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TWIN COMPRESSOR SYSTEMprocesseur de dynamique hybride

Article paru dans Keyboards Recording n°217

24 juillet 2007

ART propose des produits à prix étudié, sans se départir d’une expérience toujours mise en pratique de manière pertinente. Le TCS l’illustre de manière particulièrement brillante.

Le catalogue ART est riche de divers processeurs bien conçus et proposés à des prix compétitifs, grâce à un développement aux États-Unis (État de New York) et une fabrication en Chine. Il n’y a pas de secret, c’est la grande tendance du moment. Le TCS, ou Twin Compressor System, intègre, dans un rack d’une unité d’épaisseur, deux compresseurs de dynamique distincts. Mais le terme « Twin » ne s’applique pas à cette configuration classique. En effet, il caractérise chacun des canaux de traitement : l’utilisateur a le choix entre deux modes de détection de niveau, soit optique au moyen d’un circuit spécial rassemblant, dans un substrat opaque, une Led et un phototransistor, soit un autre mode de détection issu, cette fois, d’un amplificateur commandé en tension ou VCA (Voltage Controlled Amplifier). De plus, la présence d’un tube double triode dans le TCS (à raison d’une triode par canal) apporte son lot de musicalité en réchauffant le son, tout en augmentant sa consistance. L’utilisateur peut intervenir sur un grand nombre de paramètres ajustables, mais un néophyte pourra exploiter sans risque le TCS, grâce à un rotacteur par canal, présentant pas moins de seize configurations types (guitare, basse, voix, choeurs, percussions, etc.) réparties entre les deux modes de détection de niveau précités.

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RACK AUTONOME

Ce rack dispose d’une alimentation secteur traditionnellement montée en interne, la pièce maîtresse prenant la forme d’un transformateur torique, de diodes de redressement et de multiples régulateurs de tension. Le compartiment blindé de cette section lui évite de rayonner sur les circuits audio. Le coffret d’acier, très rigide, comprend une connectique plutôt riche puisque chaque canal dispose d’une entrée et sortie symétrique sur XLR, toutes deux doublées de jacks quart de pouce au format TRS, acceptant eux aussi une modulation symétrique. Une entrée instrument à haute impédance (1 M?) figure en façade sur le canal 1 et étend donc son domaine d’activité à la guitare (ou basse) électrique passive. Juste au-dessus de l’embase jack, un potentiomètre, agissant sur une plage de 30 dB, ajuste le niveau d’entrée instrument.

DE NOMBREUX PARAMÈTRES

Six potentiomètres offrent un peu plus que les ajustements classiques de cette famille de processeurs de dynamique. Ainsi, on peut régler le seuil de déclenchement du compresseur sur une plage de 60 dB, une valeur importante, lorsqu’on sait que la plupart des processeurs de dynamique se contentent habituellement de 40 dB. Le taux de compression fonctionne sur une plage de 1:1 (pas d’action), jusqu’à : 1, ce qui indique, lorsque le Ratio se trouve en butée à droite, que l’ART fonctionne en mode limiteur. Un paramètre baptisé Shelf modifie la plage de fréquence qui va piloter la détection de l’expanseur gate du TCS, faisant office de réducteur de bruit de fond. Ainsi, soit on privilégie les fréquences basses, lorsque le potentiomètre se trouve en butée à gauche, soit on met l’accent sur les fréquences aiguës si l’on tourne cette variable vers la droite. Ce filtre au fonctionnement particulier s’avère très utile, car les sons à traiter possèdent des tessitures diverses et un contenu spectral tellement varié qu’un processeur de dynamique doit pouvoir s’adapter au son à traiter, afin d’optimiser son comportement. On ne traitera pas un jeu de cymbales avec un même mode de détection de niveau puis de compression identique à celui qui régulerait la dynamique d’une guitare basse, pour prendre volontairement deux cas extrêmes. La présence de ce filtre sélectif apporte une réelle souplesse au TCS et décuple ses facultés de traitement dynamique du signal. En effet, dans un compresseur, la remontée du gain, à mesure que la dynamique du signal décroît, induit obligatoirement un certain bruit de fond. Le TCS s’affranchit de cette difficulté en ajoutant ce circuit dont on perçoit la balistique en regardant sa Led d’ouverture : si cette dernière semble fonctionner en commutation, le Gate est actionné. Si, en revanche, la diode électroluminescente s’illumine et s’éteint progressivement, il s’agit de l’expanseur, qui, comme chacun sait, est la fonction inverse du compresseur. Il ne faudra pas avoir la main trop lourde sur la détection de seuil de ce réducteur de bruit de fond, sous peine d’affecter le signal de manière fort déplaisante. On peut aussi intervenir sur les paramètres traditionnels de temps d’attaque et de relâchement, deux potentiomètres distincts, ajustables chacun sur une large plage temporelle, d’autant que l’on bénéficie de deux modes de détection de niveau et que les réglages peuvent différer de l’un à l’autre. Cela n’empêchera pas l’utilisateur de faire accidentellement pomper le compresseur si sa configuration des constantes de temps n’est pas optimale. Fort heureusement, les seize présélections, héritées de l’ART V3, évitent de tomber trop facilement dans ce genre d’écueil. Reconnaissons, au passage, la dimension pédagogique de ce compresseur qui, malgré l’action des presets, laisse son tableau de bord manuel actif, les plages de réglages étant optimisées en fonction de chaque présélection : on pourra donc modifier les réglages en direct, et comparer signal traité et non traité, grâce à un commutateur de bypass, une fonction bien utile pour éviter de perdre ses repères pendant un paramétrage.

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DE-ESSEUR CACHÉ

Un de-esseur, comme son nom l’indique, sert à réduire les sons sifflants (les « s »), grâce à un compresseur de dynamique spécialisé dans la gamme de fréquences des sifflantes. Si le TCS est bel et bien équipé de ce type de traitement de signal, il ne fonctionne que sur les présélections axées sur la voix et, par analogie, les choeurs. Non seulement on ne peut pas débrayer ce de-esseur, mais, en plus, il n’est pas possible d’affiner ses paramètres puisqu’ils ne sont pas accessibles. Un peu dommage, lorsqu’on constate que la section manuelle de chaque canal aurait pu gagner en souplesse si l’on avait eu le loisir de profiter de réglages… La seule solution consiste à insérer, dans le jack TRS de Detection Loop, un égaliseur, entre le départ et le retour, afin de compresser une plage de fréquence déterminée par le correcteur de timbre externe, ce qui nécessite donc un appareil supplémentaire…

OPTIQUE OU VCA ?

Le TCS propose deux modes de fonctionnement différents, affectant sa balistique et son comportement général. Le mode optique fonctionne au moyen d’une Led qui illumine la base d’un phototransistor, ces deux éléments étant enfermés dans un petit boîtier opaque. On prête aux compresseurs « optiques » un comportement de type vintage, doux, à l’image des références cinquantenaires, que l’on qualifie de « soft knee », littéralement genou mou, image de l’arrondi caractérisant le temps de réaction du compresseur. En revanche, le mode de détection de type VCA, construit autour d’un détecteur RMS That 2181, propose un comportement dynamique beaucoup plus rapide et s’apparente à des sonorités plus modernes, plus en rapport avec le monde de l’audionumérique et sa dynamique théorique de 144 dB en 24 bits… On peut aussi combiner les deux détections sur un même canal, via le mode Stack indiqué dans les présélections. Dans ce cas, il suffit de garder en mémoire que le taux de compression affiché est doublé. Le choix entre ces deux modes de détection est inespéré, pour un compresseur double à un prix si abordable : il couvre un domaine d’application très vaste, en répondant à un grand nombre d’applications différentes, tant en studio qu’en sonorisation et partout ailleurs où l’on a besoin d’un compresseur performant et facilement configurable.

VINTAGE, DEUXIÈME

Nous avons vu les deux modes de détection de niveau, vintage (optique) et moderne (VCA), qui se complètent bien plus qu’ils ne s’opposent. Or, le TCS offre une autre possibilité d’agir sur le son, dans une démarche vintage, en insérant dans les circuits audio le traitement harmonique d’un tube. Ce dernier augmente la consistance du son, en renforçant son côté analogique, tout en lui apportant un regain de chaleur. L’ART intègre donc une double triode de type 12AX7 (gain maximal de 100), sélectionnée à la main. En effet, chacune des deux triodes de cet unique tube est affectée à un canal, c’est pourquoi les caractéristiques doivent être appairées, afin d’obtenir une identité de fonctionnement des deux canaux, une obligation, car les deux canaux peuvent fonctionner en mode Stereo Link, les paramètres du premier canal pilotant les deux voies. Un bypass par canal facilite la comparaison du signal direct ou traité par le tube. Associé au détecteur optique, et sous certaines configurations, on se croirait en présence d’un vieux compresseur à tubes… Une très bonne idée d’ART, qui optimise encore le rapport qualité/ prix fort alléchant du TCS. Si l’on se fie naturellement à ses oreilles, un coup d’oeil sur les affichages de niveau peut aider. Ainsi, chaque canal du TCS affiche la réduction de gain via un vumètre mécanique rétroéclairé, donnant de bonnes indications sur le mode optique, moins sur le mode VCA. La partie droite de l’ART comprend un bargraphe de dix Leds par canal, qui affichent alternativement le niveau d’entrée ou celui de sortie… Ne nous plaignons pas, vu le prix, cette disposition se suffit à ellemême. ÉLECTRONIQUE La topologie du circuit n’a pas grand-chose à envier aux appareils professionnels, surtout si l’on considère la qualité de fabrication de la carte mère et l’agencement rationnel des différents sous-ensembles. Même le tube 12AX7 profite de la qualité d’un support en stéatite, sorte de céramique qui ne se déformera jamais sous l’effet de la chaleur. Seules quelques petites simplifications apparaissent ici et là, comme les résistances, uniquement à couche carbone et à 5 % de tolérance, et la présence de condensateurs de faible capacité en céramique, tout cela pour tenir un prix aussi bas… Concernant les résistances, la seule chose que l’on puisse craindre tient à une légère dérive des paramètres et du comportement du compresseur en fonction de la chaleur, puisque le coefficient de température de ces éléments résistifs se contente d’une valeur standard… Les présélections emploient des circuits logiques qui commutent les réseaux de résistances, afin de retrouver les bons paramètres. Ici, pas de mémoire statique, le TCS est 100 % analogique ! Les amplificateurs opérationnels se partagent les tâches entre des NE5532 et TL072 pour les modèles doubles, et des TL074 pour les quadruples. Les apports cosmétiques ne sont pas en reste puisque l’éclat timide orangé du tube est rehaussé de deux diodes rouges. Ainsi, l’ensemble devient visible par les ouïes en V du centre de la façade. De la belle ouvrage !

DU GRAND ART

Il y a seulement quelques années, un compresseur si complet, bicanal, doté de deux modes de détection de niveau, d’un tube et de présélections doublant les ajustements manuels, n’aurait pas été à la portée de tous les budgets. ART, fidèle à ses convictions, nous rassure à nouveau sur le fait qu’on en a vraiment pour son argent et plus encore, à mesure que l’on maîtrise l’engin, musical, silencieux et ergonomique. L’ART TCS répond à un grand nombre de configurations, jusqu’à mériter le terme flatteur, mais réel, de polyvalence.

Philippe David .

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