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ATB-16 console analogique 16:8:2

Article paru dans Keyboards Recording n°217

24 juillet 2007

Annoncées depuis plus d’un an, les consoles ATB font enfin leur apparition chez Toft Audio. Malcolm Toft redonne au marché une belle console analogique, pourvue de possibilités étonnantes et d’une incontestable qualité audio.

Avouons-le : les belles consoles audio analogiques se font rares sur le marché des nouveautés ! Ou alors, aux deux extrêmes des tarifs : la SSL Duality d’un côté, les consoles avec port FireWire ou USB de l’autre. Si l’on excepte les modèles un peu « ésotériques » comme les TL Audio à lampes, force est de constater que les références de qualité, à quelques milliers d’euros, sont absentes du marché, remplacées par les modèles numériques. Pourtant, avec la curiosité récente envers les sommateurs audio, s’offrir une console analogique de qualité n’est pas idiot. On récupère des préamplis micro de bonne qualité, des égaliseurs, des possibilités d’assignation et d’écoute dignes d’un gestionnaire séparé, et un bus stéréo pour sommer des signaux issus d’une DAW, sans pour autant retomber dans une complexité d’installation dissuasive.

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RETOUR SUR MALCOLM TOFT

Même si son nom est moins médiatisé que d’autres concepteurs audio célèbres, Malcolm Toft n’en est pas moins un sérieux client ! Son nom reste associé à Trident, à double titre : après deux ans passés au studio CBS de Londres, Malcolm inaugure les studios Trident (le premier 8 pistes en Europe) et enregistre, à partir de 1968, les plus grands noms du rock anglais (de David Bowie à T.Rex, en passant par les Beatles, pour qui il mixe « Hey Jude »), collaborant pendant trois ans avec le producteur Tony Visconti. À partir de 1972, Malcolm devient le patron de Trident Audio Development, suite à l’intérêt porté par les autres ingénieurs du son à la console 24 voies qu’il vient de développer pour le studio Trident. Il faut dire que ses spécifications sont impressionnantes : la « A » propose des correcteurs sur les retours multipiste, dix départs auxiliaires et un superbe égaliseur sur les voies d’entrée. Elle accepte des niveaux de signal élevés et sa bande passante dépasse largement le spectre audible. C’est le début d’une série légendaire de consoles, dont la musicalité fait des merveilles – la série 80, notamment. Trident Audio Development connaît quelques misères dans les années 80. Malcolm fonde MTA (Malcolm Toft Associates) en 1992 et se lance de nouveau dans la fabrication de consoles analogiques de studio, dans la lignée directe des Trident des années 70. Un marché de niche, mais la MTA 980 se fait une belle réputation dans le monde entier. MTA a, depuis, laissé la place à Toft Audio (qui fait partie du groupe américain PMI Audio Group). La marque proposait jusqu’ici un double Recording Channel de qualité, l’ATC-2, et un modèle simple canal, l’EC-1, ainsi que l’AFC-2 (double préampli micro +EQ) et le DC-2 (double compresseur). Des appareils fabriqués en Chine, mais avec soin, et à l’évidence conçus par quelqu’un qui sait ce que « sonner » veut dire… Depuis 2005, une rumeur prétendait que Malcolm Toft développait une nouvelle console analogique, fidèle à l’esprit Trident des années 70. De quoi intéresser bien des amateurs de « vrai » son ! Rumeur confirmée, fin 2005, par l’annonce d’un programme « Pilot » officiel, visant à engager un dialogue approfondi avec les premiers clients de la console ATB. La livraison était prévue dès avril 2006… Comme d’habitude, il y a eu du retard, les premières consoles disponibles à la vente étant arrivées chez Juke Box Ltd début janvier ; les livraisons régulières commenceront lorsque vous lirez ces lignes. Juke Box Ltd nous a confié un modèle 16 voies, référence ATB-16, proposé à 3 830 euros ; la console existe aussi en 24 et 32 voies.

QUALITÉ, QUALITÉ…

D’un point de vue strictement « comptable », l’ATB-16 est une console 16:8:2 : en effet, elle possède seize voies d’entrée mono in line (voir encadré), huit groupes (avec point d’insertion), généraux stéréo (avec point d’insertion aussi), sortie directe et point d’insertion par voie. Six « vrais » départs auxiliaires sont prévus par voie, sans astuce permettant d’en annoncer davantage qu’il y a de potentiomètres pour les régler… Comme nous le verrons, l’ATB-16 a bien des ressources, qui permettent à son fabricant de clamer 56 signaux en mixage ! Elle est livrée, fort bien emballée, dans un énorme carton contenant également son alimentation externe rackable 3U (dont le couvercle ajouré laisse voir un énorme transformateur toroïdal).

Esthétiquement, nous trouvons l’ATB fort réussie, avec ses flancs et son repose-coudes en bois massif clair, la forme et la couleur des potentiomètres, d’un type particulier à la marque. Les touches et les faders respirent un peu moins la qualité, mais il ne faut pas oublier le prix de la console ! De toute façon, dans le cadre d’une utilisation normale, ils ne nous ont jamais limité ou gêné… Un examen attentif de la surface de la console révèle des vis sur chaque voie… De fait, l’ATB-16 ne relève pas d’une approche « modulaire », où les voies sont groupées par blocs de quatre ou de huit. Chacune possède sa propre carte, extractible indépendamment des autres. Une solution souvent rencontrée sur les modèles professionnels, mais rare en home-studio : elle permet de continuer à travailler avec 23 voies, par exemple, pendant que la dernière part en maintenance (et non sur 16 si on doit évacuer le module des voies 17 à 24). Un bon point, qui a dû nécessiter pas mal d’efforts au niveau de la fabrication pour rester dans des tarifs acceptables… Malcolm Toft indique par ailleurs n’avoir utilisé aucun composant de surface, mais que des résistances, condensateurs de type conventionnel, plus faciles à remplacer le cas échéant. LA CONNECTIQUE

Comme sur les vraies consoles de studio, toutes les connexions sont reportées à l’arrière de l’ATB-16. Côté audio, on ne voit que du XLR et du jack 6,35 mm : pas de Cinch, pas de Sub-D, les câbleurs fous apprécieront. Sur chaque voie, l’entrée micro s’effectue sur XLR, l’entrée ligne sur jack 6,35 mm symétrique. On trouve également un second jack symétrique pour les retours machine, un point d’insertion asymétrique (préparez les cordons en Y) et la sortie directe de chaque tranche.

La partie Master offre huit jacks de retours effets (sur jack stéréo 6,35), huit retours Monitor Returns (autorisant l’écoute de huit pistes externes issues de l’interface d’une station de travail, par exemple), huit points d’insertion sur les groupes, huit sorties Submaster et six sorties pour les départs auxiliaires ou effets. On trouve également la sortie des généraux (sur jack, et non XLR), avec points d’insertion, l’entrée sur jack stéréo pour deux retours bipiste (original) et les sorties pour les deux systèmes d’écoute stéréo. C’est le moment de faire nos comptes : seize entrées, seize retours magnéto, un retour direct huit pistes, les huit signaux stéréo issus des effets : 56 signaux mélangés dans le mixage, si on s’y prend bien, pour une console 16 voies « seulement » (72 pour la 24 voies, 88 pour la 32 voies). Pas mal ! On remarque un port pour carte FireWire/ADAT optionnelle (24 bits/192 kHz, dix flux d’entrée/dix de sortie, ceux des groupes et des Monitor Returns a priori, plus un bipiste numérique, avec entrée WordClock sur BNC) : pourquoi pas, mais il y a fort à parier que les utilisateurs avertis qui achèteront cette console possèdent déjà de quoi numériser dans les meilleures conditions les signaux audio les plus exigeants, via les interfaces de leur logiciel de station audio.

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LA QUESTION DES VOIES

En haut de la voie d’entrée, on trouve un potentiomètre métallique rouge dévolu au réglage de gain (+ 10 à + 60 dB pour le signal micro, - 15 à + 25 dB pour l’entrée ligne). Sur le côté, les traditionnelles touches d’activation d’alimentation fantôme, d’inversion de phase, de commutation de l’entrée ligne, et une touche I/P servant à inverser sur la voie le signal d’entrée (qui passe alors sur le potentiomètre) et le signal de retour machine (qui passe alors sur le grand fader). Suit la section égaliseur, aux potentiomètres noirs offrant ±15 dB de gain. Désactivable par touche dédiée avec témoin, elle possède quatre bandes : graves (60 Hz ou 120 Hz) et aigus (8 kHz ou 12 kHz) sont de type Shelve, haut-médium et bas-médium de type Sweep (semi-paramétriques, de 100 Hz à 1,5 kHz pour le premier, 1,5 à 15 kHz pour le second). On bénéficie également d’un filtre passe-haut à 80 Hz. La section Aux offre six potentiomètres pour six départs (pas de commutation de quatre potards sur six bus, comme on le voit, hélas, trop souvent). L’Auxiliaire 1 est toujours prélevé avant fader ; les autres sont commutables pre/post par touche dédiée. Une touche permet d’affecter les auxiliaires 5 et 6 à la voie d’entrée ou au retour machine : on peut donc ajouter à volonté des effets au retour multipiste. La section Monitor offre un potentiomètre rotatif de réglage de niveau (pas de petit fader, il n’y avait pas la place et le prix en aurait pâti…), un autre pour le panoramique. Une touche permet d’affecter l’égaliseur de la voie au retour machine, une autre d’accéder au Mute, sans témoin lumineux. Suivent le potentiomètre de panoramique de la voie, avec des touches de Solo (AFL stéréo non destructif par défaut, PFL mono en intervenant sur un sélecteur interne sur la voie, dans la console) et de Mute que nous trouvons un peu petites. Le fader est un modèle de 100 mm de course ; une Led rouge indique un niveau de + 10 dB en sortie de voie, une verte un niveau de - 20 dB. On trouve enfin les touches d’assignation aux généraux stéréo et aux groupes 1 à 8, par paires. La partie Submaster contribue aux possibilités de la console. Elle sert, bien entendu, à régler les niveaux Master des groupes auxquels les voies sont affectées, via un fader de 100 mm dont elle indique le niveau via un indicateur tricolore à douze Leds, gradué de - 20 à + 15 dB, mais apporte des fonctions supplémentaires. Citons, par exemple, les départs effet 5 et 6 sur chacun des groupes (5 commutable pre/post, 6post), ce qui permet d’utiliser un effet externe ou de constituer une balance casque à partir des signaux des groupes de la console. La partie Submaster accueille également le réglage de niveau des entrées supplémentaires Monitor Returns 1à 8 ; la touche Tape permet d’envoyer ces signaux d’écoute sur les généraux de la console (Solo, réglage de niveau et panoramique sont présents), soit un total de 24 pistes en écoute. On peut aussi renvoyer ces signaux sur les « vraies » entrées si désiré. Enfin, on bénéficie d’un réglage de volume et de balance des huit retours effet stéréo. Voilà une section Submaster conçue par un vieux briscard de l’audio ! La section Master, équipée d’une double échelle de douze Leds tricolores visualisant le niveau des généraux stéréo de la console, regroupe la prise casque avec son réglage de niveau, la commutation d’écoute des retours bipiste 1, 2 et numérique (via la carte FireWire optionnelle), le réglage de niveau d’écoute Solo, le réglage de niveau de l’écoute (Main et Alt) avec réduction mono, un micro d’ordres intégré avec réglage de niveau et une touche l’assignant aux groupes, une autre aux Auxiliaires. Encore un peu petites, les touches, et à contact fugitif. Un mot du mode d’emploi : il n’était pas encore traduit, mais ses vingt-huit pages sont d’une clarté sans pareille, richement illustrées de synoptiques limpides, et les exemples de configuration sont très explicites et bien détaillés. Là encore, c’est l’expérience qui parle !

L’UTILITÉ DES CONSOLES ANALOGIQUES

Ces dernières années, le balancier est vraiment parti du côté « numérique » : plug-in d’effets et de traitements, mixage « in the box », surfaces de contrôle quand on commence à avoir des crampes à tout vouloir régler à la souris, gestionnaire d’écoute parce qu’on a plusieurs systèmes d’enceintes, sommateur externe pour « améliorer le son », plusieurs interfaces avec préamplis micro pour enregistrer simultanément 16, 24 ou 32 micros… Ne serait-on pas, dans ce cas de figure, en train de créer, à grands frais, une espèce d’usine à gaz, n’offrant au final que ce qu’une console analogique proposait pour bien moins cher ? Nous pensions que le moule de ce type de console analogique était cassé, merci à Malcolm Toft de nous prouver le contraire ! L’ATB- 16 est bien fabriquée, facile à utiliser, elle a du caractère et recèle plus d’une astuce. Elle ne consent à aucun des compromis qui, ces dernières années, avaient tendance à limiter les possibilités des consoles analogiques. Que ce soit pour l’enregistrement (seize préamplis micro de qualité), l’écoute ou même la sommation audio, elle a plus d’un tour dans son sac. Ça faisait bien longtemps que nous n’avions pas « senti » une telle égalisation et apprécié « charger la console » en ne craignant pas les hauts niveaux (comme le numérique nous a, hélas, forcé à le faire), mais au contraire à les doser pour faire travailler l’électronique dans les conditions désirées. La distorsion n’est jamais moche sur cette console, mais musicale – tout comme ses égaliseurs, qui n’ont, certes, pas dix bandes paramétriques avec Q de 0,001 à 1 000 et ± 64 dB de gain, mais qui sonnent, tout simplement ! Et si ce n’étaient pas les possibilités théoriques qui comptaient, mais des choses simples, bien implémentées et qui aident la musique ? Un aspect un peu oublié depuis les années 70…

PROPOSITION INTÉRESSANTE

Si vous ressentez un besoin de faire revenir votre installation vers un côté plus « analogique », l’ATB-16 est un excellent choix. On retrouve le plaisir des « vrais » effets (les plug-in, c’est très bien, mais sur une voix, on n’a guère fait mieux qu’une bonne Lexicon ou t.c. hardware !), de l’absence de latence, le goût de faire monter les niveaux, gérer facilement ses écoutes, jongler avec les retours machine. Évidemment, on perd les facilités de recall des consoles numériques ou informatiques, mais si on y gagne au niveau du son final (ce qui est le cas), ce n’est peut-être pas si grave. Résumons : seize préamplis micro sans souffle, mais avec une réserve étonnante, des égaliseurs plus anglais qu’une Morgan, un petit gestionnaire d’écoute, 56 signaux au mixage (un sacré sommateur !) et de quoi gérer, via les sorties directes, les points d’insertion et les départs/retours auxiliaires impeccablement distribués, à peu près n’importe quel type de signal analogique, le tout pour 3 830 euros : l’ATB-16 est une proposition très intéressante !

Franck Ernould .

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