent la réverbération de la salle, souvent mal traitée acoustiquement. Sans parler du coût de revient du système complet- L'idée de Bose est radicale : abandonner ce concept et revenir à un système où chacun contrôle son propre son. Plus de mixage électrique diffusé en un ou deux points, mais plusieurs sources se déployant naturellement et se mélangeant en acoustique, de façon naturelle. Problème : c'est impossible avec les enceintes que nous connaissons actuellement. C'est parti pour dix ans de recherches-

UNE SOLUTION AUDACIEUSE

L'outil qui fait la différence et rend possible le système L1 est une enceinte en forme de colonne (« radiateur cylindrique » selon la terminologie maison), équipée de plusieurs petits transducteurs à large bande, à directivité étudiée, de 10 cm de diamètre et de 2 m de haut (coupée en deux parties empilables pour plus de facilité de transport), éventuellement complétée d'un ou deux modules de graves. Posée sur un socle amplificateur carré de 66 cm de côté et 12 cm d'épaisseur, elle se place derrière le musicien et fait office d'enceinte de façade et de retour. On se branche, on joue ! Sans doute les enceintes et leurs transducteurs subissent-ils des traitements numériques sophistiqués mais, comme le veut la philosophie Bose, l'utilisateur ne doit pas le savoir. Résumons : plus de sono de façade, plus de retours, plus de console de mixage. Chaque musicien utilise son propre système même si, nous le verrons, on peut ruser avec ce principe ' et on arrive à sonoriser à un niveau plus que confortable une salle de plusieurs centaines de personnes, avec une qualité honorable et un naturel sonore étonnants. Comment est-ce possible ? La colonne utilisée possède une dispersion horizontale large sur les côtés, un peu comme une cardioïde très large. Résultat : quand elle est placée derrière le musicien, celui-ci entend le même son que les spectateurs et les autres musiciens sur scène ! Physiquement, l'enceinte émet le son en ondes planes, qui s'atténuent moins rapidement qu'avec des sources ponctuelles. Résultat, le niveau sonore reste pratiquement homogène, même si on s'éloigne de 10 voire 15 m de l'enceinte. Et la correspondance oeil/son reste respectée : côté public, le son semble provenir de chaque musicien, même s'il se répand de façon cohérente dans la salle. Verticalement, les ondes sonores émises ne « débordent » pas vers le plafond ni vers le sol : l'énergie est émise comme une large frange lumineuse verticale. Résultat : peu de réverbérations parasites. Bose recommande de placer les enceintes à l'arrière de la scène, derrière les musiciens, devant un mur si possible, et d'adopter un écartement de 1 à 2,5 m entre les musiciens, donc entre leurs L1.

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SOCLES ET AMPLIS

L'arrière du socle accueille les connecteurs. Même si le L1 est, par essence, mono, l'amplificateur offre deux fois deux entrées. Sur la partie gauche, quatre entrées avec réglage de niveau : deux « principales » sur Combo, micro/ligne, avec alimentation fantôme, indicateur de présence du signal/écrêtage et point d'insertion, deux entrées « auxiliaires » ligne sur jack asymétrique et deux sorties sur XLR. Sur les entrées 1 et 2, une roue codeuse permet d'appeler un des cent presets (ToneMatch) pour optimiser le rendu sonore du système global en fonction de tel ou tel instrument ou microphone. Les intitulés sont parlants : Handheld Microphone, Vocal Mic Bright, Shure, Acoustic Guitar- L'entrée Data, sur connecteur RCA, permettra sans doute d'entrer d'autres presets. Rien n'empêche de brancher plusieurs instruments ou micros sur un même socle. On trouve sur le site de Bose des exemples visant à optimiser l'utilisation de chaque point de diffusion. Nous avons parlé jusqu'ici d'un amplificateur mais le socle en contient trois. Le premier reçoit le signal mixé des quatre entrées et alimente l'enceinte cylindrique. Les deux autres sont prévus pour des enceintes de grave supplémentaires puisque, par conception même, l'enceinte ne descend pas en dessous de 150 Hz environ. Les ingénieurs ont laissé accès aux entrées ligne directes des trois amplis, sur jack asymétrique on dispose même d'une entrée globale, allant directement vers les trois. On remarque aussi une sortie au niveau ligne Bass ' Line Out sur jack TRS compatible asymétrique (si on veut alimenter un caisson de graves actif externe) et une sortie S/PDIF 48 kHz pour récupérer les signaux d'entrée des canaux 1 et 2. Sans oublier des connecteurs de sortie de type Speakon. Trois sorties sont présentes sur Speakon : l'une est utilisable en permanence (pour alimenter un ou deux modules de graves B1), les deux autres, en l'absence de L1 dans le socle, permettent d'alimenter deux enceintes externes (4 ohm d'impédance au minimum).

LES DIFFÉRENTS SYSTÈMES

Le système L1 « minimal » se compose de l'enceinte L1, d'un socle amplificateur PS1 et d'une télécommande à fil (5 m) R1, qui permet de doser les niveaux de chaque entrée principale et d'en corriger les graves/médium/aigu dans +/- 12 dB, sans oublier un réglage de niveau Master. Le système est livré d'origine avec des housses de transport pour les deux moitiés de L1 et pour le PS1. Il se monte en deux minutes, sans outil, « prêt à jouer ». Tel quel, le système n'est pas très performant dans le grave. Pour aller plus loin, il faut acheter un ou deux modules de graves B1 supplémentaires, qui se branchent directement sur le socle. Bose recommande d'utiliser un B1 dès que le registre grave est présent, et deux si l'on amplifie une basse, une guitare, un orgue, un set de DJ- Si l'on n'a pas encore assez de niveau dans le grave, il faut utiliser un amplificateur supplémentaire, relié à d'autres modules de graves ou un caisson externe. Bose propose l'ampli PackLite, très compact, qui permet d'alimenter deux B1 en se connectant sur la sortie ligne Bass du socle. On arrive alors à quatre enceintes de graves en plus. Un connecteur Jack Thru sur l'ampli permet de « ricocher » vers d'autres PackLite.

CONDITIONS D'ÉCOUTE

Nous avons entendu plusieurs fois le système (journée Bose Europe, showcase chez EMI, Salon de la Musique-), dans des conditions acoustiques diverses. On est à chaque fois étonné par la clarté, le punch et le naturel obtenus. À cinq ou six musiciens, la scène reste dégagée et le résultat est très plaisant pour le public. Les B1 donnent un niveau de graves satisfaisant et les musiciens semblent à l'aise. Quelques questions subsistent : que se passe-t-il si le guitariste veut absolument pousser son ampli très fort pour avoir le son dont il a l'habitude ? Jusqu'ici, les groupes que nous avons entendus jouaient sur un Pod ou avec un ampli à bas niveau. Quid du batteur ? Soit on le laisse en acoustique, soit on pratique une prise de son « basique », avec des overheads, la caisse claire et la grosse caisse. Et les instruments stéréo ? Rien n'empêche, évidemment, de les envoyer sur deux L1. Cela dit, dans la pratique, Bose indique que la largeur ainsi obtenue est gagnée au détriment des autres L1 déployés sur la scène, d'où une perte de définition, de clarté et même d'intelligibilité. Le fabricant recommande de s'en tenir à un mix mono. En revanche, dans le cas d'artistes solo ou même d'un duo, pas de problème. Qu'en est-il des multieffets externes, si on désire les utiliser en boucle départ/retour et non en insertion ? Le L1 ne dispose pas de départ effet : il faut donc tricher, récupérer l'envoi du point d'insertion, régler le niveau d'entrée sur le multieffet et envoyer une sortie sur l'entrée ligne 3, par exemple. Passons aux prix des différents systèmes- La configuration de base, enceinte et socle, est à 1 699 euros, 1 999 avec un module de graves supplémentaire, 2 299 avec deux. L'amplificateur Pack- Lite est à 399 euros, le module B1 à 299 euros. La configuration « totale », enceinte/socle/quatre modules graves et ampli, est à 3 299 euros. Cher ? C'est ce qu'on dit souvent à propos des produits Bose. Compte tenu des économies faites en achat de matériel supplémentaire, du temps gagné au montage et au démontage, et de la qualité obtenue, nous ne trouvons pas le système L1 cher. Comme un SoundDock, d'ailleurs, ou des Companion. Rendez-vous sur le site www.revolutionsonorisation. com, avec ses forums en français. Pour mieux « sentir » le produit, écoutez-le en situation dès que vous en avez la possibilité et jugez par vous-même-

Franck Ernould .

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