Depuis son rachat par Sennheiser, la marque allemande K + H revit. Parmi les nouveaux produits apparus dans la gamme, citons le moniteur actif O 300 : un modèle trois voies compact, d’une qualité de restitution impressionnante.
Apparue en août 2005, la Klein + Hummel O 300 D rassemblait, sous un format plutôt compact, les points forts des gros moniteurs de studio de la marque : transducteurs d’exception, coffret rigide, guides d’ondes élaborés, entrées numériques et connecteur propriétaire pour un processeur d’écoute externe… Pour la marque de Stuttgart, passée quelques mois avant sous le contrôle de Sennheiser, c’était un signal fort donné au marché des studios et du broadcast. En ce début 2007, K + H décline le modèle en version à entrées analogiques seulement. L’O 300 est ainsi un peu plus abordable. Mise en situation…

TROIS VOIES COMPACTES
Disponible en noir, blanc ou argenté, le moniteur actif O 300 se classe, par ses dimensions, dans les moniteurs de proximité : 384 x 254 x290 mm, soit un volume de 18 l, pour un poids de 14 kg. Ce sont là les dimensions, au centimètre près, d’une Genelec 1031, par exemple. La finition d’origine est gris moyen, l’enceinte étant aussi disponible en blanc et en argenté. La O 300 est conçue pour une position horizontale, les deux enceintes ne sont donc pas identiques, mais appairées, le logo lumineux rouge K + H restant toujours orienté vers le bas. La particularité principale de l’enceinte saute aux yeux : trois transducteurs là où les autres constructeurs en logent habituellement deux. On remarque un boomer en polypropylène de 210 mm (8 pouces), à longue excursion. Le constructeur annonce d’excellentes propriétés d’auto-amortissement, appuyées par le montage clos (et non bass-reflex) du transducteur. Nous verrons que cela se traduit directement à l’écoute… Le transducteur de médium est d’un type rare : un dôme de 76 mm (3 pouces), en tissu traité. Il nous semble reconnaître celui utilisé sur l’enceinte haut de gamme K + H, l’O 500 C. Pourquoi un dôme, solution généralement associée aux tweeters, de plus petit diamètre ? La masse du transducteur ainsi formé est inférieure à celle d’un cône équivalent ; la rigidité est meilleure, la réponse impulsionnelle aussi, et, ce qui ne gâche rien, la réponse en amplitude est uniforme. En revanche, la fabrication ne doit pas être une partie de plaisir… Le tweeter à dôme tissu/titane, d’un diamètre de 25 mm, semble bien plus traditionnel. Il est monté au-dessus du médium. L’O 300 est fabriquée en MDF, avec un baffle avant en matériau spécial, antirésonance, dans lequel sont directement moulés les guides d’ondes, avec une grande précision. Celui du tweeter, de forme elliptique, assure une dispersion horizontale plus large que la dispersion verticale, le médium étant simplement chargé par une amorce de pavillon. Le médium et le tweeter bénéficient de leur propre coffret en interne, pour éviter tout mélange et interférence entre les ondes sonores.
DEUX OU TROIS VOIES ?
En home-studio, l’immense majorité des moniteurs de proximité employés ne possèdent que deux voies. Encombrement, coût, facilité de conception : tout va dans ce sens. Le problème est que, pour des raisons physiques, les ingénieurs sont obligés de placer la fréquence de raccord entre les deux transducteurs vers 2 kHz. À cet endroit du spectre, le boomer a tendance à subir des phénomènes vibratoires parasites (fractionnement de la membrane, modulation du médium par le grave, résonances diverses) et le tweeter n’est guère à l’aise non plus, la directivité de l’enceinte devient moins précise, avec des lobes latéraux provoquant des réflexions parasites sur les murs latéraux, par exemple. Le filtre introduit aussi son lot de perturbations, en amplitude comme en phase. Et le problème est que tous ces phénomènes se situent pile dans une zone où l’oreille humaine est très sensible, puisque c’est celle du timbre de la voix. À l’inverse, une enceinte 3 voies permet de restituer le registre médium avec un seul haut-parleur dédié. Résultat : pas de raccord difficile à gérer entre deux transducteurs fonctionnant chacun dans ses limites supérieure ou inférieure. Cela dit, le filtre d’une enceinte 3 voies est plus complexe à concevoir (ici, pentes à 24 dB/octave), donc plus cher, et les transducteurs doivent évidemment être d’excellente qualité et bien se marier ensemble. Il en résulte donc obligatoirement un coût élevé. En résumé : mieux vaut une bonne 2 voies qu’une 3 voies médiocre. Mais une enceinte 3 voies bien conçue donne des résultats très étonnants de naturel…
LES AMPLIFICATEURS
Chacun des transducteurs se voit associer son propre amplificateur, de type MOS-FET. Le boomer est alimenté par une puissance de 150 W continus (250 W crête), le médium reçoit 65/75 W et le tweeter, 75/115 W. Ce qui donne un niveau SPL maximal de 112,8 dB SPL à 1 m (pour 3 % de distorsion). Les filtres actifs utilisent une pente de 24 dB/octave (ce qui est plutôt raide !), et les fréquences de raccordement annoncées sont de 650 Hz et de 3,3 kHz. L’entrée sur XLR est de type symétrique électronique flottante. La sensibilité d’entrée est de +6 dB, mais un potentiomètre permet une atténuation maximale de 24 dB si le niveau de la source d’entrée est trop élevé. Les habituels correcteurs de compensation de placement dans le local sont présents : 0/- 2,5/- 5/- 7,5 dB dans le grave, + 1,5/0/- 1,5/- 3 dB dans le médium, et + 2/+ 1/0/- 1 dB dans l’aigu. Outre le connecteur et les correcteurs, le panneau arrière accueille également l’embase secteur et un radiateur généreusement dimensionné.
UN SYSTÈME ÉQUILIBRÉ
Nous avons été surpris par la petite taille des enceintes en les déballant, ainsi que par leur taille apparente à l’écoute ! La réponse en fréquence annoncée descend jusqu’à 40 Hz, mais avec une qualité et un punch impressionnants. Pas besoin de bass-reflex pour faire semblant, quand la qualité du transducteur et de l’amplification est là. Est-ce la disposition superposée des médiums et des tweeters ou les guides d’ondes ? L’image stéréo est impeccablement restituée, avec une image fantôme quasiment palpable (on a parfois l’impression d’une enceinte centrale sur les voix, par exemple), et, ce qui ne gâche rien, la sweetspot est très large. Et contrairement à pas mal d’enceintes, on n’a pas tendance à amplifier les aigus sur les correcteurs intégrés, ce qui prouve l’équilibre du système… Sur des voix seules, le naturel de restitution est impressionnant (jamais d’agressivité, ou alors elle se trouve déjà dans l’enregistrement !), mais les O 300 ne déméritent pas sur des mixages complexes, où « ça bouge »… Au bout de quelques heures d’acclimatation, on se prend à déceler des compressions excessives ici, une petite saturation là, sans que l’enceinte soit le moins du monde « hyperréaliste »… Le point délicat : le prix de l’enceinte ! Il est amplement justifié par la qualité de la fabrication, des transducteurs, des filtres, mais avec 1 866 euros TTC pièce, il y a malheureusement de quoi faire fuir les amateurs. Dommage pour eux… À moins de prendre un crédit, car le jeu en vaut vraiment la chandelle.
Franck Ernould .