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ALTIVERB 6 XL plug-in de réverbération

Article paru dans Keyboards Recording n°217

24 juillet 2007

La réverbération à convolution permet la reproduction de l’acoustique d’un lieu. Audio Ease en a fait un plug-in, Altiverb, qui atteint sa version 6. Pour qui veut s’enregistrer à Notre-Dame…

Née voici quelques années, la réverbération dite « à convolution » n’en finit pas d’évoluer et de lever les verrous technologiques au fil de sa progression. Après de longues années de bons et loyaux services, les réverbérations électroniques ont peut-être fini par banaliser ce domaine, malgré des avancées spectaculaires dans les vingt dernières années. Il y avait donc certainement la possibilité d‘envisager autrement la simulation d’un espace en trois dimensions, qu’il soit binaural ou multicanal. Le principe de la convolution, qui consiste à mesurer l’ensemble d’un phénomène de réverbération (des réponses impulsionnelles) d’une pièce ou salle donnée, a donc apporté un renouvellement du genre puisqu’on ne parle plus ici de simulation, mais bien de reproduction de l’acoustique d’un lieu. On se souviendra, par exemple, de l’expérience Sony avec la DSP-777, hardware efficace mais très coûteux. Profitons de cette introduction pour tordre le coup à une idée reçue, parfois relayée par quelques forums passionnés : ce n’est pas de la modélisation ! Nous en sommes même très éloignés puisque nous parlons bien d’échantillonnage de signal acoustique, et de rien d’autre. On ne part donc pas de modèles mathématiques issus de l’observation d’un phénomène acoustique complexe transformé en équation et généré ensuite par un algorithme idoine. Nous sommes bien en présence d’une banque d’échantillons dont toute la subtilité consistera à puiser dedans de façon très précise, en fonction des paramètres d’édition choisis.

LA QUESTION DU CPU

Audio Ease s’est donc lancé dans l’aventure, mais avec un grand handicap. En effet, ce type de réverbération était parfois gourmand en ressources processeur et en mémoire vive ! Il s’agissait donc, il y a quelques années à peine, d’avoir une station informatique musicale surdimensionnée, afin d’accueillir logie logicielle. Ne parlons même pas des laptops qui étaient quasiment disqualifiés. À la différence d’un échantillon chargé en mémoire vive et qu’on se contentera de faire jouer des notes, ou de se boucler à volonté, la réverbération impose un traitement en temps réel, ne serait-ce que pour repositionner la ou les sources audio dans le contexte de la salle sélectionnée. Cela dit, dès le début, nous étions nombreux à reconnaître qu’il s’agissait là d’une avancée indéniable et que l’avenir de la réverbération se situait certainement sur cette voie qui nous était tracée. Depuis, nous avons eu l’occasion de croiser à nouveau ces fameuses réverbérations logicielles à convolution. Le constat est identique à celui du passé : nous sommes à fond dans la surconsommation de ressources processeur ! Ce qui change la donne et qui nous apporte un début de solution, c’est la nette progression des performances et des capacités des ordinateurs domestiques. Mais des questions restent toujours posées : sommes-nous face à un phénomène exponentiel ? Doit-on imaginer que plus les ordinateurs seront puissants, plus les applications logicielles seront consommatrices de ressources et de mémoire vive ? Parce qu’il est évident qu’on n’en a jamais assez, on s’étonne encore aujourd’hui quand une unité centrale n’est livrée qu’avec 1 Go de mémoire vive, par exemple, contre 256 Mo il y a un peu plus de cinq années ! Il semble donc plus crédible de mettre en oeuvre un tel effet sans risquer la surcharge CPU permanente. Il en va ainsi d’une partie de la technologie arrivée un peu trop tôt sur le marché, et qui n’est pas nécessairement en symbiose avec l’ensemble des outils.

ORGANISATION

L’Altiverb 6 XL se présente sous la forme d’une fenêtre principale assez aérée et simple d’accès. La seule précaution d’usage est d’apprendre, ou de réviser, la terminologie propre à cet effet. Certes, l’approche empirique peut donner des résultats parfois intéressants, mais dignement ce fleuron de la technoquel plaisir de ressentir la maîtrise d’un espace supposé et d’en adapter les réglages à sa propre musique. L’écran principal présente, au choix, la sélection du type de réponse impulsionnelle, le spectre en trois dimensions (Waterfall) ou la forme d’onde (divisée en quatre segments pour un signal stéréophonique, L > L, L > R, R > L, R > R, figures 1 et 2).

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À gauche de cet écran, nous trouvons, dans la partie supérieure, le potentiomètre rotatif de temps de réverbération, ainsi que celui de la taille (Size). En dessous, se situe un accès rapide aux présélections de placements possibles d’objets dans la réverbération. Par exemple, on peut déterminer l’emplacement de Celli dans la pièce avec la réverbération naturelle qu’ils devraient avoir en fonction du placement logique de leurs pupitres. Les salles sont accessibles par ce menu. En bas, nous apercevons une grille d’automation des présélections à sélection multiple possible. Sous l’écran, se trouve le coeur des réglages avec, de haut en bas, Damping et gain, Stage position (pour le positionnement des haut-parleurs dans l’espace), Equalize et Options. Cette dernière section offre plusieurs possibilités (figure 3) : réglage du logiciel vis-à-vis de la CPU de l’ordinateur hôte (ou des DSP d’une carte compatible), mode de téléchargement de réponses et, enfin, mode de test via les quelques timbres fournis et disponibles, sous formes d’icônes, sur la droite de la surface de contrôle. Notons aussi une bonne idée, celle d’avoir à sa disposition quelques présélections de timbres : voix, percussions, vents, cuivres, trait d’orchestre, etc. Cela permet de calculer une réverbération en fonction de ce type d’instance sans être en phase d’édition et de mixage. On peut ainsi préparer son travail, trouver les réverbérations (donc les salles) les plus appropriées, se concocter quelques automations de paramètres.

STÉRÉO, MULTICANAL ?

Dans l’environnement stéréophonique, nous pouvons envisager la captation d’au moins deux façons différentes : en omni ou en car dioïde (avec plusieurs distances incluses entre les micros avant et arrière et la source du signal, figure 4). Les concepteurs ont pensé à cette distinction et proposent, comme pour Notre-Dame, par exemple, ces différentes instances. À ce stade, non seulement le choix se révèle très professionnel, mais, en travaillant sur cette application, il semble évident qu’elle devrait servir de support pédagogique, tant pour la prise de son en milieu ambiant que pour analyser le comportement du signal dans un volume donné. Si l’effet stéréo convient parfaitement appliqué à un titre stéréo, qu’en est-il d’une application multicanal ? Pour le domaine des réverbérations, force est de reconnaître que l’offre est peu étendue et que, hormis les gros systèmes hardware Lexicon et t.c electronics, réservés à une élite professionnelle, il n’y a pas grand-chose pour les home-studios et project-studios. L’Altiverb 6 XL est utilisable sur une piste multicanal et, si l’on constate qu’elle ne multiplie pas les points d’écoutes, le matriçage s’effectue sur la sortie de l’effet, en fonction de la piste déterminée (2.1, 5.1, 7.1…). Ce choix reste une sorte de leurre, dans la mesure où une vraie réverbération multicanal devrait proposer « n » entrées comme autant d’instances et traiter chaque signal individuellement, notamment sur le paramètre de premières réflexions. Nous n’en sommes pas encore là, mais gageons que les progrès constatés dans les laboratoires de recherches permettront d’orienter l’utilisateur vers une offre aussi complète d’ici peu. L’Altiverb 6 peut être inséré sur une piste d’une configuration maximale 5.1. D’ailleurs, son mode de traitement du signal relève plus de Quad (figure 5), ce qui semble tout à fait logique pour une réverbération reproduisant un espace en trois dimensions, où l’on n’est pas censé rencontrer des éléments de basses fréquences tels qu’il faudrait une assignation systématique au subwoofer. On notera que la version Altiverb 6, dite Regular, se contente d’un mode stéréophonique et d’une résolution maximale de 24 bits/96 kHz.

RÉPONSES IMPULSIONNELLES

Couramment nommées IR (Impulse Response), les présélections de l’Altiverb 6 XL correspondent à un échantillonnage pointu de la réverbération d’une salle (figure 6). Imaginez pourvoir investir, par exemple, l’Opéra Garnier… Vous arrivez avec tout votre équipement : microphones, préamplificateurs, système d’enregistrement audio numérique, etc. Une fois installé et après avoir dûment mesuré l’espace que vous investissez (longueur, largeur, et possiblement hauteur, pour un principe transaural par exemple), vous positionnerez vos micros. De nombreuses possibilités s’offrent à vous : couple ORTF, sources éloignées, captation multicanal… Ensuite, il faudra répéter l’enregistrement en divers points de la salle pour en capter toutes les subtilités de réflexion. On n’entend pas de la même façon la réverbération au balcon qu’en fosse, au centre de la salle que sur un de ses côtés, etc. Ces réverbérations (suite à un signal donné) seront isolées et associées pour proposer à l’utilisateur une salle dont on pourra modifier non pas les caractéristiques physiques (comme cela peut être le cas avec une RealVerb Universal Audio, où l’on peut changer le revêtement mural par exemple), mais la situation exacte du signal à traiter à l’intérieur de cet espace.

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QUELQUES JOURS D’EXPÉRIENCES

Bien qu’ayant pratiqué les versions précédentes, il nous avait semblé que l’avant-dernière mouture, la 5, ne donnait pas autant satisfaction que les précédentes. Allez savoir pourquoi… D’échanges avec les concepteurs en discussions passionnées entre utilisateurs, nous avons conclu que le mode d’optimisation choisi n’était pas forcément le meilleur et qu’au fond, la gestion du signal dans un environnement déterminé (une présélection d’IR) pouvait entraîner une sorte de déception en regard des caractéristiques de la salle. D’ailleurs, cette technique d’enregistrement ou d’échantillonnage d’une salle a évolué au fil des années. Ce maillage initial, tel un pavé mosaïque tracé à même le sol, a aussi montré ses limites. L’expertise de l’équipe d’Audio Ease, dans ce domaine, est en train de devenir une référence internationale, et le fait que les endroits les plus prestigieux du monde lui ouvrent les portes n’est pas anodin. L’arrivée de la version 6 est une bonne nouvelle et, dès les premiers essais, la différence a été clairement identifiée. L’optimisation pour les processeurs Mac Intel est au rendez- vous et des coups d’oeil répétés sur la jauge de performances du séquenceur hôte (un Digital Performer 5.11) nous ont définitivement rassurés (figure 7). Du coup, les expériences allèrent bon train pendant plusieurs jours en tentant de repousser l’application dans ses derniers retranchements. La charge de travail a été crescendo sans difficulté majeure. Cela dit, autant le travail, une fois la salle sélectionnée, s’avère aisé, autant les changements de certains paramètres « on fly » sont délicats. Prenons, par exemple, la sélection de Notre-Dame de Paris. Une fois chargée, cette présélection nous arrive avec ses dimensions, le positionnement initial des sources de diffusion. Préalablement, nous aurons, bien sûr, ouvert cet insérable sur une piste audio dont le contenu s’accommode de ce genre de traitement. On lance la piste en mode lecture et on commence à travailler sur l’effet, pour le sculpter et l’adapter au signal audio de la piste. Si l’on règle, par exemple, l’égalisation, on aura une réactivité très correcte de la part du soft, quoique, sur certains essais, nous ayons remarqué quelques millisecondes de délai entre action sur un potentiomètre, graphisme et incidence audio. De même, et c’est peut-être plus ennuyeux, quand on est en mode lecture d’une piste, avec l’Altiverb en insertion, comme dans le premier exemple, et qu’en cours de route, on s’amuse à toucher à l’emplacement des haut-parleurs, c’est le signal qui s’interrompt brièvement. Vous trouverez sans doute que l’on pousse un peu et que si l’on se remet dans le contexte réel d’une vraie salle, les techniciens n’iront pas toucher les haut-parleurs en plein concert. C’est vrai, quoique le principe des diffuseurs mobiles existe ! Mais, d’une part, nous sommes dans le virtuel de l’informatique musicale, d’autre part, l’une des voies les plus riches de la création n’est-elle pas l’expérimentation ?C’est-à-dire que si nous reprenons cet exemple de déplacement des haut-parleurs dans l’espace d’une salle, on peut aisément, et de façon très cohérente, obtenir un effet similaire à celui du meilleur spatialisateur du marché, avec en prime l’absence notable de problème de phase stéréophonique. Cela tombe bien, car c’est le défaut principal rencontré avec ce type d’outil. Ici, non seulement le résultat est très propre, mais il dépasse, d’après nos essais, les capacités des autres produits rencontrés ici ou là. Un dosage précis de l’équilibre du son direct et celui traité, ainsi que le choix judicieux du temps de réverbération et de la taille de celle- ci, permettront de tirer largement profit de cette application détournée. Pour revenir à la restriction initiale, à savoir le non-traitement possible sur certains paramètres, en temps réel, il va de soi que pour le déplacement des hautparleurs (Stage Position), cette action ne pourra être évolutive. Entendez par là que, s’il nous venait l’idée d’utiliser cette fonction pour faire évoluer la sensation d’élargissement (pratique en écoute casque binaurale), on aurait du mal, gênés par l’interruption momentanée du signal, voire par quelques craquements intempestifs. Rappelons néanmoins que nous sommes dans un cas d’utilisation extrême. Pour le reste, on pourrait dire que c’est l’enfance de l’art tellement on est loin des prises de tête face aux modes d’emploi des premières réverbérations numériques. Ce constat vient aussi de ce qu’il est aisé de mesurer la distinction que l’on peut faire entre simulation et restitution.

SIMPLE ET DE QUALITÉ

Apportant son lot de nouvelles fonctions et d’améliorations, l’Altiverb 6 prend une avance significative dans le domaine très prisé des réverbérations à convolution. Sa compatibilité tous azimuts lui permettra d’être présente à tous les stades d’une production et il va sans dire que les modèles de salles enregistrés viennent augmenter, au fur et à mesure, une banque déjà intéressante. L’ergonomie est mieux pensée qu’avec un équivalent hardware et tire bien parti des ressources informatiques hôtes. L’automation des paramètres, augmentée et stockée sous forme de mémoires, tels les snapshots de consoles à commande numérique, ravira aussi les aficionados de la marque, qui attendaient cette avancée depuis un moment. Des progrès sont aussi à noter dans le domaine des impulsions ellesmêmes, et la finesse de rendu de certaines salles renvoie à l’âge de pierre une bonne partie du hardware existant, exception faite de quelques outils très haut de gamme. Par contre, on rencontre moins de réglages possibles sur une réverbération à convolution et c’est un peu le revers de la médaille. Les prédélais, les premières réflexions multiples pourront manquer à certains, mais il s’agit là d’un problème lié aux habitudes de travail, qui n’est certainement pas insoluble. Quoi de plus naturel que de simplement plonger son signal dans un espace existant, donc tangible, sur lequel on nous fournit pléthore de renseignements, de caractéristiques techniques, et où il suffit de trouver le meilleur emplacement, le meilleur dosage de temps et de taille de réverbération ? Plus simple, c’est difficile, mais de meilleure qualité, c’est difficile aussi !

Christophe Martin de Montagu

Merci à Arjen van der Schoot, Jean-Christophe Utz, Erwan Le march’Adour

Compatibilité

Mac OS X : MAS, VST, RTAS, AS, TDM Windows XP : VST .

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